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interviewÉlysée (sur YouTube)· 15 juin 2022 43 min

Conférence de presse du Président Emmanuel Macron et de la Présidente de Moldavie Maia Sandu.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour. Chère Madame le Président Maia Sandu, Monsieur le Président Macron, chers collègues, je vous souhaite la bienvenue à la conférence de presse tenue à Chisinau, de Monsieur le président Macron, et maintenant la parole va à Madame Sandu. Monsieur le président Macron, je vous souhaite la bienvenue à Chisinau.

J'apprécie votre décision de visiter la République de Moldavie. Il s'agit de la première visite d'un président français dans notre pays au cours des 24 dernières années. Une visite symbolique à plus d'un égard, vous nous visitez l'année dans laquelle la Moldavie et la France célèbrent trente ans de relations diplomatiques.

La relation entre nos deux pays est devenue beaucoup plus dynamique ces 18 derniers mois. Je vous remercie pour votre engagement personnel dans le renforcement de nos relations. Nos rencontres fréquentes et concluantes confirment le caractère spécial de l'amitié moldo-française.

Nous avons un agenda bilatéral conséquent aujourd'hui. Les gouvernements de nos pays ont signé trois conventions importantes pour la République de Moldavie. La convention qui vise à éviter la double imposition et à prévenir l'évasion fiscale, attendue par les hommes d'affaires de Moldavie et de France, sera signée juste après cette conférence de presse et nous permettra d'attirer davantage d'investissements français en République de Moldavie.

Deuxièmement, il s'agit de l'accord concernant l'activité de l'Agence française de développement Proparco et Expertise France en République de Moldavie, à travers la signature desquels nous démarrons officiellement la coopération pour le développement entre la Moldavie et la France, que nous avons initiée l'année dernière. Le troisième accord vise l'approbation d'un contrat de crédit de 15 millions d'euros de la part de l'Agence française de développement pour notre pays. Nous apprécions cette aide budgétaire, dans une période difficile pour nous.

L'Agence française de développement a déjà annoncé son intention de financer des projets dans le secteur des énergies renouvelables, le secteur ferroviaire, de l'irrigation, de l'approvisionnement en eau et d'assainissement. Avec le soutien de l'Agence, nous allons réhabiliter et moderniser le tronçon de voie ferrée Chisinau-Ungheni, qui ouvre la perspective de la connexion du réseau ferroviaire moldave au réseau européen. L'entreprise Proparco, partenaire de l'AFD, va offrir des prêts avantageux aux PME du milieu rural et du secteur agricole.

Le programme de crédit va créer environ 3 600 nouveaux emplois sur une période de cinq ans. Nous comptons sur la coopération entre l'Office national pour la sylviculture et Moldsilva, afin de soutenir le programme de reboisement qui est prioritaire pour nous. La France et la Moldavie ont initié un dialogue efficace dans le domaine de la lutte contre la corruption, y compris dans le domaine du recouvrement des actifs volés.

La coopération entre nos deux pays depuis un an a permis l'identification de plusieurs biens mal acquis provenant de la Moldavie sur le territoire français. Afin de rendre à la Moldavie ces biens qui ont été identifiés, il faut renforcer le dialogue institutionnel entre le Centre national anti-corruption et l'Agence française pour la gestion et le recouvrement des biens saisis et confisqués. Par ailleurs, nous avons initié la coopération entre l'Autorité nationale d'intégrité de la République de Moldavie et la Haute Autorité française pour la transparence dans la vie publique.

Les Carabinieri, les policiers aux frontières de Moldavie et les étudiants de l'Académie de police participent aux cours de formation et de spécialisation offerts par les autorités françaises et, à leur tour, les policiers français travaillent aux côtés de leurs collègues moldaves, aux points de passage de la frontière, dans le cadre de la mission Frontex. La France est pour nous un partenaire économique important. 220 entreprises au capital français sont actives en Moldavie, y compris des grands groupes connus dans plusieurs domaines, télécommunications, technologie de l'information, le secteur agroalimentaire ou industriel.

Nous encourageons les initiatives des entreprises françaises, les initiatives d'investissement dans le domaine des énergies renouvelables en Moldavie. La Moldavie et la France ont développé, au long des années, une coopération excellente dans le domaine de l'éducation et de la culture. La Moldavie est un pays francophone.

La langue française est enseignée dans des centaines d'écoles de notre pays et beaucoup de lycées de Moldavie ont des classes bilingues, où une partie des matières sont enseignées en français. L'alliance française, active en République de Moldavie depuis trente ans, a récemment ouvert sa cinquième agence régionale dans la ville de Cahul. Des filières francophones fonctionnent dans le cadre de six universités moldaves, aidées par l'Agence universitaire de la francophonie.

Les contacts entre nos citoyens sont excellents et il y a une nombreuse communauté de citoyens moldaves qui résident en France, pour des études ou du travail. Dans ce contexte, nous sommes intéressés par la signature d'une convention dans le domaine de la sécurité sociale. Monsieur le Président, pendant une période de trente ans, la France s'est trouvée aux côtés de la République de Moldavie, y compris lors de périodes difficiles, comme par exemple la période que nous traversons actuellement avec la guerre de la Russie contre l'Ukraine, à nos frontières.

La Moldavie a fermement condamné l'agression militaire russe. Nous avons appelé au retour de la paix. Dès le premier jour, les Moldaves ont ouvert leurs maisons et leur cœur pour des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens.

Des institutions de l'état, la société civile et les citoyens ont été solidaires avec les Ukrainiens, dans un geste d'unité sans précédent. Presque 80 000 Ukrainiens, enfants, femmes et personnes âgées, résident actuellement dans notre pays. Nous remercions la France pour les 37 tonnes d'aide humanitaire destinées aux réfugiés, les 17 générateurs électriques distribués aux hôpitaux de la République de Moldavie, mais aussi pour la décision de relocaliser 2 500 réfugiés.

Nous apprécions également le rôle de la France qui a organisé, avec l'Allemagne et la Roumanie, la plateforme de soutien à la Moldavie afin de nous aider à dépasser les conséquences de la guerre et de la crise énergétique auxquelles notre pays est confronté. Malgré les difficultés, nous souhaitons accroître nos efforts, afin de changer et d'améliorer la vie des citoyens de la République de Moldavie. Nous avons commencé la réforme du secteur de la justice et de la procurature, afin d'offrir aux citoyens et aux milieux d'affaires la garantie que leurs droits et propriétés sont protégés.

Nous avons commencé le processus d'évaluation extraordinaire dans le système judiciaire. Nous travaillons afin de renforcer la démocratie dans notre pays. La Moldavie a avancé de 49 places dans l'indice global de la liberté de la presse lors de la dernière année.

Elle se trouve actuellement à seulement 14 points d'écart avec la France. Nous prenons des mesures fermes afin de consolider la capacité des institutions de l'État, mais aussi pour faciliter les investissements et améliorer le climat d'affaires de la République de Moldavie. Nous avons une excellente coopération dans tous les domaines avec l'Union européenne, qui est le principal partenaire économique et de développement de notre pays.

Notre pays est de plus en plus relié avec l'économie européenne dont deux tiers des exportations moldaves se dirigent vers l'Union européenne. Dans ce contexte, nous sommes reconnaissants à la Commission européenne et aux États membres pour leur décision de faciliter un meilleur accès sur le marché européen des fruits et des autres produits moldaves qui ont perdu leurs débouchés à l'est, à cause de la guerre. La République de Moldavie est un pays européen, avec des gens qui partagent les valeurs européennes, un pays qui aura sans aucun doute un avenir européen.

Le 3 mars 2022, la Moldavie a déposé sa candidature d'adhésion à l'Union européenne. Pour nous, l'adhésion à l'UE est un choix stratégique afin de faire partie du monde libre, dans le contexte sécuritaire actuel. Nous espérons que notre demande sera soutenue par les États membres de l'Union européenne lors du Sommet de Bruxelles, les 23 et 24 juin.

Nous comptons, Monsieur le Président, sur le soutien continu de la France, afin d'obtenir pour la République de Moldavie le statut de pays candidat. Étant donné les conditions difficiles dans lesquelles nous nous retrouvons aujourd'hui, ce pas important nous aidera à poursuivre les réformes lancées et le renforcement de notre démocratie. Nous savons que l'intégration européenne de la République de Moldavie sera un processus long et complexe qui exige des efforts soutenus.

Je souhaite exprimer quelque chose très clairement : nous ne cherchons pas à avoir des privilèges ou des raccourcis dans ce processus. Nous sommes préparés à faire notre devoir et nous souhaitons être jugés selon notre mérite et le résultat de notre travail. Dans ce contexte, nous saluons votre initiative de lancer une communauté politique européenne.

Nous soutenons cette initiative et nous souhaitons en faire partie. Il ne s'agit pas de remplacer notre parcours d'intégration européenne, il s'agit d'une initiative complémentaire, qui contribuera au processus de notre intégration européenne. Nous souhaitons le renforcement de notre partenariat avec l'Union européenne dans le domaine politique et sécuritaire.

La République de Moldavie souhaite être un contributeur et apporter une partie des solutions aux problèmes européens. Nous ne souhaitons pas être seulement un bénéficiaire, nous souhaitons être un État qui apporte sa contribution pour une Europe plus forte, plus intégrée et plus influente au niveau mondial. Nous souhaitons démontrer cette position, y compris à travers l'apport du gouvernement et de notre société à la gestion de la crise des réfugiés et des effets de la guerre.

Ensemble, nous pouvons contribuer à une Union européenne qui doit devenir un véritable acteur géopolitique au service de la paix, des droits de l'homme, de la sécurité et de la stabilité, et disposer des instruments nécessaires afin de faire face à tous les défis. Le parcours européen de la République de Moldavie, la poursuite des réformes en interne, dialogue politique renforcé et dialogue de développement entre la Moldavie et la France, pour tous ces aspects nous avons besoin avant tout de paix. Les efforts de la communauté internationale doivent s'orienter désormais vers l'arrêt de l'agression russe et le retour de la paix en Ukraine.

Nous devons arrêter ce carnage et sauver la vie des hommes courageux en Ukraine, et protéger ainsi la liberté et la prospérité en Europe. Nous vous remercions. Monsieur le président Macron a la parole.

Merci beaucoup. Merci, Madame la Présidente. Madame la Première ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Messieurs les journalistes.

Chère Maia, merci pour votre accueil chaleureux, je suis très heureux de pouvoir enfin venir en Moldavie. J'en avais pris l'engagement auprès de vous suite à vos multiples visites à Paris et cette visite, comme vous l'avez dit, est la première d'un chef d'État français en Moldavie depuis 24 ans. C'est un immense effort de transformation qui a été fait dans cette période, un pays profondément bouleversé.

Je veux ici dire que ma présence aujourd'hui à vos côtés s'inscrit, si je puis dire, dans un double contexte. L'un, j'y reviendrai et vous l'avez longuement évoqué, c'est celui de la guerre, et la situation d'un pays voisin de l'Ukraine qui a à subir l'agression russe. Le deuxième, c'est que vous êtes à la tête d'un pays et vous avez à vos côtés un gouvernement, un Parlement qui affiche résolument son aspiration à la paix, à l'État de droit, à la démocratie et à l'Europe.

Ça n'a pas toujours été le cas et vous le faites avec beaucoup de courage, dans un pays tout entier tourné vers notre Union européenne en matière de commerce, en matière d'aspirations et de valeurs. Un pays francophone et francophile, un pays qui, au fond, d'ores et déjà, est ancré dans la famille européenne. Je le disais, cette visite s'inscrit aussi dans un moment particulier pour la France puisque je me trouve ici non seulement en tant que président de la République française, mais également en tant que chef d'un État qui, pour quelques jours encore, exerce la présidence du Conseil de l'Union européenne.

Ces six derniers mois, si particuliers dans la vie d'une nation, nous les avons passés en portant la conviction que l'Union européenne devait se mettre en mesure de répondre aux défis de notre époque. Une Europe capable de recréer des liens avec ses citoyens. Une Europe permettant de créer les conditions de prospérité, d'inventer un nouveau modèle de croissance respectueux de la planète pour les décennies à venir, et une Europe capable de défendre ses intérêts, ses valeurs et définir des termes nouveaux sur le plan géopolitique, dans un monde dont les derniers mois nous ont encore fait saisir la violence puisque la guerre est revenue sur notre continent, impliquant une puissance dotée.

Ce contexte, je l'évoquais, celui de la guerre, est une menace pour toute la région, pour votre pays, vous ne le savez que trop, et pour notre Europe. Ce qui se joue en effet en Ukraine, à quelques centaines de kilomètres d'ici, constitue une menace pour notre stabilité à tous, avec d'ores et déjà des conséquences profondes sur nos vies, nos économies, et des semaines et des mois à venir qui seront extrêmement préoccupants et constituent en eux-mêmes un défi. La Russie s'est engagée dans une tentative assumée visant à remettre en cause les principes les plus fondamentaux sur lesquels repose notre sécurité collective depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale puisque la Russie a choisi de violer l'intégrité territoriale, la souveraineté d'un voisin, l'Ukraine.

C'est un des principes de notre continent, mais aussi de nos engagements internationaux. À cet égard, je veux dire ici, Mesdames et Messieurs, l'admiration de la France face à l'élan de solidarité et de générosité dont a fait preuve la population moldave en accueillant les personnes qui ont dû fuir le conflit en Ukraine. Cette solidarité que votre gouvernement a portée et que vous avez accompagnée, en lien avec de nombreuses associations et organisations non gouvernementales que je salue également, force notre admiration et celle du peuple français, lequel s'est aussi mobilisé depuis le début de la guerre en soutien au peuple ukrainien.

Alors que les combats se poursuivent, toujours plus violents, et que chaque journée qui passe apporte son lot de nouvelles destructions, de bombardements indiscriminés visant les militaires comme les civils, et que de nouvelles preuves des exactions commises par la Russie apparaissent, nous ne pouvons nous permettre de faire preuve de la moindre faiblesse, tout en restant lucides sur notre rôle, notre place et les objectifs que nous poursuivons. Notre détermination à cet égard est totale pour agir, en mobilisant tous les leviers. D'abord, rendre insoutenable le coût de la poursuite de cette agression pour la Russie et en quelque sorte, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, arrêter la guerre sans faire la guerre.

C'est le sens même des six séries de sanctions que l'Union européenne a prises dès les premiers jours et jusqu'il y a quelques jours encore. C'est une première pour notre Europe, et c'est la robustesse de ces sanctions et l'unité que nous avons tenue qui sont ici à considérer. Jusqu'au dernier jour de sa présidence, la France prendra à cet égard les décisions qu'il convient et cherchera à bâtir cette unanimité indispensable.

Nous devons également continuer de soutenir l'Ukraine, comme nous le faisons et continuons de le faire, et renforcer la crédibilité de notre dissuasion pour que la Russie ne puisse imaginer poursuivre plus loin son agression. Cet effort aussi, la France y prend toute sa part. Nous avons pu le montrer en prenant la décision de positionner, dans le cadre de l'OTAN, des troupes françaises en Roumanie, auprès desquelles j'étais il y a encore quelques heures.

Cet effort collectif et régional est également celui de la Moldavie, et je sais votre détermination à faire en sorte que la neutralité à laquelle votre pays est si attaché ne signifie pas démilitarisation. Les 40 millions d'euros dont vous vous apprêtez à bénéficier dans le cadre du Fonds européen de défense sont, de ce point de vue, un apport extrêmement important qui permettra, vous me l'indiquiez encore il y a quelques instants, de doubler le budget militaire de votre pays. Nous devons continuer, comme je le disais, à apporter aussi notre soutien aux pays qui subissent les effets directs de cette guerre, et la Moldavie en premier lieu.

Au-delà du coût de l'accueil des réfugiés ukrainiens, je sais l'impact que votre pays a subi au cours des derniers mois sur un plan économique, et c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que la France soit à l'initiative en co-présidant, aux côtés de l'Allemagne et de la Roumanie, la plateforme de soutien à la Moldavie qui a été inaugurée le 5 avril dernier. Avec 15 millions d'euros d'aide budgétaire, plus d'un million d'euros d'aide d'urgence, 37 tonnes de matériel et des ambulances qui seront d'ailleurs livrées dans quelques jours, la France est l'un des premiers soutiens à la Moldavie et cet appui, j'en prends ici l'engagement, se poursuivra. Nous devons, enfin, déployer nos efforts pour limiter le plus possible les conséquences de l'agression russe sur le marché alimentaire mondial.

C'est une des priorités que nous avons portée dans le cadre de l'initiative dite FARM, acronyme pour signifier Food and Agriculture Resilience Mission qui vise d'une part à empêcher les restrictions aux exportations, d'autre part à être en solidarité avec les pays qui risquent de faire face à de graves problèmes de sécurité alimentaire et, enfin, soutenir la production locale. Cette initiative, endossée par l'Union européenne, en partenariat avec l'Union africaine, est structurante à bien des égards. L'urgence, dans ce contexte, est tout particulièrement de tout faire pour débloquer les céréales et oléagineux que l'Ukraine ne peut actuellement pas exporter du fait de l'agression russe.

Il est essentiel que nous puissions sans tarder trouver une solution pour faire sortir ces denrées, afin de limiter les effets de la situation de pénurie qui se profile. La Moldavie a évidemment un rôle essentiel à jouer en ce domaine, en lien très étroit avec la Roumanie. C'est donc, vous l'avez compris, un triple message que je souhaite passer et adresser au nom de la France à la Moldavie aujourd'hui.

Un message d'amitié et d'admiration pour le travail que vous faites, dans lequel vous vous êtes engagés, et pour la générosité de l'accueil que votre pays a réservé aux personnes qui ont dû fuir le conflit en Ukraine. Un message de soutien à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la République de Moldavie, et un message de solidarité car vous n'êtes pas seuls face aux difficultés que rencontre votre pays. Vous pouvez compter sur le soutien de la France et de l'Union européenne.

Ma visite aujourd'hui a aussi pour but de montrer la détermination qui est la nôtre, précisément pour renforcer la relation de la France et de l'Union européenne avec votre pays. La Moldavie, vous l'avez rappelé, Madame la Présidente, a déposé une demande d'adhésion à l'Union européenne, et ce souhait de rejoindre la famille européenne est parfaitement légitime. Cette demande sera débattue d'ici une dizaine de jours, à l'occasion du Conseil européen, qui se tiendra les 23 et 24 juin prochains, sur la base d'un avis qui sera remis dans quelques jours par la Commission européenne.

La France jouera à cette occasion pleinement son rôle de présidence pour, là aussi, bâtir l'unité, permettre d'aboutir à un consensus, qui doit reconnaître l'ampleur des efforts accomplis, la légitimité du peuple moldave à rejoindre l'Union européenne et à envoyer, dans les temps que vous vivez, et compte tenu du contexte que nous décrivons depuis tout à l'heure, un message positif et clair à la demande que vous avez formulée. En complément, je souhaite offrir des garanties de coopération accélérée à la Moldavie, qui ne sont en aucun cas un substitut au processus d'adhésion à l'Union européenne, et qui visent à ouvrir des voies de solidarité et de coopération concrètes au plus vite. C'est le sens de la proposition que j'ai formulée le 9 mai dernier, celle d'une communauté politique européenne, qui permettra à nos peuples de bâtir, comme nous l'avions fait d'ailleurs dans les premiers temps de la construction européenne, des solidarités en matière de défense et de sécurité, d'énergie, d'infrastructures, de lutte contre les attaques extérieures, de tous autres sujets que nous jugerons utiles entre nos pays, et de le faire entre les pays qui partagent géographie et valeurs communes.

Et je vous remercie des mots que vous avez eus et de la très bonne discussion que nous avons eue sur ce sujet, et de l'accueil positif qui est le vôtre. Je conclurai enfin en soulignant que cette visite nous a également permis d'évoquer avec Maia Sandu les principaux domaines de notre relation bilatérale. Vous y êtes revenue très longuement et très précisément.

J'adhère à tous les points que vous avez formulés, Madame la Présidente. Cette relation sera encore plus étroite à l'issue de cette journée, puisque notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, qui m'accompagne, signera aujourd'hui avec son homologue, Monsieur Popescu, une convention fiscale entre nos deux pays, ainsi qu'un accord intergouvernemental portant sur les activités de l'Agence française de développement en Moldavie. Nous mettrons ainsi fin aux doubles taxations, accompagnerons l'effort d'attractivité que vous conduisez pour votre pays et accroîtrons la coopération étroite que nous voulons pour accompagner vos réformes si courageuses, dont nous avons, durant notre déjeuner de travail, débattu.

Conformément à l'engagement pris par la France en avril dernier, nous avons confirmé aujourd'hui l'octroi d'un prêt budgétaire de 15 millions d'euros, via l'Agence française de développement. Ceci ne constitue qu'une première étape de notre soutien, qui a vocation à s'inscrire dans la durée. Voilà les quelques mots que je voulais avoir devant vous aujourd'hui à vos côtés, Madame la Présidente.

Et je veux, chère Maia, Madame la Présidente, que vous sachiez que la France se tient à vos côtés aujourd'hui et qu'elle se tiendra à vos côtés demain. Je vous remercie. Nous vous remercions, chers collègues.

Nous allons écouter deux questions de la part de la presse moldave et de la presse française. La première question, s'il vous plaît ? J'ai une question pour les deux présidents.

Je représente la chaîne Moldova 1. Madame Sandu, à l'Élysée, vous parliez de la Communauté politique européenne. La semaine prochaine, il y aura la réunion du Conseil.

Est-ce que vous prenez en considération l'attribution d'un statut intermédiaire pour certains pays du trio associé ? Madame la Présidente, est-ce que la République de Moldavie sera contente de recevoir un statut intermédiaire pour sa candidature ? Il y a deux questions ici.

La République de Moldavie considère qu'elle est prête pour recevoir le statut de pays candidat. C'est quelque chose que nous avons promis, c'est une promesse que nous avons faite à nos citoyens, et les autorités de la République de Moldavie sont en train de mettre en œuvre des réformes authentiques, et il ne s'agit que du début du chemin. Nous sommes très engagés pour mener à bien ces réformes, pas uniquement pour l'Union européenne mais pour nos citoyens, parce que nos citoyens et l'Union européenne ont les mêmes attentes par rapport aux normes démocratiques, aux normes du système judiciaire, de lutte contre la corruption, les opportunités économiques, par exemple.

Oui, nous souhaitons obtenir le statut de pays candidat le plus tôt possible. Nous sommes conscients que nous allons devoir faire des efforts, travailler et nous sommes prêts. Je ne pense pas qu'il y aura une réponse intermédiaire, ni un statut intermédiaire.

Il y a une question qui est posée, qui est instruite par la Commission européenne, et les membres du Conseil auront à se prononcer. Je ne veux pas ici préjuger de cette décision, mon rôle étant plutôt de bâtir le consensus, en tant que présidence tournante de ce Conseil européen, mais mon souhait est que nous puissions envoyer un message positif et clair à cette demande. Ensuite, Madame la Présidente l'a elle-même rappelé, il y a des procédures, il y a des règles et il est important que, vis-à-vis à la fois de la vie de vos compatriotes, vis-à-vis des autres États membres, qu'on ait de la clarté sur ce processus, qui doit aussi respecter les équilibres et les procédures dans lesquels sont engagés plusieurs autres États qui souhaitent rejoindre l'Union européenne.

Je pense en particulier à des États des Balkans occidentaux. Mais il n'y aura pas de réponse intermédiaire, il y aura une réponse que je souhaite la plus claire possible, qui sera assortie de conditions, d'une procédure, ce qui est normal, parce que c'est un chemin et c'est un processus. Mais mon souhait est que ce message soit clair et positif, que le signal soit clair et positif, car je pense que c'est ce que nous devons à votre pays et à la région.

La Communauté politique européenne est une proposition que nous avons faite, que je souhaite que les uns et les autres puissent s'approprier, et qui n'a pas vocation à se substituer à l'adhésion, mais qui vient compléter une telle procédure. Elle peut être finalisée à plus court terme que le chemin d'une adhésion jusqu'au bout, et je pense qu'elle a un apport politique, géopolitique et concret pour nos peuples sur beaucoup de sujets, car nous voyons bien que sans appartenir à l'Union européenne, nous appartenons à un même continent. l'Union européenne a des règles et des éléments de convergence qui sont très exigeants, qui font que même quand on s'engage dans un tel processus, cela prend du temps.

Par contre, nous avons besoin, d'un point de vue géopolitique, d'apporter des réponses de court terme en matière de sécurité, de défense, d'énergie, d'infrastructures, pour que notre Europe, au sens large, géographique au sens large, se tienne, soit plus solidaire et ne soit pas déstabilisée par des puissances extérieures ou des agressions extérieures. C'est ce à quoi la Communauté politique européenne répond. C'est un complément à ce qu'est l'Union européenne et une procédure d'adhésion.

Bonjour Guillaume Daret, France Télévisions. Monsieur le Président, vous dites que vous êtes là en président de l'Union, mais aussi en tant que président français. Vous évoquez un signal positif.

Alors est-ce que ça veut dire que oui, vous souhaitez que le statut officiel de candidat soit donné à la Moldavie, la Géorgie et l'Ukraine ? Et au sujet de votre proposition de Communauté politique européenne, quelles pourraient être les garanties en matière de défense ? Très concrètement, est-ce qu'on peut imaginer, par exemple, quelque chose à l'image de l'article 5 de l'OTAN, avec des logiques d'auto-défense entre les pays membres de cette communauté ?

Et Madame la Présidente, à quelle échéance vous espérez être membre à part entière de l'Union européenne ? Cinq ans, dix ans, quinze ans ? Merci.

Sur votre première question, je vais être aussi clair que je l'ai été avec votre collègue. Je souhaite que nous envoyions un signal positif et clair. Pour autant, je veux garder les conditions pour construire justement l'unanimité, le consensus au sein des États membres.

Et je pense qu'on ne doit pas dissocier la Moldavie de l'Ukraine, dans les perspectives que nous donnons. Il y a ensuite une autre catégorie de pays, qui font partie du Partenariat oriental, mais dont la situation sécuritaire et géopolitique est différente : la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, qui sont des nations amies très proches, mais qui, vous le voyez bien, à la fois géopolitiquement, géographiquement, ne sont pas aujourd'hui placées dans la même situation. Et il y a aussi les discussions que nous avons avec les Balkans occidentaux, dont certains ont engagé, déjà, des procédures, ont ce statut.

Et nous avons un immense travail à parachever dans les prochains jours, en particulier dans la discussion qui préside aux travaux entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord et nous allons tout faire pour essayer de dénouer ce différend, qui permettra, pour ce pays qui a déjà le statut de candidat, de passer une nouvelle étape, en tout cas de donner des perspectives pour ouvrir les prochains textes. Et je souhaite qu'on puisse avancer sur l'Albanie et la Macédoine du Nord. C'est un équilibre géopolitique qu'il faut tenir.

C'est ce qui vous démontre d'ailleurs, à mes yeux, l'importance et la pertinence de la Communauté politique européenne, c'est que l'élargissement de l'Union européenne ne peut pas être la seule réponse à la stabilité de nos voisinages, d'abord parce que c'est un processus, à juste titre, exigeant, parce que nous devons, en plus, continuer à simplifier notre Europe pour qu'elle soit plus efficace. Et donc on doit aussi, en parallèle, avoir un mouvement, qui est urgent, d'intégration de l'Union européenne, de simplification de nos règles de vote et de procédures, et donc nous ne pouvons pas choisir entre les deux. Il faut faire les deux en même temps.

Et donc la Communauté politique européenne permet d'apporter un cadre de réunions régulières, de coopérations concrètes sur des sujets-clés, pour stabiliser le continent européen. Dans ce cadre, je ne veux pas préempter nos travaux, mais il doit y avoir un pilier défense et sécurité. Je pense qu'il n'est pas réaliste aujourd'hui que ce pilier soit de la même nature que l'article 5 de l'OTAN, car alors nous aurions, si je puis dire, les mêmes limites, et nous viendrions, en quelque sorte, concurrencer cette organisation et notre alliance.

Par contre, nous pouvons, nous devons définir des garanties de sécurité réciproques, qui sont de nature à donner des réassurances à des pays membres de cette Communauté politique européenne et à bâtir aussi des coopérations renforcées sur le plan opérationnel, sur le plan de nos capacités de défense. C'est un chemin possible et souhaitable, et c'est, au fond, celui que vous m'entendez défendre depuis plusieurs années, qui consiste aussi à bâtir une forme d'architecture de défense qui ne soit, là aussi, pas un concurrent à l'OTAN, mais un nécessaire complément parce que nous devons penser, avec notre voisinage large, autre chose qu'une relation conflictuelle, à moyen et long terme, mais bien des équilibres. Donc il faudra bâtir des garanties de sécurité.

Elles ne seront pas de la même nature que l'OTAN. Elles peuvent être proches de celles qui existent entre les États membres de l'Union européenne et ce que prévoient nos traités. Je n'ai pas à préempter ces débats.

Je vous en donne la philosophie, à mes yeux. Bien sûr, nous souhaitons devenir membres de l'U.E le plus rapidement possible, mais nous sommes réalistes.

Il y a des processus que nous devons respecter et il est très important de construire des institutions indépendantes et fortes, et qui assurent la bonne gouvernance et la durabilité des processus démocratiques en Moldavie. Si nous pouvions bénéficier de circonstances extérieures plus bénéfiques, nous pourrions avancer plus vite. Cette guerre de la Russie contre l'Ukraine complique notre situation mais comme je l'ai précisé tout à l'heure, indépendamment de ces défis extérieurs, nous allons faire tous les efforts nécessaires afin d'avancer sur la voie des réformes de la transformation de l'État, afin de construire un État éligible et conforme aux attentes et aux normes de l'Union européenne.

Radio Europa Libera, Liliana [ INAUDIBLE ], Le sommet de l'Union européenne avec un statut de candidat pour la Moldavie, cela signifierait peut-être le début des négociations d'adhésion. Quelle sera la position de la France lors de ce sommet ? Est-ce que l'Union européenne est prête à lancer les négociations d'adhésion avec la République de Moldavie, votre opinion personnelle, en ce sens ?

Et une question pour Madame Sandu : est-ce que vous seriez triste si un statut clair pour la Moldavie n'était pas proposé à ce sommet ? Donc je voudrais comprendre si nous avons la même position que Kiev ou si nous pouvions nous contenter d'une communauté politique. Alors, comme je le disais, mon souhait est qu'on envoie un message, un signal positif et clair.

Je me permets de naviguer entre vos deux questions pour lever peut-être ce qui peut sembler persister comme une ambiguïté. Au Conseil européen de juin, nous allons discuter sur la base d'une proposition faite par la Commission européenne, suite à la demande et au dossier qui a été remis par la Moldavie. Je souhaite qu'on puisse avoir une réponse claire sur ce sujet de l'adhésion.

Il sera, c'est à peu près sûr, assorti de conditions, avant d'avancer. Pourquoi ? Parce que si nous appliquions les règles normales pour à peu près tous les pays qui souhaitent avoir ce statut de candidat, nous ne le donnerions pas.

Et donc, c'est la situation géopolitique, c'est le contexte de guerre, la déstabilisation, qui nous fait collectivement considérer un moment différent. Mais il est important, par rapport à des États qui sont plus réticents au sein de l'Union européenne, très attachés à nos procédures, de leur donner les garanties et de trouver un équilibre, où nous pouvons collectivement envoyer un message très clair à votre peuple, parce ce que je pense que c'est ce que nous devons faire, et avoir des conditions qui garantissent un juste respect des procédures pour rassurer les autres États membres. Donc, la réponse sera claire, mais il y aura des conditions.

Par contre, en aucun cas, vous n'aurez à vous contenter, comme je l'ai entendu pour la deuxième question, du statut de Communauté politique européenne parce que ce n'est pas un substitut au statut de candidat. C'est quelque chose qui vient en plus. Et l'idée de cette Communauté politique européenne, c'est qu'elle permette d'associer des gens qui sont d'ores et déjà candidats, des gens qui ne le sont pas du tout, des gens qui auront peut être à l'être, des membres déjà, et aussi, qui sait ? des États qui sont sortis de notre Europe.

C'est un processus parallèle. J'espère que nous allons obtenir une décision qui ne nous rendra pas tristes, mais en aucun cas nous ne serons découragés, parce que notre chemin est clair, et les citoyens de la République de Moldavie, et les sondages sont clairs, la République de Moldavie ne peut être en sécurité et construire une prospérité et consolider sa démocratie que si elle fait partie de la famille européenne, et nous allons travailler sur ce sujet. Une dernière question de la part des collègues français ?

Oui, bonjour, James André, pour France 24. Alors tout d'abord, Madame la Présidente, je voudrais que vous nous donniez quelques précisions sur la situation actuelle en Transnistrie. On sait qu'il y a eu une série d'incidents.

Quelle est la situation aujourd'hui et où en est le risque de déstabilisation lié à cette province ? Et Monsieur le Président Macron, cette situation en Transnistrie, et notamment ce séparatisme soutenu par les Russes est-il un obstacle à l'intégration européenne ? On sait que dans d'autres organisations, notamment au NATO, cela pose problème, en termes de statut.

Est-ce que c'est le cas pour l'Europe ou est ce que c'est un obstacle qui peut être dépassé ? La région de la Transnistrie et la présence illégale des troupes russes dans cette région représente un point faible, en termes de vulnérabilité dans la sécurité de la République de Moldavie. Nous avons assisté à des incidents il y a quelques semaines.

Nos institutions ont analysé ces incidents et nous avons déduit que ces incidents ont leur origine à l'intérieur de cette région séparatiste. La situation s'est calmée. Nous ne voyons pas de danger imminent, immédiat, mais aussi longtemps que la guerre contre l'Ukraine continue, ce point de faiblesse, ce risque est toujours élevé, et ce que nous pouvons faire est de suivre la situation et de communiquer avec le régime de Tiraspol, afin de maintenir la paix et la stabilité, de ne pas entretenir les risques de déstabilisation qui ne représentent pas un risque pour nos citoyens sur les deux rives du Dniestr.

Je salue le travail, l'esprit de pondération et le pragmatisme de Madame la Présidente sur ce sujet si délicat, qui n'est pas d'hier. D'abord, notre devoir, c'est d'aider la Moldavie à rester pleinement souveraine, intègre, et donc de lui apporter toutes les aides nécessaires pour que le pays et son peuple ne soient pas déstabilisés. Ensuite, pour enclencher un processus mécanique comme celui qu'on évoque depuis tout à l'heure, il serait injuste, en quelque sorte, de dire que tout est bloqué par la situation.

Par contre, il est clair que sur le chemin, c'est une situation qu'il faudra, ensemble, pouvoir régler et trouver une issue qui permette stabilité et sécurité. Mais ce n'est pas une condition préalable, c'est à jalonner, si je puis dire, sur le processus. Maintenant, Monsieur le Président Macron, Madame la Présidente Sandu, la conférence de presse est terminée.

Je vous remercie beaucoup.