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interviewFrançois Ruffin (sur YouTube)· 21 février 2024 10 minAutoproduit

"Luth pour la Palestine !" - WISSAM JOUBRAN

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Sous-titrage Société Radio-Canada Donc vous êtes joueur de wood, tous les trois, vous chantez et vous êtes considérés comme des ambassadeurs de la Palestine partout dans le monde avec la musique que vous portez qui est la musique traditionnelle de la Palestine. Et là ici on est dans votre atelier, dans ton atelier, et là ici on est dans ton atelier dans le 15e arrondissement à Paris où tu fabriques des wood, où tu as une collection de wood et où tu formes des élèves à jouer du wood.

1:21
Invité

Tout ça c'est lourd, surtout quand on t'a mentionné que je suis l'ambassadeur des Palestiniens ou de la Palestine, c'est une responsabilité. Étant artiste, bien sûr on porte un message, il y a toujours un message à porter, mais quand ça vient à la politique c'est très lourd pour un artiste. J'espère un jour d'être libéré, libéré de ce poids sur notre tête et juste créer l'art pour l'art. Aujourd'hui malheureusement la Palestine souffre, ça fait 75 ans que les Palestiniens souffrent. Et un artiste, il porte ce message quand il voyage avec cet instrument, avec n'importe quel art, il porte un message que les Palestiniens méritent de vivre en liberté, comme tout le monde.

Un enfant a le droit d'aller à l'école comme tous les enfants, étudier et avoir des rêves et réaliser ses rêves. Je porte ce lutte et je lutte avec, jusqu'à la liberté de la Palestine.

2:28
Présentateur

Malgré toi. Finalement tu es condamné à faire de la politique, malgré toi.

2:35
Invité

Je ne veux pas faire de la politique, absolument pas. Je porte un message très humain en fait, que chacun mérite de vivre en liberté. Je ne veux pas faire le politicien, mais je suis obligé de porter une parole des Palestiniens qui sont en prison. Gaza, c'est la plus grande présence sur cette terre. Et maintenant avec cette guerre, ce qui est en train de se passer, je n'ai pas de parole honnêtement. Toutes les paroles, il n'y a plus de paroles pour expliquer ce qui est en train de se passer. Des génocides, pas un génocide, des génocides quotidiens. Et je porte tout ça. Et à la fin, je porte le lutte pour dire quelque chose. Sans paroles, sans texte, juste la musique, c'est très lourd.

Et ça marche. Dans le sens, un jour mon concert était interdit dans la ville natale, à Nazareth, parce que les Israéliens considèrent que ma musique est dangereuse.

3:36
Présentateur

Sans même parler, juste la musique.

3:38
Invité

Même pas parler, même pas de paroles, juste la musique. Ça devient dangereux.

3:42
Présentateur

Parce que ça rassemble les Palestiniens ?

3:44
Invité

Apparemment parce que ma musique, ça ressemble aux Palestiniens. Oui, c'est la porte-parole des Palestiniens. C'est la simplicité. C'est ça qu'on cherche, nous, les Truilles Joubrun, quand on compose notre musique. C'est la nature de la Palestine. C'est l'odeur de la cuisine palestinienne. Des plantes. C'est la parole d'un enfant. C'est la parole d'une femme qui n'arrive pas à nourrir ses enfants. Tout ça, c'est notre musique.

4:17
Présentateur

Et quand vous fabriquez des luttes, quand vous formez des gens à jouer du lutte, vous avez le sentiment de lutter, de participer à la lutte ?

4:26
Invité

Quand je fabrique le houtte, c'est un exemple que je porte depuis quatre générations, en fait. Ma famille a commencé à créer le houtte en 1890, avant la création d'État d'Israël. Bien avant. Et on va continuer. Je suis la quatrième génération et je vais donner ce message pour la nouvelle génération.

4:45
Présentateur

C'est-à-dire qu'au moment où on voudrait détruire le peuple palestinien, détruire la culture palestinienne, détruire la musique palestinienne, finalement, jouer du houtte, c'est une forme de résistance ?

4:56
Invité

Ce n'est pas que jouer le houtte. Tout le monde, toutes les formes d'art, la peinture, la poésie, la musique, même il y a des réalisateurs qui sont très connus mondialement aujourd'hui. Tout ça, c'est de l'art, c'est de la culture. La culture, c'est la preuve que la Palestine existe. Un pays sans culture, il n'y a pas de pays. Quand je veux connaître quelqu'un, je demande qu'est-ce que tu manges, c'est quoi le plat qui est créé par ta culture, ta musique, comment tu t'habilles. Pour moi, c'est ça la culture. C'est la preuve que ton peuple existe, et depuis longtemps. Et ça se répète, il y a une énergie qui se crée. Et je ne sais pas, il y a une magie dedans.

Et on a eu beaucoup de succès avec ce morceau.

6:14
Présentateur

Ça fait maintenant près de 20 ans que vous êtes installé en France.

6:17
Invité

Quand je suis arrivé en France, j'ai senti quelque chose de particulier. J'ai senti cette richesse, j'ai senti ce respect de la multiculture. J'ai rencontré énormément de gens très intéressants. Même les managers qui travaillent pour moi, c'est comme une famille, ce n'est pas juste business. C'est des personnes qui travaillent avec le cœur. Malheureusement, aujourd'hui, peut-être, ce sentiment a changé. Et je me demande pourquoi. Mais je pense que j'ai peut-être la réponse. La politique française a beaucoup changé. Les politiciens que j'ai connus à l'époque, comme Jacques Chirac et des autres, ce n'est pas comme aujourd'hui.

Un président français, aujourd'hui, serre les mains avec un criminel. Pour moi, c'est très choquant.

7:05
Présentateur

Il y a une figure que je voulais qu'on évoque ensemble. C'est la figure du poète Mahmoud Darwish. Parce que je sais que vous le considérez comme un père, quasiment.

7:13
Invité

Mahmoud Darwish, c'est l'inspiration. Mahmoud Darwish, c'est un père dans tous les sens. Pas physique, mais Mahmoud Darwish, j'ai appris avec lui même la musique. Parce que quand il récite ses poèmes, il y a de la musique. Il y a de le rythme. Ses paroles, on est en train de le vivre. Je peux vous dire qu'il a écrit un poème en 1992. Si je peux lire ce poème aujourd'hui, on est en train de le vivre. C'est quoi ce poème ? Le poème, c'est un message de chef des Indiens vers l'homme blanc. Et il finit ce poème par une question. Oh, l'homme blanc, où tu ramènes ton peuple et le mien ? Il a mis tout le monde dans le même bateau. Avec tout ce qui est en train de se passer.

Parce que la guerre aujourd'hui, ce n'est pas que la Palestine. C'est en train d'affecter dans toute la zone. Tout le monde est concerné.

8:17
Présentateur

Ce houd là, c'est toi qui l'as fabriqué ?

8:19
Invité

Ce houd, c'est moi qui l'as créé. Pendant que Mahmoud Darwish était là. Chaque quelques jours, il venait pour visiter mon petit atelier. Ce n'était pas ici. Et chaque fois, il me dit, oh, ça c'est sa main, ça c'est sa tête. Et finalement, l'instrument, quand il a été fini...

8:36
Présentateur

Donc tu as choisi d'y mettre des colombes ?

8:38
Invité

Les deux colombes, c'est le symbole de la paix. Et puis, une partie de son poème sur cette terre.

8:47
Présentateur

De quel poème ?

8:49
Invité

Le poème de Mahmoud Darwish sur cette terre, qui mérite de vie.

8:53
Présentateur

Donc là, tu as inscrit un poème de Mahmoud Darwish au milieu de ton houd. Est-ce que tu peux nous le lire ?

9:00
Invité

Alors... Donc je lis la traduction de ce poème de Mahmoud Darwish

9:29
Présentateur

qui est inscrit au milieu de ton houd. Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie. Sur cette terre se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l'appelait Palestine. On l'appelle désormais Palestine. Madame, je mérite la vie, car tu es Madame.

9:48
Invité

Mahmoud Darwish. Sous-titrage Société Radio-Canada

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