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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 24 février 2026 24 minContradictoireFond programmatiqueSolidarités & familleRetraitesTravail & emploiInstitutions & élections

Trop de syndicats en France, pas assez représentatifs, selon Gilbert Cette, du Conseil d’orientation des retraites

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 76 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui fait pour vous que la démocratie sociale ne marche plus ?

  • 2:22OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça changerait d'avoir moins de syndicats ?

  • 3:21RelanceRéponse partielle

    Vous ne risquez pas de renforcer des mouvements sociaux hors cadre syndical ?

  • 3:52OuverteRéponse directe

    Pourquoi les syndicats ne sont-ils pas assez présents dans les entreprises ?

  • 4:38OuverteRéponse directe

    Est-ce que si les syndicats étaient plus présents, il y aurait plus de participation aux élections professionnelles ?

  • 5:51OuverteRéponse directe

    Pourquoi les syndicats n'ont-ils pas encadré la proposition sur la cinquième semaine de congé payé ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:09Invité politiqueChiffre
    « Nous sommes, avec le Mexique, qui n'est pas forcément un benchmark en termes de fonctionnement de la démocratie sociale, le pays qui a le plus de syndicats et un taux de syndicalisation particulièrement faible. »
  • 4:58PrésentateurFait
    « Dans une entreprise de 10 000 personnes, s'il y a 10 votants au premier tour des élections professionnelles, c'est sur ces 10 votants qu'on va calculer l'audience des syndicats. »
  • 5:07PrésentateurFait
    « Si 6 salariés, parmi les 10 votants, dans notre entreprise de 10 000 personnes, votent pour un syndicat, on dira que ce syndicat a 60% des voix, et donc il peut engager le collectif de travail. »
  • 7:34PrésentateurFait
    « Le 14 novembre 2024, un accord national interprofessionnel est signé par les partenaires sociaux sur le dialogue social. Il y a eu trois accords nationaux interprofessionnels signés ce jour-là. »
  • 9:08PrésentateurFait
    « Quand on regarde ce budget musée des horreurs, il n'y avait pas de baisse des dépenses sociales en valeur. »
  • 9:14Invité politiqueFait
    « Il y avait des mesures qui pouvaient être conquistées, le doublement des franchises médicales. »
  • 19:10PrésentateurChiffre
    « Produit intérieur brut par habitant des Pays-Bas est de 30% supérieur aux nôtres. »
  • 22:40PrésentateurFait
    « On pensait naïvement qu'ils s'en saisiraient. Et donc, on s'est posé la question avec Guy et Robert, mais pourquoi ils ne s'en saisissent pas ? »

Temps de parole

  • Présentateur66 %
  • Invité politique17 %
  • Présentateur 214 %
  • Auditeur3 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien, nous recevons donc ce matin un économiste, grand spécialiste des politiques sociales, également patron du Conseil d'orientation des retraites. Vos questions et réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Gilles Berset. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous publiez un essai qui enflamme le monde social avec Guy Groux et Richard Robert. Ça s'appelle « Sauver la démocratie sociale » aux éditions Kalman-Lévy. Vous êtes dans ce livre d'une très grande sévérité à l'égard des syndicats, selon vous, trop nombreux, trop politisés.

Vous formulez des propositions qui hérissent les partenaires sociaux. On va en parler dans un instant. Mais d'abord, une question centrale et plus large pour commencer. Vous dites vouloir sauver la démocratie sociale d'une naufrage. Qu'est-ce qui fait pour vous qu'elle ne marche pas ou qu'elle ne marche plus ? Oui, premier point. D'abord, ce livre a été écrit par moi-même, avec mes co-auteurs, en tant qu'économiste et professeur d'économie à Neoma Business School. Aucune autre affiliation, bien sûr. Vous ne l'avez pas écrit en tant que président du Conseil d'orientation des retraites. Président, c'est totalement indépendant et c'est un académique qui l'écrit. Ça, c'est un premier point.

Deuxième point, évidemment, pour faire ce diagnostic d'une dévitalisation en France de la démocratie sociale, on compare la France à d'autres pays. Comment la démocratie sociale fonctionne dans d'autres pays ? Est-ce qu'elle est, dans d'autres pays, à l'origine de la construction de normes gagnantes-gagnantes, plus protectrices pour les salariés, plus efficaces sur le plan économique, c'est-à-dire meilleures pour le pays ? Et en France, on constate une certaine carence, une dérobade, en quelque sorte, des partenaires sociaux quand il s'agit d'élaborer ces normes qui permettent d'aller vers du mieux.

Et l'une des raisons de la chose, vous l'avez évoquée, c'est qu'en France, nous avons beaucoup de syndicats de tous les pays de l'OCDE, des 39 pays de l'OCDE. Nous sommes, avec le Mexique, qui n'est pas forcément un benchmark en termes de fonctionnement de la démocratie sociale, le pays qui a le plus de syndicats et un taux de syndicalisation particulièrement faible. Alors, on va en parler. Nous, on a 8 centrales syndicales en France. Effectivement, dans les pays que vous prenez en modèle, c'est-à-dire l'Allemagne, les pays scandinaves, il y en a quoi ? 2, 3. Qu'est-ce que ça changerait d'avoir moins de syndicats ? En quoi ça favoriserait le compromis ?

Votre question est très très importante. Quand on a beaucoup de syndicats, on a beaucoup aussi de petits syndicats. Et le fait qu'il y ait des petits syndicats pousse à la surenchère, au discours contestataire, qui déteint, qui gagne également les syndicats un petit peu plus importants. Et ce qu'on observe dans d'autres pays, c'est que le nombre des syndicats est restreint, les syndicats sont plus forts. Vous voyez, l'objectif de notre ouvrage, avec Guy Groux et Richard Robert, n'est pas d'affaiblir les syndicats. Loin de là ! C'est de les renforcer.

3:15
Invité politique

C'est de dire qu'il faut les renforcer et les réformer. Pour autant, Gilles Berset, il y a deux objections qu'on peut apporter à cet argument. Le premier, c'est que quand on regarde effectivement la palette des forces syndicales en France, ils ont leur histoire, ils ont des positions qui ne sont pas singulières. Eux défendent leur identité. Et puis, autre argument, on a beaucoup parlé ces dernières années dans les conflits sociaux, de conflits qui existaient hors des syndicats. Les gilets jaunes aussi de mouvements difficilement contrôlables d'ailleurs, que l'on a pu voir par exemple à la SNCF.

Est-ce qu'en disant qu'il faut moins de syndicats, vous ne risquez pas à la fin, si d'aventure c'était mis en œuvre, de renforcer des mouvements sociaux qui sortiraient de tout cadre social ?

3:52
Présentateur

Alors, les syndicats en France sont nombreux, représentent peu de personnes par rapport à d'autres pays, et sont moins en contact avec les salariés et avec les travailleurs qu'ils le sont dans d'autres pays. Ce qui explique les phénomènes sociaux que vous expliquez, non contrôlés, hors syndicat, que vous évoquez. C'est justement parce que les syndicats ne sont pas assez présents dans les entreprises, pas assez présents dans les branches d'activité, qu'il se passe ce que vous évoquez. Il faudrait qu'ils soient plus présents, que le calcul de leur audience soit basé sur une véritable représentativité, et pas une représentativité calculée sur des suffrages qui parfois représentent peu de gens.

Ce que nous voulons, c'est leur renforcement. Est-ce que si les syndicats étaient plus présents, il y aura une plus forte participation des salariés aux élections professionnelles ? Parce que, effectivement, le manque de représentativité est là, c'est qu'il y a très peu de gens qui votent. Absolument, il y a très peu de gens qui votent, mais d'ailleurs, pourquoi voter ? Je vais vous le dire franchement, pourquoi voter ? Vous savez, je vais vous donner un exemple caricatural, mais juste pour illustrer la chose. Dans une entreprise de 10 000 personnes, s'il y a 10 votants au premier tour des élections professionnelles, c'est sur ces 10 votants qu'on va calculer l'audience des syndicats.

C'est-à-dire que si 6 salariés, parmi les 10 votants, dans notre entreprise de 10 000 personnes, votent pour un syndicat, on dira que ce syndicat a 60% des voix, et donc il peut engager le collectif de travail, il peut signer des accords collectifs, il peut même signer des accords collectifs prévoyant une baisse des salaires. Pourquoi est-ce qu'il y a si peu d'intérêt pour la chose syndicale en France, alors que les syndicats sont très présents dans le débat public ? Alors, les syndicats sont très présents dans le débat public au niveau national. Les syndicats ont un rôle qui parfois peut ressembler à celui de partis politiques.

Mais par contre, dans les branches ou dans les entreprises, ce rôle est insuffisant. Est-ce que vous m'autorisez une petite anecdote significative ? Petite anecdote significative. Au mois d'août dernier, le Premier ministre François Béroud propose, par exemple, de donner aux salariés la possibilité de monnayer leur cinquième semaine de congé payé. Il y a des salariés qui sont contraints financièrement, et qui peuvent le vouloir. Il y a des entreprises qui peuvent rechercher un besoin plus ou moins ponctuel de main-d'oeuvre.

On se serait attendu à ce que les syndicats disent « Attention, attention, il faut que ce soit encadré par un accord collectif, c'est-à-dire que les conditions de cette transaction ne doivent pas être négociées en seul à seul par un salarié vis-à-vis de son chef d'entreprise. » Non, il a été dit « Non, ça n'est pas possible. » Ça n'est pas possible. Pourquoi ? Parce que la cinquième semaine de congé payé est un progrès social.

6:37
Invité politique

Mais Gilbert, c'est intéressant l'anecdote que vous utilisez. Et d'ailleurs, c'est une sorte de fil conducteur de votre livre. Vous considérez qu'ils sont trop politisés, que les syndicats devraient se concentrer sur les accords à l'échelle de l'entreprise et ne pas prendre de position politique, ou du moins en prendre moins. Au nom de quoi, des centrales syndicales, encore une fois, qu'on partage ou non leur avis, ne pourraient pas participer à des débats qui, à la fin, concernent leurs adhérents, puisqu'il s'agit bien de droits du travail, de mesures qui ont un impact dans leur quotidien.

7:03
Présentateur

Mais bien sûr qu'elles doivent y participer. Mais c'est le contraste entre cette forte participation et la faible participation à l'élaboration de normes dans les branches et dans les entreprises, qui nous surprend et qui nous amène à dire qu'il faut développer cette présence active dans la construction de normes, dans les branches et dans les entreprises, peut-être aux dépens, mais en tout cas, c'est la priorité pour les syndicats et pour les partenaires sociaux d'intervenir à ce niveau-là. Vous savez, encore un exemple. Le 14 novembre 2024, un accord national interprofessionnel est signé par les partenaires sociaux sur le dialogue social.

Il y a eu trois accords nationaux interprofessionnels signés ce jour-là. Il y en a un, par exemple, sur le dialogue social. Un seul article de contenu. Et ce seul article de contenu dit qu'il faut faire sauter la limite du nombre de mandats des élus du personnel. Il n'y a rien d'autre à dire sur le dialogue social ? Il n'y a rien d'autre qui peut progresser sur le dialogue social dans les branches et dans les entreprises ?

Par ailleurs, Gilbert, c'est de vous y aller fort puisque, pour dénoncer la radicalisation de l'expression et des pratiques syndicales, vous citez cette phrase de la patronne de la CFDT, Marie-Lise Léon, qui qualifiait le dernier budget, avant son vote et avant les négociations et compromis avec les socialistes, qui qualifiait ce budget de musée des horreurs. Donc, pour vous-même, la CFDT centrale réformiste est trop radicale ? Je dirais que tous les syndicats, quels qu'ils soient, ont perdu, en quelque sorte, cette vision. Mais les partenaires sociaux, dans leur ensemble, parce que vous vous focalisez sur les syndicats, on évoque aussi la partie patronale.

Le jeu, si j'ose dire, se fait à deux. Le dialogue social se mène à deux. Non mais attendez, Marie-Lise Léon de la CFD, elle est radicale ? Personne n'a dit qu'elle était radicale, vous trouvez ce mot dans notre mot ? Oui, vous dénoncez la radicalisation. De l'expression et des pratiques, en citant Marie-Lise Léon et son musée des horreurs, pour parler du budget. De tous les syndicats. Mais, encore une fois, quand on regarde ce budget musée des horreurs, il n'y avait pas de baisse des dépenses sociales en valeur. Il n'y avait pas de baisse des dépenses sociales en valeur.

9:13
Invité politique

Il y avait des mesures qui pouvaient être conquistées, le doublement des franchises médicales.

9:17
Présentateur

Bien évidemment. Bien évidemment. Mais, encore une fois, c'est le contraste entre cette présence dans le débat national, qui normalement, d'ailleurs, est du ressort des élus de la République, et se discute au Parlement. Vous parlez du projet de loi de finances, du PLFSS, ce sont des choses qui se discutent au Parlement. Du contraste entre cette forte présence dans le débat national et la faible présence dans l'élaboration de normes.

9:43
Invité politique

Gilles Berset, il y a quand même quelque chose de paradoxal. Je rappelle que vous êtes à la tête du corps, le Conseil d'orientation et des retraites, qui est chargé d'éclairer le gouvernement sur l'évolution du déficit des retraites, d'établir des scénarios. C'est une instance paritaire à laquelle participent les syndicats. Est-ce qu'on peut, dans un livre, leur taper dessus à bras raccourcis et les retrouver en réunion pour parler des retraites ?

10:02
Présentateur

Écoutez, nous, on ne considère pas du tout qu'on leur tape dessus à bras raccourcis. Et quand je dis nous, c'est Guy, Richard et moi-même. On veut au contraire les renforcer. Trop politisés, trop nombreux, radicalisés. On veut au contraire les renforcer. Et je dirais que les réactions nous ont beaucoup attristés. Pourquoi nous ont beaucoup attristés ? Parce qu'ils sont l'aveu d'une très grande faiblesse. On se serait attendu à des réactions sur le fond. On se serait attendu à des propositions de venir en discuter, à la Villette ou à Montreuil. Il n'y a jamais eu ces propositions pour en discuter sur le fond.

Et j'ajouterais à ça, j'ajouterais à ça, que quand on voit les courriers que nous recevons, mais de représentants syndicaux, d'élus syndicaux, il faudra d'ailleurs qu'on les publie un jour. Qui sont d'accord avec vous ? Mais plus que d'accord avec nous. Plus que d'accord avec nous. Qui nous disent, continuez ce que vous disiez très juste.

10:55
Invité politique

Je ne voudrais pas, Gilles Berset, sur la question du corps. La CFDT en séance plénière a considéré que ça remettait en cause votre légitimité de patron du Conseil d'orientation des retraites. Est-ce que ces prises de position ne vous empêchent pas dans cette fonction de patron du Conseil d'orientation des retraites ?

11:08
Présentateur

Écoutez, moi, le Conseil d'orientation des retraites a son fonctionnement tout à fait normal et j'exerce cette présidence d'une façon tout à fait normale. À côté de ça, je suis un académique qui depuis 30 ans intervient. Donc il faut séparer l'homme de l'artiste ? Absolument, absolument. Et c'est un cas d'ailleurs fréquent. Je ne suis pas le seul dans cette situation. Quand des présidents de banques interviennent sur la dette sociale en France, personne ne leur reproche. Et c'est tout à fait logique. Je pourrais multiplier les exemples. Encore une fois, ce que nous souhaiterions, c'est des critiques, des remarques, des observations sur le fond. Et nous n'en avons pas.

Et c'est ça, l'aveu d'une très grande faiblesse, je dirais des syndicats, mais plus globalement des partenaires sociaux. Il faut reconstruire la démocratie sociale. C'est le but. C'est pour ça qu'on a appelé cet ouvrage « Sauver la démocratie sociale ». Et puis, il y a peut-être quelque chose qui vous a échappé. Allez-y. Il y a peut-être quelque chose qui vous a complètement échappé. Cet ouvrage, publié par Kalman Levy, a été publié dans la collection, vous le voyez, « Liberté de l'esprit ». La collection « Liberté de l'esprit » a été créée et gérée par Raymond Aron. Tout un symbole. Nous en sommes très fiers. Tout un symbole.

Et Raymond Aron a été très seul pendant très longtemps à dire certaines choses qui nous paraissent maintenant très banales. Et moi, je considère que les choses que nous disons dans cet ouvrage, Guy, Robert et moi-même, apparaîtront totalement banales dans quelques années. Totalement banales. Écoutez, l'histoire le dira. Vous dites que vous ne tapez pas sur les syndicats, mais quand vous écrivez « Comment ne pas voir que les protestations massives qui jalonnent notre histoire collective depuis 1995 ne servent à rien ? » On se dit, encore une fois, que vous vous y allez fort.

Et on se dit qu'il n'y avait pas eu de mobilisation, par exemple, contre la réforme des retraites, la réforme Borne en 2023. Elle n'aurait sans doute pas été suspendue là, il y a quelques semaines. Vous savez, là, vous évoquez une réforme qui, en France, est considérée comme politiquement teintée. Politiquement teintée. Moi, je regarde autour de nous. C'est quand même sympa de regarder au-dessus la petite palissade du village France. 67 ans pour l'âge des parles retraites. C'est le cas dans l'Espagne de Pedro Sanchez. C'est le cas dans l'Italie de Giorgia Meloni. C'est le cas dans des pays qui s'appellent les Pays-Bas, les pays nordiques et scandinaves.

L'Allemagne, c'est le cas partout autour de nous. Et dans ces autres pays, attendez, et dans ces autres pays, est-ce que vous voyez un syndicat important, la CGIL en Italie, la FNV aux Pays-Bas, dire qu'il faudrait revenir sur les 67 ans ? Mais la question n'est pas,

14:03
Invité politique

Gilles Berset, celle de l'opportunité de la réforme, qui est un débat, là, pour le coup, politique, économique, social, que de la question de l'efficacité des grandes mobilisations. Florence donnait un exemple d'une mobilisation qui, encore une fois, quoi qu'on pense de cette réforme des retraites, a pavé le chemin d'une suspension lors du dernier budget. C'est donc bien la preuve que certaines mobilisations sociales peuvent être efficaces ?

14:23
Présentateur

Absolument. Absolument. Mais il y a des mobilisations sociales qui peuvent avoir une certaine efficacité, mais maintenant, il reste à savoir si celles-là ou d'autres, d'ailleurs, sont productives ou sont des moments ou sont des, je dirais, des reculs qui nous amèneront ensuite à des regrets. Je pense aux mobilisations, d'ailleurs, en 2010 par rapport à la réforme Wörth. Maintenant, qui, dans les partis politiques de l'arc républicain, veut revenir, souhaite revenir sur la réforme Wörth ?

14:53
Invité politique

Un mot, Gilbert, sur la proposition la plus explosive de votre livre. Vous avancez une forme de, proposez une forme de limitation du droit de grève. Vous considérez que quand une négociation est en cours entre partenaires sociaux et direction d'une entreprise, il ne peut pas y avoir de chantage à la grève, donc le temps de cette négociation. Est-ce que vous pouvez nous expliquer cette proposition qui est, vous parliez des réactions des centrales syndicales, perçues comme une entrave au droit de grève, une entrave à la loi Le Chapelier qui date du 19e siècle. Est-ce que vous pouvez nous expliquer le sens de cette proposition ?

15:24
Présentateur

Tout à fait. Mais avant de le faire, je voudrais vous citer Edmond Maire. Alors ? Edmond Maire, c'est pas n'importe quoi. Ancien patron de la CFDT. Voilà, Edmond Maire. La vieille mythologie selon laquelle l'action syndicale c'est la grève a vécu. Le syndicalisme doit l'abandonner. Il faut prendre acte de cette situation et la vivre joyeusement. Edmond Maire dans Le Monde le 30 octobre 1985. Nous n'allons pas jusque là. Nous n'allons pas jusque là. Nous, ce que nous disons, c'est que la démocratie sociale doit être sereine. La négociation doit être sereine.

On ne négocie pas bien dans des conditions de prise d'otage ou dans des conditions ou avec un pistolet sur la tempe pour reprendre une expression habituelle. Et donc, ce que nous nous disons, c'est bien sûr que le droit de grève doit être respecté. Par contre, quand une négociation est engagée, il faut donner aux acteurs de cette négociation toutes les possibilités de pouvoir négocier jusqu'au bout pendant un délai qui sera a priori défini. Jusqu'au bout pour trouver une issue heureuse à cette négociation. Une issue heureuse, ça veut dire un accord collectif.

Et puis ensuite, s'il n'y a pas d'accord, effectivement, toutes les expressions d'opposition à l'absence d'accord doivent être totalement respectées. Le droit de grève est l'une de ces expressions. Gilles Berset, il y a trop de grèves en France ? Je dirais que dans certains secteurs, il y a des formes de grève qu'on peut contester. Je pense par exemple dans les transports collectifs à des grèves préventives. Des grèves préventives. Des grèves préventives dans des périodes de départ en vacances, de congés scolaires, etc.

17:07
Invité politique

Avec un service minimum qui en réalité n'en est pas un.

17:10
Présentateur

Avec un service minimum qui en réalité n'en est pas un. Est-ce que, vous voyez, le citoyen comprend bien la nécessité, le besoin et la légitimité de grèves préventives. Vous entendez bien le mot préventives. C'est-à-dire, avant même que soient réellement engagées des négociations et des discussions. On a une auditrice au Standard qui est passionnée par ce que vous nous dites. C'est Bernadette. Bonjour et bienvenue Bernadette. Je crois que vous êtes enseignante. Oui, bonjour.

17:42
Auditeur

Bonjour. Je suis institutrice depuis longtemps, syndiquée depuis toujours. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, les jeunes générations sont beaucoup moins syndiquées. Et donc, je ne pense pas que ce soit pour une histoire de politisation des syndicats, mais plutôt parce que depuis plus de 20 ans, on n'est plus du tout écouté. Je pense que les revendications de l'ensemble des syndicats, en tous les cas les principales, sont quand même un peu concordantes. mais on n'est plus écoutés. Les politiques éducatives ne sont pas évaluées et on nous met réforme sur réforme et il n'y a pas moyen de discuter. Donc, les jeunes générations

18:24
Présentateur

ne se syndiquent plus. Merci Bernadette. Elle nous dit quoi ? Bernadette, qu'on n'y croit plus en fait ? D'une certaine façon qu'on n'y croit plus, mais il y a deux difficultés qui sont évoquées en filigrane dans ce propos de Bernadette. il y a d'abord un manque de moyens dans un pays comme le nôtre. Engager des réformes ambitieuses de l'éducation puisqu'elle a évoqué l'éducation, c'est difficile dans un pays qui fait partie dans le club des pays riches, des pays avancés, des pays plus avancés, qui fait partie des pays pauvres. Et qui fait partie des pays pauvres, pourquoi ? Parce que la quantité de travail est faible.

C'est-à-dire, nous avons un faible produit intérieur brut par habitant comparé aux Pays-Bas, comparé à l'Allemagne, comparé aux Pays nordiques et Scandinaves. Un chiffre, produit intérieur brut par habitant des Pays-Bas est de 30% supérieur aux nôtres. 30%. Ils n'ont pas de problème de finances publiques. Les professeurs sont payés 30% de plus.

19:20
Invité politique

C'est parce que les Français ne travaillent pas assez ?

19:22
Présentateur

Oui, parce que travailler davantage, c'est effectivement plus de produits intérieurs bruts, plus de rentrées de TVA, plus de rentrées d'IR, plus de rentrées d'IS, plus de moyens pour financer des réformes ambitieuses, pour financer la santé, pour financer l'école, pour financer la défense.

19:38
Invité politique

Vous nous fournissez une transition, Gilles Berset, puisque là encore, pardon, on va reprendre votre casquette de patron du Conseil d'orientation des retraites. Sur les perspectives que vous avez tracées, au Conseil d'orientation des retraites, vous plaidez pour repousser l'âge légal. Qu'est-ce que vous constatez ? Non, non, il n'y a jamais eu

19:57
Présentateur

cette préconisation.

19:58
Invité politique

En juin dernier ? Lors du dernier rapport du Conseil d'orientation

20:01
Présentateur

des retraites ? Non, non, non, le Conseil d'orientation des retraites ne préconise rien, ne préconise pas de politique. les conséquences de tel ou tel type que vous défendez. Après, chacun a ses convictions, mais l'organisme en lui-même, l'institution en elle-même... Vous êtes favorable à un report de l'âge légal de la retraite ? Mais ça peut être un moyen ou un autre. En tout cas, il faut travailler plus en France pour avoir les moyens de nos ambitions.

20:30
Invité politique

Le sujet, Gilles Berset, dans le débat public, c'est qu'il y a une élection présentielle dans un an. On voit qu'il y a un certain nombre de propositions de candidats ou futurs candidats. Certains disent qu'il faut retirer toute référence à l'âge légal de départ à la retraite. D'autres disent qu'il faut ce qu'on appelle un étage de capitalisation. Avec le regard que vous avez et le nez, si j'ose dire, sur les chiffres du déficit des retraites, qu'est-ce qui vous paraît comme étant la politique intelligente et la nécessité pour réduire le déficit du régime des retraites ?

20:53
Présentateur

Écoutez, je serais très heureux de revenir à une émission, à l'une de vos émissions, pour parler spécifiquement de ces questions-là. Là, je suis venu pour parler de cet ouvrage « Sauvez la démocratie sociale » publié par Calman Levy et écrit avec Guy Groux et Richard Robert. Alors, ce qu'on peut peut-être dire, c'est qu'avec votre casquette d'économiste, vous avez soutenu François Hollande, puis Emmanuel Macron, si je ne m'abuse. Est-ce que vous allez de nouveau vous engager pour 2027 et qui pourrait avoir vos faveurs ? Écoutez, à ce jour qui est candidat, on est dans la multitude de candidats potentiels à un peu plus d'un an des élections.

Moi, je me déciderai personnellement, comme beaucoup de personnes, comme beaucoup de citoyens, au moment où les choses se seront un petit peu éclaircies. Et puis, elles se seront un petit peu éclaircies quand les programmes, quand les orientations seront sur la table. Pour l'instant, je n'ai pas d'orientation complète. L'aspiration qui est la mienne, mais on est loin, encore une fois, de cet ouvrage, c'est qu'évidemment, notre pays se porte mieux.

22:08
Invité politique

Non, mais justement, Gilles Berset, le sens de cette question, c'est aussi de revenir à votre livre. Florence le disait, vous avez soutenu François Hollande en 2012. François Hollande, qui était le président qui ne jurait que par la démocratie sociale, par les corps intermédiaires, par le recours aux partenaires sociaux pour faire avancer un certain nombre de réformes. Qu'est-ce que cela dit de votre évolution, de l'évolution du champ politique, économique et social, que quelqu'un qui a soutenu un candidat qui était un plus grand soutien des partenaires sociaux, aujourd'hui, en 2026, sorte un livre qui considère que les partenaires sociaux prennent trop de place dans le débat public ?

22:37
Présentateur

Alors, je veux dire, l'analyse et la perception des choses a un tout petit peu changé. A l'époque, on était nombreux à considérer, c'était mon cas, qu'il suffisait d'ouvrir le champ décisionnel des partenaires sociaux pour qu'ils s'en saisissent et qu'ils construisent des normes. Et l'apocalypse de la chose a été que non, ils ne s'en sont pas saisis. Si vous voulez, la loi El Khomri sous le mandat de François Hollande et puis ensuite les ordonnances Macron au début, dans ce travail au début du mandat d'Emmanuel Macron, ont laissé aux partenaires sociaux la possibilité de décider mais dans un champ énorme, énorme, énorme, énorme. Ils ne s'en sont pas saisis.

On pensait naïvement qu'ils s'en saisiraient. Et donc, on s'est posé la question avec Guy et Robert, mais pourquoi ils ne s'en saisissent pas ? Pourquoi la démocratie sociale est à ce point défaillante en France que quand on donne un espace de décision aussi large aux partenaires sociaux, ils ne se précipitent pas dans cet espace pour construire des normes dans tous les domaines où ils peuvent en construire ? Eh bien, la réponse à cette question c'est parce que la démocratie sociale en France est malade et dévitalisée. C'est ce que nous disons dans ce livre. les auditeurs à se faire leur opinion en lisant « Sauvez la démocratie sociale ».

Merci, Gilbert Sette, d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Sous-titrage Société Radio-Canada