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interviewPublic Sénat· 14 décembre 2023 25 min

Education nationale : "Je suis totalement en phase avec le discours de Gabriel Attal"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

– Merci Stéphane Penoir de nous accompagner pendant cette première demi-heure. Vous êtes élue du Maine-et-Loire, membre du groupe Les Républicains. Vous êtes professeur, on va parler longuement bien sûr, de ce qui s'est passé hier au Sénat, de ces auditions sur les menaces contre les enseignants. Mais d'abord l'actualité c'est la loi immigration et la commission mixte paritaire qui se réunira donc lundi. En attendant, Elisabeth Borne multiplie les rencontres, notamment avec Les Républicains. Est-ce qu'un accord vous paraît possible ?

0:29
Stéphane Piednoir

– Pour moi les choses sont relativement claires en fait. Il n'y a qu'une seule copie, vous savez, avec une commission mixte paritaire, ça consiste à regarder les deux copies, celle de l'Assemblée nationale, celle du Sénat. Tout le monde sait ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale lundi. Et donc cette CMP, elle va se dérouler sur la base du texte du Sénat. Qui est déjà le fruit d'un consensus d'ailleurs. J'entends d'ailleurs Hervé Marseille qui dit on doit encore avoir des échanges. Ce texte du Sénat est l'issue d'un consensus, d'un travail de plusieurs jours, de plusieurs semaines au Sénat. Et donc je vois mal comment on pourrait bouleverser.

Bien sûr qu'à la marge, il peut y avoir des corrections. Mais bouleverser ce texte ne me paraît pas raisonnable. Donc oui, je pense que tout le monde est partant pour valider ce texte.

1:15
Présentateur

– Il y a des nouvelles lignes rouges qui semblent apparaître. L'article sur la régularisation des travailleurs dans les métiers en tension ne semble plus être un problème. Le gouvernement et la majorité présidentielle seraient prêts à se rallier à l'article du Sénat. Sur l'aide médicale d'État, d'abord, est-ce que vous, vous êtes prêts à sortir cette réforme du texte et à la remettre à plus tard, comme le souhaite Gérald Darmanin ?

1:35
Stéphane Piednoir

– Non, mais j'ai l'impression qu'il y a plusieurs Gérald Darmanin. J'ai beaucoup de respect pour l'homme. Mais en tant que ministre, il y a le Gérald Darmanin qui dit à François-Noël Buffet, le président de la commission des lois ici au Sénat, je valide le texte, on a fait du bon boulot, je soutiendrai ce texte à l'Assemblée nationale. Et puis il y a le Gérald Darmanin qui dit exactement le contraire à Sacha Houllier, il dit carte blanche pour détricoter ce texte, pour enlever toutes les mesures qui éventuellement pourraient constituer un écueil. Et on arrive à une situation de blocage.

Donc il faut que le ministre, à un moment donné, soit raisonnable dans le sens premier du terme et tienne ses engagements qu'il a pris ici au Sénat. Donc on ne va pas redétricoter un texte.

2:16
Présentateur

– Mais est-ce que là, le compromis, ça pourrait être de dire « Cette réforme de l'AME, on ne la fait pas maintenant, on la fait un petit peu plus tard ».

2:21
Stéphane Piednoir

– Mais c'est une stratégie, vous savez, on a bien vu le en même temps qui nous mène à un crash monumental. On peut s'étonner d'ailleurs qu'on n'ait pas eu plus d'accidents industriels. On est dans un avion depuis 2017 avec un pilote totalement ivre, qui n'a pas de GPS et qui ne tient pas compte des consignes, des tours de contrôle qu'il rencontre sur son vol. Aujourd'hui, non, enfin, ce texte, il a voulu que l'AME, la réforme de l'AME, de l'AMU soit dans ce texte. Il faut aller jusqu'au bout et il faut bien expliquer que ce qu'on a mis dans le texte, ce n'est pas du tout une absence de soins pour les personnes qui arrivent sur le sol français.

C'est juste qu'il y a probablement des soins un peu superflus, en tout cas, qui ne sont pas essentiels, dont on peut se passer et il faut restreindre l'AME, comme le font tous les pays européens d'ailleurs.

3:07
Présentateur

– Alors, je le disais, il y a des nouvelles lignes rouges qui apparaissent, notamment la suppression de l'article qui conditionne le bénéfice de certaines prestations sociales à cinq années de résidence sur le territoire, et puis un article sur le durcissement de l'accès à la nationalité. Ce sont les lignes rouges qui ont été posées hier soir par les députés Renaissance. Est-ce que vous êtes prêts à décomprimer là-dessus ?

3:28
Stéphane Piednoir

– D'abord, je ne serai pas dans la CMP. Je fais confiance à mon président de groupe, Bruno Retailleau, pour regarder au cas par cas.

3:34
Présentateur

– Mais est-ce que l'objectif, c'est d'aboutir à un accord ?

3:37
Stéphane Piednoir

– Mais nous, on est tout à fait partants.

3:38
Présentateur

– Ouest-ce qu'il n'y a pas d'accord et que ce texte part à la poubelle tantôt ?

3:40
Stéphane Piednoir

– Bien sûr, oui, c'est le risque, et Emmanuel Macron en a dit deux mots. S'il n'y a pas d'accord en CMP, je n'utiliserai pas un 49-3, et on retirera ce texte quoi qu'il arrive. Mais vous savez, on est là pour représenter les territoires, on est aussi là pour entendre la voix des élus qui nous disent, vous savez, nous, dans nos communes, y compris dans nos communes rurales, les Français en ont assez de devoir cotiser, les temps sont durs pour tout le monde, et à côté de ça, on a des droits qui s'ouvrent automatiquement pour des gens qui arrivent sur le territoire.

Il faut qu'il y ait un équilibre, sinon on va arriver, pas à une situation de blocage, mais à une situation explosive, avec l'arrivée au pouvoir de certains partis dont on ne veut pas. C'est aussi ça, avoir un discours de fermeté pour dire, nous, on est droit dans nos bottes, comme disait un ancien Premier ministre.

4:27
Présentateur

– Est-ce qu'une absence de texte sur l'immigration, ça fait le jeu des extrêmes pour vous ?

4:31
Stéphane Piednoir

– Oui, parce qu'on leur réclamait ce texte, il y a des considérants qu'il faut avoir en tête, et aujourd'hui, une situation d'accueil qui crée un appel d'air, quoi qu'on en dise, dans tous les courants, mais il y a un appel d'air qu'on veut résorber, parce que sinon c'est la porte ouverte à une immigration incontrôlée.

4:54
Présentateur

– On va parler des menaces qui pèsent sur les enseignants. On l'a encore vu hier à Rennes, où une collégienne a menacé son enseignante avec un couteau. Vous faites partie de la mission de contrôle du Sénat sur les menaces et agressions dont font victime ces enseignants. Hier étaient auditionnés les représentants de la police et de la gendarmerie. On va en parler tout de suite avec notre journaliste Audrey Viettas. – Bonjour Audrey. – Bonjour, bonjour Monsieur Pinault. – Bonjour.

– Et Audrey, la mission conjointe de contrôle des menaces contre les enseignants auditionnait donc hier la police et la gendarmerie pour savoir comment elle traitait les menaces contre le corps éducatif et comment les plaintes des enseignants sont prises en compte.

5:33
Invité

– Une audition qui a permis de faire un état des lieux. Qu'est-ce qui est fait ? Qu'est-ce qui pourrait être amélioré pour que des affaires comme la Sénat de Samuel Paty ou l'attentat d'Arras ne se reproduisent plus ? Quelques chiffres pour commencer. 55% des auteurs de violences ou menaces contre les enseignants sont des adultes. C'est ça qui est assez étonnant. souvent extérieurs à l'établissement et souvent les menaces sont faites en ligne. C'est la raison pour laquelle le travail d'enquête pour retrouver les auteurs peut s'avérer compliqué. Côté prévention, cette audition nous a permis d'apprendre aussi qu'il y a un référent éducation dans chaque brigade de police et de gendarmerie.

Son rôle, c'est de faire le lien entre la communauté éducative et les forces de l'ordre et d'inciter les professeurs à porter plainte. Et ça, on va le voir, c'est un point d'amélioration. Il peut aussi y avoir une protection spécifique en cas de menace avec des patrouilles plus régulières autour d'un établissement ou des forces de police postées devant le domicile d'un enseignant. Mais attention, on ne parle pas là de protection rapprochée. Ça, ça n'a concerné qu'une seule personne et c'était en 2022. Écoutez. Ce sont donc des agents qui sont H24 au contact d'une personne.

Donc vous imaginez que c'est un dispositif exorbitant du droit commun qui est évidemment très coûteux en effectif et qui ne peut pas être décliné en n'importe quelle situation et qui a vocation du coup à s'appliquer quand une menace s'est avérée. Ça peut d'ailleurs, par exemple, tenir à la personnalité de quelqu'un qui a émis une menace sur un enseignant. Ça peut conduire à la mise en œuvre de cette mesure totalement exceptionnelle et exorbitante de protection rapprochée. On comprend donc que la protection rapprochée pour un enseignant, c'est vraiment l'exception.

Et puis, dernière mesure, quand un enseignant est menacé, il peut demander à être enregistré dans un fichier pour que son numéro soit reconnu et priorisé en cas d'appel d'urgence.

7:22
Présentateur

Et Audrey, parmi les pistes d'amélioration, police et gendarmerie demandent un dépôt de plainte systématique.

7:27
Invité

Oui, parce que souvent, les enseignants minimisent ce qui leur arrive, une menace de mort après avoir confisqué un téléphone portable. On peut penser que ce sont les mots en l'air d'un adolescent. Mais pour André Petillaud, le major général de la gendarmerie nationale qui a été auditionné hier, il ne faut rien laisser passer. De même que sur les violences intrafamiliales, le message qu'on a fait passer, c'est la dépôt de plainte systématique. Je crois qu'il faut aller sur la même logique en matière d'atteinte aux enseignants.

Parce que finalement, on a bien vu que sur les violences intrafamiliales, au début, toujours cette logique de dire, oui, mais relativiser un petit peu, finalement, est-ce que ça sert vraiment ? Il y avait aussi beaucoup de victimes qui se présentaient en disant, bon, je ne veux pas déposer plainte, mais je vous signale que. Et puis on s'est aperçu à l'usage que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Pour avoir un résultat efficace, une véritable répression et une exemplarité, il faut un dépôt de plainte systématique. Et une fois qu'il y a un dépôt de plainte, le système se met en route. Il y a des investigations et il y aura des décisions ensuite judiciaires qui seront prises.

– Monsieur le sénateur, vous êtes pour un dépôt de plainte systématique.

8:28
Stéphane Piednoir

– Oui, on voit que les choses avancent et je n'ai pas pu assister hier à cette audition puisque j'accueillais une environnementaliste australienne au même moment dans le cadre de l'accueil des influenceurs étrangers, on va dire ça comme ça. Et donc j'ai réécouté ensuite l'audition, j'ai regardé ça attentivement. Incontestablement, les choses bougent du côté du partenariat, si je puis dire, entre l'éducation nationale, la police et la gendarmerie. Voilà, il y a des choses positives dans le traitement de l'affaire Patti. J'ai écouté avec attention l'audition de sa sœur, l'audition des différents ministres.

L'audition d'hier était intéressante pour dire concrètement, il y a la plateforme Pharos, vous savez, qui est un recensement systématique des signalements. Et les patrons de la police et de la gendarmerie insistent pour le fait qu'il y ait un dépôt de plainte parce que c'est ça qui déclenche des opérations de police, de gendarmerie. On l'a vu avec l'assassinat de Samuel Patti. On a fait semaine par semaine, jour par jour, les derniers événements avant l'assassinat de Samuel Patti. Et il n'a pas été suivi. Il y a eu un problème de prise de conscience de la gravité du danger qui portait sur lui.

Je rappelle que quelques jours avant de mourir, on trouvait un marteau dans son sac à dos parce qu'il se savait menacer physiquement. Et il avait conscience, lui, du danger de mort qui pesait sur lui. À ce moment-là, on n'a pas de suivi précis. Donc oui, la collaboration avec les services de police et de la gendarmerie fonctionne mieux. Bien, ce serait encore un grand mot. En tout cas, il y a un changement de paradigme sur le danger qui pèse sur les profits. Vous l'avez dit, 55% des agressions qui sont les faits de parents, d'adultes, de parents, de proches, de grands frères. Et ça veut dire qu'aujourd'hui, il faut redonner à l'école ce sanctuaire qu'il n'aura jamais dû cesser d'être.

Et on voit qu'il y a aujourd'hui des intrusions. On faisait référence à la jeune de 12 ans. Elle était scolarisée, mais elle a été exclue pour des raisons similaires. C'est-à-dire qu'elle portait un couteau dans l'établissement dont elle a été exclue l'année dernière. C'est extrêmement grave. À un moment donné, je n'ai pas souvenir d'avoir croisé dans ma jeunesse des camarades qui portaient un couteau dans leur sac à dos. Ça n'existe pas.

10:48
Présentateur

– Donc c'est quoi, une radicalisation de la jeunesse ? Plus de violence aujourd'hui chez les jeunes ?

10:51
Stéphane Piednoir

L'école, d'une manière générale, de toute façon, est le reflet de société. Donc la drogue y est plus abondante. Les violences sont à un niveau beaucoup plus élevé que les simples bagarres de cours d'école qu'on a pu connaître. Et puis l'islamisme a fait son entrée d'une manière hyper puissante. J'étais, comme vous le savez, rapporteur sur le texte sur le respect des principes de la République. On a découvert un monde que le grand public ignore probablement. Et ça, on l'a laissé entrer petit à petit.

11:24
Présentateur

– Sur quoi ? Sur l'antrisme de l'islamisme à l'école ?

11:26
Stéphane Piednoir

– L'antrisme de l'islamisme. Jean-Michel Blanquer dit que c'est la fin du pas de vague. Il était ministre de l'Éducation nationale au moment où j'étais rapporteur. Alors je pense qu'il n'a pas eu totalement les coups des franges pour aller jusqu'au bout de sa volonté et de ses souhaits. Mais en tout cas, on a abouti sur quoi ? Sur des signatures de chartes de la laïcité dans des clubs de sport, sur des établissements scolaires. Je crois qu'il faut arrêter de faire des blagues à ce niveau-là. Il faut être beaucoup plus exigeant. Et quand une élève porte un couteau dans un établissement scolaire, on doit prendre des sanctions extrêmement sévères. Est-ce que ça doit passer dans un internement ?

12:03
Présentateur

– Même si elle avait des troubles psychiatriques comme ça semblait.

12:06
Stéphane Piednoir

– Visiblement, là on n'est pas du tout sur un cas de radicalisation tel qu'en l'état actuel de nos connaissances. Mais justement, on sait bien que ces troubles, à 12 ans, des troubles psychiatriques, ça va déboucher sur quoi quand elle sera majeure ? C'est maintenant qu'il faut traiter ce problème. Ce n'est pas quand elle aura vraiment commis quelque chose d'irréparable.

12:24
Invité

– Justement, on parle de dépôt de plainte systématique dans l'affaire de cette professeure de français qui a reçu des menaces après avoir montré un tableau de femmes nues au collège. Est-ce que vous pensez qu'il doit y avoir un dépôt de plainte pour cette affaire-là, pour éviter un engrenage ?

12:38
Stéphane Piednoir

– On a évoqué dans le cadre de ces auditions la possibilité qu'il y ait un dépôt de plainte par l'établissement. Et là, la professeure n'est pas attaquée à titre personnel, elle est attaquée dans l'exercice de ses fonctions, de ses missions d'enseignante. Elle a tout à fait le droit de montrer un tableau avec du nu, ça existe dans l'art. Donc l'établissement est habilité à faire un dépôt de plainte au nom du respect des missions des enseignants globalement. Donc ça, je pense que oui, ça doit être fait. Et là, on voit bien qu'on a un problème avec certains élèves qui considèrent que les principes de leur religion sont au-dessus des principes de la République.

C'est exactement ce que l'on souhaitait combattre dans le texte sur les principes de la République. Je ne suis pas convaincu qu'on soit arrivé au bout de ce qu'on voulait faire. Et là, on voit bien. À tout moment, on peut être remis en question la pratique d'un enseignant pour des motifs religieux.

13:28
Présentateur

Et on était un peu dans le même début de situation que lors de l'affaire Samuel Passier, justement avec aussi des dénonciations d'élèves. Gabriel Attal s'est rendu immédiatement sur place. Il a annoncé des sanctions immédiates pour les élèves qui ont reconnu les faits. Il dit on ne négocie pas ni l'autorité de l'enseignant, ni l'autorité de nos règles, ni nos valeurs. Est-ce que ça change avec Gabriel Attal ? Est-ce que vous approuvez ce discours de fermeté ?

13:52
Stéphane Piednoir

Moi, j'ai totalement en phase avec le discours de Gabriel Attal depuis qu'il a été nommé ministre de l'Éducation nationale. J'ai pu dire à d'autres occasions à quel point j'ai ressenti comme une provocation la nomination de Papendiaï précédemment. Vraiment comme une provocation, même en tant qu'enseignant. Gabriel Attal prend des dispositions aujourd'hui qui vont vraiment dans le bon sens. Maintenant, il faudra le mettre en application sur le terrain.

Sur la BAIA, il y a quand même des années qu'on réclame une prise de position du ministre de l'Éducation parce que les enseignants, l'ensemble de la communauté éducative a besoin de ces messages clairs du ministre pour savoir où on en est exactement, qu'est-ce qu'on doit faire. Ils réclament ça. Ce n'est pas à eux de décider ce qu'ils doivent accepter ou pas accepter dans leur établissement. Il faut une ligne claire. Ça manquait précédemment. Gabriel Attal prend pour nous la bonne direction. Maintenant, il faudra voir dans les faits comment ça se traduit.

14:43
Invité

Hier, lors de l'audition, il y a eu un échange entre le sénateur centriste Jean-Michel Arnault et le responsable de la gendarmerie pour expliquer justement qu'un dépôt de plainte et peut-être qu'une enquête sur un mineur, ça peut parfois poser problème pour la suite, pour la réinsertion de ce mineur, si c'était éventuellement des parents dans l'air. On est quand même sur une ligne fine parce qu'on parle de mineurs. Qu'est-ce que vous en pensez ?

15:05
Stéphane Piednoir

Mais bien sûr, il y a une présomption d'innocence a priori, mais il y a aussi parfois une naïveté. Enfin, on est allé… Moi, j'ai vécu, vous savez, des choses où on reculait sur les conseils de discipline parce qu'il ne fallait pas stigmatiser, il ne fallait pas mettre l'élève en difficulté. Mais à un moment donné, quand on fait une bêtise, il y a des dispositions dans un règlement intérieur d'établissement qui sont prévues. On applique ces dispositions. Ce n'est pas un drame. On tape sur les doigts et puis on dit, voilà, si tu ne recommences pas. Mais non, il fallait toujours le pas de vague. Vous savez, il y a longtemps que ça existe.

Donc, quand il y a matériellement quelque chose qui est constaté sur un… jusqu'un dysfonctionnement, un dérapage d'un élève, écoutez, on prend des mesures. Et le plus tôt possible, c'est le mieux parce qu'il faut éviter qu'on débouche sur des faits d'une ampleur qu'on a connus. Je voudrais juste dire sur l'autorité de l'enseignant aussi. C'est important la parole du ministre pour dire, le professeur, il est légitime dans sa classe, il a autorité dans sa classe. Et quand on voit que les grands frères, les parents s'immiscent dans le rôle du professeur, j'ai dit non, le professeur, il gère sa classe, il doit… il a une autorité supérieure qui est son chef d'établissement.

OK, il doit rendre des comptes à son chef d'établissement, à son inspecteur d'académie, mais pas aux parents. Les parents, ils ne doivent pas s'immiscer dans le travail pédagogique de l'enseignant.

16:25
Présentateur

Mais c'est ce qu'il fait dans Gabriel Attal, notamment sur la question du redoublement. Il redonne la main, le dernier mot au professeur, ce qui était plus le cas.

16:30
Stéphane Piednoir

Encore une fois, ça me va très bien, ça fait partie des reculades successives qu'on a observées dans l'éducation nationale. Et en fait, c'est la toute puissance. Vous savez, sur les redoublements, au début, on faisait des conseils, on donnait la parole aux parents et aux professeurs, puis après, on a donné la parole uniquement qu'aux parents. Et puis pour finir, on dit, bon, le redoublement, ça ne sert à rien. Bien sûr que si, je peux vous dire, dans ma carrière d'enseignant, j'ai vécu des redoublements, à partit de personnel, pour mes élèves, extrêmement profitables, extrêmement profitables. Donc, c'est les pédagogistes qui nous disent, ça ne sert à rien, il faut avancer coûte que coûte.

Moi, je m'inscris en faux par rapport à ça.

17:07
Invité

– Merci Audrey. – Merci. – À tout à l'heure. – Oui, on va parler de l'exécutif qui semble avoir oublié que le groupe LR à l'Assemblée a voté la motion de rejet.

17:14
Présentateur

– Et on en parle de ça dans le club des territoires. On termine avec l'actualité chez vous. Stéphane Piednoir, on va à Angers. On retrouve Istreka Durand. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous, reporter politique au Courrier de l'Ouest. Yves, en une de votre journal ce matin, un dossier sur les enfants placés.

17:30
Invité

– Oui, oui, avec le récit du parcours terrible d'un jeune homme de 18 ans qui s'appelle Mickaël, qui a été placé depuis ses deux ans, qui a été transféré de famille en famille, et qui, aujourd'hui majeur, est livré à lui-même, et dort dans un parking souterrain, en plein cœur du centre-ville d'Angers. Alors, les enfants placés en Maine-et-Loire, c'est un sujet majeur. Il y a environ 2 800 enfants qui sont placés. C'est plus 15 % encore cette année. Le département, le conseil départemental, a du mal à gérer ces chiffres. Monsieur le sénateur, déjà, qu'est-ce que ça vous inspire, et dans quelle mesure le Sénat peut se saisir de cette question ?

18:21
Stéphane Piednoir

– J'ai lu l'article du Courrier de l'Ouest ce matin. Humainement, c'est une situation absolument terrible. On voit que c'est un gamin, depuis l'âge de 2 ans, qui est brinque-ballé de famille d'accueil, en famille d'accueil, de structure. Et c'est un échec de ce point de vue-là. Mais je voudrais rappeler que ces enfants qui sont placés en famille d'accueil, qui relèvent de l'ASE, sont d'abord extraits de leur famille, dans lesquels ils subissent souvent des violences.

C'est ça, la difficulté, le paradoxe ultime, c'est que quand on est dans des difficultés d'accueil, quand on fait le constat qu'on n'a pas la possibilité d'accueillir des enfants qui relèvent de l'ASE, on est parfois obligé de laisser les enfants dans les familles, là-même, où ils vivent des situations extrêmement violentes, parfois. C'est vraiment ça dont il faut avoir conscience. Maintenant, sur les chiffres, près de 3 000 enfants qui relèvent de l'ASE, le département est submergé, il n'y a pas assez de familles d'accueil. Il faut, vous savez que l'ASE, le département, doit fournir un accueil d'urgence pendant quelques jours.

Mais l'accueil en hôtel, on voit bien que ce n'est pas du tout ce qui convient à ces enfants-là. Donc ce que le Sénat peut faire, c'est simplement conforter les moyens des départements pour ce type de politique, qui est une politique nationale. On est sur une convention des droits de l'enfant, donc c'est vraiment un principe national qui s'impose aux départements, qui doivent appliquer une politique sur laquelle ils n'ont pas la main.

Et aujourd'hui, c'est l'appel au secours des conseillers départementaux, des présidents de départements, qui disent, donnez-nous les moyens convenables d'accueillir ces enfants pour qu'on n'ait pas 16 ans après le début d'un parcours absolument catastrophique, un jeune qui soit dans cette situation-là et dont on peut craindre qu'il soit perdu pour vraiment très longtemps. On voit l'agressivité qui ressort de votre papier, M. Tréca-Durand, vraiment de manière très nette. – C'est ma correction des supios, je précise.

20:24
Présentateur

– Yves, vous avez une autre question ?

20:27
Invité

– Oui, parce que vous le disiez, il y a des enfants qui ne peuvent pas être accueillis, il y a environ 200 enfants en Maine-et-Loire, qui ne peuvent pas être retirés de leur famille maltraitante parce qu'il n'y a pas de solution pour eux. Dans ces enfants placés, il y a aussi les mineurs non accompagnés, donc ces enfants qui arrivent de l'étranger et qui sont seuls. C'est à peu près 150 en Maine-et-Loire. Alors là, je fais un petit lien avec la loi immigration dont on parlait tout à l'heure. Mais comment vous jugez ça, ce dilemme ? En fait, il faudrait presque avoir à choisir. C'est un peu terrible.

21:02
Stéphane Piednoir

– Exactement, on rejoint le thème, le sujet de la loi immigration, 150, c'est 15 000 à l'échelle du territoire national, c'est MNA, avec des origines dont on peut contester le bien-fondé, si je puis dire. C'est-à-dire qu'on voit majoritairement ces gamins viennent de Guinée, de Tunisie, du Mali, de Côte d'Ivoire. On a un devoir d'accueil, d'asile pour des enfants qui sont dans des pays en guerre. Les pays que j'ai cités ne sont pas exactement dans cette situation-là. Sur le Mali, c'est compliqué. C'est ça aussi qu'on a dans le traitement de l'immigration, c'est regarder sur quels critères on accueille des jeunes.

Il y a la présomption de minorité aujourd'hui qui vaut pour un enfant qui se dit mineur. Présomption de minorité, nous on préfère une présomption de majorité pour quelqu'un qui refuse de se soumettre à des tests qui pourraient attester de sa majorité. Parfois ça crève les yeux. Mais quand on vous dit, quand on vous oppose la présomption de minorité, vous ne pouvez rien faire. Et ça aussi c'est un appel d'air, on en parlait tout à l'heure. Et je crois qu'il faut être beaucoup plus ferme sur les conditions d'accueil de ces mineurs isolés parce qu'on ne pourra pas tenir. Et on sait que c'est aussi un terreau de délinquance. Plus de 30% des vols à Paris sont le fait de mineurs isolés.

Ce n'est évidemment pas la proportion de ce qu'ils représentent sur le territoire. Ça va sans dire. Donc on voit bien qu'on a un lien entre ça, l'accueil de ces mineurs, de ces soi-disant mineurs, et la délinquance sur notre territoire.

22:37
Présentateur

Merci Yves, on regarde la Une du Courrier de l'Ouest. Vous en avez parlé à 18 ans, la descente aux enfers de Mickaël. C'est à la Une de votre journal. Merci beaucoup Yves Treca Durand. Un mot pour terminer sur le nucléaire puisque c'est un sujet sur lequel vous travaillez beaucoup. Stéphane Piednoir, hier il y a donc eu un accord à Dubaï, à la COP28, qui appelle pour la première fois à abandonner les énergies fossiles. Et Emmanuel Macron a poussé pour le nucléaire lorsqu'il est allé à Dubaï et la France a réussi à obtenir la mention de l'énergie nucléaire comme un moyen d'atteindre la décarbonation. C'était important ?

23:06
Stéphane Piednoir

Je me réjouis qu'Emmanuel Macron découvre les bienfaits de la décarbonation via le nucléaire. Ce n'était pas le cas en 2017, jusqu'à l'arrêt d'Astrid, la fermeture de Fessanaï. Et puis, suivitement, en 2022, la lumière est venue et Emmanuel Macron a redécouvert le nucléaire. C'est intéressant comme démarche. Évidemment, au-delà de la boutade, je plaide pour ça. L'objectif numéro un, toutes les COP sont des accords historiques. C'est le terme qui est utilisé à chaque fois. En tout cas, citer les énergies fossiles comme une fin en soi, même si le terme progressif peut laisser augurer d'un temps très très long.

Mais en tout cas, faire du nucléaire un objet, plutôt un outil pour l'objectif numéro un, qui est juste la décarbonation. Il faut qu'on se mette d'accord sur notre... On ne peut pas courir tous les lièvres en même temps. L'objectif mondial, c'est la décarbonation. Le nucléaire, c'est l'énergie décarbonée par excellence. C'est moins que d'autres sources de renouvelables, faut-il le rappeler. On a aussi de belles perspectives sur du nucléaire durable. Il faut qu'on se mette d'accord.

24:07
Présentateur

Donc, il faut arrêter de plaider pour une baisse du nucléaire dans notre mix énergétique.

24:10
Stéphane Piednoir

Mais ça, déjà, nous, on l'a arrêté au Sénat. On a mis, dans la dernière loi, on a mis fin au plafond des 50%. On aura d'autres possibilités. Vous savez que la programmation pluriannuelle de l'énergie devra être discutée avec un an de retard, mais l'année prochaine. On compte bien aussi cranter des choses, y compris sur le nucléaire. Voilà, ça va dans le bon sens, mais que de temps perdu depuis 2017.

24:34
Présentateur

Merci Stéphane Piennoir. Merci beaucoup d'avoir été notre invité pendant cette première demi-heure.

Education nationale : "Je suis totalement en phase avec le discours de Gabriel Attal" — Stéphane Piednoir · Pourquijevote