Paul Molac, la culture bretonne en étendard
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:10OuverteRéponse directe
C'est une victoire contre quoi ?
- 1:22RelanceRéponse directe
Sur la technocratie et sur une certaine conception de la République aussi, celle portée par Jean-Michel Blanquer par exemple ?
- 1:49OuverteRéponse directe
Il était ministre de l'Éducation nationale à l'époque et il a appelé la majorité à rejeter votre loi, il n'a pas été entendu.
- 2:27OuverteRéponse directe
on sent chez vous un côté un peu provocateur, comme si vous aimez bien défier l'autorité, le pouvoir central.
- 2:53OuverteRéponse directe
C'est un symbole fort, un hymne régional, national pour vous ?
- 3:23OuverteRéponse directe
Alors vous êtes engagé à 17 ans dans la défense de la culture, de l'identité bretonne. Pourquoi soudainement ce besoin de vous tourner vers cette identité bretonne ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:55PrésentateurFait
« vous avez entonné ces quelques notes. Donc ça c'est l'hymne breton, Brogoz Mazadou. »
- 2:03Invité politiqueChiffre
« les deux tiers du groupe LREM de l'époque a voté la loi. »
- 3:44Invité politiqueFait
« J'avais, dans mon parcours scolaire, je m'étais un peu interrogé sur le fait que nous étions en Bretagne et qu'on ne m'en parlait jamais à l'école. »
- 4:34PrésentateurFait
« dans votre département, on ne parle plus le breton depuis cinq siècles, je crois. »
- 8:27Invité politiqueFait
« Peuple corse, partie intégrante du peuple français. »
- 10:07Invité politiqueFait
« un député n'est pas là pour soutenir le gouvernement. Il est là parce qu'il y a une séparation des pouvoirs. »
Temps de parole
- Paul Molac54 %
- Présentateur46 %
≈ 1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est têtu comme un breton, et ça tombe bien. Mon invité a passé l'essentiel de sa vie à défendre la langue et la culture bretonne, y compris au Palais Bourbon. Bonjour Paul Molac. Bonjour. Alors le 8 avril 2021, avec quelques collègues députés, vous vous êtes rendu sur les marches du Palais Bourbon, et vous avez entonné ces quelques notes. Donc ça c'est l'hymne breton, Brogoz Mazadou. C'était pour célébrer l'adoption de votre loi sur l'enseignement des langues régionales à l'école. C'est une loi, pour faire simple, qui permet à un élève en Bretagne d'apprendre les maths ou la géographie en breton. Ça s'appelle l'enseignement immersif.
Moi ce que je veux savoir, c'est ce que vous célébrez ce jour-là sur les marches du Palais Bourbon, c'est quoi ? C'est une victoire contre quoi ?
Alors je pense que c'est une victoire de la démocratie, c'est une victoire des territoires sur la technocratie.
Sur la technocratie et sur une certaine conception de la République aussi, celle portée par Jean-Michel Blanquer par exemple ?
Voilà, sur une norme qui serait définie par l'État et qui devrait s'imposer à tout le monde, y compris dans ce que vous devez parler ou quasiment ce que vous devez être. Donc on sort de la politique là quelque part pour s'attacher à façonner le citoyen, y compris sa culture, en fonction d'une norme qui viendrait de Paris. Ce qui a été fait bien souvent, et nous on dit, ben non, on a aussi une langue.
Oui, mais je parlais d'une certaine conception de la République, celle de Jean-Michel Blanquer, vous vous êtes opposé assez violemment à lui. Il était ministre de l'Éducation nationale à l'époque et il a appelé la majorité à rejeter votre loi, il n'a pas été entendu.
Non, il n'a pas été entendu puisque les deux tiers du groupe LREM de l'époque a voté la loi. Mais c'est une conception en fait de l'État et que c'est l'État, comme il le dit lui-même d'ailleurs, en France c'est l'État qui fait le citoyen. Moi je pense qu'en démocratie, c'est le citoyen qui fait l'État.
Alors on va en parler peut-être un peu plus tard dans l'entretien, mais pour en revenir à cet hymne breton sur les marches du palais Bourbon, on sent chez vous un côté un peu provocateur, comme si vous aimez bien défier l'autorité, le pouvoir central.
J'ai toujours été un peu comme ça, d'ailleurs mes enseignants s'en plaignaient. Mais là c'est un pur hasard, c'est-à-dire que les collègues m'ont dit il faudrait qu'on chante quelque chose en breton. On a dit bon, alors il y a bien des chansons à boire, mais ce n'était pas le lieu. Et je me suis dit le seul air qu'ils doivent connaître à peu près avec quelques paroles, ça doit être le brogos, donc j'y vais.
C'est un symbole fort, un hymne régional, national pour vous ?
Alors oui, mais si vous regardez les Galois par exemple, ça ne leur pose aucun problème. Parce qu'on a le même, le même air, avec les mêmes paroles, eux en galois, nous en breton. Et ça ne pose aucun problème quand ils le chantent là-bas. Bon, ce n'est pas tourné contre quelqu'un. On dit ce qu'on est, mais il ne faut pas le voir comme un nationalisme belliqueux, revengeur ou quoi que ce soit. Non, ce n'est pas ça.
Alors vous êtes engagé à 17 ans dans la défense de la culture, de l'identité bretonne. Vous avez commencé à recueillir des traditions orales du Pays Gallo, d'où vous êtes originaire. Et au même âge, à peu près, vous vous êtes inscrit au cours du soir pour apprendre la langue bretonne. Pourquoi soudainement ce besoin de vous tourner vers cette identité bretonne ?
J'avais, dans mon parcours scolaire, je m'étais un peu interrogé sur le fait que nous étions en Bretagne et qu'on ne m'en parlait jamais à l'école. Donc ça me paraissait un peu bizarre. Et donc j'ai commencé par chercher moi-même. Donc j'ai demandé à Noël, quand j'étais en cinquième, par exemple, un bouquin d'histoire de Bretagne. Parce qu'il n'y en avait pas énormément, il n'y avait pas énormément de bibliothèques à l'époque. Et donc mes parents ont pris dans la librairie du coin. Et donc j'ai lu l'histoire de Bretagne et effectivement que j'ignorais. Et je crois qu'une partie de mon combat, il est parti de là aussi.
Et alors sur la langue bretonne, c'est une langue, on la parle encore aujourd'hui dans le Finistère par exemple, mais vous, vous êtes du Morbihan et dans votre département, on ne parle plus le breton depuis cinq siècles, je crois. Alors pourquoi vouloir à ce point vous raccrocher à une langue qui n'est plus vraiment ancrée dans votre territoire ?
Alors sur Pleur-Mêle, oui, mais dans le reste du Morbihan, non. Parce que je ne suis pas très loin de la zone historique, si vous voulez, qu'on appelle Basse-Bretagne. Et puis comme je le dis, je m'appelle Molac, c'est un nom breton. Je suis né à Pleur-Mêle, c'est un nom breton. J'habite à Taupon, c'est un nom breton.
Et il y a un village qui s'appelle Molac, pas très loin de chez vous. Pour ce qui est de ce gilet que vous portez là sous votre veste aujourd'hui, c'est un gilet breton, on appelle ça le glazique, je crois. Vous le portez dans l'hémicycle depuis votre réélection en 2022, on vous voit là. Vous le portez même sur la photo officielle qui a été prise de vous à l'Assemblée. C'est un geste politique, mais en même temps, ce gilet, il ne fait pas partie non plus de votre tradition locale. C'est un gilet qui vient du Finistère, de Quimper. Oui, alors, quand j'ai vu mon collègue... Ma question, c'est est-ce que ce n'est pas un peu artificiel en fait ?
Est-ce qu'il n'y a pas un côté un peu folklore derrière tout ça ?
Après, le problème, les traditions, vous savez, ça se modifie, parce qu'on croit que c'est figé, mais en fait, non. Et donc, à l'Assemblée nationale, je ne voulais pas quelque chose qui soit noir, parce que déjà que c'est gris et que c'est un bleu souvent profond. Et donc, je me suis dit, il faut que je trouve quelque chose avec un peu de couleur, etc. Donc, chez nous, il n'y en avait pas vraiment, ou alors en broderie. Donc, du coup, je suis allé effectivement puiser dans la tradition cornoaise, où c'est un bleu. Quelquefois, ça peut être rouge, d'ailleurs.
D'accord.
Quand j'ai vu mon collègue Motai, qui vient de Polynésie, avec sa chemise à fleurs, avec son espèce de kilt, je me suis dit, bon, il faut qu'on change un peu, parce que franchement, là, on est tous un peu, ça fait un peu corbeau, quoi.
Alors, vous avez trouvé un débouché politique à ce combat en 2012. Vous avez été investi aux législatives, chez vous, donc, dans le Morbihan, avec le soutien du PS, d'Europe Écologie et de l'UDB, l'Union démocratique bretonne. Je crois qu'on est un peu venu vous chercher, mais finalement, la politique, c'est un peu la suite logique du combat que vous menez depuis vos 17 ans.
Oui, mais jusque-là, je n'avais pas cherché forcément à être élu. C'est-à-dire que j'avais plutôt cherché à travailler dans les associations et j'étais effectivement, comme ça, devenu président de l'association pour l'enseignement du breton à l'école publique, au niveau Bretagne. Et je travaillais comme ça parce que je ne me voyais pas, je suis peut-être trop indépendant pour être dans un parti politique, justement. Et ça, je le savais.
On va en parler. Une fois élu à l'Assemblée, vous avez donc poursuivi votre combat pour la défense des langues régionales et ça a donné lieu parfois à des prises de parole assez étonnantes. On va regarder.
Le fait que la République lit bien souvent la langue française avec la citoyenneté m'a toujours paru curieux. Il n'empêche que quand le français est bien sûr la langue commune, et on le comprend bien, mais je dirais que... Donc, la langue de mon cœur et de mon âme est bien le breton. Ça ne fait pas de moi un français pire que les autres, pas forcément meilleur non plus d'ailleurs, mais la langue ne fait pas le citoyen.
Alors, vous dites, la langue ne fait pas le citoyen, et vous allez même un peu plus loin dans une interview à Ouest France en vous définissant comme un citoyen français de nationalité bretonne. Est-ce que ça veut dire que vous ne vous reconnaissez pas dans la nation française ?
Je pense que la nation française est plurielle. C'est-à-dire que la nation française n'est pas le clone ou la norme que l'État a voulu nous imposer.
Et vous vous identifiez à cette pluralité de la nation française en tant que telle ? Oui, bien sûr. Vous vous reconnaissez bien ?
Oui, parce qu'il faut bien faire une différence entre ce qui est nos droits politiques que nous exerçons ensemble, et pour l'intérêt général, je l'espère, ça, c'est le politique. Et donc, je dis bien que je suis citoyen français, parce que je m'inscris dans cette chose politique. Après, la nation, c'est ce qui m'est propre. Et donc, quand... Et de dire, il n'y a qu'une seule nation en France, moi, je prendrais les paroles de Pierre Jox, quand le statut sur la Corse, où il disait « Peuple corse, partie intégrante du peuple français ».
Une nation, c'est aussi partager un destin commun, un projet commun. Vous ressentez ça vis-à-vis de l'ensemble du territoire français ?
Alors, oui. Nous partageons des choses en tant que Français, mais nous partageons des choses aussi simplement en tant que Bretons.
Et alors, moi, si j'ai envie de devenir Breton, dans votre conception de la nationalité, je peux, comme ça, devenir, qu'est-ce qu'il faut faire ? Vous habitez en Bretagne ? Si je viens vivre en Bretagne, je peux ?
Vous êtes Breton, c'est tout ? Bon, très bien. Pour moi, c'est très simple. On est sur un territoire. Ce territoire, il suinte d'une histoire, d'une culture. Vous venez là, vous faites avec les autres,
vous en faites partie. Vous devenez Breton. Point. À l'Assemblée, vous avez été membre des groupes écologistes, socialistes, La République En Marche, et enfin, Liberté et Territoire, qui est devenu l'Iotte aujourd'hui. Mais vous n'avez jamais aidé à un parti, vous l'avez évoqué d'un mot, mais pourquoi ?
Je ne me sens pas à l'aise dans les partis. Je n'aime pas les embrigadements. On vous dit, voilà, il faut faire comme ça. En général, on trouve toujours des petits chefs qui viennent vous dire ce que vous avez à faire, comment vous devez penser. Et ça, je suis un peu trop indépendant pour ça. C'est pour ça que vous avez quitté d'abord
le groupe écologiste, le groupe socialiste, et puis en 2017, vous avez assez rapidement quitté le groupe La République En Marche.
Qu'est-ce qui s'est passé ? Le groupe écologiste ne l'est pas quitté, c'est lui qui a implosé. Donc je me suis retrouvé sans groupe. Il a fallu que je trouve quelque chose.
En 2017, vous êtes dans La République En Marche. Très rapidement, vous vous êtes senti mal à l'aise. Oui. Vous dites, j'ai découvert des parlementaires dociles qui n'ont pas cherché à assumer leur pouvoir. Ils attendaient les ordres du gouvernement et ne servaient pas de contre-pouvoir. Oui. Ça, ça vous a agacé ?
Oui, parce qu'un député n'est pas là pour soutenir le gouvernement. Il est là parce qu'il y a une séparation des pouvoirs.
On revient au philosophe. Mais s'il ne soutient pas le gouvernement, il n'y a plus de majorité. Enfin, si la majorité ne soutient pas le gouvernement...
Vous pouvez soutenir le gouvernement en lui expliquant que certaines choses ne sont pas possibles. Or là...
Vous aviez l'impression que vous n'aviez pas votre mot à dire, quoi. C'était le cas. Aujourd'hui, vous êtes dans le groupe Liotte qui rassemble des élus corses, des ultramarins, pas mal d'élus qui sont en rupture avec leur famille politique d'origine. On a l'impression que votre point commun à tous est d'être un peu incasable au sens propre du terme. Vous ne rentrez pas dans les cases. Mais est-ce que ça fait une ligne politique ?
Si vous regardez nos votes, vous verrez que oui.
Il y a une certaine liberté de vote, quand même, au sein de ce groupe.
Il y a une liberté de vote, mais quand on regarde bien, on se retrouve à peu près sur ces questions dont on parle. En fait, ce qui nous caractérise, je crois, c'est un grand pragmatisme. Donc, les grandes idées, c'est bien. Mais si elles ne s'incarnent pas avec des choses réelles, c'est du blabla. Donc ça, on est là-dessus. On a tous une sensibilité par rapport à nos territoires d'origine.
C'est intrinsèque au groupe Liotte. C'est intrinsèque au groupe Liotte. C'est l'heure de notre quiz, à présent. Je vous explique le principe, c'est assez simple. Je vais commencer des phrases. Ça va être à vous de les terminer. C'est bon ? On y va ? Oui, on commence. Quand un député breton rencontre un député corse...
Il se parle. Il se parle en quelle langue ? Il se parle en français et il se comprenne. D'accord, très souvent. J'aurais gagné mon combat, le combat pour la culture bretonne, le jour où ? Le jour où on proposera l'enseignement du breton dans toutes les écoles en Bretagne. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Non, ce qui n'est vraiment pas le cas aujourd'hui.
Entre chanter sur scène ou prendre la parole dans l'hémicycle,
si vous deviez choisir ? C'est plus plaisant de chanter sur scène. Dans l'hémicycle, on défend des choses qui sont de l'organisation globale.
Qu'est-ce qui vous tient le plus à cœur ? Je dis ça parce que vous êtes chanteur dans un groupe breton qui s'appelle Fersaé.
Oui, Fersaé. Oui, les deux me tiennent à cœur. C'est complémentaire.
On va écouter quelques notes, justement. Vous allez sans doute les reconnaître. Vous retrouvez ? C'est vous qui êtes en train de chanter. Oui, oui. La Ridé de Josselin, en fait. Ah, de Josselin, oui, c'est ça. Et ça, ça fera partie de votre vie après l'Assemblée nationale ?
Ça fera partie de ma vie, je pense, jusqu'au moment où je ne pourrai plus monter sur scène.
On va terminer en musique avec ça. Merci beaucoup, Paul Molac, d'être venu dans La Politique et moi.
Merci beaucoup de m'avoir invité.
Paul Molac