Ces Français démunis face à leur constructeur en faillite - reportage #cdanslair 22.08.2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
du nettoyage, des entreprises de restauration, on est très dépendants du donneur d'ordre. Le donneur d'ordre ne laisse pas beaucoup de marge sur les prix et peu de marge sur les salaires. - A.de Tarlé: Le logement est le poste de dépenses le plus élevé pour la grande majorité des Français.
Actuellement frappés de plein fouet par l'augmentation généralisée des coûts, de nombreux constructeurs ont dû mettre la clé sous la porte cette année, laissant parfois des Français démunis, comme vous allez le voir dans ce reportage. - C'est les voisins. On va dans la maison?
Va tenir la main à papy. - C'est un rêve de maison qui s'est subitement figé. A 36 ans, Cindy se voyait déjà emménager ici l'hiver prochain, mais tout a été bouleversé le 23 juillet dernier, jour de la faillite du constructeur. - Une amie m'a envoyé un message pour me dire qu'elle avait vu un article disant que le constructeur était en liquidation.
Je n'y croyais pas. Tout se passait bien jusque-là. Ils étaient sur le chantier 3 jours avant.
A aucun moment je me serais dit que c'était fini. C'est un projet de vie que j'avais surtout pour mon fils, pour nous. Là, tout tombe à l'eau.
Ca va mettre des mois. Tout va pourrir. Ils vont devoir tout refaire.
Est-ce qu'ils vont laisser comme ça? Je ne sais pas. - Tristesse et colère pour cette hôtesse de caisse payée au Smic et mère d'un enfant.
Un projet à 240 000 euros et un crédit sur 25 ans, mais aucune date de reprise des travaux alors que le chantier se dégrade. - Là, c'est imbibé. Il y a des traces de chats ou de chiens.
Oui, c'est pris dedans. - Déjà 10 000 euros supplémentaires à payer pour cette famille. - Elle est obligée de prendre une assurance pour se protéger au cas où des individus s'installeraient sur le chantier.
Tout devient compliqué. Il y a des choses qu'on ne pensait pas non plus. Ce qui est dur, c'est la confiance qu'on avait mise en place.
On s'est foutu de nous. - La mise en liquidation judiciaire a surpris tout le monde dans la région. Des dizaines de clients sans nouvelles et des salariés sur le carreau.
Tout le quotidien de Cindy est secoué. Elle avait dû vendre sa précédente maison pour financer les travaux. - Mes parents ont la gentillesse de m'héberger, mais je n'ai pas non plus envie de les embêter pendant des années.
J'ai aussi besoin de retrouver ma vie de femme, d'adulte et de mère. - Comme le sentiment de revenir à la case départ. - Tu fais des cafés? - Les parents de Sindy ont dû se résoudre à aider leur fille et leur petit-fils, mais pour eux aussi, le retour en arrière est dur à vivre. - C'est compliqué pour elle et pour nous.
Elle mérite d'avoir sa vie, même si on s'arrange bien. Ce n'est pas drôle, de revenir chez ses parents. Nous, on est contents de les avoir, mais c'est bien d'avoir sa vie et qu'on ait la nôtre.
Malgré tout, on a des rythmes un peu différents. La maison, ce n'est plus notre maison à nous. C'est la maison du petit.
Avec un petit de 2 ans, on en met partout. C'est normal. Nous, ce n'est plus de notre âge. - Pour combien de temps encore?
La famille espère retrouver un constructeur, mais le chemin est semé d'embûches avec d'intenses procédures admiratives. - La notice des documents du chantier... - Il ne reste que l'entraide.
La faillite de l'entreprise bretonne a laissé une centaine de personnes dans la même situation avec lesquelles Sindy est en contact quotidien sur les réseaux sociaux. - On se sent moins seuls dans cette galère. J'aimerais qu'on me dise clairement: "Votre maison, elle sera finie en temps et en heure." J'aimerais que la société s'excuse.
Nous, on est dans la galère. - L'entreprise n'a pas répondu à nos sollicitations. Si elle trouve un nouveau constructeur, Sindy espère emménager dans sa maison d'ici 2 ans. - A.de Tarlé: J.-L.Cassely, on sous-estime les ravages de cette crise immobilière? - J.-L.Cassely: On le voit avec cette dame.
Le modèle de la maison individuelle a longtemps été porté par les fameuses classes moyennes. On sait que c'est un modèle qui est en train de péricliter. Ce n'est pas la 1re faillite dans le secteur.
Les maisons Phénix, iconiques, ont aussi mis la clé sous la porte. Le marché est aussi en train de se recentrer sur les grandes agglomérations et sur le logement collectif. Il y a le zéro artificialisation nette, cette réglementation qui veut qu'on arrête l'étalement urbain, qu'on arrête de construire du neuf à la périphérie des villes.
On se rend compte que c'est aussi le souhait des Français, de vivre en maison individuelle. Là, c'est un cas un peu particulier parce qu'il y a cette faillite, mais plus généralement, ça illustre ces paradoxes entre une transition d'un modèle porté par les exigences du changement climatique et les résistances d'une société française qui n'a pas encore fait sa mise à jour. Les Français ne sont pas passés à ce fameux monde d'après, plus résilient et plus sobre.
Sur le plan du bâtiment, ça se traduit par des villes plus denses, par plus de collectif. On sait qu'il y a des résistances. On dit aux gens qu'il faut vivre dans les villes parce que c'est plus vertueux sur le plan énergétique, mais c'est cher, d'habiter dans les grandes agglomérations.
On sait qu'il y a ce paradoxe. Il vaut mieux habiter dans les villes, mais vous ne pouvez pas forcément vous le permettre et vous partez à l'extérieur. - A.de Tarlé: On a vu le drame de la fille et de ses parents. "Le Figaro", cette semaine, a fait un article sur ce qu'ils appellent les Tanguy. "En France, de plus en plus de Tanguy restent chez leurs parents".
On y retrouve Solène, qui avait un bon job. Elle dit que quand on vit chez ses parents, on n'est pas considéré comme un adulte. Il y a de la souffrance des 2 côtés. - S.Fay: Tout le monde a envie d'être autonome, d'avoir son appartement.
On voit bien qu'il y a des villes où les prix sont en forte tension, où il n'y a pas d'offres. Surtout, les salaires ne permettent pas de couvrir l'exigence des loyers où on vous demande 3 fois votre loyer avec votre salaire. Il n'y a pas de disponibilité.
Il faut une politique du logement massive. Pour l'instant, on ne la voit pas se dessiner. On en parle très peu. - A.de Tarlé: T.Porcher, le déclassement, c'est de voir ses enfants vivre moins bien que soi?
C'est ce qui faisait pleurer cette mère de famille. - T.Porcher: Tout à fait.
Quand on commence à regarder un certain nombre de régions, on se rend compte qu'on est presque au même niveau qu'avant la crise de 2008 sur le PIB par habitant. La Grèce est 25 % plus pauvre qu'avant la crise de 2008, par exemple. Un Grec né en Grèce est plus pauvre que s'il était né avant 2008.
Sur cette crise de l'immobilier, il y a eu un impact dans l'inflation. Ca a rendu les matériaux plus chers, ça a rendu le prix des maisons plus cher aussi. Ca a eu un impact très fort sur les emprunts que faisaient les constructeurs, mais également sur les emprunts que faisaient les acheteurs.
Ca a fait un double choc, sur l'offre et sur la demande. C'est ça qui a plongé fortement les constructeurs... - A.de Tarlé: E.Wargon, ancienne ministre du Logement, dit qu'il faut renoncer au rêve français de la maison individuelle. - T.Porcher: 8 Français sur 10 veulent vivre dans une maison individuelle. - A.de Tarlé: Elle a dit ça au nom de l'environnement. - T.Porcher: Tout à fait.
Il y a une courbe, la courbe Newman.
Xavier Bertrand