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interviewBFMTV· 14 janvier 2025 15 min

Jean-Philippe Tanguy s'exprime après le discours de politique générale de François Bayrou

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Jean-Philippe Tanguy

Madame la Présidente, Monsieur le Préministre, chers collègues, Monsieur Berroux, Clémenceau avait pour usage de dire que quand il voulait enterrer un problème, il fallait créer une commission. A vous entendre, je crains que vous n'ayez enterré votre gouvernement morné à force de le submerger de conférences, de comités, de commissions, de gros machins, de pitibidules qui ne régleront rien, sinon multiplier les bureaucraties que vous avez condamnées. Et quelle déception, Monsieur Berroux, je dois le dire, car le 5 décembre 2024, la censure du gouvernement Barnier avait pourtant tout d'un événement historique.

Pour la première fois depuis 1958, l'Assemblée nationale avait pu déjouer un 49-3 illégitime. Pour la première fois, la censure était soutenue par le peuple français contre un gouvernement minoritaire dans les urnes, dans les esprits et dans les cœurs. Pour la première fois, l'exercice du plus légitime des droits des députés ralentissait l'emprise corrupteur du Parti unique contre la souveraineté du peuple. Enfin, se manifestait la rupture historique que nos concitoyens avaient voulu aux élections européennes et législatives en soutenant massivement Marine Le Pen et Jordan Bardella. Oui, la censure arbitrée par le Rassemblement national et l'UDR avait rempli son office politique.

Nous avons protégé les Françaises et les Français en retournant contre vous les alliances cyniques, manipulatoires et antidémocratiques que vous aviez commises avec la gauche extrémisée pour barrer la route à notre victoire écrasante de 11 millions de voix. La censure, oui, a interdit au macronisme de continuer à tondre les classes moyennes et populaires, de spolier les retraités et les travailleurs, d'accabler les entreprises et les entrepreneurs, de solder encore et toujours notre parc nucléaire à nos voisins européens.

Si vos manipulations électorales ont réussi sans doute pour la dernière fois à faire barrage à la volonté du peuple au nom de l'oligarchie, nous, le Rassemblement national, avons fait enfin barrage à l'oligarchie au nom du peuple. Oui, tout relevé dans cette censure, tout relevé dans cette censure de l'événement historique, tout aux yeux des Français, mais rien pour vous. Oui, car qu'avez-vous fait de cette censure et du message politique inédit qu'il portait ? Rien. Fidèle à la nature nihiliste du macronisme, vous n'avez fait que détourner la prophétie de Nietzsche. Tout ne vaut rien, tout arrive et cependant il ne se passe jamais rien, tant cela vous est indifférent.

Car l'ultime mérite de la censure et des semaines pitoyables qui l'ont suivi aura été de confirmer aux Français votre vraie nature. D'un événement historique, vous ne voyez rien. Du peuple souverain, vous n'écoutez rien. D'une rupture démocratique, vous ne dites rien. Avec cette censure, la Ve République aurait-elle tremblé sans qu'aucun macroniste ici ne sente la moindre secousse ni aucune réplique ? Encore aurait-il fallu pour cela que vous vous soumettiez au sens profond de la Ve République, celui du pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple ?

Encore aurait-il fallu que vous obéissiez, chers collègues, à une certaine idée de la République, à une certaine idée de la Nation, à une certaine idée de la France. Mais non, vous n'êtes gouverné que par une seule idée, l'idée certaine de vous-même. Avec cette censure, le chef de l'État aurait-il enfin, enfin embrassé au bout de ses temps, son vrai rôle constitutionnel, garant de nos institutions ? Non, car en tirant aurait-il fallu qu'Emmanuel Macron soit un chef, encore aurait-il fallu qu'il reste un État. Finalement, encore aurait-il fallu qu'Emmanuel Macron n'apparaisse pas pour ce qu'il est, le vide du pouvoir pour un pouvoir avide, le vide de son âme pour une âme avide.

Le macronisme n'est qu'un trou noir dévorant l'identité de la France pour que notre Nation se perde dans son déclin civilisationnel et social. Un trou noir dont le Président de la République espère que la France ne pourra ressortir qu'à travers une Union européenne stérile, ce berceau sans enfants, qu'annonçait Marie-France Garraud. Alors, Monsieur le Premier ministre, la seule question qui vaille après cette décession est simple. Êtes-vous enfin du côté du peuple français, de sa dignité, de son identité, de sa liberté ? Ou êtes-vous encore du côté d'Emmanuel Macron ? Vous aviez pourtant, Monsieur Béroud, tout prévu.

En 2017, vous affirmiez, je cite, que vous étiez absolument sceptique sur l'hologramme qu'était Emmanuel Macron. Vous disiez encore, Monsieur le Premier ministre, derrière Emmanuel Macron, il y a les grands intérêts financiers incompatibles avec la partialité exigée par la fonction politique. On a déjà essayé en 2017 avec Nicolas Sarkozy. Ça n'a pas très bien marché. On a déjà essayé en 2012 avec de ministres Scannes. Hélas, Monsieur Béroud, vous étiez prophète. Mais vous avez alors choisi le pire, Emmanuel Macron, puis les amis de Nicolas Sarkozy. Et même maintenant, vous courez derrière ce qui reste de socialistes défroqués que n'aurait pas renié Dominique Strauss-Cannes.

C'est vrai, je vous comprends, ils n'ont pas l'air chers, les socialistes. Après s'être soldés aux insoumis, tout doit disparaître dans l'héritage des socialistes. Au terme de ces temps d'erreur, enfin, allez-vous choisir le meilleur des biens après avoir choisi le pire ? Nous pensons pourtant, Monsieur Béry, que vous en êtes capable, car la famille de pensée que vous représentez, les chrétiens démocrates, a les valeurs nécessaires au sursaut. Nous n'oublions pas que le modem a toujours défendu en parole et souvent en acte une démocratie saine et pluraliste, une moindre injustice sociale et fiscale, une vision fraternelle et humaniste pour notre pays.

Vous avez, par le passé, eu la force de dénoncer les oligarques du régime, le pillage des biens publics, comme la privatisation des autoroutes. Vous avez, avant d'autres, dénoncé la ruine de l'État, la spoliation des classes moyennes et des entrepreneurs, le tonneau des danaïdes de la bureaucratie. Il serait injuste, Monsieur Béry, de ne pas porter ces combats à votre crédit. Mais il serait d'autant plus impordonnable qu'aujourd'hui, alors que vous avez le pouvoir en main, vous ne mettiez pas ces principes au bénéfice de la nation. Hélas, à écouter votre discours ce jour, mes espoirs sont rachitiques.

Dans l'attente de votre décision de rompre avec le macronisme, une large majorité de nos compatriotes ont tiré leur propre conclusion de leur désillusion. Vous n'avez pas d'État de grâce. A peine 20% des Français soutiennent une action qui n'a même pas commencé, car ils craignent déjà qu'elle n'ait que trop durée. La France et nos concitoyens tiennent et avancent debout, malgré vous, en dépit de vous, et même aujourd'hui, contre vous. Hélas, nos compatriotes ne se détournent pas seulement de la Macronie. Ils se demandent si la France, aujourd'hui, dispose encore d'un État capable de les protéger. Pourrait-on leur donner tort ?

Pourrait-on les donner tort face à la tragédie de l'ougarant Chigo et de la tempête d'Iquilédi ? Existe-t-il encore, Monsieur le Premier ministre, à Mayotte, un État ? Oui, nous croyons au Rassemblement National qu'il existe, à travers les fonctionnaires, à travers les agents, les soignants, les enseignants, les forces de l'ordre, les élus locaux. Cet État existe à travers les deux admirables députés de Mayotte, notre sœur de combat, député Rassemblement National, Anshir Bamana. Mais aussi, notre collègue Lyot et Stel Youssoupha, ce sont deux parlementaires éminemment courageuses, qui portent haut les valeurs de la France.

Toutes et tous sont l'honneur de notre pays, un honneur à la hauteur de l'amour des Mahorais pour notre nation, francés par le cœur, par la volonté et par l'histoire depuis 1841. Et vous, macronistes, qu'avez-vous fait de cet amour ? Faut-il insulter notre pays, vouloir l'humilier, le submerger comme le régime comorien pour mériter votre respect ? Faut-il des émeutes, des violences, des crachats sur les valeurs de la République pour avoir le respect d'un pouvoir indigne de la France ? Les Mahorais, en réalité, ressentent le même mépris que tous les honnêtes gens sur nos territoires. Cette immense douleur de l'abandon, de l'injustice et du désordre.

Face à la pire des tragédies, vous continuez avec votre gouvernement de mentir, encore dans votre discours, sur la population à Mayotte. Vous mentez avec des visites Potenkim, vous mentez avec des annonces médiatiques rassurantes pour l'Hexagone, mais qui dissimulent en réalité la détresse, la tragédie que vivent les Mahorais. Vous mentez sur tout à Mayotte, sur l'électricité, sur les vivres, sur l'eau, sur l'école, sur les soins, sur la sécurité, sur la submersion migratoire, et même, c'est sans doute le pire, sur la gravité du bilin humain de cette catastrophe.

Comment, encore aujourd'hui, la sixième puissance mondiale n'est-elle pas capable de dire aux Françaises et aux Français combien nous devons pleurer de mort à Mayotte ? C'est inacceptable qu'au bout qu'à moi, cette situation soit encore celle-ci. Aucun Français ailleurs sur le territoire n'accepterait de savoir combien nous sommes endayés, combien nous devons pleurer de disparus Français. Nous n'acceptons pas, M. Bérou, ces mensonges d'État, ce plan au rabais que vous avez proposé et ces promesses jamais tenues.

Nous n'acceptons pas que le contrôle total de l'immigration, la suppression du droit du sol à Mayotte, et la destruction définitive des bidonvilles ne soient plus le préalable à tout véritable plan de redressement pour l'île. Force est de constater qu'en réalité, seule Marine Le Pen aura la détermination d'appliquer l'égalité républicaine à Mayotte. J'ai nommé la priorité nationale. Seul principe a même de restaurer un ordre juste et de bâtir un avenir pour toute la France. Notre exigence de fraternité, de solidarité et de dignité envers Mayotte est une ligne rouge. Si elle n'est pas scrupuleusement respectée, le groupe Rassemblement National vous censurera.

Pour le reste, les lignes rouges que notre groupe avait fixées avec Marine Le Pen et Jordan Bardella n'ont pas varié. Elles n'ont d'ailleurs jamais varié et elles ne varieront pas. Nous n'acceptons pas que se poursuivait sa grave l'effondrement régalien de la France, cette submersion migratoire et l'ensauvagement de la société qui a fait bien trop de victimes. Les titres ronflants de grands ministres d'État n'y feront rien si la politique que vous menez ne change pas de dimension. Bien sûr, les mots de Bruno Rotaillot sont les nôtres.

Parfois même, ils débordent avec Gérald Darmanin sur notre droite, avec les excès de zèle des nouveaux convertis ou des réminiscences de votre lointaine jeunesse. Les actes réels ne suivent hélas pas, puisque vous avez les pieds et les poings liés par votre propre majorité, par un gouvernement abusif des juges et par une démocratie européenne qui ne cesse de s'immiscer dans nos affaires. A ce titre, la pitoyable mascarade de l'expulsion ratée de l'agent de haine d'Oualem est une humiliation de trop.

Elle a la même cause que la prise d'otages que constitue l'enfermement abject de Boalem-Sensal et avec lui de ses idées lumineuses qui devraient, elles, être le véritable lien avec le grand peuple algérien. Mais quel respect pourriez-vous espérer des gérontes du régime d'Alger ? Vous, avec Emmanuel Macron, qui alternait en 2017, en quelques mois, l'éloge de la colonisation, puis l'insulte à notre histoire en prétendant que la France avait commis des crimes contre l'humanité ? Qu'espérer comme un respect quand un ancien ministre de l'Intérieur, si devant garde des Sceaux désormais, allait poser une gerbe bleu-blanc-rouge devant la stèle du FLN qui a assassiné tant d'innocents ?

Croyez-vous, monsieur Berroux, que vous serez plus respecté en copiant le programme de Marine Le Pen, à savoir enfin dénoncer les accords de 1968 ? Même sur un tel sujet, ceux qui insultaient le RN se soumettent à nos diagnostics, puis à nos solutions, dans l'ordre, la soumission de M. Wauquiez, de M. Philippe, et maintenant de M. Attal. Ainsi, la ligne rouge dressée par Marine Le Pen envers Michel Barnier reste la même. Toujours la même, nous exigeons une vraie loi de contrôle sur l'immigration, une vraie politique contre la sécurité, une vraie diplomatie qui fasse respecter la France.

Trois sujets dont plus personne, à part les fanatiques de gauche, n'ose dire qu'elles ne sont pas intimement liées. Reste la mère des batailles parlementaires. Le budget est donc le financement de toute votre politique, ou votre inertie en l'occurrence. Vous vous accrochez à tous les tabous qui font depuis 50 ans tous les budgets son déficitaire. A quel moment pouvez-vous sérieusement penser que des résultats différents viendront de la même politique ? Le tabou de la submersion migratoire, évidemment.

A ce titre, votre obsession à défendre l'AME à tout prix, alors qu'il existe sur ses rangs une majorité pour la remplacer par une aide médicale d'urgence, confirme au fanatisme immigrationnisme. Le tabou, ensuite, de la contribution à l'Union européenne. Le tabou, il lui est lié, de la facture énergétique et du marché européen de l'électricité. Le tabou, du coup délirant, de la bureaucratie. A ce titre, M. Bérou, vous avez annoncé un fonds de modernisation de l'État. Il existe déjà depuis 2017, et ce n'est pas en rajoutant l'IA qu'il sera plus efficace que l'échec qu'il a déjà fait. Seul frémit, enfin, depuis quelques mois, le tabou de la fraude.

Une autre victoire, bien maigre, des mesures proposées par le Rassemblement national. Nos lignes rouges, donc, M. Bérou, demeurent. Tout d'abord, le Rassemblement national se félicite que les retraites soient bien indexées, que les médicaments ne soient plus déremboursés, vous l'avez annoncé aujourd'hui, et que vous donniez plus de moyens à nos soignants et à l'hôpital. C'est une grande victoire de Marine Le Pen, qui a respecté seule sa parole envers les Français, quand vous tous, macronistes et républicains, l'aviez trahi. Nous refusons, en revanche, nous refusons, M.

Bérou, encore et toujours, même si vous n'avez pas parlé aujourd'hui, toute hausse d'impôts globales, faute de réaliser enfin de vraies économies structurelles. Restaurer la justice fiscale, M. Bérou, ce n'est pas seulement faire davantage contribuer les plus privilégiés, c'est aussi et surtout baisser à due proportion la fiscalité des classes moyennes et populaires. Vous avez parlé des Gilets jaunes, mais les Gilets jaunes étaient en rupture de banc avec votre politique confiscatoire, avec la fiscalité, avec la fiscalité sur le carburant, la fiscalité sur le fuel, la fiscalité sur le gaz. Si vous voulez répondre aux enjeux des Gilets jaunes, M.

Bérou, il faut s'aligner sur nous, à savoir la baisse de la TVA de 20 à 5,5 sur ces énergies. Ce n'est pas une ligne rouge, mais puisque vous avez parlé des Gilets jaunes, c'est une évidence. Ce n'est pas les cahiers de doléances qu'il faut étudier, c'est baisser la TVA, baisser les dépenses contraintes, permettre de vivre à la France du travail. Nous déplorons, nous déplorons donc, M. Bérou, d'ailleurs, que vous ne présentiez rien, désespérément rien, à la France du travail. La Macronie avait promis que la fin des allègements de charges mènerait à la fin des trappes à bas salaire et à la relance des salaires. Il n'en sera donc rien.

La Macronie avait promis de favoriser l'industrie par la baisse des impôts de production et une réforme des règles ineptes du marché européen de l'électricité. Il n'en sera donc rien. La Macronie avait promis aux agriculteurs de pouvoir bénéficier enfin de prix rémunérateurs et d'être libérés de la bureaucratie et des interdictions de produits phytosanitaires qui vont mener à l'extinction de filières entières sur notre sol. Il n'en sera rien. La France du travail, les Français qui produisent des richesses, M. Bérou, sont à l'agonie. Rarement a été aussi profond le fossé entre l'économie réelle et la spéculation.

Alors que les défaillances d'entreprises atteignent des records, qu'une vague de désindustrialisation frappe notre pays, les multinationales affichent un nouveau record de dividendes versés et de rachats d'actions frôlant les 100 milliards d'euros, une hausse de plus de 60% depuis 2019. Les surprofits ne sont plus exceptionnels. Ils sont devenus la norme au détriment de l'investissement, au détriment de la recherche, au détriment des salaires. En réalité, le désordre régalien macroniste répond immanquablement au désordre économique et social. Autrement dit, M. le Premier ministre, pour commencer à redresser la France, il faut enfin rompre avec le macronisme.

Le voulez-vous, le pouvez-vous, je crois que non. « Ce n'est rien », disait Henri IV, M. Béroud, en voyant que le coup de Ravaillac était hélas mortel. Mais personne, pas même le meilleur des rois, ne peut maîtriser des tragédies qui dépassent sa personne. Or, comme disait Charles de Gaulle, dans un drame où chaque peuple joue sa vie, il faut que des hommes de cœur aient le courage de voir les choses en face et de les dire avec franchise, et surtout d'agir. Nous, nous disons aux Français, « Tenez bon, on arrive ! »

Jean-Philippe Tanguy s'exprime après le discours de politique générale de François Bayrou — Jean-Philippe Tanguy · Pourquijevote