🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview politique de François Ruffin sur RMC
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous allez en faire quoi ?
D'abord, j'ai annoncé que je le reversais pour moi à Solidarité Paysan. Donc, vous savez que je ne garde pas la totalité de ma rémunération. Et ça, ce n'est pas pour la rémunération, c'est pour le fonctionnement. Maintenant, que les députés, la démocratie aient besoin d'argent pour fonctionner, c'est une chose. Mais ça peut se concevoir. Moi, ce qui me paraît choquant dans cette décision qui a été prise par tous les groupes, sauf le groupe La France Insoumise...
La France Insoumise s'est abstenue, n'a pas voté pour eux.
Et même a été contre cette décision. Pourquoi c'est choquant ? C'est choquant parce qu'on est dans une assemblée qui refuse l'indexation des salaires sur l'inflation. Et on va y venir. La première demande des Français, c'est de vivre de son travail, de bien vivre de son travail. Donc, dans cette assemblée où on refuse l'indexation des salaires sur l'inflation, où on va doubler les franchises médicales, où on va augmenter l'électricité de 10%, bon, dans ce cadre-là, les députés se permettent une augmentation pour leur budget à eux. Tout comme le président de la République permet une augmentation sur son budget de fonctionnement à l'Elysée. Ben non, ce n'est pas normal.
S'il y a à se serrer la ceinture, ça doit commencer par les dirigeants, ça doit commencer par montrer l'exemple, ça doit commencer par le haut.
Ou alors, à l'inverse, vous appelez toujours à une indexation des salaires.
C'est évident que j'appelle à une indexation des salaires à minima sur l'inflation. L'inflation a pris 5% cette année. Ben, normalement, les salaires doivent pouvoir prendre 5% de manière à ce que, simplement, les Français vivent de leur travail.
Les points de blocage se multiplient partout en France. C'était parti de Haute-Garonne, mais désormais, c'est un peu partout, notamment en Bretagne, avec une grande manifestation qui est attendue à Rennes. Il y a des points sur lesquels, sur ce CRISP, sur l'A7 ce matin, on a vu des vraies tensions, notamment entre les routiers, des routiers étrangers ou dont la cargaison était étrangère, qui a été vidée par les agriculteurs. Est-ce que vous redoutez que ça ne bascule dans une certaine violence ou dans une certaine colère non maîtrisée ?
Je suis toujours, je dis toujours, je le répète, que pour moi, la violence n'est pas la solution, que même ça dessert bien souvent les mouvements, plus que ça ne les sert. Maintenant, je suis solidaire de toutes les personnes qui se battent simplement pour une chose, c'est vivre de leur travail. Et là, ce qu'on voit dans le monde paysan, la demande est simplement une demande de pouvoir vivre dignement de son travail. Alors moi, j'en reviens sur le fond. Sur le fond, c'est quand même... Parce que cette crise, ce n'est pas comme si elle était nouvelle. Emmanuel Macron arrive au pouvoir et il entend...
Le clive, d'ailleurs, il date de 2018.
Exactement, parce qu'il entend à ce moment-là que ce n'est pas normal, les prix ne vont pas, les paysans ne sont pas payés comme il faut, sur le lait, sur le porc, sur la volaille, sur à peu près tout. Ils ne sont pas payés, ne serait-ce que pour pouvoir remplir leur coût de revient. Bon, déjà à l'époque. Et il y a une réponse qui est les états généraux de l'alimentation avec une loi EGalim qui est plus qu'imparfaite.
Elle est imparfaite, vous l'aviez votée. Vous estimiez au moment où elle est passée que c'était mieux que rien. Aujourd'hui, le problème, c'est qu'elle n'est même pas appliquée. Certains agriculteurs et notamment les éleveurs laitiers disent que vis-à-vis, dans le bras de fer, là, des négociations commerciales avec l'Actalis. L'Actalis leur dit « Ok, on va vous augmenter d'un pour cent ». Les éleveurs laitiers disent qu'on a besoin de minimum 5%. Personne ne vérifie. Et dans cette loi EGalim que vous avez votée, il n'y avait pas de contraintes, il n'y avait pas de sanctions.
D'accord. Vous savez, je prends toujours ce qui peut être mieux par rapport à rien. Donc à l'Assemblée, j'ai cette démarche constructive. Ok, vous nous donnez ça, je vais le prendre. C'était un premier pas pour vous, la loi EGalim. Mais je n'ai cessé de plaider pendant toute la loi EGalim, avant la loi EGalim, après la loi EGalim, et aujourd'hui encore, pour des prix planchers. Pour des prix planchers, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'à l'époque de la loi EGalim, il fallait que le litre de lait soit à 40 centimes d'euros pour que les agriculteurs puissent être payés correctement. Eh bien, il fallait que l'État dise « Le prix planché, le minimum à payer, c'est 40 centimes d'euros. » Point.
Or, je peux vous lire la loi EGalim, si vous voulez, parce que c'est une usine à gaz qui était construite. À la place de dire « prix planché, on fixe un prix », ça donne ça. « Les accords cadres, la détermination des prix, devront prendre en compte un ou plusieurs indicatifs relatifs aux coûts pertinents de la production en agriculture ou à l'évolution de ces coûts, et un ou plusieurs indicateurs relatifs aux prix des produits agricoles et alimentaires chargent ensuite à un médiateur de modifier ou supprimer les accords cadres. »
J'avoue que là, vous avez donné mal à la tête.
Voilà.
On rajoute ça aux normes, on leur demande déjà.
« Usine à gaz ». Donc, ce n'est pas ça. Il faut… Pourquoi ils ont fait ça ? Parce qu'au fond, là, ce que vous avez, c'est une défaillance du marché. Le marché ne marche pas. Le marché, il écrase les paysans. Vous savez, moi, j'ai cette image dans la Révolution française où on a un paysan du tiers État qui a sur ses épaules…
La fameuse image d'épinal.
Voilà, qui a sur ses épaules un aristocrate. Aujourd'hui, le paysan, il a sur ses épaules l'industrie agroalimentaire qui a sur ses épaules la grande distribution. Eh bien, il faut que là-dedans, l'État, il joue son rôle et qui y rétablisse de la justice et rétablisse de l'égalité privilanchée.
À cela s'ajoute la question aussi de l'Europe. Vous appelez à une exception agriculturelle. On va y revenir. Je voudrais d'abord qu'on fasse un tour par le terrain parce que précisément sur ces réponses politiques qui sont attendues, Nicolas Poincaré est sur la 64 en Haute-Garonne au niveau du point de blocage d'origine, là où tout a commencé. Et Nicolas Poincaré, vous avez compris qu'ils attendent Gabriel Attal. Ils ne lèveront pas le blocage tant que Gabriel Attal n'est pas arrivé. Et ils savent comment s'y prendre.
Oui, c'est ce que me disent les organisateurs de ce point de blocage ici. Ce qu'ils veulent, c'est le déplacement du Premier ministre sous ce pont pour venir leur annoncer les mesures. Et effectivement, pour faire pression sur Matignon, ils ont un joker dans leur poche qu'ils ont déjà utilisé plusieurs fois. Ils font savoir à Matignon qu'ils sont en contact avec les équipes du Rassemblement national qui leur ont proposé que Jordan Bardella vienne ici. Et jusqu'à présent, ils ont dit à Jordan Bardella, non merci, ce n'est pas le moment. Mais ils disent à Matignon, écoutez, si Gabriel Attal ne vient pas, alors ce sera Jordan Bardella.
Vous voyez qu'ils ont un sens politique aigu, ces agriculteurs de Haute-Garonne.
Une forme de chantage, de chantage au RN. Merci Nicolas. François Ruffin, est-ce qu'il y a quand même ce point de bascule ? On sait que dans les Pays-Bas, par exemple, avant l'arrivée de Gurdwieders au pouvoir, c'est aussi la colère des paysans qui a fait monter l'extrême droite.
Vous savez, moi, je défends les gens, qu'importe le butin de vote qui glisse dans l'urne. Jamais j'ai demandé à un ouvrier qu'est-ce qu'il votait avant de le défendre. Vous voyez, donc c'est pour moi le sujet. Il ne faut pas transformer un sujet de fond en un sujet politique, en un sujet politologique, qu'est-ce que ça va donner aux élections, et ainsi de suite. On est là dans un moment qui est un moment de crise, qui peut être un moment de vérité, qui peut être un moment de bifurcation, et un moment où la société française peut choisir. Au fond, l'agriculture française, elle a besoin d'un cap.
Et le gouvernement, malgré, je l'ai dit, six années maintenant de crise larvée, il ne donne pas de cap. Il tient un double discours. Il dit d'un côté, il faut la montée en gamme, il faut le bain d'être animal, il faut sortir des phytos, et de l'autre côté, il faut être compétitif avec les fermes-usines du Brésil, avec les fermes-usines de main d'Ukraine. Eh bien non, il y a un choix à faire. Il y a un choix à faire entre, est-ce qu'on dit que la priorité, c'est de nourrir les Français, de bien nourrir les Français, ou est-ce que l'objectif, c'est d'être compétitif à l'international, sans protection, et à ce moment-là, il y a un dumping.
Mais comment faire entre les deux ? Comment faire sur ce tiraillement, au fond, entre effectivement les normes environnementales et la question des revenus, la question aussi, bien sûr, de la concurrence ? Vous avez évoqué à l'instant l'Ukraine. Après le début de la guerre en Ukraine, l'Union européenne, par une forme de solidarité, a décidé d'ouvrir les frontières commerciales avec l'Ukraine, ce qui a eu pour conséquence une arrivée massive, notamment de tout ce qui est céréales ukrainiens, qui ne respectent pas les mêmes normes que nous, et qui sont venus, évidemment, concurrencer le travail des agriculteurs, notamment français. Est-ce qu'il faut refermer cette frontière avec l'Ukraine ?
Normalement, ça devait être pour du transit. Ça devait être pour aller nourrir, notamment, l'Afrique du Nord, puisque normalement, l'Ukraine, par ses bateaux, va nourrir l'Afrique du Nord. Là, à la place d'être du transit, ça a été déversé sur les marchés européens. Ce n'était pas la fonction de départ de cette solidarité. Enfin, je note que cette solidarité, vous savez...
Donc, vous vous appelez à ce qu'on y mette fin ?
À refermer cette frontière ? J'appelle à ce que ça soit vraiment du transit, et que ça ne soit pas pour nourrir les marchés européens. Voilà. Qui est-ce qui a bénéficié aujourd'hui du poulet ukrainien ? Ce sont très clairement l'industrie agroalimentaire française et européenne, qui a eu du poulet deux fois moins cher que le poulet français. Voilà comment ça s'est passé. Mais vous savez, pour choisir ce cap, cette double orientation, il y a à mettre à mal deux choses. qui ne veulent pas mettre à mal, parce qu'Emmanuel Macron est fait de ce dogmatisme-là, qu'il est traversé par cette idéologie.
Il y a premièrement une sortie du libre-échange, et deuxièmement une sortie du marché, ou une tempérance du marché, une régulation du marché. Je m'explique. C'est ce que j'appelle l'exception agriculturelle, de la même manière qu'on a fait une exception culturelle...
Qui a été acceptée par l'Union européenne,
par l'Organisation mondiale du commerce, pour qu'on ait un cinéma français, pour qu'on soit aux Oscars avec anatomie d'une chute. C'est le résultat d'une politique, et pas juste du génie, du talent d'une personne. Là, si on veut avoir une agriculture française, si on veut la maintenir, parce que c'est la question que je pose, moi, vous savez, dans ma région, j'ai vu partir les usines vers la Roumanie et vers la Chine.
On est en train de revivre la fin du monde industriel, et là, c'est la fin du monde agricole.
Je ne veux pas qu'on délocalise l'agriculture, comme on a délocalisé l'industrie. Pardon, il y a un tiraillement.
J'y reviens, parce que c'est tout le problème. Un tiraillement entre l'environnement et les revenus des agriculteurs. Et là, sur l'Ukraine, je vous repose la question, parce qu'au fond, c'est une question aussi de solidarité. On s'est dit, on va faire ça par solidarité avec les Ukrainiens. Mais en fait, vous dites, la solidarité, ok, un peu, mais enfin, pas à n'importe quel prix.
Moi, je dis, ceux qui font la solidarité... Tant pis pour les Ukrainiens. Je dis, écoutez, madame Pauline Demard, si vous écoutez ce que j'ai dit, j'ai dit d'accord pour du transit. C'est le but, d'accord ? Maintenant, vous savez, on a dit...
Ça veut dire interdire à l'agroalimentaire français, par exemple, d'acheter du blé ou du poulet ukrainien.
Exactement, tout à fait. Vous savez, la solidarité, moi, je suis pour, évidemment, tout le monde est pour la solidarité de principe. Quand on a fait l'extension, l'élargissement aux pays de l'Europe de l'Est, à la Pologne, à la Roumanie, à la Bulgarie, on nous a demandé de le faire aussi par solidarité. Vous savez, ceux qui prennent la solidarité, ce ne sont pas ceux qui en payent le prix. Parce que vous êtes journaliste, vous êtes protégé. Vous n'êtes pas... Ce n'est pas un journaliste roumain qui va remplacer Apolline de Malherme demain. Le commissaire européen, il va continuer à toucher la même paye. En revanche, quand on ouvre les frontières de l'Ukraine, comme on le fait aujourd'hui...
Oui, si on met le poulet ukrainien à côté du poulet français, que le poulet ukrainien est moins cher, le consommateur, même s'il a de la sympathie pour le...
C'est le paysan, mais ce n'est même pas le consommateur, parce que le consommateur, vous savez, il ne le saura même pas. Ça sera dans la barquette. Simplement, il faut... L'exception agriculturelle, c'est une sortie du libre-échange. C'est considéré que, voilà, quand il s'agit de la terre, de ses fruits, de notre assiette, on doit pouvoir avoir une exception aux règles de libre-échange, ce qui me paraît...
Mais c'est une forme de sortie des traités. C'est une forme de sortie des traités, ou en tout cas d'une partie des traités.
Mais là, il s'agit surtout de l'organisation mondiale du commerce. En fait, on a un gros problème avec l'agriculture dans la mondialisation. Je vais faire depuis les accords de Royal Ground en 1994. Je ne suis pas d'accord à ce moment-là pour qu'on fasse entrer l'agriculture dans la grande machine à laver de la mondialisation. Ça, c'est un premier point. Mais il faut bien voir qu'il y a un deuxième point. C'est le marché. Parce que même si on fait ça, il restera quand même sur les épaules des agriculteurs, la grande distribution et l'industrie agroalimentaire.
Donc ça veut dire qu'il faut réguler le marché intérieur, quand bien même il y aurait sorti des traités de libre-échange au niveau de l'organisation mondiale du commerce. C'est une deuxième chose. Et là, dire que quand je propose des prix planchers, vous savez, on répond, c'est le retour des Colcauses. Voilà ce qu'il m'est dit à l'Assemblée nationale, en gros.
– C'est-à-dire une organisation communiste ?
– Voilà, que ça serait la Corée du Nord, le Venezuela. Enfin bon, il y a une liste comme ça. Non, vous savez, c'est l'Europe. C'est l'Europe d'il y a 20 ans. L'Europe d'il y a 20 ans, elle avait des prix planchers. Elle avait des quotas d'importation. Elle avait des quotas de production. Elle avait des coefficients multiplicateurs.
– Elle a basculé pour vous l'Europe dans une forme de libre-échange. On sait bien sûr l'accord récent avec la Nouvelle-Zélande. Une grande partie des Français y étaient opposés. C'est passé comme une lettre à la poste.
– Cette nuit, ça a été avec le Chili et le Kenya.
– On apprend en effet que cette nuit, l'Union européenne a conclu de nouveaux accords de libre-échange avec le Chili et le Kenya.
– Et que, bon, alors je vous annonce que, vous savez, j'avais mis en place avec mon collègue Pascal Lecan du MoDem un groupe transpartisan contre le traité sur le Mercosur. On renvoie une lettre ce matin au président de la République. Tous les signataires de cette proposition… – Qui viennent de tous les bords sauf le Rassemblement national. On envoie une lettre au président de la République qui dit maintenant il faut dire clairement stop à l'accord sur le Mercosur. Mais je le redis, il y a le libre-échange.
– Vous attendez d'Emmanuel Macron qui lui met fin. Vous attendez quoi de Gabriel Attal ? On l'a entendu tout à l'heure, Nicolas Pancaré nous le disait. Sur le terrain, ils l'attendent. Qu'est-ce qu'ils peuvent faire ?
– Moi j'attends de M. Attal, j'attends du gouvernement, j'attends de M. Macron depuis six ans, prix plancher. J'attends qu'on vienne dire prix plancher. Que ça ne soit pas dans des accords cadres incompréhensibles, que se règle le conflit entre l'actalis et les agriculteurs. Mais que ça soit l'État. Vous savez, il y a un fort et il y a un faible entre les deux. L'actalis, M. Emmanuel Beignet qui a vu son patrimoine augmenter de 70% ces dernières années, qui est la huitième fortune française. Bon, il a un poids énorme comparé aux agriculteurs qui vont aller négocier avec lui. Eh bien l'État, il doit être là entre les deux pour servir de protection.
– On entend très peu d'ailleurs la grande distribution. Et ce n'est pas faute de les avoir invités, je le redis sur ce plateau puisque je dis tout. J'ai évidemment proposé à la fois à Michel-Edouard Leclerc, à Dominique Schellcher de Super U, à Intermarché, à Auchan, de venir parler. Et on les sent tous extrêmement prudents. Ils nous disent à demi-mot que tout ça est trop explosif. Et donc dans ce moment où normalement ils seraient tous sur les plateaux, puisque c'est la dernière semaine de négociation commerciale, eh bien ils sont aux abonnés absents.
– Et je regrette d'autant plus que le gouvernement ne dise pas clairement prix plancher que pendant les états généraux de l'alimentation, M. Leclerc que vous citez, il avait dit « S'il faut ça pour sauver l'agriculture française, eh bien mettons des prix planchers ». Il y avait le patron d'Intermarché à l'époque, M. Serge Parpin, qui avait dit « S'il faut ça, mettons… » – C'était Super U, excusez-moi. – Non, pas de problème. – Qui avait dit « S'il faut des prix planchers, faisons des prix planchers ». Le responsable, M. Olivier Alain, des états généraux de l'alimentation, il disait « Il faut des prix planchers ».
– Mais est-ce que ça, c'est compatible avec le problème de l'inflation ?
– Pour moi, vous savez, on a un… D'abord, oui, parce qu'en fait, les prix ont augmenté. – Je veux dire, est-ce que les Français vont vous suivre là-dessus ?
Ils demandent quand même à ce que leur caddie soit moins cher. Si à ce moment-là, vous leur dites « Ouais, ok, c'est sympa, mais on va faire des prix planchers ».
– On va faire des prix planchers, mais qui, aujourd'hui, se gave sur le dos des consommateurs et en même temps sur le dos des agriculteurs ? L'industrie agroalimentaire.
– C'est Nestlé, c'est Danone, c'est Lactalis, comme vous disiez.
– On peut généraliser, le taux de marge de l'industrie agroalimentaire, aujourd'hui, c'est 49%. Ça n'a jamais été aussi élevé. Donc, dire qu'il faut augmenter les prix, au départ, pour les agriculteurs, pour mieux les rémunérer, mais que, ben voilà, la marge de l'industrie agroalimentaire, elle doit diminuer, je pense que c'est pleinement audible par tout le monde.
– Vous restez européen ? Vous restez pour le fait que la France reste dans l'Union européenne ? Ce matin, j'avais plusieurs témoignages d'agriculteurs, et je garde en mémoire cette phrase, l'un d'eux, qui était sur un tracteur avec notre reporter, il était en direction de Rennes, et il avait cette phrase, il disait « l'Europe a décidé de notre mise à mort ».
– Alors, dans la durée, je me souviens d'un… Aujourd'hui, un fruit et légumes sur deux en France est importé. Et je me souviens d'une discussion avec un agriculteur qui s'appelle Régis Obna dans la Drôme, qui me dit, lui, ayant eu à subir les importations de fruits, d'abricots, de pêches venant d'Espagne notamment, et il me dit « je suis monté à Bruxelles, et j'ai rencontré les petits soldats de Milton Friedman », donc des économistes ultra-libéraux américains. Bon, donc on a ce souci-là qu'il faut qu'on fasse entendre pour la France…
– Donc pour l'Europe, oui, à long terme, mais cette Europe maintenant telle qu'elle est, non.
– Il faut qu'on fasse entendre qu'il y a eu des instruments qui ont existé, et je le dis, l'Europe a été ce qui nous a apporté une grande agriculture aussi, mais avec des instruments de régulation. Il faut qu'on retrouve les instruments de régulation, coefficient multiplicateur, quotas d'importation, quotas de production, et prix plancher, prix plancher, prix plancher. J'ai un message à faire passer ce matin.
– J'ai bien compris, c'est prix plancher. François Ruffin, il y aura tout à l'heure à Rennes, non seulement les agriculteurs, mais aussi les pêcheurs, avec une forme de convergence de lutte. Quand vous voyez que là, pendant un mois, le golfe de Gascogne, il y aura 450 bateaux qui vont devoir rester à quai pour laisser un mois de répit aux dauphins. Les pêcheurs s'en plaignent, disent que c'est très dur pour eux de devoir laisser les bateaux. Alors certes, ils auront une indemnité, 80% du chiffre d'affaires. Vous êtes plutôt pour sauver les dauphins ou pour sauver les pêcheurs ? Parce qu'en fait, c'est quand même comme ça que se pose la question désormais.
– Et pour la suite, vous savez, Mme Apolline de Malherme, on doit prendre au sérieux la situation écologique. Moi, ce que je viens de dire aujourd'hui, ce n'est pas qu'il y a un dumping à opérer sur la question. Quand on a 30% des oiseaux qui ont disparu pendant une génération, la vôtre, la mienne. Quand on a 70% des insectes. Quand on a à peu près la même chose chez les vertébrés, on pourrait parler des lombriques, vous savez, qui animent le sous-sol. Bon, quand il y a ça qui se produit, on ne doit pas dire « je vais sacrifier l'environnement au profit ». Non, il s'agisse de se demander comment on a un accompagnement. Aujourd'hui, mon souci, c'est qu'il n'y a pas d'accompagnement.
Il y a du contrôle, il n'y a pas d'accompagnement. Je suis en fait assez admiratif, moi, de ce qui a été fait par l'agriculture française dans l'après-guerre. En une génération, on retrouve notre souveraineté alimentaire. En 1972. Pourquoi ? Parce que l'État dit « voilà, on va faire de la production, il nous faut de la chimie, il nous faut de la mécanique, il nous faut du remembrement ». Le souci que j'ai, c'est que depuis 1972, on n'a pas dit aux agriculteurs français « voilà le cap qu'on veut ». Aujourd'hui, il faut que l'État donne un cap et qu'il accompagne, et qu'il donne des outils pour ça. Par exemple, la crise de l'eau.
Est-ce qu'on peut reprendre la construction des méga-bassines au risque de créer une crispation entre écolo et agriculteur ?
Si vous voulez, on va avoir des solutions de court terme qui vont être dans l'adaptation, il faut s'adapter.
Oui, mais là, je n'ai pas compris. On en met ou pas des méga-bassines, François Ruffin ?
Des méga-bassines, non. Des bassines, potentiellement, oui. Mais pas des méga-bassines. Mais en revanche, se dire...
Une alternative à ces méga-bassines ?
Mais si vous voulez, les solutions immédiates, on peut trouver des solutions immédiates par un abaissement de normes, et ainsi de suite. Mais dans la durée, on ne s'en sortira pas comme ça. Quand en France, il y a un litre sur deux qui est consommé par l'agriculture, et un litre sur deux dans cette agriculture qui est consommée par le maïs, il y a une interrogation à avoir sur la culture du maïs.
Vous voulez dire, dans ces cas-là, il faut peut-être faire un peu moins de maïs, et puis un peu plus d'autres cultures qui sont plus adaptées à nos enrées. Autres cultures, mais je vais vous dire lesquelles.
Je vais vous dire lesquelles j'ai posées sur la table, j'ai posé une question au ministre de la Culture. Le sorgho. Le sorgho est une plante qui consomme beaucoup moins d'eau. Maintenant, il ne s'agit pas...
Mais vous allez remplacer le maïs par le sorgho ?
Tout à fait. Et il y a des agriculteurs qui le font. Vous en mangez comment du sorgho ? Comment on mange du maïs ? On mange du maïs transformé. Vous savez, dans la plupart du temps, c'est pour nourrir les animaux. Ce n'est pas du nourrir d'une maïs qui vient directement pour la nourriture animale. Maintenant, la question, si jamais on veut avoir cette bifurcation, c'est qu'on ne peut pas demander aux paysans de le faire tout seul dans leur coin. On doit faire ce qui a été fait dans l'après-guerre, par un accompagnement, par des ingénieurs. Vous savez, les ingénieurs agricoles français, on a cette richesse qui est absolument formidable. On a une capacité à avoir des...
Mais on ne les envoie pas sur le terrain pour être une force d'accompagnement. Donc aujourd'hui, cette bifurcation, il faut qu'elle soit voulue par l'État, protégée, avec une protection. Je suis venu ici pendant la crise des retraites pour vous dire de quoi a besoin le pays. Il a besoin de protection. Il a besoin de stabilité. Quand vous avez des cours des matières agricoles qui, comme pour moi sur la betterave, sont divisés par deux, puis multipliés par quatre, comment vous inscrivez une stabilité ? Comment vous inscrivez dans la durée ?
Merci François Ruffin, député LFI de la Somme. Je rappelle votre livre, un député à la ferme. Il est 8h53 sur RMC, BFM TV.
François Ruffin