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AutreFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 4 septembre 2025 26 minContradictoireMixte

"La roue de la fortune" : une étude sur la constitution et la transmission des patrimoines en France

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0:01
Présentateur

France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, La Grande Matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin la directrice de l'Observatoire Société et Consommation et le directeur du département Opinion et Stratégie d'entreprise de l'IFOP. Tous deux publient une étude pour la fondation Jean Jaurès intitulée « La Roue de la Fortune, Constitution et Transmission des Patrimoines dans la France Contemporaine ». On attend avec Benjamin vos questions au 01 45 24 7000, mais aussi sur l'application Radio France. Marie Gariazzo, Jérôme Fourquet, bonjour. Bonjour.

Et bienvenue sur Inter, passionnante enquête qui raconte l'un des sujets qui traversent plus que jamais la France d'aujourd'hui, comment se créent les fortunes, comment se transmettent-elles, comment expliquer les inégalités de patrimoine. Vous avez rencontré des notaires, des agents immobiliers, des Français qui ont tenté l'aventure de l'entreprise. On va y venir en détail. Mais d'abord ce constat, la majeure partie de la fortune en France est le résultat d'un héritage. Ça veut donc dire que cette roue de la fortune ne tourne pas comme elle devrait. Elle est grippée, Jérôme Fourquet ?

1:23
Invité

Alors, elle tourne toujours, mais effectivement pas au même rythme pour tout le monde. Et effectivement, on voit comment, par différents mécanismes qu'on a essayé de décrire dans cette note, on a au fil du temps et des générations une accumulation assez spectaculaire du patrimoine dans certains milieux et dans certains lieux géographiques. Une fois qu'on a dit ça, on a découvert aussi, en analysant toutes ces données, que cette roue de la fortune continuait néanmoins de tourner.

Alors, si on se concentre et on n'a pas réduit le scope de notre analyse aux 500 plus grandes fortunes françaises, en tout cas les fortunes professionnelles, celles qui figurent dans le fameux classement challenge, on peut voir les choses de deux manières. On est allé regarder la trajectoire biographique de ces 500 personnes. 40% d'entre elles sont des héritiers, c'est-à-dire qu'elles ont hérité de l'entreprise qu'elles dirigent aujourd'hui. Alors, on peut se dire que c'est beaucoup et c'est effectivement important, mais ça veut dire quand même qu'on a 60% qui n'ont pas hérité de l'entreprise très importante qu'ils dirigent aujourd'hui.

Et quand on descend dans la pyramide sociale, quand on regarde par exemple les chefs d'entreprise qui emploient 10 à 19 salariés, donc une petite PME mais qui est déjà respectable, il n'y a que 16% de ces dirigeants d'entreprise qui ont hérité de cette entreprise de leurs parents. Soit ils l'ont racheté à quelqu'un d'autre, soit ils l'ont créé avec Snilo. Donc, oui, on a des effets d'inertie et de concentration de patrimoine très importants, mais on a aussi des possibilités encore. Ce que le sociologue italien Vilfredo Pareto appelait une rotation des élites, c'est-à-dire qu'il y a aussi une circulation qui s'effectue.

3:07
Locuteur non identifié

Et c'est ce qui fait l'intérêt de cette note, la nuance. Et précisément, Marie Gariazzo, cette rotation des élites dont parle Jérôme Fourquet, elle est due à l'essor de fortunes, qui ne sont pas des fortunes anciennes, traditionnelles, issues de la reproduction sociale et familiale, mais notamment de l'essor du numérique. Ça a bousculé cette pyramide des fortunes en France ?

3:30
Présentateur

Oui, tout à fait. Ça a fait apparaître... Enfin, il y a eu de nouveaux entrants, en fait, grâce au numérique, et notamment aussi à toutes les start-up qui se sont développées dans ce secteur-là. Et donc, c'est en partie ça qui a permis un renouvellement des grosses fortunes. Et c'est aussi ça qui permet, à des niveaux un peu plus bas dans la hiérarchie sociale, de pouvoir entrevoir aussi un moyen de développer un patrimoine plus important, en tout cas que le salariat classique dans des secteurs classiques, qui ne permettent plus l'ascension sociale, aussi bien qu'avant.

4:06
Invité

Quand on compare le classement challenge de 1998 et celui de 2024, donc sur un quart de siècle, eh bien, on s'aperçoit que 60% des gens qui figurent aujourd'hui dans le classement, eux-mêmes, ou leur nom de famille, ne figuraient pas dans le classement de 1998. Donc, ça veut dire qu'en un quart de siècle, il y a quand même eu, notamment avec cette rupture technologique qu'a constituée la révolution Internet, mais on voit aussi ce qui se passe maintenant avec l'IA.

4:35
Locuteur non identifié

Ce qui va plutôt, Jérôme Bourquet, à l'inverse des idées reçues, d'une forme de permanence qu'il y aurait, voilà, les nouveaux entrants, ils sont là, et vous donnez d'ailleurs un certain nombre d'exemples, ceux qui ont fait fortune dans l'intelligence artificielle, dans la télévision, dans les médias.

4:53
Invité

Dans la tech, également, mais on a aussi d'autres exemples, alors je ne sais pas si on va faire de la publicité, mais des chaînes de boulangerie bien connues, qui portent le nom de leur créateur, eh bien, aujourd'hui, le propriétaire figure dans le classement des 500 fortunes de France, alors que l'entreprise a été créée il y a une quinzaine d'années.

Donc, il y a toujours cette reproduction, il y a une accumulation, on va peut-être y revenir, notamment dans certains quartiers parisiens, de la fortune, ou dans certaines stations balnéaires, ou stations de ski, mais quand on regarde dans le détail, on voit aussi qu'il y a, encore une fois, cette circulation et cette rotation, et que, comme disait Schumpeter, il y a une destruction créatrice, que ça permet aussi de raconter cette histoire, c'est l'évolution de notre économie. Si on regarde le poids des industriels dans les 500 fortunes françaises, c'était un tiers d'entre eux en 1998, ce n'est plus que 14% aujourd'hui. Donc, ça raconte aussi la désindustrialisation.

En revanche, les grandes fortunes qui sont investies dans l'immobilier ou l'hôtellerie de luxe, leur poids dans les 500 fortunes est passé de 3 à 20%. Donc, quelque part, aujourd'hui, la pierre a remplacé la machine pour faire fortune en France.

5:59
Présentateur

Un mot sur ce qui permet, peut-être, de distinguer les fortunes récentes et les fortunes plus anciennes. Vous faites un zoom sur les vignobles. Rothschild, Rodeur, qu'est-ce qui se joue dans les vignes ?

6:14
Invité

Alors, on s'aperçoit effectivement qu'on est une vieille nation viticole et les grandes fortunes. Si on s'intéresse aux 500, toujours, eh bien, 10% d'entre elles sont liées à la vigne. Mais pas n'importe quelle vigne. On va être dans des vignobles qui sont très, très prestigieux. Et alors, ça nous permet de raconter plusieurs choses. D'une part, c'est... On va le voir pour l'immobilier de luxe. Ça nous permet de comprendre le phénomène de rareté des biens. C'est-à-dire que, comme vous le savez, une appellation viticole, typiquement en Champagne ou en Bourgogne, elle est très précisément délimitée administrativement. Et de tel côté de la route, vous êtes dans l'appellation.

De l'autre côté, vous ne l'êtes plus. Et donc, si le vignoble est prestigieux, il n'y en a pas pour tout le monde. Et donc, le fait d'avoir des hectares dans ces endroits-là est quelque chose de tout à fait stratégique. Autre élément, on montre aussi, par exemple, en comparant ce qui s'est passé entre Bordeaux et Bourgogne, comment, quand des régions viticole ont su prendre le tournant de la globalisation et de la mondialisation et de l'export, eh bien, ces productions se sont considérablement appréciées. Et donc, il y a 40 ans, le prix d'un hectare en Bourgogne ou en Bordeaux, on disait qu'on pourrait dire qu'on boxait à peu près dans la même catégorie.

Aujourd'hui, il y a des écarts qui sont tout à fait spectaculaires. Donc, on raconte aussi cette question du tournant de la mondialisation et des secteurs ou des individus qui ont su le prendre et les autres.

7:42
Locuteur non identifié

Vous prenez tous les deux, et ce qui rend passionnant cette étude, des exemples très concrets, là encore, dans la circulation de la richesse, la façon dont les patrimoines se construisent, et vous prenez notamment l'exemple des patrons de magasins franchisés. Ça, c'est une façon pour certains de se construire une fortune, un patrimoine, sans avoir hérité la franchise et les franchisés, ils ont le vent en poupe. Marie Gariazo.

8:09
Présentateur

Oui, alors, ce qui est vrai, c'est que tout ce qu'on a abordé jusqu'à maintenant, ça touche quand même aussi les grandes fortunes. Donc, c'est vrai qu'il faut revenir aussi sur des paliers plus bas dans la hiérarchie sociale. Et c'est vrai, ce qu'on voit, c'est qu'il se passe quand même aussi des choses, même si tout ça reste minoritaire, je pense qu'il faut le rappeler, il se passe des choses aussi dans les catégories plus modestes ou en tout cas moins aidées, notamment familialement. Et l'entrepreneuriat, en tout cas, constitue, on l'a vu tout à l'heure, Jérôme disait, le renouvellement est très fort, notamment sociologiquement, sur les patrons de TPE de 0 à 19 salariés.

Et l'entrepreneuriat est une voie d'accès en fait beaucoup plus importante pour générer un patrimoine que le salariat classique. Mais il y a quand même peu d'élus. Et en effet, la franchise constitue un moyen de réduire les risques. De réduire les risques, puisqu'on bénéficie évidemment d'infrastructures, de l'emplacement de la marque. Et donc, du coup, on a une prise de risque qui est moins importante et qui permet potentiellement de développer un patrimoine plus important à terme.

9:15
Invité

Jérôme Forquet ? Peut-être quelques chiffres. Les enseignes, elles sont bien connues dans la restauration rapide, dans le prêt-à-porter, dans l'équipement de la maison, etc. Donc, il y a plus de 2000 réseaux de franchise en France. Et le nombre de points de vente, donc le nombre de magasins, est passé de 27 000 boutiques franchisées en 1991 à 90 000 aujourd'hui. Considérable. Et donc, alors, vous n'êtes pas dans le CAC 40 quand vous êtes le patron d'un point de vente franchisé. Néanmoins, comme disait Marie, vous pouvez vous lancer dans l'entrepreneuriat en minimisant les risques. Et donc, à bas bruit, on a aussi toute une forme d'ascension sociale qui s'opère de cette façon-là.

9:54
Locuteur non identifié

Avec une ascension sociale qui, vous l'écrivez, est peut-être, à certains moments, davantage permises par l'entrepreneuriat que par l'école. L'ascension sociale par le diplôme, dites-vous, est de plus en plus embouteillée. Ça veut dire qu'avec cette massification scolaire, ce n'est pas un gage de succès et de fortune quand on n'est pas en situation d'hériter.

10:17
Présentateur

Oui, c'est-à-dire qu'on a largement dépassé l'objectif des 80% de réussite au bac. Donc, on a créé aussi des masses de personnes diplômées. Donc, ça a à la fois renforcé la compétition scolaire et fait en sorte qu'on était de plus en plus nombreux à postuler à des postes rémunérateurs. On a aussi des carrières qui sont plus lentes, des promotions internes qui se font beaucoup moins rapidement qu'avant et tout ça fait qu'on est beaucoup plus nombreux et donc que l'ascenseur entre guillemets monte aussi beaucoup plus lentement.

Et c'est vrai que nous, tous les professionnels qu'on a pu rencontrer se font le témoin que c'est de plus en plus dur en tout cas de se constituer un patrimoine, même d'accéder à la propriété grâce uniquement à ses revenus. Vous soulignez dans cette étude que le patrimoine, la fortune éventuellement commencent par la possession d'un ou de plusieurs biens immobiliers. Vous soulignez la fracture qui existe entre la France des locataires et la France des propriétaires. Fracture qui se double d'une autre fracture, cette fois, pardon, générationnelle avec l'incapacité d'accéder à la propriété pour les plus jeunes. Jérôme Forquet ?

11:30
Invité

Alors, effectivement, la grande histoire en France, dans les... une des caractéristiques de la société française entre les années 50-60 et le début des années 80, c'est l'ascension, l'accession à la propriété. On est passé de moins de 40% de propriétaires à plus de 50% de propriétaires au début des années 80. Donc, on a pu dire à partir des années 80, la France est une nation de propriétaires, de justesse, 50%. On disait à l'époque, parfois avec un brin de fierté, vous savez, j'ai fait construire. Et donc, c'était l'aboutissement d'une vie où on avait fait construire ou vos enfants avaient fait construire. Cette capacité à devenir propriétaire aujourd'hui est grippée.

On est un palier depuis une vingtaine d'années. On a 57% de propriétaires en France. Et donc, aujourd'hui, notamment les jeunes générations, notamment dans les grandes métropoles où le prix de l'immobilier a considérablement augmenté, eh bien, le ticket d'entrée devient aujourd'hui trop élevé. Et c'est aussi, je pense, un des terreaux du sentiment de déclassement. Puisque vous vous comparez souvent à la génération qui vous a précédé et les gens se disent mais à mon âge, mes parents étaient déjà propriés. Et comment se fait-il que ?

12:41
Locuteur non identifié

Jérôme Fourquet, Marie Gariazzo, ce constat-là, il résonne avec le débat public. Au fond, vous donnez raison au Premier ministre François Bayrou quand il parle des privilèges présumés des boomers avec cette fracture entre ceux qui avaient la capacité d'accéder à la propriété plus facilement et cette classe d'âge qui peut se sentir empêchée.

12:58
Présentateur

Alors oui, mais il y a toujours un risque en fait à générer une nouvelle fracture, notamment la fracture générationnelle qu'on sent finalement assez peu nous quand on interroge les gens parce que cette génération des boomers, elle est très consciente d'être chanceuse, d'avoir pu accéder facilement à la propriété, à la consommation et à l'emploi. Elle sent très bien que c'est grippé pour la génération qui suit mais la génération qui suit ce sont ses enfants.

Et donc du coup, c'est aussi, les boomers, ça va être une population, enfin une génération qui va énormément donner en fait aux nouvelles générations et on le voit, il y a une transformation quasiment de l'héritage qui n'est plus en une seule fois post-mortem mais qui va être fractionnée en fait tout au long de la vie et cette aide familiale constitue en fait à la fois une sécurité très forte pour les nouvelles générations, quasiment ça fait partie de l'équation de leur trajectoire de vie et de leur projet de vie au quotidien. Donc du coup, les renvoyer dos à dos, ça risque d'être un peu contre-productif.

On va revenir à l'immobilier mais vous dites que nous nous apprêtons à vivre ce que vous appelez la grande transmission. Les baby boomers vont transmettre un patrimoine accumulé depuis les 30 glorieuses à leurs descendants. Vous parlez d'un montant vertigineux, 9 000 milliards d'euros qui vont circuler. Est-ce que cette transmission va accentuer les inégalités de patrimoine ? Jérôme Fourquet.

14:24
Invité

Oui, alors l'expression n'est pas de nous, les auteurs d'un autre rapport de la fondation Jean Jaurès sur cette question de la fiscalité des patrimoines et des héritages. Donc cette grande transmission, on le comprend bien, on a vu comment le prix des biens immobiliers s'était considérablement apprécié au cours des décennies passées et cette génération des boomers a deux caractéristiques, non seulement les nombreuses, mais en plus elle a pu accéder massivement à la propriété. Donc aujourd'hui à transmettre effectivement dans les années qui viennent il y a 9 000 milliards.

Et comme le disait Marie, et c'était très clairement dit par les notaires, les agents immobiliers qu'on a pu rencontrer, et bien effectivement cette transmission des patrimoines va dans les générations qui suivent accentuer un certain nombre d'inégalités parce que typiquement dans le marché immobilier des grandes métropoles, par exemple à Paris, tous les notaires ou les agents immobiliers qu'on a rencontrés nous disent aujourd'hui si vous n'avez pas un apport ou si vous n'êtes pas aidé par la génération qui vous a précédé, c'est quasiment impossible aujourd'hui d'accéder.

Donc il y a en gros ce coup de pouce très important qui va être donné et il y a ceux qui pourront le recevoir et ceux qui n'en disposeront pas.

15:37
Locuteur non identifié

Sur la question des résidences secondaires, et là encore vous prenez des exemples concrets avec des expressions qui nous ont beaucoup plu avec Nicolas. Vous parlez notamment en France de ce nouveau mur de l'Atlantique non pas constitué de blocos mais de barres d'immeubles de marinas et de pavillons de différents standings. C'est quoi le nouveau mur de l'Atlantique ? Jérôme Fourquet ?

15:55
Invité

Alors c'est le cordon littoral le long de la côte atlantique de Biarritz en gros jusqu'à l'Orient où toutes les communes de bord de mer comptent en moyenne un minima 50 à 60% de résidences secondaires. Et là c'est un peu comme notre histoire de vignoble tout à l'heure. Il y a deux cas de figure. Soit vous avez vu sur mer soit vous n'avez pas vu sur mer. Et quand il y a vu sur mer là c'est le jackpot ça coûte très cher et donc on a des générations qui ont pu mettre un pied sur ce front de mer il y a 50 ou 60 ans.

on a gardé les maisons ou les appartements de famille et tout ça c'est considérablement apprécié financièrement et donc il va y avoir encore une fois c'est une des facettes ou un des visages de la grande transmission c'est toutes ces résidences secondaires qui vont changer de main dans les années qui viennent.

16:43
Présentateur

C'est assez intéressant et surprenant vous faites la carte des agences Barnes du nom de ces agences immobilières de grand standing. il y en a quelques dizaines seulement en France très inégalement réparties sur le territoire. Marie Gariazzo elle révèle quoi cette carte des agences Barnes ?

Alors je pense un peu dans la suite logique de ce que vient d'exposer Jérôme sur le mur de l'Atlantique on s'est rendu compte à travers c'était un indicateur créé par Jérôme qui avait vocation à essayer de comprendre aussi comment ce patrimoine très fortement concentré en termes de classe sociale l'était aussi de façon géographique et donc c'était un apport qui nous paraissait intéressant de voir où est-ce qu'il se concentre alors il se concentre évidemment très fortement à Paris mais aussi dans des régions qui sont très attractives touristiquement et notamment les stations d'altitude ou les bords de mer et donc du coup cette concentration géographique du patrimoine elle révèle aussi selon nous des inégalités qui sont à la fois sociales mais qui vont être de plus en plus spatiales et géographiques et ça a un impact non négligeable sur le fonctionnement de notre pays

17:57
Locuteur non identifié

Votre étude elle résonne aussi avec ce débat sur la fiscalité sur le patrimoine sur l'héritage et vous le soulevez ce paradoxe une immense majorité de français ne paieront pas le moindre euro sur l'héritage qu'ils toucheront de leurs parents et pourtant dès qu'il est question d'augmenter la fiscalité cela suscite immédiatement une levée de bouclier comme si chaque français allait être concerné comment est-ce que vous vous expliquez Jérôme Fourquet ce paradoxe et qui se voit d'ailleurs dans la mesure où dès qu'un responsable politique ose parler de fiscalité sur l'héritage tout de suite il se rend bien compte que s'il y va il va perdre l'élection

18:35
Invité

oui alors peut-être rappeler effectivement quelques ordres de grandeur on l'a dit tout à l'heure avec Marie il y a ceux qui toucheront un héritage et ceux qui n'en toucheront pas donc par définition ceux qui n'en touchent pas ne sont pas taxés puis parmi ceux qui vont toucher il y a ceux qui vont toucher beaucoup et ceux qui vont toucher un peu et on rappelle qu'en France on a des abattements assez importants sur la transmission notamment de la résidence principale et que du fait du montant moyen des héritages de ce système fiscal qui existe on a les experts s'accordent à dire à peu près 85% des héritages qui ne donnent pas lieu à de la taxation sauf que dans l'imaginaire collectif dans un pays qui est très fortement fiscalisé on se dit que l'état fait flèche de tout bois pour récupérer de l'argent et qu'un des impôts qui passe le moins bien en termes d'acceptation c'est ce que certains ont appelé le fameux impôt sur la mort et en la matière quelqu'un comme Nicolas Sarkozy avait si l'on peut dire plié le match idéologiquement au moment de sa campagne de 2007 quand il expliquait à longueur de meeting qu'il était tout à fait normal et dans l'ordre des choses qu'au terme d'une longue vie de labeur vous puissiez sans taxes transmettre le fruit d'une vie de travail à vos enfants et ce constat-là cette assertion-là elle est très massivement partagée aujourd'hui en France ce qui fait qu'on a de grandes difficultés à débattre sur cette question

20:02
Présentateur

Marie Gariazo Jérôme Fourquet le disait vous avez rencontré des notaires qui vous ont parlé de leurs clients que vous disent-ils du rapport des Français à l'argent alors ils disent plein de choses mais c'est vrai que peut-être les choses qui sont revenues beaucoup dans les entretiens qu'on a pu mener c'est qu'il y a de plus en plus d'arbitrage entre une consommation immédiate et une constitution de patrimoine notamment parmi les nouvelles générations et évidemment celles qui peuvent bénéficier de ces montants de revenus et donc du coup voilà ils ont un adage qui revient très souvent où ils nous disent il y a une génération qui gagne l'argent la seconde elle stabilise la situation et puis la dernière elle dilapide tout et donc ils sont ils ont un regard un peu acerbe sur cette nouvelle génération qui est davantage dans la consommation en attente de flexibilité très forte et donc peut-être qui va moins thésauriser moins investir en tout cas pas de la même manière que la génération précédente

21:00
Invité

et qui va pas forcément être très joyeuse si on lui dit qu'elle hérite d'une maison de famille au fin fond de la province ni à la mer ni à la montagne et qu'on va la vendre

21:09
Présentateur

ça peut être une mauvaise nouvelle d'apprendre chez le notaire qu'on hérite

21:12
Invité

d'une maison de campagne apparemment les notaires nous disent que beaucoup de ces jeunes générations préfèrent le cash et autre changement sociétal qu'ils observent ils constatent aujourd'hui que contrairement au passé c'est désormais les enfants souvent qui emmènent les parents chez le notaire pour bénéficier des donations

21:30
Locuteur non identifié

et ils sont effectivement plus nomades c'est ce que vous décrivez quelques questions d'actualité Jérôme Fourquet et Marie Garazzo d'abord sur ce sur quoi vous achevez votre enquête la fameuse taxe Zuckmann qui concernerait les 1800 plus grandes fortunes de France et qui permettrait de rapporter entre 15 et 25 milliards d'euros selon les calculs dans un pays qui a la passion de l'égalité cette taxe c'est devenue une sorte de totem de point de ralliement de ceux qui veulent fiscaliser davantage le patrimoine comment est-ce que vous regardez Jérôme Fourquet la place que prend cette taxe Zuckmann dans le débat public ?

22:05
Invité

Alors il y a une longue histoire là-dessus rappelez-vous l'IGF l'impôt sur les grandes fortunes qui est devenu ensuite l'ISF l'impôt sur la fortune puis maintenant l'IFI donc c'est un vieux sujet français si on remonte encore dans notre histoire politique il y avait cette fameuse thématique des 200 familles c'était les 200 familles qui étaient au conseil d'administration de la Banque de France donc il y a toujours comme vous le dites un pays égalitaire une focalisation sur les riches mais cette focalisation elle s'accentue pour deux raisons de mon point de vue d'une part parce que effectivement ces inégalités de patrimoine aujourd'hui sont extrêmement criantes et donc vous les trouvez dangereuses

22:43
Présentateur

pour la cohésion du pays ?

22:45
Invité

On le voit on le voit que ça se tend quand même très fortement et puis l'autre raison pour laquelle on se polarise là-dessus c'est que en focalisant sur cette question ça permet de dire qu'il n'y a pas besoin collectivement de faire des efforts pour redresser les finances publiques les riches paieront et ça suffira

23:00
Locuteur non identifié

Et c'est une des clés de la sortie de crise sortie de crise on est plutôt dans l'entrée de crise lundi François Bayrou sera soumis à ce vote de confiance il va vraisemblablement chuter là encore c'est intéressant quand on regarde les sondages il a essayé de faire de la dette une question centrale du débat public cela arrive seulement à la septième place derrière la santé la lutte contre la délinquance puis l'éducation François Bayrou il a raté son pari de mettre la question de la dette et des finances publiques au cœur du débat public

23:28
Invité

alors oui et non parce que vous citez une enquête de l'IFOP qui montre que sur 7 ans la part des français qui considèrent que la dette est un sujet prioritaire a doublé donc il a en partie réussi son pari mais en partie seulement puisque si tout est prioritaire rien ne l'est et qu'il y a d'autres priorités aux yeux des français si tant est qu'il soit parvenu à installer la dette et la question du déficit comme priorité numéro 1 des français on revient sur la question précédente là où les choses se compliquent pour lui c'est que vous avez un paysage politique en gros qui est tripartisan et il y a 3 réponses à la dette quand on est plutôt à gauche on dit il n'y a qu'à prendre l'argent là où il est donc c'est la taxe Zuckman quand on est à droite ou dans le bloc central c'est le mammouth il faut dégraisser le mammouth etc et quand on est au rassemblement national et bien c'est le coût de l'immigration et c'est le coût de la contribution à l'Europe mais vous voyez que sur ces 3 récits là ou ces 3 explications là tout s'exonère le français moyen du moindre effort

24:26
Locuteur non identifié

pour redresser les finances publiques et donc il se passe quoi Jérôme Fouquet-vous qui êtes souvent perçu comme une sorte d'oracle de la politique française le lundi 8 septembre soir

24:35
Présentateur

il dément fermement c'est quoi

24:37
Invité

crise de régime non alors de notre point de vue là François Bayrou a tenté un coup de poker comme Emmanuel Macron l'avait tenté l'été dernier avec la dissolution et on risque d'obtenir le même résultat c'est à dire que d'aucuns nous disent parfois la politique c'est de la dynamique c'est aussi souvent de l'arithmétique donc là ça ne passe pas quand vous faites tous les comptes à l'Assemblée nationale et je crains que pour l'exécutif le fait juste de changer de casting à Matignon ne permette pas au pays de sortir de la crise politique dans laquelle nous continuons collectivement de nous enfoncer

25:12
Présentateur

voilà ce que dit l'oracle merci à tous les deux Marie Gariazzo Jérôme Fourquet la roue de la fortune constitution et transmission des patrimoines dans la France contemporaine publié par la fondation Jean Jaurès merci d'avoir été à notre micro ce matin merci à vous