Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewSud Radio· 2 avril 2025 11 min

Comme le demande David Lisnard, faut-il se poser la question de l'élection des magistrats ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vraie Voix Sud Radio, le code projecteur des Vraies Voix.

0:04
Invité

Évidemment, la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

0:13
Présentateur

Donc, il faut quand même se poser la question aujourd'hui du droit, l'état du droit ne va plus, des moyens de la justice, mais aussi de ce qui était inscrit dans l'ordonnance du 22 décembre 1958 voulue par le général de Gaulle, c'est qu'un magistrat ne peut pas exprimer une préférence partisane. On pourrait se poser la question du système judiciaire. Quand vous avez un pouvoir, vous devez avoir un contre-pouvoir. Que les magistrats soient élus ? Pourquoi pas.

Il faut poser la question de l'élection des magistrats, a affirmé ce matin David Lysnard sur Sud Radio, une façon de rendre les juges responsables de leurs décisions, selon le maire de Cannes et président de l'Association des maires de France. Alors parlons vrai, est-ce que cela donnerait aux juges une responsabilité qu'ils n'ont pas aujourd'hui ? Et à cette question, comme le demande David Lysnard, faut-il se poser la question de l'élection des magistrats ? Vous êtes 88% ? Vous voulez réagir ? Le 0826 300 300.

Pour en parler, Jérôme Poza est avec nous, président d'Amour de la Justice et de l'Association du G500 Citoyens, et puis vice-président de l'application des peines au tribunal judiciaire de Nancy. Président, merci en tout cas d'être avec nous ce soir.

1:17
Invité

Je pense qu'il faut amplifier la responsabilité du magistrat dans beaucoup de domaines et réfléchir sur une possibilité d'interdire dans l'activité syndicale globale la part totalement idéologique et scandaleuse. Deuxième élément, et je réponds à votre question directement, je ne crois pas à l'élection comme moyen radical de distinguer les meilleurs dans la magistrature. Je crains même, presque comme Clémenceau, que ce seraient les pires qui seraient distingués, parce que j'ai noté que l'univers médiatique n'a jamais su distinguer correctement les meilleurs dans la magistrature pour les distinguer des pires.

Paradoxalement, et je finis là-dessus, je crois qu'on pourrait se passer du Conseil supérieur de la magistrature, mais il faudrait au contraire, et j'aurais beaucoup aimé ça au moment de ma carrière, être évalué par une commission politique pluraliste, où chaque pouvoir aurait trouvé un contre-pouvoir au sein de la même instance. François Zegoy. Oui, moi d'abord je rappelle, et je le dis pour mon ami Philippe Bilger, il le sait très bien, que le concours de la magistrature c'est un des plus durs de France avec le concours du Quai, il y a beaucoup d'appelés et très peu d'élus, je pense à peu près, donc c'est un très haut niveau.

J'en ai marre, parce qu'à chaque fois qu'on touche à la politique, de gauche comme de droite, et bien c'est la ruée sur les magistrats. Moi je pense que les magistrats, dans 90% des cas, ils font très bien leur boulot. Là, ça devient du délire parce qu'on a touché à Le Pen, la dernière fois c'était Cahuzac, je mets tout le monde, ok ? Ça c'est le deuxième point. Le troisième point c'est, on a une justice de très haut niveau, élire des magistrats. Regardez comment ça se passe aux Etats-Unis, je cherchais le prix quand j'ai préparé l'émission, le prix d'une campagne pour être élu juge. Vous vous rendez compte qu'on est quasiment à 800 000 dollars.

Ça veut dire que pour être élu juge aux Etats-Unis, parce que c'est exactement le modèle que prétenit Zavidista, déjà il faut avoir de l'argent. Vous comprenez ? Je pense que le service public... Déjà c'est une mauvaise formule. Déjà, le service public de la justice à la française nous garantit, je pense, une très haute qualité. Malgré tout ce que les politiques veulent bien en dire, de gauche comme de droite. Dans ma carrière de policier, bien évidemment, et dans ma carrière politique, j'ai fréquenté beaucoup de magistrats. Et évidemment, dans les magistrats, il y en a des très bons. Françoise, vous avez raison, le niveau est bon. Mais j'ai rencontré des brelles aussi, comme un peu partout.

3:50
David Lisnard

Il y a des brelles d'ici aussi ?

3:51
Invité

Oui, oui, mais c'était même pas la peine de le rajouter. J'allais le dire, Françoise. C'est facile. C'est un peu de plaisir. C'est cadeau. Maintenant, deux choses. Le magistrat doit être irresponsable et doit individualiser les peines. C'est deux principes quasiment constitutionnels. Il doit être irresponsable, mais quand il est magistrat jugeant, quand c'est le magistrat qui juge pour qu'on n'ait pas de poids dessus, mais pas les autres magistrats. Là, on a un juge d'application des peines qui va nous parler. Il n'y a aucune raison pour qu'il y ait une irresponsabilité, une individualisation des peines. Ça, c'est la première chose.

La deuxième chose pour répondre à l'élection des juges, je veux dire que dans le système américain, c'est un système de spoil system. C'est-à-dire que tout le monde est élu, pas que les juges. Vous avez aussi des shérifs, vous avez des tas de trucs. Donc, si demain, on prévoit cette compétence-là, il faut changer de braquet, il faut changer les choses. Moi, je ne suis pas pour. Je suis pour contrôler mieux la magistrature et faire en sorte qu'elle joue son rôle, parce qu'aujourd'hui, elle est complètement à l'Ouest.

5:01
Présentateur

Jérôme Posa, président d'Amour de la Justice, association du G500 Citoyens, et premier vice-président de l'application des peines au tribunal judiciaire de Nancy. La magistrature peut-elle être à l'abri de tout contrôle ?

5:17
David Lisnard

Bonsoir, Cécile. Bonsoir, Philippe. Heureusement que je suis assis dans mon bureau, parce que ce que j'entends, moi, je suis vraiment outré par ce qui se passe là et par, finalement, le thème du débat qui est proposé par rapport à M. Lissnard ce matin. Je ne comprends même pas comment ça arrive dans le débat, cette histoire de l'élection de juges, et de tirer de l'affaire du financement des parlementaires du RN la conclusion que, en réalité, dans la conclusion de tout ça, finalement, c'est qu'il faut rendre les juges responsables de ce qu'ils font.

Je n'arrive même pas à comprendre le processus intellectuel qui nous amène à ça, sachant que la question centrale, c'est finalement, est-ce qu'une personne qui a triché et qui a détourné des fonds publics, tel que ça a été prouvé par un jugement, même s'il y a des présumés innocents puisqu'elle a fait le débat, peut se présenter au suffrage. Ce n'est pas une question qui concerne la justice, c'est une question qui concerne la société et la politique.

Là, c'est jeter l'opprobre encore gratuitement sur un jugement qui vient de sortir et de mettre dans le débat le fait qu'il faut élire les juges parce qu'ils sont à l'ouest, j'ai entendu parler, je ne pense pas que ce soit la justice qui est en l'ouest, c'est une bonne partie de la société à l'ouest justement parce qu'ils veulent importer des protocoles en provenance des Etats-Unis et notamment cette élection du juge qui n'a aucun rapport avec le système français tel qu'on l'a connu. Pour répondre à votre question, alors moi je m'associe à ce qui a été dit par votre interlocutrice féminine et dans lequel je me retrouve complètement dans ce qu'elle a dit.

Premièrement, une élection ça coûte des sous. Vous avez rappelé des chiffres, comment un juge va pouvoir financer sa campagne. Mais en dehors de ça, le premier, c'est ça que je trouve complètement hallucinant, que par exemple David Lissnard qui est un profondeur de la justice comme beaucoup d'autres viennent me parler d'élection des juges, alors que ce qu'il reproche à la justice c'est son manque d'impartialité. Donc quand on institue une élection des juges, vous croyez que vous allez avoir des juges impartiaux, c'est-à-dire qu'ils vont être redevables auprès des gens qui les auront élus. Donc c'est complètement ahurissant de penser à une chose comme ça.

Deuxièmement, sur cette question-là, le système français, c'est pas un système à l'anglo-saxonne, donc on veut importer des choses des Etats-Unis en France, ça n'a aucun sens. Je rappelle que la légitimité du magistrat, puisque aujourd'hui tous ceux qui sont mécontents demandent les décisions rendues par la justice, dès qu'effectivement on lui demande de rendre une décision dans un contentieux politique, économique et financier, c'est de dire, voilà, ils n'ont pas la légitimité du peuple. Mais est-ce qu'aujourd'hui, franchement, la légitimité du peuple garantit, comment dire, la suprématie du politique ? Regardez toutes les affaires qui sont en train d'être décortiquées.

Donc la légitimité du juge, elle vient du droit, du système juridique, d'un corpus de règles sociales qui a été mis en place en lien avec le contrat social. Elle vient de son indépendance, qui je rappelle est garantie par la Constitution, qui doit être protégée par le chef de l'État, et qui est prévue dans un statut organique annexé à la Constitution. Elle vient également, comme l'a dit Françoise sur votre plateau, d'un concours, un concours qui n'est quand même pas facile, un concours qui sanctionne pas loin de sept années d'études. On a deux ans et demi de formation sur le terrain, où on éprouve les métiers de la pénitentiaire, les métiers de la police, les métiers de la gendarmerie.

On va dans tous les lieux où on peut être amené à faire de la justice, et on est sur le terrain pendant 18 mois. Tout ça, si vous voulez, ça contribue quand même à ce qu'on n'ait pas des tocards qui exercent la sanction de magistrat. Ensuite, la dernière chose que je vais à dire, je me mets en polaire parce qu'à un moment donné, il faut aussi... Moi, je n'ai jamais été éduqué avec... J'en prends une et je tends l'autre joue. Ce n'est pas ça. J'en ai marre qu'on crache sans arrêt sur notre profession. Et on est beaucoup à avoir fait cette profession par vocation. On est beaucoup à vomir.

À vomir de ce qu'on entend à longueur de temps de la part des politiques, de la part des élus qui nous font les lois, qui nous demandent d'appliquer les lois et quand on les applique, qui sont ensuite mécontents parce que ça révèle un degré de corruption dans notre société. Et ça, c'est le gros problème qu'on veut évincer et on met la faute sur les juges. Donc moi, ce soir, je le dis au effort, je suis mécontent. Je suis vraiment mécontent d'entendre ce débat et je trouve que la proposition de David Lissnard, elle est hors sol. Qu'il réfléchisse à comment prévenir la corruption dans la vie publique plutôt qu'à venir salir gratuitement la magistrature.

Et j'ajoute, par rapport à la réflexion de M. Bilger, sur le syndicat de la magistrature, parce qu'on me ressort ça à tour de bras, le mur des cons, l'articipation à la fête de l'humanité. C'est leur souci. Le syndicat de la magistrature, c'est même pas de 1000 personnes sur 9000. Ne l'oubliez pas.

10:15
Présentateur

Poza, Jérôme Poza, pardon, parce que là, on n'a plus le temps du tout. Toute petite réponse de Philippe Bilger. Le micro, le micro.

10:24
Invité

Ce qui me gêne, mon cher collègue, c'est que votre enthousiasme et votre indignation talentueuse semblent oublier que les citoyens ne sont pas toujours très satisfaits de la justice telle qu'elle fonctionne. Et donc, ça pose un problème, tout de même. Je voudrais rajouter une chose quand même, parce qu'on entend souvent le fait que les lois sont faites, il n'y a qu'à faire. Elles ne sont pas appliquées par les magistrats, quelquefois. Elles ne sont pas appliquées. C'est pour ça que le système dysfonctionne.

10:56
Présentateur

Merci beaucoup, Jérôme Poza, en tout cas, président d'Amour de la Justice et association du G500 Citoyens et premier vice-président de l'application des peines au tribunal judiciaire de Nancy. Merci beaucoup, Philippe Bilger. Merci, Françoise Degoy. Merci beaucoup, Jean-Michel Fauvergue. On reste ici jusqu'à 20 heures puisque, à partir de maintenant, nous allons recevoir les lauréats du... Grand Prix ACF Autothèque à l'Automobile Club de France, Place de la Concorde. A tout de suite.