Algérie : «Il ne faut pas revoir les accords de 1968» selon Manon Aubry
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La grande interview Europe 1 CNews, Romain Desarres. 8h13, la grande interview CNews Europe 1 avec ce matin Manon Aubry. Bonjour Manon Aubry. Bonjour. Eurodéputé La France Insoumise, merci d'être avec nous. On va balayer toute l'actualité. Je voulais qu'on commence par ce qui s'est passé hier soir dans la capitale, dans le quartier du Canal Saint-Martin. Il y a eu des violences à quelques heures de la finale de la Coupe de France qui verra s'affronter le RC Lens et l'OGC Nice. C'est impossible aujourd'hui d'organiser un événement sans qu'il y ait des rassemblements violents ?
Évidemment, je regarde toujours qu'il y ait des rassemblements violents qui soient organisés d'une manière ou d'une autre. A fortiori, autour du football, qui est une fête populaire, on a tous envie de célébrer. Il va y avoir la Coupe du Monde bientôt qui va démarrer. On a envie de faire la fête autour du foot et pas que ça se termine en violence. On a assez peu d'éléments à l'heure où je vous parle, donc c'est difficile d'en commenter quoi que ce soit.
Il semble qu'il y ait un groupe d'Hooligans, de l'OGC Nice qui soit impliqué, qui s'appelle Populaire Sud, qui est connu à Nice pour avoir déjà été impliqué dans des événements de violence, qui est par ailleurs assez proche de l'extrême droite. Mais comme je vous dis, à l'heure où je vous parle, on a peu d'éléments. La justice va faire son travail. Évidemment, je regrette à chaque fois qu'il y a quel que soit le type d'événement de violence.
Mais le 30 mai prochain, il y aura la finale de la Ligue des Champions qui engage le Paris Saint-Germain. Paris va devoir être surprotégé avec des milliers de policiers. Qu'est-ce que ça dit de notre société ?
Moi, ce que je souhaite, c'est une grande fête populaire, qu'on soit un soutien du pays.
La dernière fois, il y avait eu des racailles qui avaient jeté des objets sur les voitures de police.
Moi, je me souviens aussi qu'il y a des objets sur les voitures de police. Mais c'est jamais souhaitable. C'est jamais souhaitable. C'est jamais souhaitable. Et c'est répréhensible pénalement. Et vous pouvez être poursuivi en justice. Ils ont été poursuivis en justice. Mais rarement condamnés. En l'état, eux, non, c'est assez faux. On peut regarder, si vous voulez, de près. Je regarde de près. Ce que je retiens aussi, c'est que le foot fait vibrer des dizaines de milliers de supporters. Le soir même, c'est regardé à la télé par des centaines de milliers de gens. Et ça doit d'abord rester ça, le foot populaire. C'est le sport que vous pratiquez en bas de chez vous.
On a tous fait du foot gamin. On a tous vibré au fur et à mesure des Coupes du Monde. Et moi, c'est ça que j'ai envie de retenir du foot. Surtout à l'heure où la Coupe du Monde va démarrer.
Manon Aubry, avec nous ce matin. La guerre va durer. La crise va durer. A prévenu Sébastien Lecornu, le Premier ministre hier, qui annonce 710 millions d'euros d'aides supplémentaires. Déjà, votre commentaire sur ces annonces.
C'est sympathique de prévenir que la guerre va durer. Mais ce serait un peu plus sympathique de prendre des réelles mesures pour aider les Françaises et les Français. Parce que là, dans les mesures qui sont annoncées par Sébastien Lecornu, on peut les regarder dans le détail. Il propose que les entreprises fassent des primes aux salariés. Merci, mon bon Dieu. On va demander l'aumône à nos patrons pour pouvoir aller travailler et payer le trajet d'essence qui coûte extrêmement cher. Tout ça n'est pas sérieux. Les aides qui ont été annoncées jusqu'à présent par le gouvernement n'ont jamais été suivies des faits. D'ailleurs, on peut lancer un appel à témoignage ce matin à votre antenne.
Est-ce qu'il y a le moindre Français qui a déjà touché le moindre centime d'aide de la part du gouvernement ? Vous savez, c'est un peu comme un Pokémon rare. C'est assez recherché. Donc, moi, je suis toujours à cet avis de recherche.
La prime carburant, elle est versée ?
Non. Ça existe.
Elle est versée régulièrement par des entreprises. Les salariés, ça existe.
Moi, ce matin, il y a des gens probablement sur Europe 1 qui nous écoutent en radio en allant au travail. Oui. Et je pense à tous ces gens-là qui prennent leur voiture, qui n'ont pas d'autre alternative. À ces gens-là qui ne vont toucher aucune aide alors qu'il y aurait une mesure simple et de bon sens. Le blocage des prix. Le blocage des prix, ça ne coûterait pas un seul centime à l'État français. On pourrait bloquer le litre d'essence et le litre de gasoil notamment à 1,70€, c'est-à-dire le niveau d'avant crise. Et permettre à chacun...
À qui vous prenez la différence ?
Bien, la différence...
À l'État, à Total, qui partirait, à qui ?
Total. Alors, prenons le cas de Total. Ils ont fait 5 milliards d'euros de profit sur ce premier trimestre. Est-ce que vous trouvez ça normal qu'une entreprise pétrolière se serve de la crise pour spéculer, parce que c'est ça qu'ils ont fait de la spéculation ? Ils ont acheté massivement de...
La Total est dans le pétrole et effectivement, les coûts remontent.
Ils ont acheté massivement du pétrole juste avant que la crise n'éclate. Et donc, vous, vous trouvez ça normal que le français qui va à la pompe paye 2,20€ son litre de gasoil quand une entreprise comme Total fait tant de bénéfices ? Eh bien, moi, je ne trouve pas ça normal. Vous demandez un blocage à 1,70€.
Un blocage des prix. Aujourd'hui, c'est 2,10€. Qui fournit les 40 centimes ?
Je vous le dis, des entreprises, les entreprises pétrolières et notamment une entreprise comme Total qui, aujourd'hui, s'est gavée sur cette crise. Le gouvernement se refuse à taxer les super-profits, se refuse à agir concrètement pour les Françaises et les Français. Eh bien, moi, je vous le dis, avec nous et avec Jean-Luc Mélenchon au pouvoir, on aura fini de ces profiteurs de crise. Et oui, on n'aura pas l'impression d'avoir un pistolet sur la tempe à chaque fois qu'on va faire son plein d'essence. Parce que c'est ça, la réalité, aujourd'hui. Et c'est des millions de Français qui, derrière, vont se priver. On est au mois de mai. Il y a plein de week-ends.
On a tous envie d'aller voir la famille, les proches. Et les gens hésitent à prendre leur voiture parce que ça coûte une fortune. Des gens vont se priver de vacances cet été. Ce n'est pas normal. Le blocage des prix, c'est la solution de bon sens. Ça a été fait dans l'histoire française dans les années 90. C'est fait dans les Outre-mer. Ça a été fait dans un certain nombre de pays dans le monde. La Croatie, la Slovénie, la Corée du Sud. Il n'y a aucune raison, c'est prévu par le Code du Commerce, que l'État français ne le fasse pas. Sauf à protéger les profits des grandes entreprises comme Total.
On se dirige vers une crise sociale d'ampleur, selon vous ?
Oui, elle est déjà là, en réalité. Elle est déjà là. Vous avez, sur le premier trimestre 2026, une baisse de la consommation populaire de 10%. Ce qui veut dire que les Françaises et les Français se privent, consomment moins. Et qu'aujourd'hui, on a une inflation qui est autour de 2,2%, qui, en toute vraisemblance, va continuer à augmenter dans les mois qui viennent. Et donc, derrière, c'est de nouveau les Français les plus pauvres qui vont trinquer. Vous avez déjà une partie des Français, par exemple, qui saute des repas. Une partie des Français qui se privent des loisirs, qui se privent du cinéma, qui se privent des sorties, qui se privent de restaurants.
Et tout ça, c'est un effet récessif sur l'économie. Et évidemment, l'économie en paiera le prix cher. Et à la fin, c'est l'ensemble de la France et de l'Union européenne qui en paiera le prix. C'est pour ça qu'il faut des mesures qui permettent d'y remédier, à commencer par le blocage des prix.
Sur les 710 millions d'euros d'aides qui ont été annoncés par le Premier ministre hier, 100% seront financés par de la dette. On creuse notre tombe, là.
Vous avez raison que ça coûte de l'argent. Et c'est une des raisons pour lesquelles on propose le blocage des prix. Ça ne coûtera pas un centime à l'État français. Et je ne comprends pas pourquoi le gouvernement de Sébastien Lecornu, sans tête, a essayé de faire des aides ciblées dont on ne sait pas très bien à qui elles vont bénéficier, puisqu'elles sont extrêmement limitées, alors qu'il y avait une proposition simple qui était sur la table de blocage des prix.
Mais ça, c'est l'économie communiste. On a vu que ça ne fonctionnait pas.
Quand ça a été fait dans les années 90, en France, c'était l'économie communiste. Quand c'est fait en Croatie, quand c'est fait en Hongrie. En Hongrie, ça a été fait sous Viktor Orban. C'est l'économie communiste, franchement, un peu de sérieux dans tout ça. C'est prévu par le Code de commerce. C'est une mesure qui est évidemment passagère pour faire face à la crise. Mais je crois qu'il n'y a pas d'autre alternative, sauf à vouloir protéger ad vitam aeternam, les profits de Total, qui s'engraissent comme jamais, qui pratiquent l'évasion fiscale, qui déclarent une grande partie de ses profits dans un pays comme les Pays-Bas, sauf s'il y a des gisements de pétrole inconnus dans les Pays-Bas.
Soyons un petit peu sérieux. Moi, je suis là pour faire des propositions politiques. C'est notre responsabilité.
Il n'y a pas de propositions, c'est le blocage.
Et c'est prévu par le Code de commerce et la France l'a déjà fait.
Les ZFE, les zones à faible émission. Hier, le Conseil constitutionnel a censuré la suppression des ZFE, qui de fait s'implique à nouveau aujourd'hui. Est-ce que ça vous satisfait ou pas ?
Non, je le regrette que ça ait été supprimé par le Conseil constitutionnel. Alors, ça n'a pas été supprimé sur le fond, un jugement sur le fond de la suppression des ZFE, mais par ce qu'on appelle un cavalier législatif, c'est-à-dire que c'était considéré pas dans le périmètre de la loi. Alors, je pense que c'est reculer pour mieux sauter, parce que ces ZFE, elles ne sont pas bien pensées. Elles sanctionnent bien davantage les ménages les plus pauvres qui n'ont pas les moyens de changer leur voiture. Je veux dire, tout le monde aimerait bien rouler avec une voiture dernier cri électrique.
En plus, en ce moment, ça coûterait moins cher vu le prix de l'essence et qui serait plus écologiquement responsable. Sauf qu'une voiture de ce type-là, ça va vous coûter 20 000, 25 000 euros au bas mot si vous l'achetez neuve. Et évidemment, tous les Français n'ont pas les moyens.
Et donc, je pense que c'est faire de l'écologie punitive, là où on devrait repenser notamment l'accès aux services publics et aux services publics de transport en fournissant des alternatives qui sont accessibles financièrement, c'est-à-dire gratuites pour les plus précaires, gratuites pour les jeunes, avant de dire de tout de suite sanctionner ceux qui ont une vieille voiture et qui n'ont pas les moyens de la changer.
Je veux qu'on parle de l'agriculture. C'est un sujet que vous suivez à Bruxelles. La situation des agriculteurs est préoccupante avec la flambée des prix de l'énergie et des engrais. Et des engrais, les agriculteurs disent ne plus pouvoir absorber la hausse des charges. La FNSEA demande la réouverture des négociations commerciales avec la grande distribution. Est-ce qu'il faut le faire ? Est-ce qu'il faut aller dans cette direction ?
Oui, il faut une renégociation avec la grande distribution. Mais là aussi, je ne crois pas beaucoup à la stratégie qui consiste à obtenir l'aumône de la part de la grande distribution. L'État a un rôle à jouer. Je ne sais pas si vous vous souvenez, Emmanuel Macron, au Salon de l'agriculture, de mémoire, c'était il y a deux ou trois ans, avait promis des prix planchers rémunérateurs pour les agriculteurs. À ce moment-là, on était les premiers à dire il faut le faire, allons-y. Et évidemment, comme toutes les promesses d'Emmanuel Macron, ça n'a pas été suivi d'effet.
Donc le premier enjeu, c'est garantir des prix planchers rémunérateurs pour les agriculteurs pour s'assurer que le litre de lait qu'ils vendent, le kilo d'œuf ou de viande bovine soit fait à un prix minimum. Ça, c'est la première chose à faire. Et la deuxième chose à faire, c'est protéger les agriculteurs de la concurrence des loyales. Et je me permets sur votre antenne ce matin pour lancer l'alerte d'un sujet sur lequel personne ne parle. Il y a un nouvel accord de libre-échange qui va être signé aujourd'hui par l'Union Européenne. C'est un accord de libre-échange avec le Mexique qui s'ajoute à la pelleté d'accords de libre-échange.
Celui avec le Mercosur qui est entré en vigueur alors qu'il n'y a eu aucun vote. Il est entré en vigueur le 1er mai. C'est un passage en force antidémocratique dont seule l'Union Européenne a le secret. Et donc, il faut protéger notre agriculture de la concurrence des loyales qui vient des quatre coins du monde. Et pour cela, l'amendement déposé par ma collègue Aurélie Trouvé qui a été adopté, qui interdit l'importation de produits qui viennent du monde entier avec des pesticides qui sont interdits dans l'Union Européenne, de ce point de vue-là, est une bonne nouvelle.
Manon Aubry, eurodéputée de la France Insoumise, invitée de la grande interview CNews Europe 1 ce matin. L'Algérie. Gérald Darmanin était cette semaine en Algérie pour tenter de réchauffer nos relations avec Alger. Déjà, c'est une bonne chose de se rendre Alger ?
Oui, c'est une bonne chose. Je pense qu'il tente de réparer ce que Bruno Retailleau avait détruit.
Qu'est-ce qu'il a détruit Bruno Retailleau ? Ce ne sont pas les Algériens qui ont détruit en refusant de récupérer leurs OQTF ?
Sa stratégie de montée des tensions avec l'Algérie, je pense qu'elle a été contre-productive et la preuve en est.
Alors, sauf erreur de ma part, c'est plutôt l'Algérie qui a refusé de récupérer ses OQTF.
La montée des tensions, elle a été aussi alimentée par la France, vous le savez très bien. Ça s'est passé par le retrait d'un certain nombre de diplomates d'Algérie.
Donc, ce que vous voulez dire, c'est que l'Algérie est victime de la France, c'est ça ?
Alors, d'abord, si on veut prendre les choses dans l'ordre, on a une histoire avec l'Algérie, qui est une histoire coloniale, il faut en avoir conscience. Et il s'agirait d'un petit peu cesser de se comporter en colon en Algérie. Ça, c'est la première chose.
La deuxième chose... 64 ans après l'indépendance de l'Algérie, la France se comporte encore comme des colons. Oui, et bon, c'est pas... Sur quoi précisément ?
C'est pas que le cas en Algérie. Sur quoi précisément ? En donnant des leçons en matière diplomatique. On a bien vu, quand Bruno Rotaillot était ministre de l'Intérieur, il n'avait eu de cesse...
Ce ne sont pas des échanges entre deux pays ?
Oui, et donc des échanges supposent une diplomatie.
Vous voyez l'Algérie encore comme...
Et il n'y avait plus de diplomatie ces derniers mois.
Comme avant, c'est ça ?
Et j'observe que Gérald Darmanin, qui n'est pas de mon bord politique, ça ne vous a pas échappé, essaie de réparer un petit peu. Et d'ailleurs, on l'a vu, quand il y a eu la montée des tensions, ça n'a pas aidé dans la libération de Bois-Lem-Sensal, qui a finalement été libérée. Maintenant, on a un autre sortissant français, Christophe Gleize, un journaliste, un de vos confrères, qui est encore détenu par le régime algérien. Et ses proches, son avocat, sont les premiers à dire que ce qu'il faut pour faciliter la libération de Christophe Gleize, c'est un canal des discussions diplomatiques.
Vous étiez abstenue au Parlement européen lors du vote pour la libération immédiate de Bois-Lem-Sensal. Et vous venez ce matin dire que vous réclamez la libération de Christophe Gleize, ça mérite explication.
Je réclame la libération de Christophe Gleize. Comme j'ai réclamé sans cesse à votre antenne, puisque j'ai eu de nombreuses fois la question sur la libération de Bois-Lem-Sensal, il se trouve que la résolution à laquelle vous faites référence, je vous invite à la lire, elle remettait en question aussi les accords entre l'Algérie et l'Union européenne. Précisément, la stratégie opposée à celle qui était prônée par les proches et l'avocat et Bois-Lem-Sensal lui-même qui l'a dit quand il est sorti de prison. C'est-à-dire pas la montée des tensions, des menaces permanentes sur l'Algérie, mais davantage des canaux diplomatiques.
Et force est de constater que l'histoire m'a donné raison en la matière et que c'est la diplomatie qui a permis sa libération. Et donc, je profite de votre antenne pour redemander la libération de votre confrère Christophe Gleize sans délai.
Est-ce qu'il faut revoir les accords de 68 ?
Non, je ne pense pas, pour plusieurs raisons.
Quel est l'intérêt de la France ?
D'abord, les accords de 68.
Quel est l'intérêt de la France dans les accords de 68 ? Qui sont à l'avantage de l'Algérie ?
Et donc, j'y viens, c'est votre évaluation que les accords de 68 sont à l'avantage de l'Algérie. Ce n'est pas vrai. Si vous prenez, par exemple, le régime pour les étudiants, il est plus défavorable dans le régime des accords de 68 que dans les accords généraux. Oui, vous faites la moue, vous pourrez vérifier. Ces accords, ils ont été révisés déjà un certain nombre de fois. Ils sont le fruit, le produit de notre histoire. Et je ne pense pas que ces accords doivent être révisés. D'ailleurs, c'est l'avocat de Boilem Sansa lui-même qui avait dit qu'au moment où une résolution avait été déposée par la droite à l'Assemblée nationale, que ce n'était pas la bonne idée et pas la bonne stratégie.
Je voulais vous entendre également sur Kamel Daoud, l'écrivain qui a été condamné à trois ans de prison ferme pour son roman Prigoncourt de littérature. Est-ce qu'on peut discuter avec un régime qui condamne les écrivains ?
Moi, je suis toujours opposée au fait de condamner les écrivains. Ceci étant dit, il faut être précis sur M. Daoud, le cas est très différent de Boilem Sansa, où en l'occurrence, il a été condamné pour avoir utilisé l'histoire des patientes de sa femme. Bon, sans aller dans le détail, dans tous les cas...
Vous êtes en train de justifier la condamnation, c'est ça ?
Non, moi, je vous explique juste ce pourquoi il a été condamné. Comme journaliste, c'est un beau métier. Je pense qu'il vaut mieux présenter les faits dans l'ordre.
Oui, je vous remercie pour vos leçons.
Avec grand plaisir. Et donc, évidemment que condamner des écrivains ne doit jamais être une méthode démocratique. Je l'ai dit au moment de Boilem Sansa.
Point ou il y a un mais après ?
Non, point. Je vous explique juste le contexte dans lequel M. Daoud a été condamné, c'est tout.
Je voulais vous entendre également, Manon Aubry, sur les chiffres de l'immigration. L'INED, l'Institut National des Études Démographiques, a révélé des chiffres hier impressionnants. L'immigration légale représente désormais 8,1% de la population adulte, tandis que le nombre de clandestins avoisinerait le million d'individus. J'imagine que ça vous inquiète, mais vous allez nous dire ce que vous en pensez. Les titres de séjour ont augmenté de 3%. En un an, au 31 décembre dernier, 4,5 millions de titres de séjour en cours de validité. Il n'y en avait jamais eu autant. C'est un record. Quel est votre commentaire ? Comment vous appréciez ces chiffres ?
Je souris parce que c'est quand même assez drôle sur CNews. Vous allez voir une étude qui fait 600 pages quand même, et vous allez retenir juste la petite histoire qui vous permet de dire « Oh, quand même, on a trop d'immigrés en France, etc. » Je vais aller regarder l'étude de l'INED de près. Dans les conclusions d'INED que vous ne présentez pas ce matin, il y a le fait que les nouveaux arrivants, par exemple, sont de plus en plus diplômés.
Ça, ce sont des chiffres de l'INED.
Permettez-moi d'aller au bout de ma démonstration, et vous pourrez faire le commentaire qui...
Vous pourrez faire les commentaires qui vous enchantent,
mais je vais au bout de ma démonstration. Dans cette étude, les nouveaux arrivants sont de plus en plus diplômés, avec une moyenne de Bac plus 3 plus élevée dans les migrants que dans la population française. Il est démontré aussi dans cette étude qu'il y a un plus faible entre soi parmi ces migrants. 11% des descendants d'immigrés déclarent que presque tous leurs amis sont de même origine, alors que c'est de 59% dans le reste de la population française. Et puis, ça bat en brèche certaines idées sur le fondamentalisme religieux, puisqu'il y a une baisse du nombre de personnes qui citent la religion.
Bref, je pourrais vous citer des conclusions qui sont assez vastes, assez intéressantes, parce que ce type d'études...
Un million d'illégaux, qu'est-ce que ça dit ?
Mais la situation de ces illégaux n'est pas, contrairement à ce que vous pouvez penser pour la plupart d'entre eux, ils arrivent en France de manière illégale. La plupart d'entre eux, je vous donne des exemples très concrets, ce sont des étudiants qui obtiennent des titres de séjour, puis qui obtiennent un emploi. Et parce qu'il y a des délais à la préfecture, il y a un délai...
Donc, ils s'installent en France illégalement via le titre étudiant, c'est ce que vous nous décrivez.
Non, ils s'installent en France légalement. Parce que c'est ça la réalité. Ils s'installent en France.
Puisque vous voulez être précis, c'est ça la réalité.
Non, eh bien, soyons précis. Oui, oui, oui. Vous êtes un ressortissant d'une autre nationalité. Vous avez un titre de séjour, et donc vous arrivez en France de manière légale. Vous êtes d'accord avec moi ? Vous finissez vos études, vous trouvez un emploi. Donc, vous êtes en droit de demander un titre de séjour. Vous faites votre demande à la préfecture, il y a un délai de 3 mois, de 6 mois. C'est ce système-là qui crée de l'illégalité, contrairement au fantasme alimenté matin, midi et soir par la sphère Bolloré, qui consisterait à dire qu'on est envahi. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
Oui, moi, j'assume de le dire la sphère Bolloré, qui essaie de calquer une certaine image de la France, fantasmée, qui parlerait d'une menace. C'est un chiffre de l'INED.
Eh bien, je vous ai donné aussi des chiffres de l'INED. C'est diffamatoire, c'est l'INED.
Moi, j'assume de dire que vous essayez...
L'Institut National des Études Démographiques.
Oui, donc je vous ai expliqué les situations dans lesquelles des ressortissants pouvaient se retrouver en illégalité. Et j'assume de dire que vous le calquiez une certaine image de la France. Et ce que démontre cette étude, c'est que la France est un pays métissé, est un pays mélangé. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il y avait un Français sur dix qui avait des parents d'origine étrangère. Aujourd'hui, c'est un Français sur trois. Ne vous en déplaise, Romain Desarmes, c'est aujourd'hui l'image de la France. Ce qui est devenu notre pays, elle est fruit de ce mélange, de ce métissage.
C'est la Nouvelle-France dont parle Jean-Luc Mélenchon. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon s'est précipité aux 20h de TF1 pour annoncer qu'il allait être candidat à la présidentielle. Il a peur de Balibagayoko qui lui ferait de l'ombre ?
Non, absolument pas. Vraiment, vos questions me font rire ce matin. Je passe un bon moment.
Moi aussi.
Ravi que ce soit un bon moment partagé. Non, franchement, sérieusement. Il s'était évidemment préparé par notre procédure interne. On a réuni nos instances. Elle a été rapide, votre procédure interne. Non, non, il y a eu une procédure qui a été décidée par nos militants, votée par d'ailleurs beaucoup plus de militants que la désignation de Bruno Rotailleux comme candidat à l'élection présidentielle. Balibagayoko fait partie des maires qui a été élue au premier tour en plus, en Seine-Saint-Denis, qui incarne ce qui fait peut-être un petit peu trembler, là aussi certaines sphères de la Bollorée.
Il ne peut trembler personne, mais qui est très bon d'ailleurs.
Oui, je pense qu'il y a un très bon maire. Il fait plein de choses aussi pour ses administrés. Et c'est ça qui compte avant tout. Parce qu'il y a tellement de problèmes de logement, de services publics à Saint-Denis. Et donc, il répond à ces problématiques-là. Et donc, moi, je suis très fière qu'il participe activement à notre campagne. Et d'ailleurs, le premier meeting de campagne aura lieu le 7 juin. J'invite tout le monde à venir. C'est le 7 juin à 15h à Saint-Denis. Ce sera l'occasion de rencontrer à la fois Bali Bagayoko et Jean-Luc Mélenchon. Vous verrez, ils seront ensemble. Vous serez rassurés.
Et vous voyez que tous les messages peuvent passer sur CNews et sur Europe 1. Tout à fait. Et je vous en remercie. Et bien voilà. Merci beaucoup, Manon Aubry, d'être venue ce matin sur le plateau de la matinale de CNews et dans le studio d'Europe 1. Bonne journée, à bientôt.
Merci.
Merci Manon Aubry, merci Romain Desarbres. Vos signatures du vendredi dans un instant sur Europe 1.
Manon Aubry