Pieyre-Alexandre Anglade - 02 mars 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. C'est l'heure de la politique et des 4V. Javith Inbert, vous recevez ce matin Pierre-Alexandre Anglade, député Renaissance et président de la Commission des Affaires Européennes à l'Assemblée Nationale. Messieurs, bonjour.
Bonjour à tous. Bonjour, Pierre-Alexandre Anglade. J'ajoute que vous êtes directeur de campagne de la liste Renaissance conduite par Valérie Hayé. C'est une des raisons pour lesquelles nous vous recevons ce matin, parce que cette campagne de Renaissance, pour l'instant, on peut dire qu'elle part d'assez loin. Les sondages se suivent inexorablement et annoncent un score modeste pour être gentil, c'est-à-dire 18% à peu près des voix. Je parle de la dernière enquête BVA pour nos confrères d'RTL, contre 30% pour Jordan Bardella, le leader du Rassemblement National. Comment vous allez faire en 3 mois pour rattraper un tel écart ?
3 mois, c'est une éternité en politique. Et on rentre effectivement dans cette campagne. On a désigné notre tête de liste, Valérie Hayé, il y a deux jours de cela en bureau exécutif. Et vous avez pu la voir dès hier sur le terrain, en Mayenne, chez elle, auprès d'une exploitation agricole. C'est un sujet qu'elle connaît bien puisqu'elle est fille et petite fille d'agriculteur. Et donc Valérie, elle va s'imposer dans le débat. Vous verrez, c'est une travailleuse. C'est une jeune femme que nous avons décidé de choisir parce qu'elle est connue et reconnue au Parlement européen. En 2019, vous savez, elle était 19e sur notre liste.
Et en l'espace de 5 ans, elle s'est révélée comme étant l'eurodéputée française la plus influente et la cinquième plus influente au niveau européen. Et donc c'est naturellement qu'on est exposé de l'agriculteur.
M. Anglade, en toute franchise, soyons honnêtes ce matin, est-ce que face à, encore une fois, des personnalités connues, et en particulier Jordan Bardella qui, pour l'instant, caracole en tête des sondages, vous n'auriez pas été plus à l'aise avec une personnalité plus connue des Français ? Des noms ont été évoqués, celui de Jean-Yves Le Drian, de Julien Denormandie, Stéphane Séjourné est devenu ministre des Affaires étrangères. En toute franchise, est-ce que ce n'aurait pas été plus simple pour vous de faire campagne, puisque vous êtes le directeur de campagne ? Non, non, non.
Le manque de notoriété n'est pas handicap. Je pense que c'est le meilleur choix possible. Et moi, je préfère avoir une eurodéputée reconnue par ses pairs, pour son travail, parce que c'est pour cela que les Françaises et les Français votent, c'est pour avoir des gens influents au Parlement européen à Bruxelles, pour représenter la France, défendre les intérêts des Européens, plutôt qu'un influenceur TikTok comme Jordan Bardella. Et donc moi, je pense que Valérie Ayet, c'est la meilleure candidate possible, et vous allez voir, elle va nous étonner dans cette campagne.
Les partis politiques d'opposition font aussi de ce scrutin une sorte d'élection de mi-mandat. Pour Emmanuel Macron, vous ne l'ignorez pas. Vous savez que c'est le premier scrutin national depuis 2022. Et l'impopularité, en tout cas l'addition des colères, après la réforme des retraites, la loi immigration, la colère des agriculteurs, est-ce qu'elle ne risque pas de peser très lourd dans ce scrutin qui pourrait devenir un référendum pour ou contre Macron ?
Mais l'enjeu de cette élection, ce n'est pas de savoir si on est pour ou contre Emmanuel Macron. L'enjeu de cette élection, c'est de savoir ce qu'on va faire en Europe pour les cinq prochaines années. Et j'ai même envie de vous dire pour les 10, 15 et 20 prochaines années, parce que nous sommes dans un moment charnière. Nous voyons bien que l'Europe est mise au défi par la guerre en Ukraine, qui a des conséquences sur la vie des Européens, qu'il y a des conflits larvés aux frontières extérieures de l'Union Européenne. Je pense à ce qui se passe au Proche-Orient et à Gaza. Je pense à ce qui se passe au Sahel. Et donc nous voyons bien que l'Europe est mise au défi.
Et donc cette Europe, il faut que nous soyons capables de la renforcer, de la rendre plus puissante, plus souveraine, plus unie. C'est ce qu'on fait depuis cinq ans. Et on veut continuer à le faire parce qu'il n'y a pas de projet alternatif. Quand j'entends Jordan Bardella et le Rassemblement national nous dire qu'au fond, on pourrait détricoter le projet européen, revenir à une forme d'isolement dans un siècle qui est celui des empires continents, où vous avez des puissances autoritaires qui feront qu'elles nous soumettent...
Il dit précisément qu'il veut changer d'Europe. Oui, mais ça ne veut rien dire.
Ça ne veut rien dire. Ils nous disent qu'ils veulent revenir sur toutes les normes et toutes les décisions qui ont été prises ces dernières années pour revenir sur cette Europe puissante qu'on est en train de construire. Ils souhaitent affaiblir la défense européenne au moment où la Russie attaque l'Ukraine et où la Russie nous attaque avec des mesures cyber. On va en parler. Donc tout cela, nous devons le prendre en compte. Et c'est pour ça qu'on a beaucoup d'ambition pour l'avenir du projet européen.
On va parler très concrètement des dossiers. Mais juste une question vous concernant, M. Anglade. Certains pointent du doigt la double casquette que vous avez en quelque sorte, puisque vous êtes, excusez-moi, directeur de campagne maintenant de Valérie Ayet. Mais vous restez président de la Commission des Affaires européennes, c'est-à-dire dans cette fonction à l'Assemblée nationale, vous devez être impartial. Est-ce qu'il n'y a pas un petit mélange des genres qui pourrait être préjudiciable ?
Non, pas du tout. Vous savez, on reproche quoi à un responsable politique de faire de la politique ? Il y a des fonctions politiques au sein de mon parti. Et puis il y a une fonction institutionnelle à l'Assemblée nationale qui ne m'empêche absolument pas d'être absolument indépendant. Mais il ne serait pas partisan dans cette... Et d'ailleurs, personne ne l'a jamais remise en cause. Et personne ne le fera, puisque tout se passera comme tout s'est toujours passé. C'est-à-dire que je présiderais avec neutralité vis-à-vis des groupes politiques.
Donc vous y engagez ce matin, en tout cas. Sur le fond de ce qui va faire donc cette campagne, on va parler des affaires de politique étrangère. Mais il y a d'abord, il est toujours d'actualité, on y revenait encore à 7h30, le dossier agricole. Vous incarnez, vous, à Renaissance, à tort ou à raison, ce qui attise une partie de la colère des agriculteurs, c'est-à-dire le pacte vert, les législations environnementales pour aller vers la décarbonation de l'UE. Dans le contexte du moment, est-ce que vous assumez cette ligne ? Vous disiez, le Rassemblement national veut en finir avec les normes, vous, vous continuez à les défendre.
Non, mais nous, nous assumons d'être aux côtés des agriculteurs et des agricultrices et de travailler en même temps pour lutter contre le dérèglement climatique. Il faut arrêter de... Eh bien, c'est compliqué, c'est un grand écart qui est difficile à suivre.
On a vu l'accueil hier au Salon de l'agriculture qu'a reçu notamment Marc Fénault, le ministre.
Oui, mais on a besoin d'avoir des protections environnementales fortes parce que nous sommes dans un temps de défi lié au réchauffement climatique et au dérèglement que nous connaissons. Et nous avons besoin dans le même temps d'accompagner nos agriculteurs. Et celles et ceux qui viennent nous faire ce mauvais procès sont les premiers à abandonner nos agriculteurs. Je vous rappelle simplement que le Rassemblement national et ses eurodéputés au Parlement européen, puisque c'est eux qui alimentent cette polémique, n'ont pas voté la politique agricole commune et les mesures budgétaires en particulier qui viennent directement soutenir les agriculteurs français.
Celles et ceux qui les ont défendues au Parlement européen ces dernières années, c'est Valéry Haillet qui a voté le budget de la PAC, c'est Jérémy Dosserl qui est un agriculteur qui est sur notre liste et qui était un de nos eurodéputés qui a défendu la PAC. Et donc n'ayons pas de fausse pudeur sur le sujet et cessons de poser environnement et agriculture. Le Green Deal, il ne faut pas y renoncer. Il faut maintenant travailler... Le pacte vert, il ne faut pas y renoncer. C'est absolument fondamental parce que c'est ce qui doit nous permettre d'atteindre la neutralité carbone.
Il faut être capable dans sa mise en œuvre de faire en sorte que ce ne soit pas contraignant pour nos agriculteurs et c'est ce à quoi nous travaillons en ce moment à Bruxelles.
Mais vous êtes conscient qu'au moins en termes de communication, celle du Rassemblement National passe mieux que la vôtre auprès des agriculteurs et dans le monde rural ?
Nous on ne fait pas de la communication, on fait de la politique pour les gens, pour la planète et pour nos agriculteurs. Et moi je préférerais plutôt que d'avoir des slogans sur des plateaux de télévision ou des selfies au salon de l'agriculture, on est des eurodéputés du Rassemblement National qui travaillent dans le sens des agriculteurs français. Ce qui n'a pas été le cas ces dernières années. Et d'ailleurs ils le savent très bien, les agriculteurs français que Jordan Bardella et les autres sont des escrocs de la vie politique et qui ne défendent certainement pas leurs intérêts.
On a vu dans le journal de 7h30 les obsèques d'Alexei Navalny à Moscou. L'autre grand sujet aujourd'hui, pour vous en tout cas, c'est le regard des uns et des autres sur la situation face à la guerre en Ukraine, face à la politique intérieure en Russie. Est-ce que vous estimez qu'il y a aujourd'hui deux lignes dans ces élections européennes entre les différentes listes ?
Moi je voudrais d'abord rendre hommage à Alexei Navalny et à tous les Russes qui se sont déplacés hier de manière courageuse. Et je crois que ces Imari auxquelles on a assisté pendant les funérailles de l'opposant russe, elles marqueront l'histoire de la Russie et l'histoire de l'Europe. C'est celles au fond de femmes et d'hommes qui ne supportent plus l'oppression du régime de Poutine et qui ont eu le courage de venir rendre hommage à un combattant de la liberté. Moi j'espère qu'il y aura un lendemain et vous savez, ces gens qui se sont déplacés, peut-être que demain la répression de Poutine viendra à nouveau à s'abattre.
Mais cette volonté pour la liberté elle demeurera dans une partie du peuple russe et donc c'est sur cela aussi que nous comptons pour apporter la paix et la liberté en Russie parce que l'Europe en a besoin. Maintenant oui, sur la Russie et sur le conflit ukrainien, il y a effectivement deux lignes dans cette campagne. Et il y a nous qui défendons depuis le début la résistance ukrainienne parce qu'il en va de l'avenir, de la paix, de la liberté et de la sécurité de l'Europe. Et puis il y a celles et ceux qui se font les relais complaisants de la propagande de Vladimir Poutine. Je pense à Marine Le Pen.
Si nous avions écouté Marine Le Pen, Jeff Bittenberg, cela ferait deux ans que le drapeau russe flotterait sur Kiev. Et si le drapeau russe flottait sur Kiev aujourd'hui, les armées de Poutine seraient en train de tester les frontières de l'Union Européenne. Les États baltes, la Roumanie, la Pologne et à ce moment-là nous ne serions plus en paix et en liberté. Il faut que chacun mesure le moment dans lequel on se trouve.
– Oui, M. Anglade, vous faites plus que soutenir, comme je reprends votre expression, l'offensive ukrainienne. Vous avez Emmanuel Macron à envisager, en tout cas n'a pas exclu, et on en a beaucoup parlé cette semaine, l'envoi de troupes occidentales sur le terrain. Cela a suscité un tollé à la fois dans l'opposition et parmi nos partenaires occidentaux, européens, l'Allemagne au premier chef. Est-ce que cela ne pose pas un problème que la France fasse un peu cavalier seule dans cette initiative ?
– D'abord, la France ne fait pas cavalier seule puisqu'il y a un certain nombre de pays européens qui prennent acte – Qui prennent acte – Mais qui ne soutiennent pas et qui disent qu'ils n'enverront pas de soldats. – Du changement de posture de la Russie. Parce que la Russie, depuis maintenant plusieurs mois, d'abord a intensifié son offensive en Ukraine, on le voit très concrètement sur le terrain, mais elle a aussi intensifié son offensive vis-à-vis des pays européens et en particulier de la France.
La France est le pays aujourd'hui le plus exposé aux menaces cyber, aux attaques informatiques, aux manœuvres de désinformation et donc il faut que les uns et les autres mesurent que nous ne sommes plus tout à fait en paix. – Mais il faut envoyer des troupes, c'est ça la question, M. Anglade. – Mais le président de la République n'a pas dit qu'il fallait envoyer des troupes, il a dit que dans un cadre qu'il avait défini qui était de tout faire pour mettre en effet que la Russie sans faire la guerre à la Russie, rien n'était exclu. Et dans ce cadre-là, eh bien il faut réfléchir à toutes les alternatives possibles pour faire comprendre à la Russie que ça suffit.
Emmanuel Macron, il a sonné le toxin des Européens. Il a dit de manière très claire que nous ne nous laisserions pas faire et que nous ne pouvons pas accepter de voir l'Ukraine déstabilisée et au fond soumise par la Russie parce que cela aurait des conséquences extrêmement concrètes sur la vie des Françaises et des Français et des Européens. Imaginez que demain, l'Ukraine vienne à tomber.
Alors à ce moment-là, la Russie met la main sur ce pays avec cela, les réserves de blé qui existent là et donc c'est la déstabilisation du marché mondial, l'augmentation des prix, les conséquences sur le pouvoir d'accès des Françaises et des Européens et puis évidemment, un fait accompli qu'on ne peut pas accepter. On ne peut pas accepter aujourd'hui en Europe qu'un pays autoritaire s'impose par la force vis-à-vis d'un pays libre, démocratique et souverain ce qu'est le cas de l'Ukraine.
Vous avez donc défendu la position d'Emmanuel Macron dans ce conflit ce matin. Merci beaucoup Pierre-Alexandre Anglade, directeur de campagne de Renaissance et de votre candidate Valérie Haillet. Les scrutins aura lieu le 9 juin prochain. Merci.
Merci beaucoup à tous les deux. Merci Yohan Robert qui a traduit cette interview à propos de Valérie Haillet. Pierre-Alexandre Anglade estime qu'il préfère avoir une eurodéputée connue et reconnue plutôt qu'un influenceur. TikTok comme Jordan Bardella qualifie par ailleurs d'escrocs de la politique notamment vis-à-vis des agriculteurs. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage ST' 501
Pieyre-Alexandre Anglade