Léa Balage El Mariky, députée Écologiste et Social de Paris | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle a décroché son premier mandat à l'âge de neuf ans. Depuis, la politique ne l'a jamais vraiment quittée. Mon invitée est aujourd'hui porte-parole du groupe écologiste à l'Assemblée.
Générique (...) Bonjour, Léa Balage El Mariky. -Bonjour. -Si je vous dis, 23 avril 2013, c'est une date qui doit évoquer quelque chose chez vous, à l'Assemblée. -Tout à fait.
C'était au moment des débats autour de la loi qui permettait aux couples de même sexe de pouvoir se marier. -C'était exactement les explications de vote juste avant l'adoption de la loi sur le mariage pour tous. Je vous propose de regarder la prise de parole ce jour-là du député écologiste Noël Mamère. -Je me souviens du 5 juin 2004, à Bègles, de 4 000 lettres d'insultes et de celles de ce médecin qui en a écrit dix et qui, à la onzième, a dessiné un four crématoire. -S'il vous plaît, allez ! -Ici, représentant du peuple, ce n'est pas pour jeter le peuple dans l'ignorance, ce n'est pas pour s'inventer des boucs émissaires, mais c'est pour lutter contre la peur de soi et contre l'ignorance, car quand on a peur de soi, on a peur des autres, et on invente des boucs émissaires. -Noël Mamère évoque ici le premier mariage gay qu'il avait célébré hors la loi, en quelque sorte, quand il était maire de Bègles, bien avant la loi sur le mariage pour tous.
Ce débat parlementaire sur le mariage pour tous, vous l'avez vécu de l'intérieur à l'Assemblée. Quels souvenirs vous en gardez ? -Plein de souvenirs.
Moi, je venais d'arriver à Paris. Je suis arrivée à Paris en 2012 pour poursuivre mon master et je travaillais à mi-temps auprès de Noël Mamère. -Vous étiez collaboratrice parlementaire.
Votre job pour payer vos études. -Exactement. Et on voit une photo de Noël Mamère et moi.
Nous sommes restés complices, amis, partenaires politiques. Et pendant cette période, il y avait énormément de haine. Aussi dans la rue, on se souvient des manifestations du... de La Manif pour tous, qui, les week-ends, proférait des propos homophobes, réellement.
Et puis, on se souvient aussi, j'habitais le XVe arrondissement à cette époque, et à notre fenêtre de colocation, nous avions le drapeau LGBT à notre fenêtre et nous voyons en face des voisins qui avaient le drapeau de La Manif pour tous et donc vous voyez on était chacune et chacun campé sur des positions, des positions de haine d'un côté et des positions qui permettent en réalité l'égalité de toutes et tous devant la loi. Et ça a été un souvenir particulier. Moi, j'étais dans le bureau, je le suivais en direct.
Et ça a été un souvenir particulier parce que ça me rappelait aussi mes années à Bègles où il y a eu des grands débats au sein des familles au moment où ce mariage avait été célébré par Noël Mamère. -On va voir dans un instant que vos chemins se sont croisés bien plus tôt, on va en parler, cet homme politique a compté pour vous, il compte encore ? Vous avez gardé des principes, une façon de faire de la politique en ayant travaillé pour lui ? -Je crois que j'ai gardé un certain nombre de principes, peut-être.
Alors, ils ne me viennent pas tous de Noël Mamère, mais en tout cas, oui, je crois que le fait de parler à l'intelligence plutôt que de toujours vouloir parler aux tripes, aux bas instincts, je crois que ça me vient de lui. Et c'est quelque chose que je compte aussi tenir dans mon mandat. -Votre premier mandat électoral remonte 1999.
Vous aviez 9 ans à l'époque. Vous êtes élue conseillère municipal au conseil municipal des jeunes de la ville de Bègles, dont Noël Mamère était maire. On voit ici la photo du conseil et vous au milieu de tous les autres enfants.
Qu'est-ce qui vous a amené à vous présenter à cette élection ? -Alors, en 1999, mes parents achètent leur maison à Bègles. Et moi, je me retrouve dans cette nouvelle école.
Je ne connais pas grand monde. Et puis, il y a l'annonce de cette élection d'un conseil municipal des jeunes. Je reviens à la maison et je dis : "Ca m'intéresse de pouvoir me présenter, porter mes idées." Je le formulais certainement pas comme ça, mais en tout cas, ça m'intéresse.
Et je disais à mon père : "Le problème, c'est que je ne connais personne." Et il m'a dit : "Justement, c'est l'occasion, en faisant campagne, de te faire connaître et de rencontrer des gens." -Vous avez commencé la politique pour vous faire des amis. -C'est ça.
Exactement. -Et c'est là que vous avez pris goût à la politique ? -Je ne sais pas si c'était la politique telle qu'on l'entend, mais en tout cas, j'ai pris goût à l'idée de rencontrer des gens, de faire campagne, de porter des idées.
J'étais très fière d'appartenir à ce conseil municipal des jeunes et je suis très fière qu'on puisse montrer aussi que les jeunes, quand ils ont moins de 18 ans, ils ont plein de droits et je crois qu'ils doivent aussi avoir le droit de pouvoir s'exprimer. -Dans votre parcours de militante et de femme politique, votre histoire familiale s'est invitée en 2016 au moment du débat sur la loi sur la déchéance de nationalité pour les binationaux terroristes. C'est à ce moment-là que vous avez décidé de porter en plus du nom de votre père le nom de votre mère. -Tout à fait. -Ce débat-là vous a blessée personnellement ? -Je crois qu'il a blessé un bon nombre de citoyennes et de citoyens qui proviennent de deux origines.
Et quand on stigmatise l'une, en réalité, on blesse l'identité que nous constituons toutes et tous. Mais ça devient une partie très importante de la population. Et quand on voit le ministre de l'Intérieur actuel, Bruno Retailleau, qui fustige encore les personnes qui seraient issues de seconde génération d'immigration, en expliquant qu'ils ne pourraient pas s'intégrer, mais en réalité nous sommes Françaises et Français, donc il faut arrêter avec ces stigmas qui se sont portés à l'encontre des jeunes qui sont issus de l'immigration.
Et c'est le cas...
Il va falloir s'habituer à notre présence en politique et ailleurs. -Alors aujourd'hui, être députée en ayant une mère née au Maroc, ça a une signification forte, particulière pour vous ? -Il y a plein de significations à mon mandat.
C'est le mandat d'une députée jeune. Je viens d'être maman, d'expliquer aussi qu'on peut faire de la politique tout en ayant une vie familiale. Je viens d'un territoire, le XVIIIe arrondissement.
Je crois que ça compte aussi quand il y a des jeunes qui peuvent accéder à des responsabilités, à des responsabilités visibles forcément. Ca a été une fierté familiale du côté Balage et du côté El Mariky aussi. -Et alors, si on reste dans ce lien entre votre militantisme et votre famille, il y a quelques années, vous avez mis en quelque sorte vos capacités de mobilisation au service de votre mère en lançant une pétition à la suite de son licenciement. -Tout à fait.
C'était une entreprise qui l'avait embauchée, ça faisait longtemps qu'elle connaissait une période de chômage à ce moment-là, et qui l'avait embauchée pour faire du téléconseil, donc, de la vente par téléphone. Et on lui avait demandé de changer de prénom, de s'appeler Claire à ce moment-là, alors que son prénom, c'est Bouchra. Et ça a été une violence symbolique importante.
Comme si, quand on s'appelle Bouchra, on n'est pas capable de vendre des produits, d'être respectée, d'être audible ou de convaincre. Et donc, on a fait une pétition. Je dis "on" parce qu'il y avait ma coloc de l'époque qui était aussi de mèche dans cette affaire.
On a fait une pétition. Et l'entreprise a... pas reconnu ses torts, mais en tout cas, a changé ses pratiques.
Et si elle l'a fait, c'est aussi au bénéfice de toutes celles et ceux qui y travaillent désormais. -Ca a servi à quelque chose. -Oui. -Et cette pétition a récolté quand même 50 000 signatures. -Oui. -Ca vous vient d'où, cette capacité comme ça à mobiliser les gens ? -Je crois que quand on apporte des idées qui sont justes, qui entrent en résonance aussi avec les aspirations, les colères, les espoirs, et bien, d'avoir un discours très clair, de dire : "Ma mère a connu une situation de discrimination, il faut la réparer, il faut la dénoncer et la réparer", c'est assez simple et donc on a réussi mais on est allé chercher des réseaux, des personnes qui pouvaient aussi rendre visible cette pétition.
Et à l'époque, j'ai pu compter sur le soutien de nombreux écologistes qui ont participé aussi à faire augmenter la visibilité de cette pétition. -Alors, vous avez adhéré à Europe Ecologie à l'âge de 22 ans. Vous avez gravi les échelons de votre parti assez vite.
Vous êtes devenue membre du bureau exécutif, je crois, en 2019. Secrétaire générale adjointe, ensuite. Et puis, pendant quelques mois, vous vous êtes même retrouvée à la tête de votre parti quand Julien Bayou s'est mis en retrait.
Cheffe de parti, ça vous a plu ? -Elle rit Alors c'était une période particulière. -Un peu compliquée ? -Oui, compliquée, parce que moi j'étais vraiment dans l'optique de passer la main après à Marine Tondelier qui se présentait pour être notre secrétaire nationale.
Donc, il s'agissait d'organiser les choses pour que notre démocratie interne vive bien. Je suis ravie que Marine Tondelier soit notre secrétaire nationale. Je ne lui envie pas le poste. -J'évoquais vos capacités de mobilisation.
Il y a aussi vos capacités d'organisation. En 2023, on vous a confié l'organisation des Journées d'été des écologistes. Vous avez eu l'idée d'inviter le rappeur Médine, qui a été accusé d'antisémitisme à la suite d'un tweet qu'il a publié peu avant les Journées d'été.
Si c'était à refaire, vous le referiez ? -Ecoutez, moi j'ai eu des discussions très franches avec Médine au moment où il a fait son tweet, il a reconnu ensuite cette...
Alors, c'était pas une maladresse, des propos inadaptés, la blessure que cela pouvait engendrer...
Et je crois qu'en réalité, quand on a des porte-voix qui nous disent que sur un sujet ils se sont trompés, qu'ils ont fait le chemin et qu'ils nous explicitent ce chemin, on gagne beaucoup à les écouter. Ca a été un moment qui a suscité énormément de polémiques. Et je comprends aisément pourquoi est-ce que cette invitation avait surpris un bon nombre de personnes.
Mais quand on l'a écouté, voilà, d'une certaine manière s'excuser aussi, eh bien, c'est important de pouvoir le faire publiquement. Et on lui a donné l'occasion, on a donné l'occasion aussi aux personnes qui se sont senties blessées, notamment notre groupe de travail sur la lutte contre l'antisémitisme, de pouvoir dialoguer avec lui et de lui expliquer en quoi ses propos étaient problématiques. -Vous aviez raté de peu votre élection en 2022.
En 2024, vous avez pris votre revanche, en quelque sorte, sur votre adversaire, l'ancien ministre Stanislas Guerini. Qu'est-ce qui a fait la différence, cette fois, selon vous ? -Plusieurs éléments.
Tout d'abord, un travail de terrain. Ca faisait deux ans qu'on continuait à être sur le terrain de la troisième circonscription. Je dis "on" parce que, vraiment, ça a été un travail collectif des militantes et des militants de 2022 qui ont poursuivi l'aventure en 2024.
Ca, c'est le premier élément. Le deuxième élément, c'est le contexte politique où je crois qu'il y a eu un ras-le-bol de la pratique du pouvoir par Emmanuel Macron. Et je l'ai vu, je l'ai entendu dans la rue, des gens me dire : "Je n'ai pas voté pour vous en 2022, mais en 2024, c'est sûr, allez-y, vous avez notre confiance, on en a marre de celles et ceux qui piétinent les institutions, nos pratiques républicaines." -On va passer à notre quiz, si vous voulez bien.
Le principe, c'est que je vais vous proposer des phrases et vous allez devoir les compléter. Alors, on commence avec : Faire campagne en plein congé maternité... -Sport.
Très, très sport. -Vous avez vécu. -Oui, c'est ça.
J'étais en congé maternité et moi, toutes les trois heures, je rentrais à la maison pour allaiter mon fils, tirer mon lait, etc. Je crois que c'est sport, mais ça donne un...
Je ne dirais pas que ça donne un sens parce que ça fait un peu pédant de dire ça, mais quand on rentre à la maison, on se dit : "Je sais pourquoi je le fais quand même." -Le plus dur quand on est porte-parole... -Elle réfléchit C'est de ne pas se tromper.
Parce qu'on est interrogé sur l'ensemble des sujets qui intéressent le groupe. -Ca demande du boulot. -Oui, ça demande du boulot.
Et puis d'être sûr de rendre fiers les gens qui nous ont donné leur confiance. Donc non, non, il ne faut pas se tromper. -Enfin, pour terminer.
To be or not to be ? La suite ? -Eh bien, c'est drôle, vous avez mis "To be free". -"To be free", pardon. -Ils rient -"2Be3", qui fait partie de mes groupes...
Moi, je préférais "Alliage", pour toutes celles et ceux qui... -Ah oui ?
Dans une interview, je disais que vous étiez fan des "2Be3". -Non, mais j'aime beaucoup les "2Be3". Je... -Ca, c'était une de leurs chansons, "To be free or not to be". -C'est vrai, c'est vrai.
Voilà, j'aime beaucoup. Non, je l'avais... -C'était plus "Alliage"... -Oui.
Mais parce qu'ils étaient plus, peut-être. Je ne sais pas, parce qu'il y avait plus de...
Je crois que je les trouvais plus jolis. Ca devait être ça. -Merci, Léa Balage El Mariky d'être venue dans La Politique et moi. -Merci à vous.
Générique
Léa Balage El Mariky