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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 5 avril 2024 7 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsOutre-mer

Rwanda : "On demande à l'État français de reconnaître la complicité des politiques de 1994" dit Alain Gauthier

Au micro : Marion LourdSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:37OuverteRéponse partielle

    Quelle est votre réaction après la déclaration d'Emmanuel Macron ?

  • 1:33RelanceRéponse directe

    La France aurait pu arrêter, elle n'en a pas eu la volonté. Ça va plus loin que les responsabilités de 2021 ?

  • 2:29OuverteRéponse partielle

    Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire, la France, pour arrêter ça ?

  • 3:35RelanceRéponse directe

    Vous dites que c'est de la complicité ? Les mots sont importants.

  • 4:28OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous regrettez que Macron n'aille pas au Rwanda ? Les Rwandais le regrettent-ils ?

  • 5:39OuverteRéponse directe

    Comment expliquer les lenteurs de la justice française en la matière ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:51Invité politiqueFait
    « dire que la communauté internationale et la France en particulier n'ont pas eu la volonté d'arrêter le génocide, je dirais que c'est quelque chose qu'on connaît depuis longtemps »
  • 1:03Invité politiqueFait
    « le Conseil de sécurité, dès le début du génocide, a réduit d'une manière assez drastique le nombre de soldats de la Mignoire »
  • 1:23Invité politiquePromesse
    « on aimerait bien pouvoir aller jusqu'à la reconnaissance d'une complicité qui amènerait même des réparations »
  • 2:01Invité politiqueFait
    « Un État qui a volé au secours du président Abiyalimana dès 1990, qui a soutenu un régime génocidaire pendant longtemps, avant, pendant, après »
  • 2:51Invité politiqueFait
    « Jean Carbonard qui, en janvier 1993, à Antenne 2, annonce déjà le génocide qui arrive »
  • 3:05Invité politiqueFait
    « Moi, personnellement, j'ai écrit au président Mitterrand dès l'intervention de Jean Carbonard à la télévision pour savoir ce que le gouvernement français souhaitait faire ici au Rwanda »
  • 3:43Invité politiquePromesse
    « On va jusqu'à demander à l'État français de reconnaître cette complicité, non pas de la France, mais des hommes politiques de 1994 »
  • 4:02Invité politiqueFait
    « Un État qui soutient, qui livre des armes pour combattre le FPR, qui soutient le gouvernement intérimaire, qui soutient la formation du gouvernement génocidaire dans les locaux même de l'ambassade »
  • 5:46Invité politiqueFait
    « il suffit qu'un pouvoir politique ne donne pas à la justice les moyens de fonctionner pour que cette justice-là traîne en longueur »
  • 5:57Invité politiqueChiffre
    « Le premier procès n'a eu lieu que 20 ans après le génocide, en 2014 »
  • 6:03Invité politiqueChiffre
    « toutes les plaintes qui, depuis 2001 jusqu'en 2019, sont des plaintes que nous avons préparées et déposées »

Temps de parole

  • Invité politique72 %
  • Présentateur23 %
  • Présentateur 25 %

3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourd, le 6-9. Et à votre micro Marion, ce matin, il est le fondateur du collectif des partis civils pour le Rwanda. Et nous lui avons appris hier les déclarations du président de la République sur le sujet du génocide. On l'entendait dans nos journaux à l'approche des 30 ans de ce génocide des Tutsis par les Hutus qui a fait au moins 800 000 morts. Emmanuel Macron a estimé que Paris aurait pu arrêter les massacres mais n'en a pas eu la volonté. Bonjour Alain Gauthier.

0:33
Invité politique

Bonjour.

0:34
Présentateur

Vous êtes en ligne depuis le Rwanda, justement. Quelle est votre réaction, votre sentiment après la déclaration d'Emmanuel Macron ?

0:43
Invité politique

Alors si vous voulez, la réaction aujourd'hui est peut-être un peu prématurée dans la mesure où on nous annonce une vidéo dimanche prochain. Maintenant, dire que la communauté internationale et la France en particulier n'ont pas eu la volonté d'arrêter le génocide, je dirais que c'est quelque chose qu'on connaît depuis longtemps puisque le Conseil de sécurité, dès le début du génocide, a réduit d'une manière assez drastique le nombre de soldats de la Mignoire.

Ce qui est nouveau quand même maintenant, peut-être, c'est de voir que le président Macron lance un nouveau jalon, un jalon supplémentaire dans la reconnaissance des responsabilités lourdes et accablantes qu'il a déjà reconnues en 2021. Mais si vous voulez, là encore, nous, on aimerait bien pouvoir aller jusqu'à la reconnaissance d'une complicité qui amènerait même des réparations.

1:33
Présentateur

Quand même, la France aurait pu arrêter, elle n'en a pas eu la volonté. Ça va plus loin, par exemple, que les responsabilités dont parlait le président de la République en 2021. On avance.

1:42
Invité politique

Oui, vous avez raison, mais c'est même, je dirais, une déclaration un petit peu extrêmement grave d'arriver à dire que, bon, 30 ans après, à reconnaître qu'on n'a pas eu la volonté d'arrêter ce génocide. Mais c'est tout à fait vrai. Un État qui a volé au secours du président Abiyalimana dès 1990, qui a soutenu un régime génocidaire pendant longtemps, avant, pendant, après, « Comment voulez-vous qu'on n'aille pas jusqu'à une complicité que, je pense, on ne reconnaîtra pas ? » Mais c'est un petit pas en avant, mais qui, pour nous, bien évidemment, n'est pas suffisant. Je ne voudrais pas que ce soit simplement un effet de communication à l'égard du gouvernement rwandais.

2:29
Présentateur

Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire, la France, pour arrêter ça ?

2:33
Invité politique

Je ne sais pas. Il va falloir demander au président Macron, maintenant, qui dit qu'on aurait pu l'arrêter. Déjà, la France aurait pu se dispenser de voler au secours d'Abiyalimana dès 1990. Vous savez, il y a eu beaucoup d'alertes avant 1994. Je pense à Jean Carbonard qui, en janvier 1993, à Antenne 2, annonce déjà le génocide qui arrive. Moi, personnellement, j'ai écrit au président Mitterrand dès l'intervention de Jean Carbonard à la télévision pour savoir ce que le gouvernement français souhaitait faire ici au Rwanda. Donc, les alertes ont été nombreuses. Jean Varret, le collègue Jean Varret, a aussi alerté dès 1991 le danger d'un génocide.

Donc, voilà, il ne fallait pas s'engager, déjà, dans cette voie de soutien au président Abiyalimana et au gouvernement intérimaire génocidaire.

3:35
Présentateur

Et vous, vous dites, ça, c'est de la complicité. Vous allez jusque-là ? Les mots sont importants en la matière parce qu'il y a presque un million d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont été tués en 1994.

3:43
Invité politique

Oui, oui, mais nous, on va jusqu'à dire complicité. On va jusqu'à demander à l'État français de reconnaître cette complicité, non pas de la France, mais des hommes politiques de 1994. Je ne vois pas comment on peut se dispenser de ce mot-là. Je vous ai dit, un État qui soutient, qui livre des armes pour combattre le FPR, qui soutient le gouvernement intérimaire, qui soutient la formation du gouvernement génocidaire dans les locaux même de l'ambassade, qui a abandonné après des rescapés à Bissécero, etc. Donc, je ne vois pas comment on peut échapper à ce mot-là de complicité.

4:22
Présentateur

Vous, vous êtes en ce moment au Rwanda, justement à l'occasion des commémorations des 30 ans du génocide. On le disait, le président, en fait, il va intervenir par vidéo parce qu'il n'ira pas dimanche, il a d'autres obligations ce jour-là. Il était pourtant invité par son homologue. Est-ce que vous le regrettez ? Est-ce que vous avez le sentiment que les Rwandais le regrettent également ?

4:43
Invité politique

Vous savez, les Rwandais sont pragmatiques. Le président Macron a décidé de ne pas venir et d'envoyer M. Séjourné, son ministre des Affaires étrangères. Voilà, je crois que le gouvernement rwandais en prend acte. Il est probable, dans la mesure où il avait été invité, il est probable que le Rwanda aurait souhaité la présence du président Macron. Et vous ? Maintenant, personnellement, je ne sais pas si ça a changé grand-chose. Oui, on peut dire que ça aurait été un geste. Ça aurait été un geste. Mais bon, nous, ce qui est important, ce sont les propos qui sont tenus. Et essentiellement, cette reconnaissance-là, on aurait pu arrêter le génocide. On ne l'a pas voulu. On ne l'a pas voulu.

C'est extrêmement grave de l'affirmer. C'est peut-être courageux. Mais nous, on attend davantage.

5:34
Présentateur

Et vous, vous êtes la seule association à avoir déposé des plaintes en France. On parle de plusieurs génocidaires et complices qui se cacheraient sur notre sol. Comment expliquer les lenteurs de la justice française en la matière ?

5:46
Invité politique

Vous savez, il suffit qu'un pouvoir politique ne donne pas à la justice les moyens de fonctionner pour que cette justice-là traîne en longueur. Le premier procès n'a eu lieu que 20 ans après le génocide, en 2014. C'est vrai que toutes les plaintes qui, depuis 2001 jusqu'en 2019, sont des plaintes que nous avons préparées et déposées. Le parquet de Paris a commencé à ouvrir des informations judiciaires à son initiative en 2019. Mais vous savez, comme on le dit tout le temps, le retard qui a été pris à juger les génocidaires qui sont en France ne se rattrapera jamais.

6:25
Présentateur

Merci.

6:25
Invité politique

Et en particulier, il y a le cas en particulier de Mme Abdel-Madda qui est toujours là en France.

6:31
Présentateur

Merci Alain Gauthier, cofondateur du collectif des partis civils pour le Rwanda, auteur en septembre dernier du livre « À la poursuite des génocidaires » aux éditions Les Escales. Merci de nous avoir répondu sur Inter. Bonne journée, c'était l'invité de Marion Lourd à suivre la météo et le journal.