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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale· 16 février 2021 10 min

Karl Olive

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Radio Classique, l'invité de Guillaume Durand, avec le Figaro. Pour simplifier, Carole Livre, je dirais que vous êtes un maire d'hiver droite compatible avec Emmanuel Macron. Question, au départ, on va re-raconter les faits, parce que c'est important, vous êtes le maire, et le fait que je les raconte, c'est tout à fait différent du fait que vous les racontiez. Que s'est-il passé entre ces jeunes et ces quatre policiers qui ont été attaqués avec des mortiers d'artifice ?

0:25
Karl Olive

Donnons le détail. Un attroupement peu avant le couvre-feu, samedi aux alentours de 17h30-18h. Un pissiaké, un habitant de Poissy, qui appelle la police pour demander la dispersion de ces jeunes. Nous sommes où à Poissy ? On est sur un quartier populaire dans lequel j'ai grandi, dans lequel j'habite, qui se passe très bien, qui est un très beau quartier populaire, qui avait été fondé par Enrico Pigozzi, le fondateur de Simca, pour le personnel de Chrysler, Simca, Peugeot ensuite.

Et puis la police arrive, et puis là on est en quelque sorte dans un guet-apens, et la police est accueillie par une trentaine de jeunes qui vont lancer des tirs de mortiers, et la police va réagir avec du gaz lacrymogène. Simplement on monte d'une échelle dans la graduation de la violence, y compris verbale, puisqu'on entend des « tu es-lai, tu es-lai, tu es-lai ». Vous êtes formel ? Ah oui, je suis formel, oui. Ah oui, je suis formel. Je suis formel, mais on n'est pas tombé à la renverse, Guillaume Durand. Et je dirais que pour les policiers, c'est presque un lieu commun. Pourquoi je suis là aujourd'hui ? Parce que les policiers ont décidé de mettre cette vidéo sur les réseaux sociaux.

Pourquoi les policiers ont décidé ? C'est presque contre-productif habituellement pour eux, puisqu'on fait de la publicité à ces jeunes. Ils ont décidé de le faire parce qu'on a un défenseur de droit, il y a 48 heures, qui n'a pas trouvé d'autre solution que de nous inventer, comme je le dis, un concours l'épine de l'initiative hors sol, des zones de non-contrôle d'identité dans les quartiers.

1:51
Présentateur

Elles sont largement, il faut le dire, critiquées par la majorité actuelle, et aussi par les Républicains, et par d'autres formations politiques. Quand j'ai entendu ça,

2:00
Karl Olive

Guillaume Durand, je me suis pincé. Je me suis pincé parce que pour mettre à mal le travail des policiers, pour mettre à mal le travail des élus de terrain, de gauche comme de droite évidemment, et puis pour lancer un autre message d'impunité à l'endroit de ces jeunes délinquants, cette poignée de délinquants, mais il n'y avait pas mieux. Alors je le dis, il faut supprimer le défenseur des droits. Mettez-nous un défenseur des devoirs. Vous allez voir, ce sera bien plus équilibré dans notre pays, parce qu'on connaît les droits, on rappelle peu souvent les devoirs finalement.

2:26
Présentateur

Nous sommes en direct avec Carl Olivre. Y a-t-il eu des blessés ? Et qui était, d'après vous, qui connaissait particulièrement bien votre ville, qui étaient ces jeunes ?

2:36
Karl Olive

Ce sont des jeunes qui, encore une fois, ne représentent qu'une petite minorité. C'est pour ça que j'ai horreur de la stigmatisation, et vous le savez, Guillaume Durand. On a une très belle ville à Poissy. On a une très belle ville qui est riche de la diversité dans l'ensemble de ces quartiers. Pour autant, on a cette petite minorité qui doit représenter, allez, entre 2% peut-être de notre grande population de 40 000 habitants, qui refuse l'autorité parentale, qui refuse l'autorité policière, qui refuse l'autorité scolaire, et qui s'amuse, qui provoque.

Et ce qui s'est passé aujourd'hui, ce week-end, avec les policiers à Poissy, c'est ce qui s'est passé il y a 3 semaines dans une autre collectivité yvelinoise, avec les pompiers, il y a 4 semaines avec des ambulanciers, et parfois même avec des familles dans les quartiers populaires. On vient abîmer la République, on vient la fragiliser.

3:18
Présentateur

Moi, je ne veux pas rester... Mais pour des raisons, par exemple, qui sont liées au trafic de stupéfiants, qui sont liées à des problèmes où c'est simplement, j'allais dire, une sorte de jeu.

3:26
Karl Olive

Oui, je pense qu'on est presque dans de la provocation gratuite. Il n'y a aucune, encore une fois, excuse à trouver, mais c'est vrai que le confinement a été compliqué pour l'ensemble de notre jeunesse de France. C'est vrai. C'est vrai que le couvre-peu n'est pas très simple, surtout pour ces jeunes qui vivent dans des quartiers populaires, en familles nombreuses en général, et qui se retrouvent un peu à l'étroit, là où ils avaient l'habitude d'aller dehors, d'aller sur Paris, etc. Pour autant, les règles sont les mêmes pour tout le monde. Et encore une fois, ce n'est pas moi qui le dis, mais je remets en question quand même l'autorité parentale.

Je reprends cette petite phrase de Victor Hugo. L'instruction, c'est l'État qui la doit. L'éducation, c'est la famille qui la donne. On a un vrai sujet par rapport à cela. Et nous devons retisser le lien avec les familles que nous avons perdues.

4:10
Présentateur

Mais à partir du moment, Carloli, vous êtes maire de Poissy, où on connaît justement sa commune de 40 000 habitants, il y a deux enquêtes de deux services de police différents si mes renseignements sont bons. Donc, a priori, assez rapidement, on devrait les identifier.

4:23
Karl Olive

Oui, parce qu'en plus, on déploie des caméras de vidéoprotection sur la ville de Poissy. Vous me permettrez de ne pas en dire plus sur l'enquête qui avance. Ce qu'on sait, c'est ce qui se passe. Et ce que je ne cesse de dire, c'est qu'on est sur une délinquance mineure de 12 à 17 ans qui représente encore une fois une infime partie de l'immense population qui fonctionne et qui a un quotidien, je dirais, paisible et de bien vivre ensemble dans cette collectivité comme bien d'autres en France. Simplement, ce qu'on aimerait, c'est qu'on ait des réponses qui soient des réponses plus rapides en matière de justice.

Mais pour qu'il y ait des réponses plus rapides, Guillaume Durand, il faut donner les moyens à la justice. Moi, je n'en veux pas au juge. J'en veux effectivement au fait que, mais ça ne date pas d'hier, ça fait 20 ans, qu'il y ait plus de moyens à la justice pour avoir des réponses pénales qui soient proportionnées, qui soient plus rapides. La réalité du terrain, Guillaume Durand, c'est la réalité du lendemain pour les administrés, pas la réalité de deux ans après

5:15
Présentateur

à un jugement définitif. Dans les journaux ce matin, il y a énormément de portraits de Didier Lemaire, ce professeur de philosophie. Il est à la fois dans Le Parisien, il fait l'objet du portrait de Libération. Il dit, je suis le révélateur d'un grand problème en France. Alors, est-ce que vous avez l'impression qu'à Poissy, on est dans un registre qui est simplement d'un registre de refus de l'autorité, ou est-ce qu'on est aussi dans quelque chose de différent, c'est-à-dire avec un contenu qui serait un contenu d'islamisme politique ou pas du tout ? D'après ce que vous savez ce matin.

5:47
Karl Olive

Permettez-moi de reprendre une expression de quelqu'un qui vous avait rendu hommage il y a quelques minutes, Hervé Letellier, le prix Goncourt 2020 sur l'anomalie. Je ne connais pas de problème qui résiste à une absence de solution. C'est exactement cela. Aujourd'hui, ce que je constate, c'est que chacun doit prendre ses responsabilités. Depuis les parents, je viens d'en parler, jusqu'aux bailleurs, par exemple, qui ne doivent pas regarder ailleurs lorsqu'il y a des déflagrations dans leur partie commune, ils en sont responsables. Mais aussi au niveau de l'éducation nationale.

Moi, j'aimerais que l'éducation nationale, ce n'est pas elle qu'on doit l'éducation des enfants, mais que l'éducation scolaire soit vraiment dans le respect et sur une réciprocité de droits et de devoirs. On ne peut pas se contenter simplement d'avoir des punitions. Quand vous étiez à l'école, quand je l'étais, ne comparons pas ce qui n'est pas comparable, mais il y avait un respect aussi de l'autorité professionnelle.

6:35
Présentateur

Vous n'avez pas totalement répondu à la question que je vous posais puisque aujourd'hui, Poissy, on en parle abondamment dans les journaux et les deux jours précédents, c'était trappe. Donc, est-ce que vous pensez que ça a un rapport ? C'est-à-dire qu'il y a une question aussi d'islamisme radical et quand je vous pose la question, ce n'est pas pour pousser une réponse dans ce sens-là ou est-ce que ça n'a aucun rapport ? Parce qu'il faut être clair et ne pas tout assumer.

6:55
Karl Olive

Je suis né à Poissy, j'ai grandi à Poissy, on fait très régulièrement, d'ailleurs ça sera le cas en sortant de cet entretien Guillaume Durand, je suis réuni à ce qu'on appelle un CLSPD, un conseil local de prévention de la délinquance avec l'ensemble des bailleurs, y compris les représentants des cultes. Moi, je ne veux pas comparer ce qui n'est pas encore une fois comparable. Ce que je peux simplement dire, c'est qu'il faut qu'on soit très vigilants et c'est le message que j'ai envoyé également au gouvernement et au président de la République. Les quartiers populaires vont nous, pardonnez-moi l'expression, péter à la gueule si on ne prend pas la mesure de ce qui s'y passe.

La mesure de ce qui s'y passe, c'est un peuplement... Vous vous souvenez, vous vous souvenez, parce que vous avez ça

7:28
Présentateur

dans la mémoire, vous vous souvenez que c'est exactement la prédiction du maire de Lyon qui est le ministre de l'Intérieur quand il a quitté le ministère de l'Intérieur.

7:34
Karl Olive

Oui, et je vous donne des pistes... Face à face ! Je vous donne des pistes, il faut absolument qu'on travaille sur le peuplement. Ce n'est pas un joli mot, le peuplement, mais c'est le mot usité.

Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que nous avons des quartiers qui, en fait, sont peuplés de gens monoculturels que nous voyons arriver sans qu'on ait rien demandé, qui viennent de l'ensemble de l'île de France et ces personnes-là n'ont pas forcément les codes, n'ont pas forcément des intentions de bien s'intégrer et presque se tapent entre eux et on a des gens qui sont intégrés ici depuis 20 ans, 40 ans qui ne veulent qu'une chose, c'est quitter ces quartiers alors que c'était des quartiers qui étaient exemplaires. Il faut absolument qu'on prenne cette mesure et que l'État fasse confiance au couple, là encore, préfet et maire.

C'est bien beau de nous dire descendez vos bars, baissez vos tours, vos grandes tours d'immeubles, mais dans le même temps, il ne faut pas nous imposer encore une fois les gens qui viennent y vivre. Non pas qu'on ne prenne pas notre part évidemment, mais je le vois bien à Poissy, on a réussi à avoir une vraie mixité sociale dans un quartier historique qui s'appelle la Coudraye que nous sommes tout à fait à même de pouvoir bisser dans d'autres endroits de notre ville.

8:41
Présentateur

Dernière question, à l'origine, vous faisiez partie des Républicains, vous êtes divers droits, vous êtes maintenant plutôt Macron-Copatide, ça ne veut pas dire que vous êtes à La République En Marche. Vous savez très bien que les Républicains, le Rassemblement National est dans un autre registre, Mélenchon, qui veut qu'on transforme les policiers en quelque chose d'autre que les forces de l'ordre, tout le monde s'attaque à la politique régalienne du gouvernement. Qu'est-ce que vous avez dit dans ce domaine à Gérald Darmanin

9:06
Karl Olive

puisqu'il est venu chez vous ? D'abord je vais dire à Gérald Darmanin, merci parce que c'est le premier qui m'a contacté samedi lorsqu'il s'est passé ces choses-là en me disant, évidemment je vous apporte mon soutien mais dès que je pourrai venir je viendrai. Et il est venu hier. Ce que j'ai obtenu de la part du ministre de l'Intérieur, d'abord c'est symbolique pour le personnel.

La deuxième chose que je veux dire c'est que c'est bien beau d'être encore une fois dans l'IAC à Faucon que j'entends dans tous les observateurs de droite comme de gauche qui viennent sur le terrain, qui viennent sentir un petit peu ce qui se passe sur le terrain et vous verrez qu'ils seraient beaucoup plus cohérents dans les travées de l'Assemblée nationale. Moi je pense qu'aujourd'hui il n'y a pas une petite ou une grande solution qui viennent de gauche ou de droite. Il y a de belles solutions qui doivent être ancrées sur le terrain. Vous l'avez dit je ne suis plus républicain, je ne suis pas en marge, je suis génération terrain.

Moi je suis pour que la France gagne parce que j'aime mon pays et je me défends du sang de la ville de Poissy qui coule dans mes veines parce que j'aime mon pays plus que jamais et je veux qu'on s'en sorte. C'est mon seul, c'est ma seule boussole.

10:01
Présentateur

Vous êtes avec Carl Olive, le maire de Poissy qui est venu en direct ce matin expliquer ce qui s'est passé donc samedi soir dans sa ville avec deux enquêtes policières pour retrouver ces jeunes qui ont agressé avec des mortiers d'artifices des policiers, quatre policiers notamment avec ces cris qui ont été entendus par les voisins. Tuez-les, tuez-les. Il est 8h27, bonne journée à vous.