L'invité de Bourdin Direct : Arnaud Fontanet - 01/06
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:40OuverteRéponse directe
Est-ce que la phase suivante, après le 22 juin, une troisième phase, nous permettra de revivre comme avant l'épidémie ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Est-ce que l'épidémie est en train de disparaître ?
- 2:56RelanceRéponse directe
Est-ce que vous trouvez qu'il y a un relâchement ?
- 3:56OuverteRéponse directe
Est-ce que l'épidémie est terminée ?
- 4:09OuverteRéponse directe
Est-ce que cette épidémie est saisonnière ?
- 5:41OuverteRéponse directe
Les masques, les distances physiques à maintenir encore longtemps ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:22PrésentateurChiffre
« On a maintenant les capacités de tester jusqu'à 100 000 personnes par jour. »
- 2:17PrésentateurFait
« Il y a chaque jour néanmoins 5 nouveaux clusters depuis le 11 mai. »
- 3:24PrésentateurChiffre
« On a eu une baisse de 80% de la transmission du virus. »
- 8:42PrésentateurChiffre
« La proportion de Français infectés qui permettrait de stopper la diffusion du virus, et qu'on estime à 66%, c'est-à-dire 40 millions, on en est loin. »
- 17:40PrésentateurFait
« On s'est réunis tous les jours, week-end compris, deux heures par jour. »
Temps de parole
- Présentateur80 %
- Invité20 %
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Vous écoutez RMC.
RMC Bourdin Direct.
Jean-Jacques Bourdin. 8h34, professeur Arnaud Fontanet, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous. Je rappelle que vous êtes épidémiologiste à l'Institut Pasteur. Vous êtes consulté par Emmanuel Macron parce que vous êtes membre du Conseil scientifique. Vous n'êtes pas consulté à titre personnel, mais c'est le Conseil scientifique. Et vos recommandations sont souvent appliquées. J'y reviendrai demain 2 juin. Nous débuterons la deuxième phase de déconfinement. Est-ce que la phase suivante, après le 22 juin, une troisième phase, nous permettra de revivre comme avant l'épidémie ?
Revivre comme avant l'épidémie, non, pas encore. Maintenant, les trois semaines qui nous attendent, qui arrivent, sont extrêmement importantes parce qu'on va voir comment cette levée de confinement se passe. Ce qui est nouveau pour nous, c'est qu'on a des outils de surveillance. qui sont en place actuellement, qui nous permettent, non seulement, comme on le faisait jusqu'à présent, de savoir le nombre de nouvelles admissions aux urgences, en hôpital, en réanimation, avec des Covid, mais surtout maintenant, le nombre de cas diagnostiqués sur le territoire français, grâce au déploiement des tests. Vous savez qu'on a maintenant les capacités de tester jusqu'à 100 000 personnes par jour.
C'est les laboratoires hospitaliers, les laboratoires de ville et ces plateformes qui étaient installées, 20 plateformes pour aller jusqu'à 40 000 tests. Et ça, c'est essentiel parce que si les gens se font tester et si le nombre de cas n'augmente pas, à ce moment-là, on saura que le virus est toujours sous contrôle.
Bon, ça veut dire qu'aujourd'hui, on a les capacités de surveiller ce qu'on n'avait pas au début. Aujourd'hui, on a les capacités de surveiller l'évolution de l'épidémie. C'est très important, on a bien compris. Est-ce que l'épidémie est en train de disparaître ? Je regardais les chiffres, il faut se méfier, mais est-ce que l'épidémie, je vous pose la question, est en train de disparaître ?
Alors, on est pour l'instant sur la suite de la fin du confinement. On voit baisser tous les jours le nombre d'admissions à l'hôpital et d'admissions en réanimation pour Covid-19. Il y a chaque jour néanmoins 5 nouveaux clusters depuis le 11 mai. Donc, on a plus de 100 clusters qui ont été déclarés depuis le 11 mai. Donc, on voit quand même que le virus est toujours présent. La dynamique profonde de l'épidémie, savoir si on est toujours sur une baisse. Alors, je ne parlerai pas d'extinction, parce que le virus, il va rester. Ah, je vais vous en parler. Mais une baisse significative, elle est en cours et tant mieux.
Ça tient en grande partie au fait que non seulement le confinement a permis de faire baisser considérablement la circulation du virus, mais les Français ont adopté beaucoup de pratiques d'usage qui font qu'on arrive toujours à contrôler la diffusion du virus. Maintenant, soyons extrêmement prudents.
Est-ce que vous trouvez qu'il y a un relâchement ? Vous avez vu ce qui s'est passé ce week-end, le week-end de Pentecôte, ce qui se passe pendant ce week-end de Pentecôte ? Est-ce que vous trouvez qu'il y a un relâchement, un peu trop de relâchement aujourd'hui ?
Alors, il y a un relâchement, c'est certain. Enfin, de ce que je peux voir. Oui, oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr, mais vous analysez cela différemment. Après, je comprends que les gens en avaient besoin. D'abord, je voudrais remercier les Français, parce qu'ils ont respecté le confinement de façon exemplaire. On a eu une baisse de 80% de la transmission du virus. Je ne crois pas que d'autres pays européens aient réussi à faire baisser autant la transmission du virus.
Nous avons été plus performants que dans d'autres pays européens. Nous, France.
Les données de déplacement que Google enregistre et que vous avez peut-être vues montrent que les Français et les Espagnols sont ceux qui ont le mieux aussi respecté le confinement. Donc voilà, on a beaucoup d'indicateurs qui montrent que les Français ont vraiment bien respecté le confinement. Et grâce à ça, on repart avec un niveau de circulation du virus qui est bas. Et c'est une chance et il faut préserver cet acquis. Est-ce que l'épidémie est terminée ? Alors, l'épidémie, pour moi, n'est pas terminée. Le virus est toujours là. On sait que c'est un virus très transmissible. Et que si on lève la garde, il ne demande qu'une chose. C'est à nouveau repartir.
Est-ce que cette épidémie est saisonnière ? Alors, il se peut qu'il y ait un caractère saisonnier à cette épidémie. Ça, on ne sait pas encore. Comme à beaucoup. Il faudra attendre la saison d'été pour vous dire. Ce qu'on sait des autres virus respiratoires, c'est qu'effectivement, ils ont un caractère saisonnier. Mais où disparaissent ces virus l'été, quand il fait chaud, quand il fait beau ? Ils partent dans l'autre hémisphère. C'est-à-dire que quand on a des virus respiratoires qui sont au nord, eh bien, le sud, l'hémisphère sud est tranquille. Et avec l'alternance des saisons, les virus remontent et repassent.
À condition qu'il y ait circulation. Oui, il y a circulation. Des biens et des personnes. Il y a encore circulation. Il y a toujours un peu de circulation.
Donc, pour l'instant, ce qui est intéressant, c'est qu'on va savoir effectivement s'il y a un effet saisonnier. Parce que si l'épidémie ne repart pas alors que les comportements se relâchent, ça veut dire qu'effectivement, le virus est moins à l'aise pendant l'été. Pourquoi ? Parce que, un, on sait qu'il est sensible à la température. En laboratoire, quand on augmente la température, il pousse moins bien. Et deux, je pense que c'est le facteur le plus important. Pendant les périodes estivales, les gens vivent dehors. En ce qu'on a appris de la transmission de ce virus récemment, c'est l'importance de la transmission en milieu confiné qu'on avait probablement sous-estimée.
Mais Arnaud Fontanet, c'est intéressant ce que vous me dites. En laboratoire, lorsqu'on chauffe, le virus, comment se comporte-t-il lorsque vous chauffez les températures ? Il pousse moins bien.
Il pousse moins bien, c'est-à-dire qu'au lieu... Il ne se développe plus ? Voilà, on arrive à... Alors après, il faut monter à des températures de 50 degrés pour avoir un effet vraiment marquant. Mais en tout cas, on voit bien qu'il n'aime pas la température élevée. Et ça veut dire que sa survie sur des surfaces est moindre quand la température augmente.
D'accord. Bon, les masques, les distances physiques à maintenir encore longtemps ?
Alors, la distance physique, oui, il faut la maintenir. C'est d'autant plus vrai que vous êtes en milieu intérieur. Alors en fait, ce qui est important de comprendre, c'est qu'on avait un dogme jusqu'à présent qui était cette fameuse gouttelette, le postillon, que j'ai répété ici et sur d'autres plateaux, qui était que quand vous parlez fort, quand vous toussez, vous émettez des postillons qui vont jusqu'à un mètre en France, jusqu'à deux mètres en Angleterre et aux Etats-Unis. Les distances sont différentes.
Mais bref, en tout cas, il y a un risque de contamination, à la fois si vous, vous recevez ce postillon dans l'œil, sur le nez, etc., ou sur une surface que vous touchez avec votre main. Ce qu'on a appris et qui est nouveau par rapport à ce coronavirus, c'est que les concentrations de virus dans le fond de la gorge sont extrêmement élevées, notamment juste avant le début des symptômes ou au tout début de la phase de la maladie. Les concentrations peuvent être jusqu'à mille fois supérieures à celles qu'on observait avec, par exemple, le coronavirus du SRAS de 2003. Ce coronavirus de 2003, il était dans le fond des poumons.
Pour le sortir, il fallait tousser et c'était là où vous deveniez contagieux. Celui-là, il est dans le fond de la gorge, à des concentrations extrêmement élevées. Ce qui veut dire que quand vous parlez, vous émettez des particules virales. Jusqu'à présent, on pensait que ces particules virales, elles tomberaient avec les postillons. Mais la concentration est tellement élevée qu'elles peuvent même être suffisamment nombreuses au sein de particules extrêmement fines. On est dans l'ordre du micron pour que ces particules restent en suspension. Et restant en suspension, elles deviennent ce qu'on appelle les aérosols. Elles mettent beaucoup plus de temps à tomber sur le sol.
Et il peut y avoir une transmission en milieu confiné liée à ces aérosols.
Est-ce que ça veut dire qu'à l'air libre, dans la rue, dans la campagne, le risque de transmission est moindre ? Voilà, c'est ce que ça veut dire. C'est que d'abord, il faut aérer.
Quand vous êtes en milieu intérieur, aérez, aérez, aérez. Je parodie le tester, tester, tester. C'est vraiment important, je pense, par rapport à ce nouveau gravieuse. Alors, je veux vous rassurer quand même. Si la transmission se faisait beaucoup par aérosol, on n'aurait pas eu ce fameux nombre de reproductions à deux ou trois. Deux personnes infectées par malade. On serait à 14, 15, comme on l'est avec la rougeole, qui se transmettent de la même façon. Donc, ça veut dire que la part de ces aérosols dans la transmission, elle existe vraisemblablement. Mais elle n'est pas aussi forte que pour des virus comme celui de la rougeole.
Où on en est, justement, le fameux R0 ?
Alors, pour l'instant... Quel est le taux ? Pour l'instant, notre fameux R, il est en dessous de 1. C'est ça qui est important. Toujours en dessous de 1 ? Il est toujours en dessous de 1, mais on le mesure avec un certain décalage. Parce que ce que je peux vous dire, c'est ce qui est de... Il y a eu une à deux semaines et on est autour de 0,7. Après, ces données vont être mises à jour.
Est-ce qu'on sait, professeur Fontanet, combien de Français ont été infectés par le virus ? On le sait ?
Alors, on estime à peu près à 4,5 millions. 4,5 millions de Français, oui. 4,5 millions, ce qui paraît à la fois beaucoup et peu. Oui. Beaucoup par rapport au nombre de cas déclarés officiellement. Parce que ces cas étaient dépendants de la symptomatologie, de la disponibilité des tests, etc. Et en même temps, peu, parce que quand on parle de cette fameuse immunité collective, la proportion de Français infectés qui permettrait de stopper la diffusion du virus, et qu'on estime à 66%, c'est-à-dire 40 millions, on en est loin. Pas d'immunité collective, donc.
Donc, on est loin de l'immunité collective. Sur quoi travaillez-vous, là ?
Alors, actuellement, il y a beaucoup de sujets qui, évidemment, alors l'Institut Pasteur, c'est beaucoup d'équipes. Beaucoup d'équipes, oui. Il y a un travail qui se fait maintenant vraiment sur la structure du virus elle-même, sur essayer de comprendre quelles sont les cibles possibles pour des traitements, des cibles pour des vaccins. Donc, c'est un travail de recherche très fondamental. On est vraiment en train de décrypter, microscope électronique, en trois dimensions, quelles sont les conformations, notamment dans les zones où le virus va s'attacher sur les cellules, pour rentrer dans les cellules, etc., et bien comprendre comment est-ce qu'on pourrait bloquer cet arrimage.
Donc, ça, c'est vraiment le travail de fond. Et puis, beaucoup d'équipes, dont la mienne, travaillent sur l'immunité. Ce qui est très important pour nous, c'est d'essayer d'expliquer quelle est la nature de l'immunité que développent les personnes qui ont été infectées, est-ce qu'elle protège, et combien de temps elle dure. Et là, vraiment, on est... Voilà, là, c'est aujourd'hui notre sujet.
C'est essentiel pour l'avenir. Évidemment que c'est essentiel. Alors, justement, avant de parler du travail que vous avez conduit dans deux hôpitaux de Strasbourg, Arnaud Fontanet, je voudrais qu'on parle un peu de l'immunité croisée. On a beaucoup parlé la semaine dernière. Certains patients ayant eu de simples rhumes ou de petites grippes d'autres coronavirus, en quelque sorte. Sont-ils immunisés contre ce Covid-19 ?
Alors, ce qu'on sait depuis, effectivement, deux semaines, c'est qu'en laboratoire, dans des analyses de leurs cellules, montrent qu'effectivement, des personnes qui ont été infectées par des coronavirus qu'on appelle saisonniers, ceux qui donnent le rhume, notamment deux qui sont HKU1 et OC43, qui sont des bêta-coronavirus de la même famille que ce nouveau coronavirus, leurs cellules, en tout cas, elles reconnaissent partiellement ce nouveau coronavirus. Et certains des anticorps qu'ils fabriquent reconnaissent aussi partiellement ce nouveau coronavirus. Est-ce que ça protège ? Et donc, lutte contre le coronavirus. Est-ce que ça protège ? On sait qu'ils le reconnaissent.
Est-ce que ça protège ? Ça, on ne le sait pas encore.
Ça, on n'a pas encore. On ne sait pas. On n'a pas le résultat. Pour l'Institut Pasteur, vous avez conduit donc une étude sur 160 soignants de deux hôpitaux de Strasbourg atteints par le coronavirus. Mais pas de forme grave du coronavirus. Un mois après, 159 sur ces 160 patients avaient développé des anticorps.
C'est cela ? C'est cela. Et plus important encore, un mois après, 98% avaient des anticorps qu'on appelle neutralisants. C'est-à-dire ? Vraisemblablement protecteurs, qui sont capables de neutraliser le virus en culture. Et c'est ça qu'on recherchait. Donc, on a fait ce travail en collaboration avec les CHU de Strasbourg, avec le professeur Samira Fafi-Kremer. Et c'est important parce que ce qu'on savait déjà, c'est que les patients hospitalisés, qui avaient été étudiés les premiers puisqu'ils étaient à l'hôpital, développaient effectivement une immunité dès 15 jours contre ce nouveau coronavirus.
Ce qu'on ne savait pas, c'était les formes mineures qui sont la très grande majorité des infections par ce nouveau coronavirus. Si ces formes mineures étaient également protégées et jusqu'à 40 jours... Pourquoi c'est une bonne nouvelle ? C'est le cas. Une bonne nouvelle parce que, je ne sais pas moi, pour les futures stratégies vaccinales, par exemple ? Alors, c'est une bonne nouvelle pour les futures stratégies vaccinales parce qu'on sait que ces anticorps que l'on détecte dans le sang, ils sont neutralisants, donc potentiellement protecteurs. Donc, ça fait partie des voies explorées pour les vaccins. Il y a aussi l'immunité cellulaire.
Comment est-ce que les cellules protègent contre ce nouveau coronavirus qui est important ? Et puis, c'est aussi important par rapport à ce concept d'immunité collective parce qu'on a tous rabâché qu'il fallait atteindre ces fameux 66%. Mais si, après une infection, vous ne développez pas d'immunité protectrice, on n'est pas plus avancé. Donc, au moins, on sait maintenant que pour les formes mineures, cette immunité protectrice existe au moins jusqu'à 40 jours.
Alors, c'est là où je suis toujours un petit peu rabat-join, c'est qu'il va falloir attendre pour voir combien de temps elle dure parce qu'on sait qu'avec les coronavirus saisonniers, elles ne durent pas au-delà d'un an à peu près, cette immunité protectrice. Maintenant, on est sur un autre type d'infection avec ce nouveau coronavirus, donc on peut espérer que la réponse immunitaire construite sera plus robuste. Et donc, pour nous, c'est vraiment essentiel. Ce qu'on aimerait savoir maintenant, c'est est-ce que les personnes qui ont fait des formes asymptomatiques, des gens qui n'ont développé aucun symptôme, ont-ils eux aussi constitué une immunité ?
Parce que là, quand même, on commencerait à gagner dans la lutte sur la construction de notre immunité collective.
Évidemment. Les traitements, toujours aucun traitement efficace. Aujourd'hui, on peut dire, est-ce qu'on peut dire qu'il n'y a aucun traitement efficace aujourd'hui ?
Vraiment efficace ? Vraiment efficace. Non. Il y a, comme vous l'avez entendu, le REM des sévirs qui, aux Etats-Unis, permet de diminuer la durée d'hospitalisation. C'est un début. Il y a ces nouvelles dont vous parliez récemment. L'anakinra. L'anakinra, qui, sur des formes sévères, donne un effet... Alors, c'est un médicament bien connu en rhumatologie, l'anakinra. C'est un anti-inflammatoire. Il lutte contre ces fameuses cytokines. Vous vous rappelez, on a parlé de cet orage cytokinique des pneumopathies inflammatoires du 7ème jour. Donc, dans cet orage plein de cytokines, il y en a une qui s'appelle IL-1.
Et l'anakinra, il permet donc d'inhiber cette cytokine et, sur des formes graves, a donné des résultats intéressants.
Uniquement sur des formes graves.
Et, là aussi, ce n'était pas un essai randomisé. Donc, les auteurs, d'ailleurs, de l'étude le disent très bien. Il faut que ces résultats soient confirmés sur un essai randomisé avant de pouvoir être plus affirmatif. Et puis, tous les débats autour de l'hydroxychloroquine
qui continuent. Les débats continuent. Comment les regardez-vous ? Vous n'êtes pas lassés de tous ces gens ? Je suis effectivement lassés. Parce qu'on ne sait pas. On ne sait toujours pas. Est-ce que vous avez des doutes sur la dernière étude de la revue scientifique de Lancet ? Toutes ces études ne sont pas des bonnes études.
Depuis le début, je dis qu'il nous faut des essais randomisés pour trancher. Et avec le nombre de patients qu'on a eus, ça aurait été facile de pouvoir trancher si on avait commencé par un essai randomisé. Ça, c'est très sympa. Randomisé, c'est expliqué. Tirage au sort. Tirage au sort. Et on compare. Il y a les Anglais qui, eux, ont un essai qui s'appelle Recovery où ils ont enregistré plus de 11 000 patients et qui ont examiné et leur donné très récemment à la lumière du papier du Lancet et de tous les signaux que ce papier avait montré. et peut-être une surmortalité qui était liée au tournoi de rite cardiaque. Donc, les Anglais ont regardé de près 11 000 patients.
Alors, je ne sais pas combien ont été randomisés au bras d'hydroxychloroquine mais ça doit être entre 1 000 et 2 000, par exemple. Ils ont décidé de continuer. Ça veut dire qu'ils n'ont pas trouvé les mêmes risques cardiaques que ce que la revue du Lancet dénonce. Mais ils n'ont pas non plus trouvé d'efficacité. Sinon, ils auraient stoppé l'essai. Donc, à mon avis, ils sont dans une zone où, pas d'efficacité, mais pas de risques cardiaques. Et ils vont continuer. C'est peut-être les premiers qui vont publier enfin un essai randomisé qui nous permettra d'avoir des données robustes.
De sortir de ce débat qui nuit. Est-ce que tous ces débats nuisent à la communauté scientifique ? Considérablement.
Considérablement. On a perdu énormément de temps dans la construction des essais cliniques. Et voilà, je pense qu'il faut revenir à des choses très simples. On sait comment évaluer les médicaments. On a 30 ans d'expérience de recherche clinique qui nous l'ont prouvé. Donc, faisons, continuons avec les bonnes pratiques. Oui. L'appli StopCovid,
c'est important, téléchargeable à partir de demain. Est-ce utile, franchement ?
Alors, l'appli StopCovid, en tout cas, pour moi, c'est très intéressant. Je pense qu'il faut vraiment la tester.
Par exemple, que Singapour arrête.
J'ai vu arrêter. Je pense qu'il faut vraiment la tester parce que d'abord, à titre personnel, je ne trouve pas ça particulièrement intrusif. Un, c'est volontaire. Oui. Deux, ça vous permettra de savoir si vous avez été en contact. Toute la difficulté, c'est le calibrage. C'est-à-dire, est-ce que c'est actuellement être à moins d'un mètre de quelqu'un qui a été infecté pendant plus de 15 minutes ? Je pense que ce sera utile sur les transports en commun, ce sera utile sur l'avion, le train. Vous apprendrez que vous avez été assis vraisemblablement à côté de quelqu'un sans qu'on vous dise précisément que ça s'est fait.
Mais on vous dira dans ces circonstances où effectivement, vous allez vous retrouver à côté de quelqu'un qui est infecté sans le savoir pendant une période assez longue. Et ça, cette appli vous le repérera. Ce qui est important dans l'appli, c'est qu'elle permet ce traçage des contacts extrêmement rapidement. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la procédure, c'est qu'une personne doit être identifiée comme étant infectée pour, après avoir une enquête qui va être faite par la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, on va vous demander jusqu'à 3 jours avant le début des symptômes à côté de qui avez été voué, etc. Cette personne pourra dire le milieu familial, les amis, etc.
Mais elle sera incapable de se dire la personne qui était à côté, dans le train, dans la chaîne, etc. Donc, un, on ne retrouvera pas cette personne. Et deux, le temps de faire cette enquête, c'est 2-3 jours. Et ces 2-3 jours, ils sont extrêmement importants. Avec l'appli, c'est instantané. Donc, pour moi, c'est un outil. Alors, il ne va pas être révolutionnaire. C'est un outil qui se rajoute à l'ensemble. Mais c'est un outil utile.
Bien. Arnaud Fontanet, le Conseil scientifique, vous êtes membre du Conseil scientifique, est-il toujours consulté par le Président de la République aujourd'hui ?
Alors, il l'est. Il l'est. On a fait un peu relâche. C'est-à-dire que depuis le 11 mars, on s'est réunis tous les jours, week-end compris, deux heures par jour. On travaille après pour préparer les réunions du lendemain. Donc, c'est vraiment un travail considérable qui a été effectué par ce groupe de personnes du Conseil scientifique. Et on a été consulté très régulièrement par l'exécutif. Et jeudi dernier, nous étions à l'Élysée, quelques-uns d'entre nous, pour discuter avec Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Olivier Véran.
Est-ce que le gouvernement, le Président de la République, est-ce que le gouvernement et le Président de la République ont suivi vos dernières recommandations de jeudi matin ? En tout cas, ils nous écoutent, ce qui est très important.
Nous, on donne un avis sanitaire.
Est-ce que vous avez le sentiment d'être parfois instrumentalisé ? Franchement.
Instrumentalisé, je dirais oui, quand on nous fait peser des décisions que nous ne prenons pas.
Nous nous donnons des avis. Quel exemple ?
Nous nous donnons des avis. Les municipales, le premier tour ? Les municipales en sont un exemple.
C'est-à-dire que les municipales, on s'est appuyés sur votre avis pour les organiser, si j'ai bien compris.
Il suffit de relire l'avis dans le détail, qui commence par la décision de faire les municipales est une décision éminemment politique, c'est ce que nous écrivons, qui ne nous appartient donc pas. Et si les municipales devaient se faire, voilà dans quelle position elles devraient se faire. D'accord, j'ai compris. Pour le deuxième tour, on a fait exactement la même chose, sauf que le 12 mars, nous avions, en une journée, pris un nombre d'avis. On a émis des avis sur... Rappelez-vous, c'est là où il y a beaucoup de choses.
Donc là, sur le deuxième tour, on a pris beaucoup plus de temps parce qu'on l'avait pour bien préparer, tout en restant dans la même position qui est de dire que ce n'est pas du tout à nous qu'il appartient de dire s'il faut organiser ou pas le deuxième tour. En revanche, ce qu'on peut faire, c'est vous dire si le deuxième tour doit avoir lieu, voilà dans quelles conditions il doit avoir lieu. Et pour nous, le point d'alerte sur le deuxième tour, c'était la campagne. A la limite, le jour du vote, ça peut s'organiser. Donc vous dites oui pour le jour du vote, oui avec précaution,
si j'ai bien compris.
Non, on dit si vous décidez de faire le deuxième tour des municipales, voilà ce qu'il faut faire le jour du vote et là, je pense qu'on peut avoir un assez bon contrôle de la situation parce que tout est anticipé. En revanche, la campagne elle-même, c'est vraiment le moment du haut risque. Donc, le deuxième tour, il aura lieu sauf contre-ordre parce que les premiers auraient repris et il y aura un point d'étape 15 jours avant.
Mais là, où je souhaiterais me prononcer ici, c'est que je demande aux candidats d'être extrêmement vigilants sur l'organisation de la campagne, de relire cet avis qu'on a fait pour voir dans quelles conditions la campagne peut être faite parce que c'est vraiment la campagne qui est le moment dangereux. Est-ce que vous souhaitez que ce conseil scientifique soit pérennisé ? Non, je pense que ce conseil scientifique il est nommé avec un décret d'urgence sanitaire et normalement il devrait se terminer avec la fin du décret.
Je crois qu'il a été en tout cas ça a été une expérience passionnante pour nous qui nous a permis effectivement d'émettre des avis et qui ont permis d'informer le gouvernement. Après, effectivement, le gouvernement il décide. Nous, on se contente d'un avis sanitaire. Le gouvernement il prend en compte tous les autres aspects notamment économiques, sociétaux dans ses décisions et c'est un très bon partage des rôles. C'est vraiment ce que nous on revendique.
Merci professeur Arnaud Fontanet d'être venu nous voir encore une fois avec toutes ces explications qui nous sont utiles. Merci. Il est 8h54. Vous êtes sur RMC et BFM TV.