François Ruffin : "Emmanuel Macron est hors-jeu sur le terrain des négociations"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:14OuverteRéponse directe
Qui peut croire que la Russie d'aujourd'hui s'arrêtera à l'Ukraine ?
- 0:28OuverteRéponse directe
Le chef de l'État a-t-il été alarmiste ou lucide ?
- 1:45RelanceRéponse directe
Alors que l'Europe réagit tard, quelles conséquences ?
- 3:02OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez peur ? Est-ce que vous prononcez ce mot qu'on entend de plus en plus ?
- 4:12OuverteRéponse directe
La priorité, c'est le cessez-le-feu ?
- 5:16FerméeRéponse partielle
Où est-ce qu'on va chercher l'argent ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:32Invité politiqueFait
« D'abord dire que lui-même se trouve spectateur et commentateur de la crise en cours. »
- 0:39Invité politiqueFait
« Puisqu'il commente à la télé, mais en vérité il est hors jeu sur le terrain des négociations. »
- 0:45Invité politiqueFait
« Il est allé à la Maison Blanche il y a une dizaine de jours ? Sans influence, sans que ça n'ait aucune importance. »
- 0:50Invité politiqueFait
« C'est le cas aujourd'hui de tous nos dirigeants européens qui sont hors champ, alors qu'on a une guerre qui se déroule sur notre continent. »
- 1:06Invité politiqueFait
« On a une guerre qui se déroule sur notre continent avec des négociations à Riyad, entre Russes et Américains, sans les Européens et sans les Ukrainiens. »
- 1:35Invité politiqueFait
« Elle a été très soutenue, notamment par l'Europe. »
- 1:56Invité politiqueFait
« Mais quelles conséquences ça a ? Nul ! »
- 2:05Invité politiqueFait
« On avait trois ans pour ouvrir la voie diplomatique. En trois ans, on n'a rien fait. »
- 2:16Invité politiqueFait
« On avait Donald Trump qui était candidat à l'élection présidentielle et dont on savait les intentions sur l'Ukraine. »
- 3:23Invité politiqueFait
« Moi, je... pas maintenant. Pas... il n'y a pas... c'est pas dans l'urgence. »
- 3:31Invité politiqueFait
« Il faut retrouver notre souveraineté. Il faut retrouver notre autonomie de défense et notre autonomie tout court. »
- 4:36Invité politiqueFait
« Elle n'est plus là pour nous, et je dirais que les Français étaient préparés à ça. »
- 5:25Invité politiqueFait
« Je suis d'accord avec le Président de la République quand il dit qu'il faut relever notre budget de défense. »
- 5:40Invité politiqueFait
« La guerre ne peut pas être le prolongement de la casse sociale par d'autres moyens. »
- 6:44Invité politiqueFait
« Il nous faut retrouver une autonomie de la défense, mais il nous faut retrouver une autonomie de tout court. »
Temps de parole
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- Présentateur22 %
- ?3 %
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RTL Matin
Et
tout de suite sur RTL, c'est l'invité d'RTL Matin. Thomas, vous recevez aujourd'hui François Ruffin, député de la Somme, ex-insoumis et désormais sous bannière Picardie debout. Bonjour et bienvenue sur RTL, François Ruffin. Bonjour. Qui peut croire que la Russie d'aujourd'hui s'arrêtera à l'Ukraine ? La menace russe est là et nous touche sans connaître de frontières. Notre sécurité est menacée. Nous entrons dans une nouvelle ère. Face à ce danger, rester spectateur serait une folie. Ce sont les mots d'Emmanuel Macron hier soir. Le chef de l'État a-t-il été alarmiste ou lucide ?
D'abord dire que lui-même se trouve spectateur et commentateur de la crise en cours. Puisqu'il commente à la télé, mais en vérité il est hors jeu sur le terrain des négociations. Pourquoi ? Il est allé à la Maison Blanche il
y
a une dizaine de jours ? Sans influence, sans que ça n'ait aucune importance. Mais malheureusement, c'est le cas aujourd'hui de tous nos dirigeants européens qui sont hors champ, alors qu'on a une guerre qui se déroule sur notre continent. Avec des négociations à Riyad, entre Russes et Américains,
sans
les Européens et sans les Ukrainiens. Et ça, alors que je veux signaler ce paradoxe, ce naufrage, alors que sur le terrain militaire,
l
'Ukraine a plutôt enregistré des succès. Alors qu'on s'attendait à quoi ? A ce qu'en une semaine, trois semaines, la Russie,
avec
ses troupes, envahisse
l
'Ukraine, parvienne jusque Kiev.
L
'Ukraine, par son héroïsme, par le sacrifice de ses soldats, a réussi à bloquer la Russie,
à
stopper la Russie. Elle a été très soutenue, notamment par l'Europe. Et donc avec des succès militaires qui se traduisent en une défaite complète diplomatique. Pourquoi ?
Pourquoi
? Alors que l'Europe, on peut considérer qu'elle réagit tard, mais il y a un sommet encore extraordinaire
à Bonneville. Mais l'Europe fait
trois sommets par semaine, d'accord ? Ok. Mais quelles conséquences ça a ? Nul ! Nous ne sommes pas à la table des négociations, nous grattons à la porte aujourd'hui pour obtenir un strapportat. On
pousse pour
essayer d'y aller. Parce que ni Trump ni Poutine ne veulent de nous.
On avait trois ans, M. Soto, on avait trois ans pour ouvrir la voie diplomatique. En trois ans, on n'a rien fait. On avait Donald Trump qui était candidat
à
l'élection présidentielle et dont on savait les intentions sur l'Ukraine. Nous n'avons pas bougé. On a eu Donald Trump élu, pas encore investi, avec trois mois de tuilage avec Joe Biden, qui pouvait servir d'appui aux Ukrainiens avec les Européens. Nous n'avons pas bougé. Pendant tout ce temps-là, nous avons mis notre diplomatie à l'écart et résultat, elle se retrouve complètement à l'écart. On fait quoi maintenant alors
?
D'abord, il y
a
un bilan à tirer quand on parvient à tel naufrage d'une guerre qui se déroule sur notre continent et dont nous sommes exclus. Et ensuite, on prépare la suite. La suite, c'est ce qu'on pourra
encore
aider l'Ukraine
sur
les garanties de paix, sur le maintien de sa souveraineté et sur le fait que, face à la Russie, elle soit un rempart utile pour l'Europe. Ce qu'elle a été.
Est-ce que, pardon, parce qu'il
y
a quand même un contexte. Beaucoup de Français ont écouté le chef de l'État hier et il nous a fait un peu peur. On ne
dit
pas qu'il a tort ou qu'il a raison, on dit, est-ce que vous, vous avez peur ? Est-ce que vous dites, est-ce que vous prononcez ce mot qu'on entend de plus en plus, on l'a entendu dans la bouche de Donald Trump ? La Russie a déjà fait du conflit, un conflit mondial, a dit Emmanuel Macron hier. Est-ce que vous pensez qu'on est vraiment au bord du gouffre, là
? Moi, je... pas maintenant. Pas... il n'y a pas... c'est pas dans l'urgence. Mais en revanche, il faut se préparer. Il faut retrouver notre souveraineté. Il faut retrouver notre autonomie de défense et notre autonomie tout court.
Donc, si vous le suivez,
quand il dit qu
'il
va falloir faire des choix...
Sans
paniquer. Et je veux, moi, vous n
'ayez
plus peur, disait le pape. Je pense qu'il faut se lever ce problème de peur et avancer en regardant, pas seulement les malédictions, mais les chances, les opportunités de l'époque. Je le redis, un,
l
'Ukraine a bloqué la Russie. Avec les fonds, l'appui des Européens et des Américains, mais l'Ukraine a bloqué la Russie. C'est une première bonne nouvelle. Il va y avoir une paix. Une paix, sans doute dans de mauvaises conditions, mais enfin, des hommes vont cesser de mourir en Ukraine, des soldats et des civils. Donc, vous dites, la priorité, c'est le cessez-le-feu, là, par exemple ? En tout cas, c'est Volodymyr Zelensky qui a dit que, voilà, maintenant, il souhaitait une trêve, qu'il y
ait
un cessez-le-feu et qu
'on
s'oriente vers un plan de paix. Mais la troisième bonne nouvelle pour nous, c'est que nous étions dans la vassalité, nous étions dans la soumission, dans l'obéissance, avec, en contrepartie, la protection américaine. Elle n'est plus là. Elle n'est plus là pour nous, et je dirais que les Français étaient préparés à ça. Mais elle n'est plus là pour les Polonais, elle n'est plus là pour les Pays-Baltes, elle n'est plus là pour les Allemands. Ça nous permet de retrouver la liberté. C'est une liberté toujours inconfortable. La liberté, c'est de
l
'inquiétude.
François Ruffin, je vous écoute, et j'ai l'impression d'un formidable décalage. J'ai l'impression qu
'on
est dans Goodbye Lénine, ou dans Hibernatus.
C
'est-à
-dire
que j
'ai
l'impression que, ce dont vous nous parlez là, avec plein de bonnes nouvelles, c'est pas la situation que ressentent les Français, c'est pas la situation que ressentent les Ukrainiens, qui sont extrêmement inquiets. Qu'est-ce qui se passe ?
Je me prépare pour la suite. D'accord ? Qu'est-ce qui se passe là ? Je suis d'accord pour que nous mettions en place une défense. Et où est-ce qu'on va chercher l'argent ?
L'argent
a posé le chef de l'État hier, il a dit, j'attends des propositions de chacun. Alors qu'est-ce que vous... Est-ce qu'on va faire les poches des milliardaires ? Est-ce qu'on va taper dans les avoirs
gelés ? Je vais vous dire,
et là, je suis d'accord avec le Président de la République quand il dit qu'il faut relever notre budget de défense, qu'il faut la construire en solidarité avec tous les Européens. Donc où
est-ce qu'on va chercher l'argent
? Maintenant, on a un grand désaccord. La guerre ne peut pas être le prolongement de la casse sociale par d'autres moyens. C'est ce que propose Emmanuel Macron. Qu'est-ce qui s'est passé dans les guerres ? Les guerres, elles réclament quoi ? Elles réclament l'unité de la nation. L'unité de la nation, elle se fait par la justice. Elle se fait par le sentiment d'égalité. La première guerre mondiale, ça a été la naissance en France de l'impôt sur le revenu. Mais regardez la deuxième guerre mondiale aux États-Unis avec Roosevelt, c'était une multiplication par 20 de
l
'impôt sur le revenu. Une multiplication par 16 de l'impôt sur
les sociétés. Je vous
repose ma question, mais là, dans cette situation de crise,
d
'urgence, où est-ce qu'on va chercher l'argent ?
Je vous dis, l'impôt est un levier, mais ce n
'est
pas la seule question. La question
c'est qu'est-ce qu'on en fait. Il ne faut
pas augmenter les impôts.
Oui, mais je sais, il y a un désaccord majeur avec Emmanuel Macron.
Vous
vous dites qu
'il
faut augmenter les impôts. Maintenant, l'impôt sur les hauts patrimoines, l'impôt sur les multinationales, c'est ce qui s'est pratiqué, je vous le dis, en Angleterre et aux États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale. C'est ce qui s'est passé en France pendant la Première
Guerre
mondiale. Maintenant, la question, c'est pas où on va chercher l'argent, c'est qu'est-ce qu'on en fait. Qu'est-ce qu'on en fait, cet argent ? Il nous faut retrouver une autonomie de la défense, mais il nous faut retrouver une autonomie de tout court. Il nous faut retrouver une industrie de défense, et heureusement, la France l'a maintenue. La France a maintenu son armée, la France a maintenu sa dissuasion nucléaire, ce qui nous offre quand même des points d'appui pour la suite. Mais il nous faut retrouver une industrie tout court. Oui,
mais ça, pardon,
le coût de la réindustrialisation, on nous l'a déjà fait au moment du Covid. Et puis quand la crise disparaît, on est rattrapé
par les contrats, on est
rattrapé par le coût du travail,
et
ça ne se fait pas. Si les Européens ne mettent pas en place, et ça me fait un point commun avec M. Langlais, une protection, des taxes frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation, c'en est fini de la sidérurgie, c'en est fini de la chimie, c'en est fini de l'électronique, c'en est fini de la télécommunication. On a besoin de tout ça pour l'industrie de la défense.
Mais ça suppose du coup de se protéger des 4 pitots américains, qui ces 10 dernières années ont racheté 1500 entreprises, dont, vous le savez, la branche énergie de Alstom, secteur stratégique, dont Exelia qui fabrique des composants électroniques, secteur stratégique, mais ça suppose de nous protéger aussi de la Chine, vers où sont partis notre textile, notre sidérurgie, notre métallurgie, ainsi de
suite.
François Ruffin, Patrick Martin, le président du MEDEF, fait remarquer que le Danemark a décidé de reporter à 70 ans l'âge de départ à la retraite pour que l'économie finance la guerre. Est-ce que ça fait partie des efforts à envisager ? Est-ce que c'est envisageable ?
Je vous dis, dans des temps comme le nôtre, il sera important l'unité de la nation. Donc vous n'l'excliez pas ?
Non, au contraire,
je l'exclus complètement. Mais oui, vous avez vu ce que produit le report de l'âge de retraite pendant deux ans ? Ça produit une grande division de la nation, et je le disais déjà il
y
a deux ans. Dans un temps comme le nôtre, quels sont nos objectifs communs ? Comment on se serre les coudes pour aller où ? Ça suppose du coup que, vous savez, Roosevelt disait que ceux qui n'ont pas payé le prix de 100, ils doivent payer le prix de l'impôt. Il va falloir que les amis de M. Martin payent le prix de l'impôt quand on sait que leurs grandes fortunes se
sont...
Et l
'impôt, hausse d'impôt, pour les entreprises et pour les plus fortunés, ou pour tout le monde, pour tous les Français ?
On
verra ce dont il y a besoin, d'accord ? On verra ce dont il y a besoin. Mais le souci n'est pas là. Maintenant, le souci, c'est qu'est-ce qu'on veut faire ? Qu'est-ce qu'on veut faire ensemble ? Je le redis, la question industrielle est une question importante si on veut avoir derrière une industrie de défense.
Est-ce que les
consommateurs que nous sommes, il faut boycotter les produits made in USA ou pas ?
Je
ne pense pas qu
'on
s'en sortira par le boycott. En revanche, ce sont des décisions qui doivent être prises par les Européens réunis et qui font qu'on se dise qu'on se protège contre les industries américaines si c'est nécessaire. Vous voyez, moi, je ne suis pas pour un protectionnisme qui soit de rétorsion dans une guerre commerciale. Mais en revanche, c'est un protectionnisme de construction, c'est un protectionnisme de préservation en se demandant quels sont les secteurs importants pour nous.
François Ruffin,
j
'ai une dernière question sur une information qu'on a donnée tout à
l
'heure à 7h30 et qui nous ramène en France. Le CRIF a publié un sondage qui nous apprend que la moitié des collégiens et des lycéens ont déjà entendu dire du mal des juifs dans leur entourage. Un sur quatre dit « Hitler, il aurait pu finir le travail ».
Comment
en est-on arrivé là aujourd'hui en France ? 16% des lèvres ne veulent pas d'un juif pour amis. En France, aujourd'hui.
D'abord, il faut combattre ça, il faut le combattre tous les jours. Et je pense qu'on a affaire à un éloignement de la question de la Deuxième Guerre mondiale et qu'il faut remettre la question mémorielle, la question de ce qui s'est passé, qui doit être un acte fondateur pour notre temps toujours. Mais là, plusieurs générations se sont écoulées. C'est comme si on espassait le
souvenir... C'est une
responsabilité d'une partie de la classe politique ? Et peut-être des insoumis
?
La question, vous le savez malheureusement, elle n
'est
pas juste de pointer quelques responsables tout en haut. C'est une culture qui se diffuse possiblement en bas. Je le dis parce qu'il y
a
un éloignement pour moi du travail mémoriel de la Deuxième Guerre mondiale. Moi, j'ai été élevé dans le souvenir de la Shoah, dans le souvenir permanent des crimes abominables contre l'humanité produits à ce moment-là, dans le souvenir du procès Nuremberg. Et je pense que ces mots Shoah et Nuremberg sont malheureusement inconnus, sans doute, des générations qui y sont présentes. Donc remettre le cap sur l
'éducation. Merci beaucoup à vous, François Ruffin, d'être venu ce matin.
François Ruffin