Loi immigration : "Reprendre un débat me paraît être une mauvaise idée" estime Elisabeth Borne
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin la députée du Calvados, ancienne première ministre d'Emmanuel Macron. Elle publie 20 mois à Matignon, aux éditions Flammarion, livre en librairie aujourd'hui. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Elisabeth Borne, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Pour parler tout à l'heure de l'actualité, budget, immigration, leadership pour le parti Renaissance. Mais on va surtout évoquer votre livre.
Il est rare sous la plume d'un politique, tant il explore, certes avec la pudeur qui vous caractérise, tout ce qui a pu vous être reproché pendant vos 20 mois à Matignon. 20 mois, on a tout de suite dit que c'était mieux qu'Edith Cresson, mais vous tenez à rappeler que c'est aussi mieux et plus long que Pierre Bérégovoy, Laurent Fabius, Bernard Cazeneuve ou encore Gabriel Attal. Première question, Elisabeth Borne. Le temps ne passe donc pas à la même vitesse quand on est un homme et une femme politique ?
Écoutez, ça veut dire qu'il y a une forme de sexisme. Moi, j'ai été frappé, effectivement, quand j'ai quitté mes fonctions, que les commentaires soient sur le fait que j'avais tenu plus longtemps qu'Edith Cresson. Donc, on a l'impression que c'est une forme de rodéo, ce que je raconte dans le livre. Et, effectivement, on a l'impression qu'il y a deux catégories de premiers ministres, les vrais, les hommes. Et puis, il y a une catégorie, les femmes, avec Edith Cresson et moi. Donc, voilà, ça traduit bien une forme de sexisme qui reste bien présent en politique.
Oui, les pages que vous consacrez au sexisme sont à la fois édifiantes et, je dois dire, assez tristes. Tristes qu'on en soit encore là. Vous parlez des anecdotes lues dans la presse pendant que vous êtes à Matignon. Emmanuel Macron préférait Jean Castex parce qu'il préférait déjeuner avec lui qu'avec vous. Car, avec lui, au moins, il pouvait partager une copieuse côte de bœuf. Y a-t-il un sujet de sexisme particulier à la Macronie ? Ou c'est général, c'est partout, dans tous les partis politiques ? On a souvent lu qu'il y avait un boys club à l'Elysée, que c'était souvent des hommes, qu'Emmanuel Macron était plus à l'aise avec les hommes.
Est-ce que vous savez, je crois que c'est un phénomène général. Il y a eu des tas de lois qui ont été votées sur la parité en politique. Donc, on a maintenant autant de conseillers municipaux femmes que d'hommes. Mais il y a uniquement 20% de femmes parmi les maires. Donc, on voit bien qu'avoir des femmes en politique, ça va bien. Mais il ne faudrait quand même pas qu'elles prétendent à exercer les plus hautes responsabilités.
C'est ça que vous écrivez, au fond. C'est qu'on les tolère, les femmes. On veut bien même qu'elles soient là, qu'elles soient élues, mais pas aux premières places.
Absolument. Non, c'est ce que j'ai vécu, effectivement. Et puis, vous êtes aussi regardé différemment. C'est-à-dire que vous êtes critiqué sur votre tenue, sur votre look, sur votre façon de manger. On vous dit que Jacques Chirac, lui, mangeait de la tête de veau quand il allait au salon de l'agriculture. Et que vous, vous avez peut-être moins mangé que lui. Donc, voilà, vous êtes renvoyé en permanence à des codes masculins. Et effectivement, je pense que pour les femmes qui veulent s'engager en politique, elles sont confrontées à ce sexisme qui perdure.
Qui perdure et qui, aujourd'hui, est plus encadré, écrivez-vous, dans l'entreprise que dans la politique. C'est-à-dire que c'est plus facile, aujourd'hui, d'être une femme de pouvoir, une femme au premier poste, dans l'entreprise qu'en politique.
Disons que dans l'entreprise, quand vous avez des bons résultats, que vous avez tenu votre chiffre d'affaires, que vous avez un compte d'exploitation qui va bien, vous vous imposez. En politique, les règles sont moins claires. Et donc, on peut toujours vous critiquer, je vous dis, sur votre look ou sur votre façon de manger.
De manière générale, Elisabeth Borne, on a le sentiment, en vous lisant, que l'expression « l'enfer de Matignon » est particulièrement appropriée face aux épreuves politiques, mais aussi personnelles, que vous avez vécues pendant ces 20 mois. Vous écrivez qu'avoir été première ministre a été une aventure extraordinaire, mais tout de même, les relations distantes avec le président, les attaques de votre camp, celles de l'opposition à l'Assemblée nationale, les 49-3, les rumeurs autour de vous, n'a pas été faciles, hein ?
Non, ça n'a pas été facile. En même temps, vous voyez l'enfer de Matignon, je trouve que c'est toujours assez déplacé de dire ça. D'abord, parce que si je me réfère à mon histoire personnelle, il se trouve que mon père, il a sans doute connu l'enfer. C'est un sujet dont je ne parle pas facilement, mais dont...
C'est un sujet que vous avez, j'ai envie de dire, enfin écrit dans ce livre, « Les pages sur votre père ». Vous racontez l'histoire de votre père et votre histoire familiale à Emmanuel Macron, juste avant qu'il vous nomme première ministre, et là, il vous dit « mais votre histoire est très forte, vous devriez la raconter ». Ça vous humaniserait ? Ou, parce qu'on va revenir aux critiques qu'on vous a faites, qu'on vous a opposées d'être trop froides ou trop techno, et vous ne l'avez pas fait, vous ne l'avez pas raconté.
Il a fallu ce livre-là pour que vraiment, vous l'avez fait par des allusions, que vous racontiez cette histoire très forte de votre père, dont la famille a été déportée à Auschwitz, qui a perdu toute sa famille, et qui ne va pas s'en remettre, et qui, en 1972, va se suicider, laissant votre mère seule avec deux petites filles, « vous et votre sœur ».
En fait, c'est un sujet qui reste assez douloureux, et dont je n'aime pas parler, et c'est plus facile, finalement, de le raconter, comme je le fais dans le livre, en fait. Mais, quelque part, c'est aussi, je pense, une histoire qui me donne beaucoup de force, parce que quand vous avez des petites attaques, vous relativisez, comme je vous disais, ce n'est pas l'enfer, en fait. Il y a des gens qui vivent vraiment des difficultés, mon père a vécu des difficultés, et puis, je vous dis, tous les jours, il y a des Français qui vivent des situations difficiles, donc les coups bas, finalement, ça peut glisser.
Et puis, aussi, peut-être, c'est vraiment ce qui est à la base de mon engagement en politique, de se dire qu'on peut venir d'une famille dont mon père était un Français de préférence, comme on dit, il était venu, il était apatride, ma mère n'avait pas forcément les bons codes, et néanmoins, grâce à la République, moi, j'ai pu intégrer Polytechnique, devenir préfète de région, PDG d'une grande entreprise publique, ministre et premier ministre, et c'est vraiment la promesse républicaine qui est au cœur de notre République, voilà, de notre pacte social, et c'est quelque chose qui m'a vraiment construit, et je souhaite que chacun puisse se dire que par son travail, par son mérite, quelle que soit la famille dont il vient, quelle que soit son adresse, quelle que soit son origine, il peut réussir dans notre pays.
Mais c'est vrai que c'est étonnant que vous n'en ayez pas parlé davantage, vous racontez même qu'aux Etats-Unis, ce serait votre premier argument électoral, ce qui n'est pas faux, mais c'est vrai que dans l'époque du narcissisme, où d'ailleurs vous parlez des autres hommes politiques qui s'écoutent beaucoup, se photographient beaucoup sur TikTok, comprennent qui vous visez, vous n'écrivez pas les noms, enfin on devine, vous auriez pu en parler, et vous n'en parlez pas, et du coup, vous vous défendez aussi dans ce livre des accusations d'autoritarisme, de froideur, de l'étiquette de techno qu'on vous a collée, mais pardon Elisabeth Borne, vous reconnaissez vous-même que vous n'avez pas un talent d'oratrice immense lors de votre discours de politique générale, et on ne peut pas dire que vous ayez fait, pendant ces 20 mois à Matignon, dans l'emphase, dans le lyrisme, dans la rondeur, dans la chair, vous-même, enfin ce que je veux dire, c'est que l'étiquette de techno, elle n'était pas volée, non ?
Enfin, je pense qu'il ne faut peut-être pas confondre techno et une forme de pudeur qui renvoie à une histoire qui est difficile, et c'est vrai que ma conception, c'est qu'on s'engage en politique pour porter des idées, pour porter des projets, des réformes qu'on pense importantes pour son pays, et pas pour étaler sa vie, et voilà ses états d'âmes.
C'est encore possible aujourd'hui, la pudeur en politique ?
J'espère, vous voyez, parce que je pense que, moi je ressens beaucoup une forme de défiance des Français qui ne se reconnaissent pas dans leur classe politique, et qui peut-être n'apprécient pas qu'on soit toujours dans le show-off comme on peut l'être, et du coup j'espère qu'il y a un chemin pour faire de la politique en portant des idées, et puis en s'engageant pour son pays comme j'ai voulu le faire.
Mais il faut être peut-être un peu show-off, encore de nos jours, en 2024, à l'heure des réseaux sociaux pour se faire entendre, non ? Est-ce forcément grave d'être show-off ?
Je pense que ça peut ne pas être grave s'il y a du fond aussi. Voilà. Et je pense que vraiment pour moi, au commencement, au commencement, il y a le fond.
Oui. Oui. Vous parlez aussi des rumeurs, Elisabeth Borne, et notamment de la rumeur de votre homosexualité. Elle vous a blessée ?
En fait, j'ai trouvé ça incroyable qu'on puisse imaginer qu'à l'heure où on est, j'aurais pu être homosexuel et ne pas le dire. Ça m'a paru complètement incompréhensible. Donc, ces rumeurs permanentes, je n'ai vraiment pas compris. Je veux dire, il y a des tas de femmes et d'hommes politiques qui n'ont aucun problème pour dire qu'ils sont homosexuels. Donc, si je l'avais été, j'ai essayé d'expliquer que si je l'avais été, je n'aurais pas eu de problème pour le dire. Mais vous voyez, il y a des petites rumeurs comme ça qui continuent. Et puis, quand vous les démentez, on dit que ça veut bien dire qu'il y a quelque chose qui est en guille sous roche puisqu'elle le dément.
Et puis, si vous ne le démentez pas, on dit que vous voyez, elle ne le dément même pas. Donc, ça doit être revrai. Donc, voilà, c'est les aléas de la vie politique.
On a voulu passer du temps en commençant cette interview sur les pages personnelles de votre livre parce qu'elles sont honnêtes d'une certaine manière. C'est rare de lire ça sur la plume d'un homme ou d'une femme politique encore plus quand elle n'a pas beaucoup montré comme vous. Venons-en à présent à la politique parce qu'il est aussi question de politique et à votre bilan. Vous regrettez que le macronisme ne se soit déporté vers la droite. Mais là, on est obligé de vous opposer que vous avez été une cheville de ce basculement en portant et en assumant souvent à coup de 49.3 les textes parmi les plus à droite des deux mandats d'Emmanuel Macron.
Vous avez porté la réforme des retraites et vous l'avez assumé. Vous avez porté la loi immigration Elisabeth Borne et vous l'avez assumé.
Alors, je pense qu'il y a eu beaucoup de caricatures sur le 49.3 et j'essaye d'expliquer dans le livre.
Vous dites que ça vous a blessé d'être Madame 49.3.
dans le livre quelque chose qui est assez compliqué. C'est que pour faire d'abord que s'il y a bien deux textes qui doivent être votés chaque année, c'est les deux textes budgétaires, le budget de l'État et le budget de la Sécurité sociale. Là, le chemin va être compliqué avec la nouvelle Assemblée mais il faut que chacun soit conscient que s'il n'y a pas de budget, les fonctionnaires ne sont pas payés et puis votre carte vitale ne fonctionne plus. Donc, du coup, c'est essentiel de pouvoir doter le pays d'un budget.
Et comme pour faire adopter un budget, il faut dix votes, dès lors que les oppositions ont décidé de voter systématiquement contre, vous n'avez pas d'autre choix que de recourir au 49.3. 23 fois. Oui, c'est ça. En 20 mois. Donc, dix fois pour un budget, vingt fois pour deux budgets. On a aussi une loi de programmation des finances publiques et comme vous le dites, il y a eu la réforme des retraites.
Et les retraites. Et les retraites par 49.3.
Oui, mais vous voyez, moi, j'espère... Là, c'est pas le budget, la réforme des retraites. Je reviens aussi dans le livre sur pourquoi cette réforme des retraites. Je crois qu'aujourd'hui, quand on voit l'état de nos finances publiques et qu'on est en train de se dire, mais où peut-on trouver de l'argent ? Peut-être qu'effectivement, des réformes structurelles de ce type-là, avec l'attention que moi, j'ai portée en discutant beaucoup avec les organisations patronales et syndicales pour ne pas demander à chacun, à tout le monde, quel que soit l'âge où il a commencé à travailler, quel que soit son métier de travailler uniformément deux ans de plus.
Donc, toutes les mesures qui ont été négociées sont passées totalement sous le tapis, si je peux dire. J'espère qu'on aura...
Vous égratignez Laurent Berger
d'ailleurs dans le livre. Je regrette, oui, je dis que je regrette.
Il y a des petits coups, c'est pas... Je dis que je regrette. C'est pas au quart cher sur différentes personnalités politiques, mais Laurent Berger prend un petit coup de griffe.
Je dis que je regrette, qu'alors qu'on a passé des semaines, avec le ministre en charge, Olivier Dussopt, à prendre en compte la situation de ceux qui ont commencé à travailler tôt, ce qu'on appelle les carrières longues, qu'on a mis en place un fonds pour prévenir l'usure professionnelle, qu'on a demandé aux organisations patronales et syndicales de négocier sur l'emploi des seniors, qu'on permet des retraites progressives, que tout ça soit passé sous silence, et que ces mesures qui avaient été saluées par Laurent Berger dans un tête-à-tête n'aient pas davantage étaient mis en valeur et qu'il ait exprimé son opposition. Vous ne regrettez pas
la réforme des retraites et la loi immigration que vous avez portée, assumée ?
Vous savez, la réforme des retraites, je vous dis, quand on regarde l'état actuel de nos finances publiques, je pense que c'est pas en faisant un coup de rabot, en revenant sur des protections importantes pour les Français, sur l'hôpital, qu'on peut faire les économies, et je pense que c'est important, et c'est aussi ma conception de la politique, de porter des réformes qui vous semblent nécessaires pour votre pays, même si elles ne sont pas populaires.
Olivier, sur l'application de France Inter, bonjour Madame Borne, vous sentez-vous comptable du déficit de la Macronie, et que celle-ci demande aux Français de rembourser ?
Alors, là, on rentre dans un sujet compliqué, et moi, je n'ai pas les éléments précis sur le sujet, il y a eu des erreurs dans l'estimation des recettes pour 2023 et pour 2024, alors même que la croissance en 2023 était celle qui était prévue, donc je pense qu'il y a des rapports d'inspection, il y a une commission d'enquête, il y a une commission d'enquête, moi je ne peux pas vous donner des éléments que je n'ai pas.
Vous avez été à la tête de l'État pendant 20 mois, comment vous expliquez ce dérapage ? C'est vraiment la question que tout le monde se pose, d'ailleurs vous l'écrivez dans le livre, comment peut-on découvrir début 2024 que les recettes fiscales de l'année 2023 où vous étiez au pouvoir ne sont pas celles escomptées ? Comment est-ce possible alors que la croissance est bien conforme aux prévisions ? Comment est-ce possible Elisabeth Borne ? Et qui est responsable ?
Je ne vais pas, vous l'avez dit vous-même, il y a des commissions d'enquête et des missions d'information qui pourront se pencher sur le sujet, je ne sais pas si quelqu'un est responsable du fait que à un moment donné, les services du ministère de l'économie ne savent pas estimer les recettes qui vont avec une croissance, ce n'est évidemment pas des sujets sur lesquels vous êtes amené à prendre des décisions politiques.
C'est les services de Bercy qui ont failli ?
Vous voyez peut-être que moi je peux entendre que l'inflation, que la reprise après le Covid a pu bouleverser les modèles, je n'ai pas d'explication à vous donner, ce n'est pas dans mon habitude de commenter des éléments que je n'ai pas.
Elisabeth Borne, on revient à l'application d'Inter et au 49.3, beaucoup de questions sur le sujet. Gratiela, bonjour, homme ou femme, 20 mois à détruire la démocratie, reine du 49.3. Sébastien, je vous montre la typographie, a écrit 23 fois 49.3 et finit sa phrase par rassemblement national. Jérôme, vous êtes quand même la reine du 49.3, quelqu'un de gauche qui a fait passer des réformes graves pour les classes populaires, honte à vous. Que répondez-vous à cet ensemble d'interpellations ?
Je réponds que j'essaye d'expliquer dans le livre que le pays a besoin d'un budget et que quand vous êtes en majorité relative et pas comme ça avait pu être le cas de Michel Rocard à quelques voix près, mais avec 40 voix qui manquaient pour adopter, pour avoir une majorité, vous ne pouvez pas laisser le pays sans budget et que pour faire adopter un budget, il faut 10 49.3.
Et donc si demain ou dans une semaine ou dans un mois, Michel Barnier a utilisé le 49.3 pour faire passer le budget, ça ne vous scandaliserait pas ?
Mais vous savez, on est dans une situation dans laquelle il n'y a pas de majorité. Quand les oppositions ne veulent pas voter, quelle est la voie pour faire adopter un budget ? Et qu'est-ce qui arrive dans le pays s'il n'y a pas de budget ?
Le 49.3. Michel Barnier veut, vous le savez, augmenter les impôts sur les grandes entreprises qui font des profits et surtaxer les plus riches. Cette nuit, à l'Assemblée nationale, la gauche a réussi à rendre cette surtaxe sur les plus riches pérenne, aux grands dames de beaucoup dans votre parti et à droite. Est-ce une mauvaise mesure à adopter cette nuit ?
Vous savez, depuis que vous avez vu les débats en commission des finances qui s'est finalement achevé par un rejet du budget, je pense que là aussi, on a porté une politique qui me semble importante qui est de rendre notre pays attractif, d'attirer des entreprises. Alors, on peut évidemment vouloir remettre des impôts, c'est une solution qui a longtemps été utilisée dans notre pays et je pense que si on a des territoires qui sont dévastés par la désindustrialisation, qu'on a perdu des emplois, qu'on est un des pays qui a du mal à sortir du chômage même si on l'a beaucoup baissé depuis 2017, c'est aussi parce qu'à force de taxer les entreprises, elles vont s'installer ailleurs.
Donc l'idée de Michel Barnier d'augmenter les taxes sur les entreprises, les grandes entreprises qui font des profits et sur les plus riches, pour vous, c'est une mauvaise idée ? Ça va donner un coup d'arrêt à la croissance ?
Je pense qu'une surtaxe temporaire et si on peut s'engager à ce que ce soit temporaire, les entreprises le comprennent mais qu'il faut faire très attention à ne pas le pérenniser. Les entreprises ont besoin d'avoir de la stabilité fiscale et de savoir quand elles investissent à quel régime elles vont être soumises.
Elisabeth Borne, par ailleurs, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, veut-tu une nouvelle loi sur l'immigration ? L'immigration, pardon, il en faut-t-il une ?
Donc, je n'ai pas de doute que le sujet de l'immigration quand vous discutez avec les Français, c'est un sujet de préoccupation. Notre capacité à intégrer les personnes qu'on accueille, notre capacité à éloigner ceux qui n'ont pas à rester en France, a fortiori quand il représente un danger pour notre société. On a adopté à la fois un pacte au niveau européen dit texte pour mieux protéger les frontières de l'Europe. On a voté une loi qui a été promulguée en janvier. Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée, je ne pense même que c'est une mauvaise idée de passer son temps à vouloir remettre des lois alors même que les décrets d'application ne sont même pas pris.
Donc, qu'il puisse y avoir des sujets ponctuels à regarder peut-être, dire qu'on reprend un débat sur l'immigration, ça me paraît une mauvaise idée.
Ce gouvernement est-il selon vous sous surveillance de Marine Le Pen et du Rassemblement National ?
Vous savez, là aussi, je pense qu'il faut que chacun prenne ses responsabilités. Si le nouveau Front Populaire dépose systématiquement des motions de censure et je le dis dans le livre, des motions de censure rédigées dans des termes acceptables par tous, alors oui, il expose le gouvernement au vote d'une motion de censure. Mais je pense que chacun peut prendre ses responsabilités à commencer par le fait de ne pas rédiger des motions de censure votables par le Rassemblement National.
Et le message est adressé à qui ?
Eh bien, je pense au NFP qui peut tout à fait, quand il rédige une motion de censure, ne pas la rendre votable par le Rassemblement National.
Ça veut dire quoi ?
Quand vous faites une motion de censure, vous vous envoyez des critiques à un gouvernement et je ne crois pas que les visions du NFP et du Rassemblement National soient exactement les mêmes. Donc on peut s'étonner que le Rassemblement National puisse voter les critiques et la vision qui est portée par le NFP comme ça a été le cas pour la NUPES.
On file au standard.
Eric, bonjour. Oui, bonjour. Quand M. Macron aura disparu, le macronisme restera un gros point d'interrogation dans l'histoire puisque d'abord je ne suis pas le seul français je pense à ne pas comprendre ce que c'est. Ça a démontré ses limites. Alors je m'interrogeais sur l'intérêt de prendre la direction d'un parti moribond.
Merci Eric pour cette question cash que l'on transmet à Elisabeth Borne. Parce que vous êtes candidate pour prendre la tête de renaissance. Voilà.
Merci monsieur.
Moi je crois beaucoup vous savez à ce qu'apportait Emmanuel Macron en 2016 et 2017 qui est de sortir de l'affrontement permanent entre la droite et la gauche de l'alternance entre la droite et la gauche dans laquelle et je le décris dans le livre dans lequel quand la droite arrive au pouvoir elle défait ce que la gauche a fait quand la gauche arrive au pouvoir elle défait ce que la droite a fait donc moi je crois beaucoup à l'importance dans notre pays d'avoir un bloc central qui donne de la stabilité pour régler des problèmes qui sont très profonds dans notre pays et qui méritent d'être gérés dans la durée et agir de cette façon c'est-à-dire partir des problèmes vécus par les français moi je suis élu d'une circonscription rurale vous savez les fractures territoriales c'est quelque chose qui me parle le manque de promotion sociale dans notre pays l'ascenseur social qui est en panne la nécessité de permettre à chacun je le disais quelle que soit son origine de pouvoir accéder à un métier qui lui plaît et puis de progresser tout au long de sa vie c'est des sujets sur lesquels il n'y a pas des solutions toutes faites ni à droite ni à gauche et sur lesquels je pense que c'est important que le centre puisse proposer des solutions
vous dites vous écrivez dans le livre qu'Emmanuel Macron est darwinien qu'est-ce que ça veut dire il laisse ses ministres s'entretuer et attend de voir qui va gagner à la fin c'est ça ?
je pense qu'il laisse effectivement des débats entre les ministres qu'à la fin c'est le plus fort qui gagne c'est une conception effectivement du management de son équipe
est-il darwinien par rapport à ce qui va se passer dans son parti Renaissance puisque effectivement vous êtes candidate que vous affronterez Gabriel Attal qui doit écrire dans les prochaines heures je crois aux militants pour leur dire qu'il est candidat récemment 62 présidents d'Assemblée départementale Renaissance sur 94 ont réclamé une candidature de Gabriel Attal dans une tribune à l'opinion pourquoi seriez-vous une meilleure présidente que lui ?
je pense qu'on ne va pas faire le débat sur le parti ici moi je vous dis que ce qui m'importe c'est que je constate que les français ne se reconnaissent plus forcément dans leur classe politique comme ils ne se reconnaissent plus dans leurs élites que notre pays il est fait de femmes et d'hommes qu'il est fait de gens jeunes brillants de gens plus âgés et plus expérimentés qu'il est fait de gens issus des grandes villes de Paris et d'autres issus des territoires ruraux et je pense que c'est important que notre parti reflète cette diversité et puis je vous dis je pense que c'est essentiel qu'on se retrousse tous les manches qu'on porte un projet collectivement que ce ne soit pas une aventure individuelle et qu'on puisse collectivement bâtir un projet qui donne de l'espoir à nos concitoyens
mais collectivement pourquoi dans ces cas-là refuser un ticket avec lui ?
Moi je suis à ce stade la seule à m'être déclarée candidate et je vous dis pourquoi parce que je pense vraiment qu'il est essentiel qu'on propose aux français qu'on leur dise où on veut mener le pays dans les prochaines années et comment on va s'attaquer aux difficultés qui vivent au quotidien et pour avoir beaucoup circulé en France rencontrer des français rencontrer des militants je peux vous dire que des difficultés de ceux qui vivent dans le monde rural elles sont importantes que c'est plus compliqué quand vous habitez dans le monde rural qu'il y a des injustices c'est compliqué de se rendre à son travail d'aller faire ses courses c'est compliqué de devoir choisir sa formation dans le lycée professionnel d'à côté parce que ça coûte cher d'aller en ville Vous pensez que vous comprendrez
mieux ces attentes des français que quelqu'un qui a pris à la table Moi je n'ai pas envie
de faire des comparaisons et des débats
ici sur ce plateau Là pour le coup il va y avoir un congrès
dans un mois Ce qui me tient à coeur c'est qu'on puisse collectivement proposer un projet aux français qui leur donne de l'espoir et qui leur donne envie demain de voter pour notre parti
Et pas seulement centré sur la com c'est ce que vous écrivez vous visez ces hommes qui n'ont aucun bilan mais soignent leur punchline et leur compte TikTok
C'est un propos général
Une dernière question de Gilles sur l'application d'Inter L'Assemblée nationale est affligeante Compte tenu de ce que vous connaissez de la fonction de première ministre dans la situation actuelle avez-vous de la compassion pour M. Barnier ?
Je pense que je mesure la difficulté de ce que vit Michel Barnier parce que ce n'est pas simple d'avoir affaire à une assemblée déjà en majorité relative on voit que la situation est encore plus compliquée aujourd'hui puisqu'on a des blocs et il n'y a plus du tout de majorité donc je pense que c'est vraiment le moment aussi de chercher des compromis vous voyez contrairement à l'image qu'on a pu donner de moi moi je suis plutôt une femme d'écoute et de dialogue et j'ai essayé de trouver des chemins avec évidemment les députés de la majorité mais aussi des compromis avec les oppositions et c'est ce qu'il sera amené à faire Eh bien merci
Elisabeth Borne 20 mois à Matignon le titre de votre livre chez Flammarion en librairie aujourd'hui merci encore d'avoir été à ce micro merci à tous
merci à tous
Élisabeth Borne