Mort de Dolly Parton : "une personnalité disruptive pour la culture américaine", selon Bertrand Dicale
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France Inter, Thiel Munoz de 5-7.
Il partonne, une légende, une icône, la reine absolue de la country. Les superlatifs se succèdent depuis l'annonce de sa mort hier soir à 80 ans. Ce n'est pas qu'une chanteuse qui disparaît, c'est tout un pan de la culture américaine. On ne s'en rend pas forcément compte, vu de France, pourquoi un tel succès aux Etats-Unis ? Qu'est-ce qui la rendait à ce point unique ? C'est la question de 6h20 avec, pour y répondre, une encyclopédie de la musique. Bertrand Dical, bonjour. Bonjour Mathilde, journaliste musicale et chroniqueur chez nos confrères de France Info. Alors bien sûr qu'il y a sa voix, ses 3000 chansons, ses 100 millions de disques vendus.
Mais il y a tellement plus d'Oli Parton, c'est un monument aux Etats-Unis.
Ah oui, c'est vraiment un monument. Alors nous ici, de ce côté-ci de l'Atlantique, on voit la perruque blonde à laquelle personne ne croit. Les paillettes, le décolleté vertigineux, quelque chose comme un monument de kitsch, et on s'arrête là, on se dit « mais comment font les Américains ? » Et là où c'est extraordinaire, c'est qu'on ne se rend pas compte que Dolly Parton, que derrière cette couverture, ce monument de kitsch, il y a une personnalité qui est absolument disruptive pour la culture américaine. C'est-à-dire que Dolly Parton, ce n'est pas loin de l'aura d'Elvis Presley ou de Bob Dylan. Je n'exagère pas du tout.
C'est vraiment quelqu'un à partir duquel tous les Américains ont réfléchi. Les chansons qu'elle a écrites sont pour une grande partie de la population américaine, et pas uniquement des gens de son âge, des chansons qui sont aussi fortes et aussi importantes pour les Américaines que peuvent être les chansons de Barbara pour les Françaises.
Qu'est-ce qu'elle racontait dans ces chansons ?
Elle racontait l'amour principalement, comme tout le monde, comme toute la chanson, comme toute la country music. Mais elle racontait peut-être beaucoup plus la liberté. Et ce qu'il y a d'extraordinaire avec Dolly Parton, c'est que c'est une pentecôtiste, une traditionnaliste d'un point de vue religieux. C'est la frange, disons, entre guillemets, dure du protestantisme américain. Mais ce n'est pas aussi simple que ça. C'est à la fois une traditionnaliste et quelqu'un qui est quasiment féministe. C'est-à-dire qu'elle dit qu'une femme fait ce qu'elle veut, ce qu'elle doit faire.
Ce qu'elle a fait d'ailleurs, elle.
Ce qu'elle a fait. Une femme veut créer, elle crée. Une femme veut fonder une famille, elle fonde une famille. Une femme veut travailler, elle travaille. Son mari tape sa femme, elle s'en va. Et là où c'est extraordinaire, c'est que dans la country music, qui est souvent une musique de la soumission, de l'acceptation, elle faisait rêver les Américains et les Américaines en leur montrant la réalité, en parlant de la pauvreté, en parlant de la difficulté. Qu'elle a connu dans son enfance, la famille nombreuse, très pauvre du Tennessee. Effroyablement connue. Son père est analphabète. Il fait 12 enfants à sa femme. Sa femme a 12 enfants à l'âge de 35 ans.
Ils sont 5 enfants à dormir dans le même lit. Pas uniquement parce que ça manque de lit, mais parce que ça manque de place dans la petite maison de deux pièces. Dans la campagne du Tennessee, elle vit une pauvreté extrême. Ça fera une belle carte postale. Mais elle vit aussi le combat extrême pour s'en sortir. Et pour s'en sortir, sans faire la révolution, parce que ce n'est pas son tempérament, sans changer le système, parce que ce n'est pas son tempérament. Est-ce qu'elle va chanter toute sa vie ? Est-ce qu'elle va écrire et composer, ce qui est exceptionnel ? Oui, mais on ne l'a pas dit, effectivement.
Elle ne faisait pas que chanter, elle écrivait et composait ses chansons aussi. Ça, ce n'est pas commun là-bas.
Et non seulement ce n'est pas commun, mais c'est un peu contre l'industrie de Nashville et contre l'industrie de la country music qui a des songwriters, qui a des gens qui fournissent des chansons. Donc elle, non seulement elle va écrire pour elle, elle va écrire des chansons qui vont être d'énormes succès, comme I Will Always Love You, le plus grand succès de la carrière de Whitney Houston. C'est d'abord une chanson de Dolly Parton que Whitney Houston a reprise, mais elle va aussi donner des chansons à d'autres. Il y a plein de chansons de country music qu'elle n'a pas chantées, qu'elle a offertes à d'autres, et parfois d'une façon symbolique.
Il y a une jolie histoire, il y a un chanteur de country qui a fait une grosse bêtise, qui sort de prison au bout de 15 ans. Dolly Parton ne le connaît pas, mais lui offre une chanson. Comme ça, avec une chanson de Dolly Parton, il peut aller voir un petit label et sortir un premier disque en sortant de prison. Et Dolly Parton, elle incarne ça.
Et ça, d'ailleurs, ça revient dans les hommages qu'on a depuis hier soir, évidemment, sa générosité. Elle avait un grand cœur.
Elle avait un grand cœur. Elle vous est dit, son père était un alphabète. Dolly Parton, il y a une douzaine d'années, elle avait créé une fondation il y a très longtemps, il y a une printemps d'années, elle en était à son 100 millionième livre offert à des enfants. C'est-à-dire que la fondation Dolly Parton, donnait des livres à des enfants pour se battre contre l'analphabétisme.
Et j'ai même un chiffre plus récent, on est quasiment à 300 millions aujourd'hui. Ah bah, fou là là ! Des livres offerts à des enfants.
Et dans le monde anglo-saxon, pas uniquement aux Etats-Unis et pas uniquement dans son téléticien natal, dans tout le monde anglo-saxon, y compris en Océanie, sa fondation offre des livres en permanence à des enfants. Et c'est aussi ça qu'il a vu se battre contre, grosso modo, je résume, contre les Trumpistes parce qu'un État a décidé de supprimer les subventions à sa fondation. Et elle s'est battue, elle est très très peu intervenue dans le monde politique et dans les combats politiques aux Etats-Unis, sauf pour la cause LGBT. Elle s'est battue aussi contre ça en disant la première générosité que l'on doit, c'est l'éducation. Et l'éducation, ça veut dire la liberté.
Ça veut dire la liberté de penser, ça veut dire la liberté de créer, ça veut dire la liberté aussi de créer son propre chemin. Et c'est en ça qu'elle était vraiment un exemple pour les Américains.
Et puis, le temps file, Bertrand, mais j'aimerais quand même qu'on évoque un dernier aspect de la personnalité de Dolly Parton. Elle était très drôle, elle se moquait souvent d'elle-même, elle s'auto-surnommait la Barbie de Ploukville. Elle était consciente de son image kitsch.
Elle était totalement consciente de son image kitsch. Et là, en 73, quand elle décolle avec un tube comme Jolene et quelques autres chansons, elle sort aussi Dumblonde, la blonde idiote. Elle était extrêmement drôle. On peut retrouver sur Internet un de ses sketchs les plus extraordinaires, c'est ses imitations d'Elvis Presley, qui comme elle était bandecotiste, pour qui elle avait une admiration échevelée. Elle était extrêmement drôle. Elle a fait énormément de chansons, pas franchement comiques, mais c'est pas Annie Cordy non plus, mais quand même un peu. Elle avait quand même un côté très drôle, très généreux, avec beaucoup de distance.
Et ce qui fait qu'elle ne s'est jamais laissée enfermée dans son image de star. Même si elle en jouait énormément, elle ne s'est jamais laissée enfermée dans le rôle de Deli Barton. C'était une des choses les plus impressionnantes chez elle.
Merci beaucoup pour ce joli portrait de Deli Barton, Bertrand Dical. En direct avec nous dans le 5-7, journaliste musical et chroniqueur chez nos confrères de France Info. Et on va continuer à brosser ainsi la vie, le portrait, la carrière de Deli Barton tout au long de la matinale. Merci.
Merci. Merci.