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Podcast / conversationfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 12 septembre 2023 8 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

"Les associations, évidemment, ont besoin des dons", rappelle l'économiste Françoise Benhamou

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:26OuverteRéponse directe

    Les Français sont généreux ?

  • 2:12OuverteRéponse directe

    Le don fait aussi partie d'une instrumentalisation ?

  • 3:08OuverteRéponse directe

    C'est une force, c'est aussi un pouvoir finalement quelque part ?

  • 3:42OuverteRéponse directe

    Le Maroc montre la nécessité de travailler sur le long terme ?

  • 4:28OuverteRéponse directe

    Les associations peuvent-elles vivre finalement sans les dons ?

  • 6:09OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette philanthropie ne déresponsabilise pas la puissance publique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:37InvitéChiffre
    « Elle a déjà licencié 1500 personnes et elle annonce aujourd'hui 270 nouveaux départs à son siège de Genève. »
  • 5:29PrésentateurChiffre
    « 575 millions d'euros de budget. »
  • 5:41PrésentateurChiffre
    « Il y a 50 500, je crois, de mémoire bénévoles qui travaillent pour les Restos du Coeur. »
  • 5:46PrésentateurChiffre
    « Ça représente à peu près 16 millions d'heures travaillées. »
  • 6:06PrésentateurChiffre
    « 470 000 donateurs rien que pour les Restos du Coeur. »
  • 6:32PrésentateurChiffre
    « Vous avez des fonds pour l'aide alimentaire qui sont tout à fait importants, qui sont de l'ordre de 156 millions à peu près en France. »
  • 7:00PrésentateurChiffre
    « 75% avec un plafond de 1 000 euros qui a été prolongé. »
  • 7:55PrésentateurFait
    « La loi sur le mécénat en France est extrêmement favorable. C'est une des plus favorables d'Europe et même du monde. »

Temps de parole

  • Présentateur69 %
  • Invité31 %

4,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Invité

Bonsoir à tous. Les dons affluent vraiment vers le Maroc. Actuellement, le Maroc, on le sait, touché par le puissant séisme ravageur de vendredi dernier. Les dons affluent également vers la Libye qui, elle, est touchée par d'importantes inondations meurtrières. Et puis en France, ce sont les associations humanitaires et caritatives qui appellent à l'aide car l'inflation, concrètement, rogne leur budget de fonctionnement. Bonsoir Françoise Benhamou.

0:28
Présentateur

Bonsoir Emmanuel Cunier.

0:29
Invité

Vous êtes professeur d'économie à l'Université Paris 13, Cité-Sorbonne et vous présidez le Cercle des économistes et publié, vous l'avez publié il y a un peu moins d'un an mais le livre vraiment revient tout à fait d'actualité. Il est intitulé « Le don dans l'économie », c'est co-écrit avec Nathalie Moureau aux éditions La Découverte. Alors depuis quelques jours, on voit l'importance du don dans l'économie, je dirais mondiale, européenne mais aussi mondiale. On la découvre, on la redécouvre, cette question du don ?

0:56
Présentateur

Je dirais qu'on la redécouvre régulièrement, enfin les économistes la redécouvrent et puis ensuite ils l'oublient un petit peu parce que c'est un peu paradoxal en économie que l'on donne. Et c'est vrai qu'à chaque fois qu'il y a comme ça des événements particulièrement marquants ou des difficultés très grandes de la part d'associations humanitaires ou simplement qui aident des précaires, et bien on voit à ce moment-là que le sujet revient dans l'actualité. Mais c'est un sujet important parce que tout le monde donne à sa manière.

1:26
Invité

Alors justement, les Français sont généreux ?

1:29
Présentateur

Oui, plutôt, plutôt. C'est-à-dire, il y a les Français qui donnent au sens fort du terme, c'est-à-dire on va donner à une association, une somme donnée, où là on donne par exemple à l'occasion de ce qui se passe et qui est terrible au Maroc ou ailleurs. Mais ils donnent aussi de manière beaucoup plus, je dirais, informelle, c'est-à-dire à quelqu'un qui est dans la rue et qui vous regarde et vous lui donnez de quoi manger, etc. Donc les Français sont généreux, c'est incontestable et vous avez, dans les statistiques même, ça se retrouve d'ailleurs, vous avez des particuliers qui donnent et qui sont extrêmement nombreux.

Les dons en France, les dons qui sont véritablement répertoriés, les sources fiscales, si vous voulez, indiquent des dons qui sont de l'ordre de 8 milliards et demi chaque année à peu près.

2:12
Invité

Alors vous le traitez bien dans ce livre, Le Don dans l'économie, aux éditions La Découverte, Françoise Benhamou. Le don fait aussi partie, c'est ce que vous dites, d'une instrumentalisation et on l'a vu dans le bon comme dans le mauvais sens avec ces grands groupes qui ont donné, 10 millions, plusieurs millions, des banques également qui ont donné. C'est instrumentalisé, c'est un objet de force, de pouvoir aujourd'hui, le don, la générosité.

2:36
Présentateur

C'est incontestablement un objet de communication pour une entreprise. Et donc une entreprise ou quelqu'un qui a particulièrement de moyens va donner et va éventuellement le faire savoir. Et éventuellement, je dis bien éventuellement parce que tous ne le font pas, demander des déductions fiscales au titre des dons qu'il a effectués. Donc c'est vrai que ce côté-là, il est évident. Il est évident, mais ça ne résume pas ce qui constitue l'ensemble des motivations qui font que l'on donne, que tel ou tel donne, que ce soit une entreprise ou un particulier d'ailleurs.

3:08
Invité

Alors c'est une force, c'est aussi un pouvoir finalement quelque part ?

3:11
Présentateur

C'est un pouvoir, c'est un pouvoir important, ça a été un pouvoir, c'est quelquefois même un pouvoir politique. Vous voyez par exemple des associations comme celles, des fondations comme celles de Georges Soros ont beaucoup œuvré pour la démocratie dans les pays de l'Est par exemple, et pour la chute du mur. Bon, on voit ces choses-là aussi. L'école des hautes études en sciences sociales a été créée grâce à des dons américains au départ. Donc le don, il est vraiment omniprésent et je dirais omnisignificatif.

3:42
Invité

Le Maroc montre, enfin le Maroc est l'un malheureusement des exemples d'actualité, mais ça montre vraiment la nécessité de travailler sur le long terme. Il n'y a pas les faits de communication là pour le coup.

3:52
Présentateur

Oui, c'est un point tout à fait important. Il a été soulevé d'ailleurs par la Croix-Rouge. C'est-à-dire qu'on a des émotions collectives évidemment, et puis les images sont très fortes, etc. Alors on donne, on donne et on donne éventuellement beaucoup, en tout cas ce qu'on peut. Ça se passe pour le Maroc, ça s'était passé pour Notre-Dame au moment de l'incendie, au moment du tsunami en Asie du Sud-Est, etc. Et en fait, ce que disent toutes les associations humanitaires, c'est que ce qui est important, c'est la durée. Parce que là, on est dans l'immédiat, mais les besoins vont se dérouler sur un terme qui est très long. Ce sera peut-être plusieurs années.

Il faut reconstruire, il faut soigner, il faut accompagner, etc.

4:28
Invité

Alors, il y a les Restos du Coeur que vous citiez, Françoise Benhamou, il y a également la Fondation Abbé Pierre, la Croix-Rouge Internationale, qui vient de lancer un appel à l'aide. Elle a déjà licencié 1500 personnes et elle annonce aujourd'hui 270 nouveaux départs à son siège de Genève. Les associations peuvent-elles vivre finalement sans les dons ?

4:48
Présentateur

Ah non, c'est constitutif de leur modèle économique, dirais-je. Ça ne veut pas dire que l'État n'est pas présent, j'y reviendrai. Mais en tous les cas, les associations, évidemment, ont besoin des dons, et elles sont nées d'ailleurs à partir de là, non pas en substitution, mais je dirais en complémentarité de l'action publique. Et ça, c'est absolument essentiel. Alors, c'est vrai que certaines deviennent extrêmement importantes. Regardez la Fondation Gates, par exemple, de Bill et Melinda Gates. Elle a un budget qui est équivalent à celui de l'OMS. Donc, elle définit... L'Organisation Mondiale de la Santé. Voilà.

Elle définit en parallèle avec l'OMS, d'une certaine manière, la politique de santé mondiale. Donc, c'est très important. Alors, revenons, par exemple, au Resto du Coeur, ce qui s'est passé parce que... 575 millions d'euros de budget. De budget, exactement. Alors, il y a trois morceaux dans ce budget. Vous avez un premier morceau, ça correspond à l'équivalent en SMIC de toutes ces heures de bénévolat qui sont données. Vous savez, il y a 50 500, je crois, de mémoire bénévoles qui travaillent pour les Restos du Coeur. Ça représente à peu près 16 millions d'heures travaillées. Donc, il y a cet équivalent-là. Ça, c'est un premier morceau.

Et un deuxième morceau, ce sont les dons alimentaires, les dons en nature et les prestations, par exemple, en mécénat de compétences, etc. Puis, un troisième gros morceau, c'est les dons privés qui peuvent venir des entreprises et des particuliers. 470 000 donateurs rien que pour les Restos du Coeur.

6:09
Invité

Alors, vous citiez la puissance publique, le rôle de l'État. Est-ce que cette philanthropie, est-ce que le don ne déresponsabilise pas, finalement, la puissance publique par rapport à son rôle ?

6:20
Présentateur

On l'a beaucoup entendu, notamment à propos des Restos du Coeur. Moi, je ne crois pas. Premièrement, il y a des subventions qui vont aux associations. Il y a aussi de l'argent. Par exemple, vous avez des fonds pour l'aide alimentaire qui sont tout à fait importants, qui sont de l'ordre de 156 millions à peu près en France. Donc, l'État est là. Et puis, surtout, il y a aussi des incitations fiscales. C'est-à-dire que les dons, lorsque les gens demandent à bénéficier de ces incitations fiscales, constituent un manque à gagner pour les caisses de l'État. C'est-à-dire, l'État donne indirectement à travers ces incitations fiscales.

6:51
Invité

Et elles sont importantes. On peut citer l'exemple de l'amendement Coluche. Bien sûr. Quand on donne à l'association, on a un rescrit fiscal de 75%.

7:00
Présentateur

75% avec un plafond de 1 000 euros qui a été prolongé. Normalement, c'était pour 2021 et 2022.

7:07
Invité

Ça vaut pour tous les dons ?

7:09
Présentateur

Pour les dons aux associations, pour les soins de santé, pour le logement et pour l'alimentaire. Mais je voudrais revenir sur une question que vous avez soulevée qui est importante, c'est l'inflation. L'inflation parce que ça... Qui rogne les budgets des investisseurs. Il y a trois choses, trois conséquences de l'inflation. Il y a le fait que les gens ont moins d'argent. Il y a le fait que si on collecte de l'argent, avec cet argent, on peut moins acheter de paquets de riz puisqu'ils ont plus cher. Et puis, un troisième élément, c'est qu'il y a plus de bénéficiaires potentiels parce qu'il y a plus de gens en difficulté.

7:40
Invité

Est-ce que la fiscalité française est adaptée aujourd'hui si on veut inciter à la donation ?

7:45
Présentateur

Oui, elle est adaptée parce qu'elle a été réformée il y a quelques années. C'était Jean-Jacques Ayagon qui était derrière cette loi. Et la loi sur le mécénat en France est extrêmement favorable. C'est une des plus favorables d'Europe et même du monde.

8:00
Invité

Merci beaucoup Françoise Benhamou. Je rappelle donc que co-auteur avec Nathalie Mouraud, Le don dans l'économie, c'est aux éditions La Découverte. Françoise Benhamou, habité de l'écho sur France Info ce soir.