Cédric Chalret du Rieu : «Le droit à l'aide à mourir frappe les personnes en précarité»
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Pourquoi rupture d'égalité ? Déjà, sur deux aspects. Aujourd'hui, il y a la moitié du territoire français qui n'est pas couvert par les soins palliatifs. Et dans la loi qui a été votée à la quasi-unanimité sur les soins palliatifs en mai 2026, on nous dit qu'il faudra attendre 2030 pour que tout le territoire français soit couvert. Donc on grille un peu les étapes. Déjà, vous avez une rupture d'égalité. C'est-à-dire qu'il y a des territoires où les gens, face à la maladie et la souffrance, et personne n'a envie de souffrir, personne, moi le premier, vont se dire, j'ai le choix entre soins palliatifs ou recours au suicide assisté. Et l'un d'autre, il n'y a pas d'unité de soins palliatifs.
Donc ce sera le suicide assisté obligatoirement qui s'offrira à eux. Et après, c'est une rupture d'égalité aussi entre pauvres et riches. Vous savez, à l'Ordre de Malte, on a un millier de professionnels de santé qui s'occupent de personnes handicapées, de personnes en fin de vie. Et on a 15 000 bénévoles qui s'occupent de pauvres. Et qu'est-ce qu'on voit ? C'est que ce texte-là, il frappe plus particulièrement, même avant d'avoir été voté, les personnes qui sont en précarité, qui sont isolées, qui sont seules. C'est une violence infinie que vous mettez devant ces gens-là. Ce sont ces personnes qui seront peut-être les plus amenées à prendre cette décision radicale.
Je prends le professeur Juvin, d'accord, de l'hôpital Georges Pompidou. Il dit, vous êtes riche, vous avez une aide à domicile qui vient. Quand vous vous faites dessus pendant la journée, votre couche est changée tout de suite. Quand vous êtes pauvre et que votre infirmière passe à 18h, toute la journée, vous êtes dans vos excréments. Je suis désolé, à 7h20 du matin d'être comme ça, mais vous ne vivez pas la même fin de vie. Quand vous êtes, l'ancien ministre Léonetti qui avait fait voter deux lois à l'unanimité, parce que c'est ça aussi qui est grave dans ce processus démocratique, c'est qu'on le voit, c'est 50,5% hier, l'Assemblée nationale qui vote ça, trois rejets du Sénat.
Il n'y a pas de consensus là-dessus. Il y a une vraie fracture dans le pays. Le professeur Léonetti, qu'est-ce qu'il dit ? Moi, je suis à Jean-Lépin, à Antibes, j'ai la mer face à moi, tout va bien. Quand vous êtes seul, dans une banlieue, où vous n'avez personne qui vient vous visiter, vous ne vivez pas votre fin de vie aussi. Et nous, ce que l'on reproche particulièrement à ce texte, c'est de dire, dans nos établissements, nous menons et nous portons ces projets de vie. Ce n'est pas un hôpital où vous rentrez pour cinq minutes, ou pour deux jours, pour avoir des soins.
C'est un établissement où vous êtes là pendant des années, où vous vivez en interaction avec les autres malades, avec les professionnels de santé. Et introduire la mort là-dessus, ou dire, ta vie n'a pas de prix. Ou alors, tiens, tu sais que tu as aussi cette possibilité-là. Je peux vous assurer que pour les gens qui sont chez nous, et pour en avoir parlé depuis des semaines et des mois... C'est très violent pour eux d'entendre tout ça. C'est ultra violent. C'est très violent.