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InterviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 26 septembre 2025 13 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsJusticeEurope & international

Sarkozy condamné : « Au-delà de sa personnalité, c'est la fonction présidentielle qui est atteinte » selon le politologue Pascal Perrineau

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Quelle a été votre réaction quand vous avez appris la condamnation de Nicolas Sarkozy ?

  • 2:13OuverteRéponse directe

    L'électeur de droite peut se dire : ça tombe toujours sur nos champions.

  • 3:18OuverteRéponse directe

    Nicolas Sarkozy s'est déclaré innocent et a évoqué la haine des juges.

  • 3:38OuverteRéponse directe

    Certains disent que les juges s'acharnent sur Sarkozy et que la justice est politisée.

  • 6:07OuverteRéponse directe

    Quelles peuvent être les conséquences de cette condamnation sur le climat politique français ?

  • 8:03ComplaisanteRéponse directe

    Je vais me faire l'avocat de l'institution judiciaire : à gauche, on a salué la condamnation.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:40Invité politiqueFait
    « On s'attendait en effet à une condamnation. »
  • 0:44Invité politiqueFait
    « Ce qui a surpris, c'est peut-être l'ampleur de la condamnation et les modalités, j'allais dire presque techniques. »
  • 1:23Invité politiqueFait
    « Il ne faut pas oublier que ce sont des faits qui se sont déroulés il y a 20 ans. »
  • 2:31Invité politiqueFait
    « Oui, et quand on regarde en détail, c'est plus compliqué que cela, comme toujours. »
  • 2:38Invité politiqueFait
    « Parce que si vous regardez la gauche, l'affaire Carrefour du Développement, l'affaire Cahuzac sous François Hollande, l'affaire de l'AMNEF, l'affaire du Rebat-Conseil, etc. »
  • 3:59Invité politiqueFait
    « C'est une part de vérité. »
  • 4:49Invité politiqueFait
    « C'est-à-dire que, oui, il semble bien qu'il y ait cette fameuse association de malfaiteurs, puisque c'est le motif qui a été retenu, qui est existé, il y a eu des rencontres. »
  • 5:05Invité politiqueFait
    « Il était utilisé beaucoup plus dans le milieu de la drogue, du grand banditisme, etc. »
  • 5:19Invité politiqueFait
    « le financement illégal de campagne, la corruption, le recel de détournement de fonds publics, n'ont pas été avérés. »
  • 6:40Invité politiqueChiffre
    « Moins d'un Français sur deux a confiance dans la justice. »
  • 9:03Invité politiqueFait
    « ça a commencé dans les années 70, avec les condamnations de Michel Noir et d'Alain Carignan. »
  • 11:01Invité politiqueFait
    « C'est là où le bas blesse et où en particulier au plan juridique, il y a des réflexions. »
  • 11:23Invité politiqueFait
    « Quand l'exécution provisoire, par exemple, écarte ou peut écarter de la compétition présidentielle essentielle, une candidate de premier plan, on voit bien que ça pose un problème. »

Temps de parole

  • Nicolas Sarkozy67 %
  • Présentateur29 %
  • ?4 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Il a voulu faire un exemple. Pascal Perrineau, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous en direct ce matin. Vous êtes l'un de nos meilleurs politologues, sinon le meilleur. Vous avez publié en 2023 le goût de la politique qui vous a valu le prix du livre politique. C'était chez Odile Jacob. Merci d'être venu parler ce matin aux auditeurs de Radio Classique. Depuis des années, vous analysez le fonctionnement de notre vie politique et vous suivez l'évolution de l'opinion publique sur ses représentants, sur notre démocratie. Quelle a été votre réaction quand vous avez appris la condamnation de Nicolas Sarkozy et quand vous l'avez vue s'exprimer à la télévision ?

0:40
Nicolas Sarkozy

On s'attendait en effet à une condamnation. Ce qui a surpris, c'est peut-être l'ampleur de la condamnation et les modalités, j'allais dire presque techniques. Bien sûr, l'exécution provisoire, le mandat de dépôt différé. On s'est dit, voilà, la justice a frappé. On s'attendait à ce qu'elle frappe, mais elle a frappé fort. Et d'ailleurs, quand on regarde ce matin les réactions de la presse étrangère, ça va dans ce sens. Quand vous regardez la presse anglo-saxonne, je regardais également la presse suisse, la presse belge. Voilà, on dit aussi que c'est le procès d'une époque. Il ne faut pas oublier que ce sont des faits qui se sont déroulés il y a 20 ans.

Il y a 20 ans, et bien sûr, ça sanctionne aussi une partie de mœurs politiques où la classe politique ne s'était pas adaptée au cadre juridique qui avait profondément changé à partir des années 80, la fin des années 70 et du début des années 80. Donc c'est aussi cela, la condamnation qui touche le président. Et puis c'est vrai qu'au regard de l'histoire française, voilà, c'est assez perturbant. On sait déjà que la scène politique est profondément perturbée parce qu'elle est rejetée, elle fait l'objet d'une défiance profonde de la part des Français. Ce qui vient de se passer n'est pas fait pour améliorer les choses.

2:13
Présentateur

Alors, dans l'esprit, et je pense notamment à l'électorat de droite qui doit faire ses comptes, Chirac, Juppé, ou Juppé-Chirac, Fillon, et maintenant Sarkozy, l'électeur de droite peut se dire, mais ça tombe toujours sur nos champions.

2:28
Nicolas Sarkozy

Oui, et quand on regarde en détail, c'est plus compliqué que cela, comme toujours. Parce que si vous regardez la gauche, l'affaire Carrefour du Développement, l'affaire Cahuzac sous François Hollande, l'affaire de l'AMNEF, l'affaire du Rebat-Conseil, etc. Voilà, la gauche avait aussi, sur ce terrain, des financements occultes, des comptes de campagne pourries. Voilà, la gauche avait été également touchée. Et c'est bien ce que je disais, il y avait une partie de la classe politique qui, voilà, utilisait des procédés qui, peu à peu, sont tombés sous le coup de la loi. Et on fonctionnait avec des mœurs d'hier, qui maintenant sont des mœurs condamnées et condamnables.

3:18
Présentateur

Nicolas Sarkozy s'est déclaré innocent. Il a laissé entendre que la haine s'acharnait sur lui. Et évidemment, il pense à la haine des juges, tout en expliquant qu'il se conformera, évidemment, à la décision des juges. Et certains disent aujourd'hui que les juges s'acharnent sur Nicolas Sarkozy, que la justice est politisée. Et nous avons tous les deux, mon cher Pascal Perrineau, sous les yeux le dernier numéro de la Revue des Deux Mondes, celui du mois de septembre 2025. Page 38, la revue rappelle cette citation de François Mitterrand. « Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie, ils tueront la République ».

3:59
Nicolas Sarkozy

C'est une part de vérité. Il avait écrit un livre qui s'appelait « Ma part de vérité », François Mitterrand. C'est une part de vérité. Quand vous regardez le processus révolutionnaire de 1789, oui, les juges ont joué le rôle, mais à la fin des fins, c'est bien le peuple, le tiers-État, qui a emporté le morceau. Mais il est vrai que les juges jouent maintenant un rôle, qui est un rôle, bien sûr, judiciaire, mais également politique. On l'a vu récemment avec, bien sûr, la condamnation de Marine Le Pen. On le voit aujourd'hui avec cette condamnation qui touche le président Sarkozy. Alors, quand on regarde le jugement, on est frappé de quelque chose.

C'est-à-dire que, oui, il semble bien qu'il y ait cette fameuse association de malfaiteurs, puisque c'est le motif qui a été retenu, qui est existé, il y a eu des rencontres. Mais enfin, ce délit même d'association de malfaiteurs, c'est un délit au contour très flou, qui n'a jamais été utilisé en matière politique. Il était utilisé beaucoup plus dans le milieu de la drogue, du grand banditisme, etc. Et les autres chefs d'accusation, le financement illégal de campagne, la corruption, le recel de détournement de fonds publics, n'ont pas été avérés. Et on sait très bien, dans la procédure, que c'est à la fin que les juges ont rajouté, justement, ce délit d'association de malfaiteurs.

Donc, il y a un peu un trouble, surtout quand on regarde les cinq ans de prison ferme requise, dans les conditions que je précisais tout à l'heure. Et on se dit parfois, dans cette situation un peu complexe, c'est le moins qu'on puisse dire, dans cette situation de doute, est-ce que la justice n'aurait pas dû avoir, mais je ne connais pas le dossier, toutes les arcanes du dossier, mais n'aurait pas dû avoir, comment dire, un jugement plus balancé, un peu plus tempéré.

6:07
Présentateur

Quelles peuvent être les conséquences de cette condamnation sur le climat politique français ? Parce qu'on a déjà une crise budgétaire, on dit qu'on a une crise politique. Est-ce que ça peut provoquer une crise judiciaire ? Parce que la question de la confiance dans les institutions passe aussi par la confiance de nos concitoyens dans la justice. Bien sûr.

6:24
Nicolas Sarkozy

Alors, les conséquences sont des conséquences délétères. Mais enfin, on dit ça tous les jours maintenant, quel que soit le... Voilà. Pourquoi ? Parce que tous les pouvoirs, maintenant, sont touchés et discrédités. Et on le voit dans le baromètre de confiance politique que nous faisons, qu'on ferait mieux d'appeler d'ailleurs baromètre de défiance politique, que nous faisons régulièrement au Cévi-Pof. Il ne faut pas croire, si vous voulez, que la justice fasse l'objet d'une confiance des Français. Moins d'un Français sur deux a confiance dans la justice. Donc, la justice est également touchée par ce mouvement extrêmement profond de défiance. Mais enfin, regardons le paysage aujourd'hui.

L'Assemblée nationale, pivot essentiel du pouvoir législatif. C'est l'Assemblée de tous les excès. C'est le grand guignol à peu près en permanence dans cette Assemblée nationale. Le gouvernement. Le gouvernement semble être impuissant et même aujourd'hui insaisissable. Mais il est absent puisqu'il n'y a pas de gouvernement. Il n'y a qu'un gouvernement de transition. On a un mal fou à accoucher d'un nouveau gouvernement. Alors, restait un peu dans le dispositif, bien sûr, de la Constitution de 1958, la figure essentielle, d'ailleurs, tout le monde attend 2027, la figure essentielle du président de la République et l'institution présidentielle.

Et il faut bien reconnaître qu'au-delà de la personnalité de Nicolas Sarkozy, c'est la fonction présidentielle qui est atteinte. Donc, ce matin, oui, le paysage politique est un vrai champ de ruines. Et attention, quand toutes les institutions essentielles de la vie politique font l'objet d'un tel discrédit, la porte est ouverte à toutes les aventures collectives.

8:03
Présentateur

Je vais me faire l'avocat de l'institution judiciaire, car parmi les commentaires d'hier, et notamment dans l'opposition, à droite, évidemment, la solidarité s'est exprimée envers Nicolas Sarkozy, même si, évidemment, on ne commande pas les décisions de justice, c'est le discours habituel des hommes politiques. Mais à gauche, finalement, on a dit, ben voilà, le président de la République, l'ancien président de la République, c'est injusticiable comme les autres, et en le condamnant sévèrement, la justice envoie un signal selon lequel les hommes politiques sont des coupables comme les autres, ou en tout cas des justiciables ou des prévenus comme les autres.

8:42
Nicolas Sarkozy

La procédure, ce type de processus, plutôt, a commencé, en fait, il y a bien longtemps, ça a commencé dans les années 70, avec les condamnations de Michel Noir et d'Alain Carignan, ils étaient à l'époque, ce n'était pas n'importe qui, c'était les maires, en effet, de Lyon et de Grenoble, et depuis cette période, au fond, les hommes politiques ne sont pas particulièrement épargnés, et ce principe juste, qui est l'égalité de tous, devant la loi et le pouvoir judiciaire, s'est mis en place.

Mais ensuite, bien sûr, nous gardons, bien sûr, en tant que citoyens, en tant qu'observateurs, toute l'attitude de critique par rapport au type de décision judiciaire qui est prise, par rapport aux peines qui sont prononcées, et par rapport, en particulier, à ce principe d'exécution provisoire, qui semble de plus en plus être mis en place, et qui pose problème. D'ailleurs, je crois que le président du Sénat, s'était rappelé tout à l'heure, a commencé à interroger ce principe de l'exécution provisoire. Tout comme Marine Le Pen. Tout comme Marine Le Pen.

Et on le voit avec Marine Le Pen, ça a un impact direct sur celle qui est tout de même aujourd'hui une des représentantes d'une des principales forces politiques françaises. Et il faut, en démocratie, bien sûr, interroger ce principe d'exécution provisoire qui intervient avec, j'allais dire, beaucoup de force et peut-être une force excessive dans l'agenda politique démocratique. Justement, on va terminer

10:18
Présentateur

avec ce sujet-là. C'est-à-dire le moment où la justice percute une logique démocratique. On l'a vu avec l'affaire Fillon. Les choses se sont, sur le plan judiciaire, enclenchées très vite au point de perturber totalement l'élection présidentielle. Et dans le cas de Marine Le Pen, elle a un peu plus de temps devant elle. Elle a deux ans depuis que l'exécution, enfin, depuis que le jugement de l'année dernière est intervenu. ça veut dire qu'on a d'un côté le processus judiciaire qui parfois accélère, parfois il est très lent et qu'il peut compromettre l'expression démocratique.

Et là, ça doit faire réfléchir les politologues, les constitutionnalistes, tous les gens qui sont férus de sciences politiques. Quel est l'état de la réflexion à ce sujet ?

11:01
Nicolas Sarkozy

C'est là où le bas blesse et où en particulier au plan juridique, il y a des réflexions, en particulier parmi nos amis spécialistes de droit public. Parce que c'est vrai que cette interférence de plus en plus forte du temps judiciaire avec le temps politique démocratique peut poser problème. Quand l'exécution provisoire, par exemple, écarte ou peut écarter de la compétition présidentielle essentielle, une candidate de premier plan, on voit bien que ça pose un problème.

Et en l'occurrence, quand une condamnation prend de plein fouet la figure d'un ancien président de la République qui reste tout de même très actif, vous le précisiez tout à l'heure, dans le jeu politique démocratique français, au point que tout le monde lui rend visite, et même parfois de la gauche ou du centre-gauche à la droite, cela pose problème. Parce qu'on sait très bien que la figure du président de la République arbitre de la nation reste une figure essentielle. Et je le répète, le jeu démocratique ne gagne rien à un paysage politique qui devient un véritable champ de ruines.

12:24
Présentateur

Pascal Perrineau, un immense merci d'être venu ce matin parler aux auditeurs de Radio Classique. Je rappelle le titre de votre dernier livre, Le goût de la politique, c'est paru chez Odile Jacob. Je vous recommande également, il est sans doute encore disponible dans les bonnes librairies, la revue des deux mondes. Alors, c'est Pascal Bruckner qui fait la une, les ravages du déclinisme et du catastrophisme. Mais il y a un dossier, justice et politique, un couple en crise, je crois qu'avec ce qui vient d'être dit par Pascal Perrineau, ça n'est plus à démontrer.

Dans un instant, le rappel des titres, Charles Bonner, la revue de presse d'Hervé Gatégnaud et puis nos esprits libres avec lesquels nous allons revenir sur le jugement qui a condamné hier Nicolas Sarkozy à cinq années de prison. Radio Classique, il est 8h27.

13:07
Locuteur

Sous-titrage ST' 501