Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 18 janvier 2024 24 min

Guerre en Ukraine : "les armées russes n'ont pas repris l'initiative", assure le ministre Sébastien Lecornu

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre des armées dans le grand entretien du 7-10. Question réaction au 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Sébastien Lecornu, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin avec l'accumulation des crises internationales et des guerres, notamment en Ukraine et à Gaza. Mais d'abord, on voulait vous entendre sur l'utilisation de certains mots par le président de la République dans sa conférence de presse mardi, où il a souvent parlé de réarmement, réarmement civique, réarmement démographique.

Qu'est-ce qu'inspire ce mot au ministre des armées ? La France se réarme face à qui, face à quoi ? La rhétorique martiale, vous le savez, est coutumière au chef de l'État. On se souvient du « nous sommes en guerre » au moment du Covid. N'est-elle pas un peu dévoyée ?

0:58
Invité

Dans le mot éclair, moi il m'est familier évidemment, pour des raisons éminemment ministérielles. Réarmement, ça suscite déjà l'idée qu'au fond on l'était dans le passé et qu'on a pu parfois baisser un peu la garde. Et ça suscite aussi l'idée que vous avez un certain nombre de menaces qui peuvent peser sur le corps social français, sur la nation française. On va y revenir sur les sujets militaires. Mais même sur les sujets militaires, on va parler d'Ukraine, on voit bien que le rarmement moral, la résilience d'une nation passe aussi par d'autres canaux. Et quand on parle de rarmement civique, derrière aussi ça fait appel à cette résilience nationale. Et ça passe aussi beaucoup par l'école.

Et donc le président a déroulé évidemment cela. Et le mot au moins il est compréhensible. D'ailleurs vous me posez la question. Et donc il permet d'être clair.

1:35
Présentateur

Emmanuel Macron a aussi parlé d'un monde de bouleversement, déclarant le monde d'hier est en train de s'effacer, l'ordre mondial est bousculé, la guerre revient sur le sol européen. 2023 a été dure, a été une année dure, violente, meurtrière. 2024 le sera-t-elle également ? Au Proche-Orient, en Ukraine, en mer de Chine, les guerres, les tensions, elles ne vont pas s'arrêter de si tôt ?

1:56
Invité

Non, et je pense qu'il faut que nos auditeurs arrivent à comprendre qu'au fond on a été habitués à gérer plutôt des crises successives jusqu'à présent. les guerres évidemment coloniales post-Seconde Guerre mondiale, l'organisation d'un monde bipolaire, en tout cas avec deux blocs, la guerre froide, l'avènement des dissuasions nucléaires de différents pays, la chute du mur de Berlin, la dissolution du pacte de Varsovie, des crises qui sont plutôt régionales dans les années 90, j'en cite qu'une pour la mémoire collective, les Balkans, le 11 septembre avec l'avènement de 20 ans de lutte contre le terrorisme armé et islamiste. Et c'est pas fini.

Depuis février 22, et la guerre que Vladimir Poutine et la Fédération de Russie attendent à l'Ukraine, vous avez des dérèglements en chaîne qui s'organisent, de remise en cause du droit international, il y a évidemment la question en Afrique, il y a la question de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, vous avez la question des libertés d'accès maritime, on va y revenir, mais en plus les autres menaces classiques, comme la menace terroriste, n'ont pas disparu, et on le voit bien, la pression au Sahel est maximale, avec désormais avec les réseaux sociaux et les nouveaux moyens de communication, des jonctions qui se font du Sahel jusqu'à l'Afghanistan.

Et en plus, on a aussi des nouveaux espaces qui se militarisent, nous sommes la génération d'auditeurs, de journalistes, de responsables politiques ou militaires, qui vont connaître la militarisation de l'espace, la capacité pour un satellite, de pousser un autre satellite sur une orbite cimetière, de détruire un satellite, on va être la génération qui allons connaître aussi des stratégies de détournement, notamment pour nous, puissance nucléaire, de notre dissuasion nucléaire, des menaces dites hybrides, détournements d'objets civils à des fins militaires, attaques cyber, guerre des mines, pardon de cette tonalité. Non, non, non, mais donc 2024

3:33
Présentateur

restera aussi tragique et dramatique que 2023 et que 2022,

3:37
Invité

c'est ce que vous nous dites. Clairement, les dérèglements liés à la guerre en Ukraine, et d'ailleurs la question de l'attaque du Hamas du 7 octobre horrible, la guerre qui s'ensuit, désormais les différentes milices ou proxys iraniens qui effectivement sont dans des stratégies de pression, de contestation, c'est vrai pour les outils en mer rouge, c'est vrai pour le Hezbollah à la frontière avec Israël, c'est vrai pour les milices chiites en Irak qui veulent pousser justement la coalition de lutte contre le terrorisme, contre l'âge d'or. Bref, pardon de ce tableau global, mais les dérèglements sont nombreux et ils sont désormais simultanés.

4:06
Présentateur

On va les prendre les uns après les autres. Sur l'Ukraine, nous approchons des deux ans du début du conflit, vous serez aujourd'hui en ligne avec votre homologue ukrainien pour parler notamment de l'artillerie, alors que Vladimir Poutine a déclaré mardi, qui, non seulement leur contre-offensive a échoué aux Ukrainiens, mais l'initiative est entièrement entre les mains des forces armées russes. Si cela continue, le statut d'État de l'Ukraine pourrait subir un coup irréparable et très grave. Qu'en pensez-vous Sébastien Lecornu ? La Russie, excusez-moi de poser la question comme ça, est-elle en train de gagner cette guerre ?

4:40
Invité

Non. Évidemment, tout ce qui est dit est à des fins de propagande. Je pense que si on est rapide, février 22 jusqu'à la fin de l'année 2022, vous avez une guerre de mouvement. Les armées russes rentrent en Ukraine, l'armée ukrainienne arrive à les repousser et à les fixer sur une ligne de front qui désormais est en train de sécher, est en train de s'installer. Et de fait, si la contre-offensive ukrainienne n'a pas produit les effets escomptés, c'est-à-dire en clair reconquérir ces différents territoires, pour autant, les armées russes n'ont pas repris l'initiative. Et donc vous avez une situation...

5:10
Présentateur

Ils ne sont pas en train d'avancer, les Russes, aujourd'hui, sur le terrain ?

5:13
Invité

Non. Parfois deux kilomètres par-ci, repris par-là. Vous avez une ligne de front, on voit bien sur les cartes, qui d'ailleurs ne passe pas très très loin du Nièpre, de la centrale nucléaire de Zaporizhia, avec tous les risques, évidemment, que cela peut emporter. Et vous avez aujourd'hui, au final, un conflit qui s'installe dans quelque chose de linéaire, avec en plus la question de l'hiver, qui, comme vous le savez à chaque fois, est une question importante.

Et c'est l'histoire aussi qui parle, puisque la ligne de front, évidemment, ne bouge plus, ce qui explique aussi les frappes dans la profondeur que les Russes font, notamment sur des infrastructures civiles, avec des missiles longues portées. Donc, vous avez un moment particulier qui va être le printemps prochain. Pour quelles raisons ? Puisque, à la sortie de l'hiver, vous aurez le dégel, la Rasputitsa, l'installation de la boue, qui fera aussi que le théâtre sera compliqué en matière d'initiatives terrestres. Mais ensuite, vous aurez un nouveau moment, qui sera un moment sur lequel il faut effectivement aider l'Ukraine.

La contre-offensive n'a pas fonctionné comme l'Ukraine le souhaitait, comme nous le souhaitions. Pour autant, ça ne donne pas un avantage à la Russie, c'est ce qu'il faut comprendre

6:08
Présentateur

sur le terrain tactique. Poutine n'est pas en train de gagner cette guerre.

6:11
Invité

Je vous rappelle que les armées russes étaient rentrées dans Kiev. Et vous voyez aujourd'hui où nous sommes et où ils sont. Et que ça dit quelque chose aussi du courage des Ukrainiens.

6:18
Présentateur

Le courage des Ukrainiens, c'est une chose, mais ils ont besoin d'armes, monsieur le ministre. Du coup, qu'est-ce que vous allez dire à votre homologue ukrainien aujourd'hui quand vous l'aurez en ligne ? Que la France va enfin mettre le paquet, livrer massivement les armes dont l'Ukraine a besoin ? Parce que là, le compte n'y est pas. Il y a eu cette publication de chiffres il y a quelques jours. Tous les journaux l'ont documenté, le Figaro, l'opinion hier, très claire, qui montre que la France est en queue de peloton.

C'est-à-dire que notre aide aux Ukrainiens, on est derrière les Etats-Unis, ça d'accord, mais on est derrière l'Allemagne, on est derrière la Pologne, on est derrière le Danemark, la Suède, la Finlande. Pourquoi ce retard ?

6:52
Invité

Alors je ne suis pas d'accord avec les classements, et notamment celui de Kiel.

6:56
Présentateur

C'est l'institut Kiel.

6:57
Invité

Oui. Ce qu'ils disent n'est ni fiable ni viable. Je le dis comme je le pense. Vous le contestez. Oui, complètement.

7:02
Présentateur

Juste pour dire à nos auditeurs, que je sois bien clair, ce que dit cet institut Kiel, c'est que quand l'Allemagne a mis 17 milliards, que la Grande-Bretagne a mis 7 milliards pour les Ukrainiens, la France n'a même pas mis 1 milliard. On est à 0,54 milliards.

7:15
Invité

Il mélange les choufleurs et les carottes dans ce classement, et surtout, il ne repose que sur les promesses et les déclarations. Et vous voyez, la fierté de la France, quelles que soient nos opinions politiques, qu'on soutienne ou pas le gouvernement du Président, ce n'est pas le sujet, tout ce qui est promis est réellement livré, et tout ce qui est livré a été promis. C'est un nombre de nos alliés. Mais c'est notre honneur aussi que d'avoir effectivement livré des dispositifs qui sont fiables.

7:39
Présentateur

Ça veut dire quoi ? Que les Allemands envoient des chars qui ne fonctionnent pas ?

7:41
Invité

Je ne veux pas dire les Allemands, mais vous avez parfois certains pays qui, pour des raisons politiques domestiques, ont fait beaucoup d'annonces, et derrière, les promesses n'ont pas suivi, ou quand elles ont été suivies, c'est avec du matériel qui est parfois défectueux. Je ne veux pas rentrer là-dedans. Ce que nous, on essaie de faire, c'est deux choses. La première déjà, c'est d'être bon sur des fonctions militaires qui sont, la défense solaire pour permettre de protéger les populations civiles et le champ de bataille. Les frappes dans la profondeur qui permettent véritablement justement de mener une contre-offensive. L'artillerie et l'innovation.

C'est les quatre points sur lesquels nous avançons. Et en fait, qu'est-ce qu'on est en train de faire, et nous sommes les premiers à y arriver, c'est de basculer d'une logique de cession des stocks de nos propres armées, et pour cause, on arrive au bout des logiques. C'est vrai pour l'armée française, c'est vrai pour la plupart des armées des pays européens, et encore nous, j'y viens, on a une industrie de défense, et donc comment on bascule d'une logique de cession à une logique où on branche directement, pardon cette expression, l'armée ukrainienne sur nos industries de défense.

Années 60, gaullisme militaire, c'est non seulement une armée, c'est non seulement la dissuasion, c'est aussi une base industrielle et technologique de défense complètement souveraine. Vous n'avez pas d'action militaire possible si vous n'avez pas, tout simplement, des usines en capacité de produire. C'est la fameuse économie de guerre qu'on est en train d'appeler. Mais oui,

8:52
Présentateur

il avait promis l'économie de guerre il y a un an et demi, elle arrive quand ?

8:55
Invité

En fait, ça dépend des types d'armement. Ce sont des entreprises qui sont privées, on n'est plus dans des logiques d'arsenaux. Vous avez des entreprises qui ont produit des efforts importants. Je pense que le plus spectaculaire, c'est l'entreprise Nexter, que nos auditeurs ont pu connaître jadis sous le nom de Giat Industrie, où il fallait 30 mois pour produire un canon César. Désormais, on a basculé à 15 mois. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'en 2024, les usines de Rohan ou de Bourges, et je salue les ouvriers, techniciens, ingénieurs qui se mobilisent en 3-8, parce que derrière, quand on dit parfois votre micro, l'économie de guerre n'arrive pas assez vite, derrière, il faut bien comprendre qu'il y a un engagement quand même. Il faut le produire. Et qu'il faut le produire. Et qu'il y a un engagement aussi citoyen et salarié important. Ça veut dire qu'en 2024, on va être capable de produire 78 canons César. 78 canons César, dont 6 ont déjà été achetés par l'Ukraine, et dont tout à l'heure, effectivement, je vais lancer une coalition, c'est-à-dire en clair, comment on partage la facture à plusieurs.

La France va en prendre évidemment une partie.

9:47
Présentateur

Ça coûte un canon César ?

9:48
Invité

Un canon César, vous êtes autour de 3 à 4 millions d'euros. Donc globalement, vous êtes quand même sur des enveloppes qui sont soutenables à certains égards, et qui permettent à des pays en Europe de venir partager ce fardeau-là, si j'ose dire, et de permettre justement de ne pas prélever ces canons César sur le stock des armées françaises. C'est ça l'endurance pour l'avenir, mais c'est aussi quelque chose qui est guetté à Moscou, à Téhéran, à Pyongyang. C'était notre capacité à faire monter en puissance notre industrie de défense. C'était la chronique de Pierre Aski précédemment.

10:16
Présentateur

Toujours sur les chiffres, Sébastien Lecornu, on lit que sur les obusiers, la France en a livré ou promis 36. C'est 54 pour la Pologne, 76 pour l'Italie, 198 pour les Etats-Unis. Pour les chars ou les véhicules de combat d'infanterie, la France n'est même pas dans le top 10 des livraisons. Pour les systèmes de missiles solaires anti-aériens, la France en a livré 2, l'Allemagne 24. Ces chiffres-là, vous les reconnaissez ou vous les contestez ?

10:41
Invité

Non, typiquement, tout est mélangé. Sur la défense solaire, vous venez de faire l'agrégat de toutes les couches pour l'Allemagne, des missiles courte-portée jusqu'aux missiles longue-portée et pour la France, vous n'avez cité que les dispositifs de longue-portée. Donc, tous ces classements sont faux. On peut voir à qui ils profitent. Moi, je vous le redis, interrogez les Ukrainiens sur ce que nous faisons.

10:59
Présentateur

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a appelé clairement les autres pays et notamment la France à aider davantage, jugeant que l'Allemagne en fait beaucoup plus que les autres.

11:08
Invité

Mais ça dépend sur quel segment d'armes. Typiquement, l'Allemagne se refuse à livrer des missiles Taurus, l'équivalent des Scalp, ne parons pas toutes les démocraties entre elles, n'avons pas les mêmes chemins, y compris dans nos parlements respectifs, y compris, pardon, notre modèle d'armée. L'armée française est une armée d'emplois qui a été engagée en permanence en opération extérieure depuis des décennies. On a des dispositifs d'armement qui sont complètement différents. Je vous donne un exemple très concret. Vous dites aux chanceliers

11:33
Présentateur

qu'ils confondent les choses, c'est ça ?

11:34
Invité

Non, ils parlent de l'Allemagne. Moi, je vous parle de la France. Et donc, je vous dis, typiquement, au moment où je vous parle, et ce n'est pas un reproche, l'Allemagne se refuse à livrer l'équivalent des missiles Scalp ou Storm Shadow chez les Britanniques. Et non, on va les livrer ? Le président de la République a donc annoncé, effectivement, une session nouvelle d'une quarantaine de ces missiles. Je ne donne pas trop de date volontairement parce que c'est quelque chose qui est surveillé par les Russes. Et ça, c'est un élément très important pour la suite. Donc, ce sont des missiles Air Sol. Nous allons également livrer des A2SM qui sont des missiles Air Sol de moyenne portée.

Nous avons réussi l'adaptation sur des avions de classe soviétique parce qu'évidemment, ce sont des avions qui en général sont emmenés sur des rafales ou sur des mirages. Et donc, sur MiG et Sukhoi, désormais, ça va fonctionner. On va en livrer une cinquantaine par mois

12:23
Présentateur

à partir de ce mois de janvier tout au long

12:28
Invité

de l'année 2024. Ça, c'est un élément très clair. Je donne un autre exemple parce que vous avez parlé des obusiers. Donc, je vais vous parler des obus parce que les munitions, c'est un sujet clé. Vous voyez, entre février 2022 et avril 2023, nous livrions 1 000 obus par mois. Depuis février dernier, c'est 2 000 obus par mois et à partir de ce mois-ci, ça sera 3 000 obus par mois. Pour quelles raisons ? Économie de guerre. On est en train de remettre la main sur des stocks de poudre. On recycle des poudres sur des munitions qui n'ont pas été utilisées. Donc, vous voyez, cette économie de guerre, c'est lent, mais dire que ça ne produit pas ses effets, ce n'est pas vrai.

Après, il y a des mauvais élèves parfois sur certains segments. Typiquement, je vais vous le donner en toute transparence, le missile Astaire qui est le missile qu'on retrouve sur la défense solaire, le Sampeté, qu'on retrouve aussi sur nos frégates actuellement en mer Rouge pour faire des interceptions en légitime défense des attaques que les outils peuvent mener. Là, typiquement, on est sur des délais qui sont beaucoup trop longs. J'ai demandé à MBDA qu'ils puissent réussir à faire ce qu'ils ont fait sur le missile Mistral. MBDA, c'est une entreprise de défense solaire. Pardon. MBDA est une entreprise française missiliée.

13:25
Présentateur

Juste parce que vous parlez de la poudre, vous êtes précis et c'est passionnant parce qu'on voudrait savoir ce qu'on livre exactement. Je ne sais pas si vous avez entendu dans le journal de 8h de Florence Paracuelos le reportage de notre envoyé spécial en Ukraine dans un laboratoire qui analyse les missiles russes tirés et dans certains de ces missiles, dans les missiles russes pas ukrainiens mais chez les russes, on trouve encore des composants français. Est-ce que c'est normal ? Comment nos composants français arrivent en Russie ?

13:51
Invité

Tout simplement parce que ce sont des stocks d'avant les sanctions et que ce sont des stocks qui sont écoulés petit à petit par les russes et que vous êtes dans un temps long. Et la deuxième explication et c'est particulièrement vrai pour les drones dits chaïds iraniens où vous avez parfois 70 à 80% des composants qui sont des composants occidentaux tout simplement parce qu'issus du civil. Des pièces par exemple de machines à laver qui peuvent permettre de construire des drones. Donc vous avez aussi tout un art Vous avez des pièces de machines à laver

14:19
Présentateur

allemandes qui vont en Iran qui sont utilisées

14:22
Invité

Allemandes en espèce non plutôt américaines Américaines qui sont utilisées pour faire des drones

14:27
Présentateur

qui vont ensuite en Russie.

14:28
Invité

C'est spécialisé aussi dans le contournement des sanctions et donc pour nous les pays occidentaux c'est sans cesse aussi un nouveau défi que de rendre ces différentes sanctions opérationnelles et opérantes.

14:37
Présentateur

Gérard est au Standard Inter. Bonjour et bienvenue.

14:41
Sébastien Lecornu

Bonjour les journalistes de France Inter et bonjour à monsieur le ministre. Bonjour monsieur. Je vous téléphone parce que je ne sais pas ça me rappelle un peu ce qui se passe en Ukraine me rappelle un peu les sudettes et j'ai peur que quand on à force de tarder à réagir parce que bon même si la France comme vous venez de le dire on voit aujourd'hui des armes j'ai peur qu'on attende que l'armée ukrainienne soit écrasée pour les aider efficacement à combattre les russes. Bon vous avez l'air de dire le contraire mais bon en 40 on a tellement tardé à avoir des armes qu'on a perdu la guerre du moins une grande bataille comme aurait dit le général de Gaulle.

15:20
Présentateur

Merci Gérard pour cette question je la prolonge avant de vous donner la parole Sébastien Lecornu les 27 s'étaient engagés à fournir un million de munitions à l'Ukraine d'ici mars 2023 en novembre dernier l'UE avait atteint seulement 30% de cet objectif alors est-ce que ce million sera atteint et si oui quand ? Voilà pour prolonger

15:39
Invité

la question.

Sur les 30% d'objectifs remplis la France contribue à une grande part de la réussite de chiffres confère ce que je vous disais sur les livraisons d'obus et je pense que l'enjeu est de relocaliser aussi des productions c'est pour ça d'ailleurs que j'ai souhaité qu'une nouvelle usine de poudre soit construite à Bergerac et ça c'est plutôt le Covid d'ailleurs qui nous a montré que nous étions dépendants désormais de manière scandaleuse d'un certain nombre de pays étrangers y compris en Asie et donc ils nous fournissent sur la question qui a été posée et je la remercie oui il y a urgence à aider le vrai sujet pourquoi on a ces épisodes d'aide successives c'est notre capacité justement à produire déjà ne pas déshabiller notre armée pardon mais enfin je vous l'ai dit c'est une armée d'emploi alors évidemment on n'a jamais mis en danger notre défense nationale mais enfin ça a toujours été un critère à chaque fois qu'on a analysé avec le président de la République dans les sessions et désormais c'est le fait de produire plus qui va nous permettre d'aider davantage l'Ukraine vous voyez 49 canons César aujourd'hui je ne l'ai pas dit mais sur le théâtre ukrainien et je vous parle de 78 produits et livrés potentiellement en 2024 vous voyez bien la montée en puissante elle prend du temps c'est malheureusement aussi les fameux dividendes de la paix post-fin de guerre froide des années 90 la diminution des budgets militaires pendant des années qui ont créé une perte de muscles et depuis 2017 évidemment comme vous le savez on reprend cette masse musculaire mais ça prend du temps

16:48
Présentateur

Venons-en à la guerre à Gaza la guerre au Proche-Orient qui dure depuis plus de 100 jours maintenant le bilan s'alourdit de jour en jour avec près de 25 000 morts côté palestinien selon le Hamas Israël a annoncé mardi que la phase intensive des combats se terminera bientôt vous y croyez ?

17:05
Invité

C'est indispensable vous savez que le président de la République m'a envoyé au mois d'octobre ou au mois de novembre le dernier mené un certain nombre de discussions et de négociations notamment pour nos otages je vous rappelle quand même

17:15
Présentateur

qu'il en reste 3

17:16
Invité

3 otages ou personnes disparues selon évidemment l'expression consacrée puisque ça pose la question des preuves de vie j'en dis pas plus mais enfin c'est évidemment une question

17:24
Présentateur

Justement pouvez-vous nous en dire plus ?

17:25
Invité

Non parce que je vais partir en Israël dimanche soir pour mener un certain nombre de discussions sur l'escalade régionale évidemment la question de la finule on a 700 soldats français à la frontière entre le Liban et Israël mais aussi évidemment sur la question des otages et on sait très bien qu'il n'y a pas de libération d'otages possible sans cesser le feu et Trèves c'était ce qui s'était produit évidemment la dernière fois négocié avec nos partenaires du Qatar et donc pour des raisons humanitaires mais pour des raisons en plus qui tiennent additionnellement à la libération de nos otages nous appelons comme vous le savez à se cesser le feu nous continuons de soigner des habitants de Gaza je me suis rendu sur le bateau d'Ixmut qui est un bateau qu'on a transformé vous le savez en hôpital militaire

18:08
Présentateur

avec 40 lits plus de 80 soignants des scanners des laboratoires

18:11
Invité

des blocs de chirurgie un partenariat avec l'Italie puisqu'il y a un deuxième bateau à quai vous soignez combien

18:17
Présentateur

de blessés palestiniens ?

18:18
Invité

globalement vous êtes à pratiquement plus de 1000 nuitées d'hospitalisation sur les pathologies les plus graves vous êtes souvent sur des enfants souvent qui ont été soignés en première ligne à Gaza parfois pas toujours bien soignés dans l'urgence on parle d'enfants de 9 à 10 ans qui n'ont plus de jambes qui n'ont plus de mains et plus de parents donc c'est particulièrement difficile sur le terrain émotionnel mais ce que font le service de santé des armées et les différents médecins qui sont engagés là-bas est absolument spectaculaire je tiens vraiment à leur rendre hommage parce qu'on est le seul pays occidental à le faire quand même à ce point et je remercie les Italiens de nous avoir fait confiance en nous accompagnant

18:52
Présentateur

Dominique de Villepin disait lundi à ce micro pourtant que la voix de la France est inaudible au Proche-Orient vous lui répondez quoi ?

18:58
Invité

je ne suis pas d'accord je l'aime beaucoup et j'ai beaucoup d'amitié pour Dominique de Villepin à titre personnel je le trouve dur et injuste au contraire parce que la voix de la France les esprits sont parfois moins rationnels qu'ils ne l'étaient il y a 20 ans y compris en 2003 lorsqu'il a prononcé ce fameux discours que la guerre informationnelle menée sur les réseaux sociaux y compris par nos compétiteurs et notamment la Russie évidemment rend le message plus difficile à faire passer que l'attaque terroriste du 7 octobre dernier a créé aussi une émotion qui a peu de précédent dans l'histoire d'Israël et je vous le dis le discours que le président de la République a prononcé le 12 octobre est un discours d'équilibre et qui d'ailleurs puise ses racines dans justement notre histoire diplomatique française notamment gaullienne et je pense que cet équilibre là il prend du temps parfois à être expliqué aux uns et aux autres

19:52
Présentateur

et les états arabes les états arabes beaucoup ont trouvé on dit aussi que la France avait perdu son attitude gaullienne

20:02
Invité

parfois certains l'ont dit parce que nous avons condamné très durement l'attentat terroriste du 7 octobre dernier enfin personne n'aurait compris qu'il n'en soit pas autrement donc on est la France on n'est pas là pour faire plaisir si on reprend aussi pour le coup les accents de Dominique de Villepin que j'aime beaucoup on n'est pas là pour faire plaisir aux uns et aux autres on est là pour défendre et nos valeurs et nos intérêts et donc nos valeurs et nos intérêts c'est de lutter contre le terrorisme on en sait quelque chose c'est aussi de maîtriser l'escalade et quand on soigne des populations civiles de Gaza quand le président de la République est le premier leader occidental à avoir appelé à des trêves humanitaires et un cessez de feu c'est la tradition française et vous verrez que l'histoire nous rendra raison sur cette position d'équilibre y compris d'ailleurs sur le Liban dont je rappelle que nous sommes la dernière grande puissance occidentale avec les Etats-Unis il faut le reconnaître à consacrer autant de temps autant d'énergie diplomatique à exposer autant de nos soldats pour maîtriser justement l'escalade

20:49
Présentateur

Les guerres sont partout les menaces partout il y a le front avec le Liban vous en parlez à l'instant et puis à question de la mer rouge Washington et Londres ont bombardé les positions des outils au Yémen en fin de semaine dernière pour tenter de stopper leurs attaques en mer rouge qui perturbent énormément le commerce international Paris a décidé de ne pas se joindre à ces frappes pour éviter je cite toute escalade dans la région ce qu'a dit Emmanuel Macron considérez-vous que les frappes américaines et anglaises étaient imprudentes dangereuses et favorisaient l'escalade

21:15
Invité

Non mais nos alliés les assume et de fait nous nous ne souhaitons pas participer à des frappes pour être clair pour nos auditeurs qui sont préventives et nous souhaitons rester sur des frappes de légitime défense c'est ce que fait la frégate la Languedoc qui est actuellement déployée dans la région en clair si des bateaux sont attaqués par les outils je condamne évidemment ces attaques cela va sans dire nous agissons en légitime défense mais nous souhaitons rester dans un cadre de légitime défense et je le précise aussi dans un cadre où le commandement reste national c'est à dire en clair ce sont les forces armées françaises sous l'autorité du président de la république chef des armées qui déclenchent justement le feu

21:46
Présentateur

revenons en France pour terminer Sébastien Lecornu lundi lors de sa conférence de presse Emmanuel Macron a dit qu'il voulait la généralisation du service national universel le SNU en classe de seconde cette généralisation se fera à quelle échéance avec quel budget tous les élèves de seconde devront faire leur SNU comme avant on faisait son service militaire

22:07
Invité

alors on peut comparer avec le service militaire mais jusqu'à un certain point puisque par définition le service militaire était pour des jeunes majeurs et que là par définition le président de la république a confirmé que c'est mineur bon deux est-ce qu'on a besoin d'un service militaire aujourd'hui à des fins militaires la réponse est non vous voyez bien qu'on est sur une armée de métiers très professionnalisés on n'a plus besoin de masser des millions de jeunes gens de part et d'autre du rideau de fer ou de refaire des guerres type 14-18 néanmoins est-ce que les valeurs militaires

22:34
Présentateur

après vous avoir entendu parler depuis le début de cet entretien on peut se demander mais on pourrait y revenir mais Edouard Philippe a laissé entendre qu'il ne laisserait pas contre le retour du service militaire j'ai plus le temps malheureusement j'ai l'impression d'expliquer

22:43
Invité

donc je reviendrai pour expliquer à quel point on a besoin d'une armée de métiers et ça pour le coup c'est une grande décision que le président Chirac a prise après la question c'est est-ce que les valeurs militaires est-ce que le service militaire avait des vertus pour le corps social français la réponse est oui mais mon boulot de ministre des armées c'est quand même d'expliquer à nos auditeurs est-ce qu'on en a besoin ou pas sur le terrain militaire donc je voulais quand même commencer par là oui les armées après vont participer à cette génération on est en seconde donc c'est un travail qui doit avant tout partir du ministère de l'éducation nationale et donc la ministre sous l'autorité de Gabriel Attal vont évidemment mener les différentes concertations qui vont bien et nous nous pourrons apporter les forces armées pourront apporter ce qu'elles ont de mieux à apporter c'est-à-dire des expériences des valeurs un cadre aussi de réflexion

23:27
Présentateur

elles ont envie les forces armées ?

23:28
Invité

de rendre service à leur pays toujours

23:30
Présentateur

merci Sébastien Lecornu d'avoir été à notre micro