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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 2 février 2023 8 min

Pesticides : "On ne peut pas continuer à jouer avec la vie des gens", estime Sandra Regol

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Sandra Regol

France Inter, Mathilde Munoz, 5-7.

0:08
Présentateur

Il est 6h19, une trentaine de députés vont saisir aujourd'hui le Conseil d'Etat aux côtés d'une trentaine d'organisations de défense de l'environnement. Ils estiment que les pouvoirs publics n'évaluent pas suffisamment la toxicité des pesticides dont l'usage est autorisé en France. Bonjour Sandra Régol. Bonjour. Vous êtes l'une des requérantes, vous êtes députée et vice-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée. Ça veut dire que les produits qui sont mis sur le marché en France, on ne sait pas ce qu'il y a dedans ?

0:32
Sandra Regol

Ça veut dire que ce qu'on dit, c'est qu'il y a une carence votive de l'Etat qui ne s'assure pas avant mis sur le marché, qui est une non-toxicité prouvée de ces produits. Et ce n'est pas un petit souci. Vous savez, on se débat encore avec le scandale du chlordécone qui a altéré durablement aux Antilles et à la santé des personnes et à la santé de la Terre. On est en plein sixième effondrement des espèces. Je veux dire que la biodiversité est très abîmée. Toute une partie de notre économie en dépend. Et malgré tout ça, malgré le réchauffement climatique, malgré la prise de conscience, c'est encore difficile de faire avancer sur ce sujet.

1:10
Présentateur

Mais aujourd'hui, qui fait les contrôles ? Quand un industriel veut lancer un nouveau produit, c'est lui-même qui fait des études et après il les présente à qui ? Comment ça se passe ?

1:18
Sandra Regol

Alors, il y a une présentation au niveau européen, mais là où il y a des lacunes, ce n'est pas sur les produits eux-mêmes, c'est sur ce qu'on appelle les effets cocktails. C'est-à-dire que quand vous avez plusieurs substances entre elles, qu'est-ce que ça produit ? Quand vous les épandez dans la nature, qu'est-ce que ça produit ?

1:32
Présentateur

Plusieurs molécules au sein du même produit, pas plusieurs pesticides. Ça peut être les deux.

1:37
Sandra Regol

L'effet cocktail, c'est quand on met plusieurs molécules ensemble, voir ce qu'elles produisent, et là-dessus, il y a peu de choses qui avancent.

1:44
Présentateur

Ça veut dire qu'aujourd'hui, on évalue un produit en fonction... On évalue la toxicité des molécules prises séparément, les unes indépendamment des autres.

1:51
Sandra Regol

Et puis surtout, ce produit, dans sa vie, j'ai envie de vous dire, pour simplifier très grossièrement les choses, donne sa vie en bouteille. Or, ce produit-là, il va être répandu partout, être en contact avec vous, être répandu à quelques centaines de mètres des maisons. Tout ça est très dangereux, on ne peut pas continuer à jouer avec la santé des gens ainsi. Qui définit ce qui est acceptable et ce que sont les normes aujourd'hui ? Alors, ce qu'il faudrait, c'est que les citoyennes et les citoyens puissent définir ce qui est acceptable, d'autant qu'on sait qu'il y a des alternatives pour nombre de pesticides.

Le problème qu'on a, c'est qu'on a une agriculture qui a été rendue dépendante de ces produits. Et à chaque fois qu'on essaye d'en sortir, on a une partie des exploitants agricoles qui disent non. Une autre partie qui dit, mais regardez, nous on arrive à faire ça. Et les citoyens au milieu qui sont un peu prisonniers, le devoir des pouvoirs publics, c'est de protéger la population.

2:38
Présentateur

C'est pour ça qu'on est mobilisés. Mais je vous repose la question, quand je vous demande qui définit, si est-ce que ça se fait au niveau européen ou au niveau français ? Qui dit, dans tel produit, il ne doit pas y avoir plus de temps de molécules, etc.

2:48
Sandra Regol

Alors, il y a des normes européennes, mais les pays sont aussi libres d'agir et de faire en sorte que ça avance.

2:53
Présentateur

C'est pour ça que vous attaquez l'État français ?

2:55
Sandra Regol

Il a une marge de manœuvre, même si les normes sont européennes ? Tout à fait. Vous voyez, l'actualité parle dans mon sens. C'est-à-dire que la tentative de réautorisation temporaire de glyphosate pour les betteraves, je ne dis pas de bêtises, c'est plus la glyphosate, vient d'être retoquée. Les néonicotinoïdes. Les néonicotinoïdes. Vous voyez, le matin, j'ai un peu de mal, il y a des fois à retrouver mes mots. A été retoquée au niveau européen, parce que non, ce n'est pas possible de les réintroduire maintenant. Donc, il y a double jeu. On a un devoir au niveau français, au niveau pays, et on a un devoir au niveau européen.

Il se trouve que chez les écologistes, on a toujours agi des deux côtés.

3:32
Présentateur

D'autant qu'il y a eu une décision de la Cour de justice de l'Union européenne, qui a dit que les tests qui étaient réclamés par les autorités sanitaires ne sauraient suffire à mener à bien cette vérification ? En gros, ce n'est pas suffisant, il faudrait des tests un peu plus complets, c'est ça ?

3:46
Sandra Regol

C'est ce qu'on demande depuis fort longtemps, des tests complets, un encadrement et surtout un accompagnement des paysans pour qu'ils puissent sortir enfin des pesticides. On aimerait, dans l'idéal, qu'en 2035, les pesticides soient une affaire ancienne et qu'on ait un corps paysan qui puisse travailler sans ces produits, avec des alternatives qui ont déjà été testées par des laboratoires. Donc, c'est possible.

4:09
Présentateur

Qu'est-ce qui manque pour le faire ? La volonté politique. Mais là, dans l'immédiat, ce que vous demandez à l'État, c'est avec les pesticides qui sont actuellement en vente, parce que j'ai bien compris que vous, vous n'en vouliez plus de pesticides, mais pour le moment, avec ceux qui sont en vente, c'est qu'on réévalue tous ceux qui sont en vente en France, à l'aune, justement, de ce problème de cocktails de molécules ?

4:26
Sandra Regol

On demande juste d'anticiper sur les conséquences qu'il y aura à court, à moyen et à long terme quand on les utilise. Vous voyez, comme je le dis, ça paraît très simple et pourtant, ça ne va pas de soi aujourd'hui.

4:37
Présentateur

C'est en soi un problème. Avant de déposer ce recours, donc aujourd'hui devant le Conseil d'État, vous avez déjà interpellé le gouvernement début octobre. Est-ce qu'il vous a répondu depuis ?

4:45
Sandra Regol

C'est parce qu'il n'y a pas eu de réponse que justement, maintenant, la procédure passe devant le Conseil d'État. C'est une procédure classique. Il y a un délai de quelques mois, deux mois de mémoire entre les deux. Et le problème, il est là aussi, c'est qu'on a un gouvernement qui fait la sourde oreille sur ces questions alors qu'il a déjà perdu plusieurs procès devant des juridictions françaises, européennes, qu'il est mis à l'amende régulièrement par la Commission également et pourtant, on continue comme si de rien n'était à regarder ailleurs pendant que la terre brûle. Ça commence à être un peu grossier.

5:16
Présentateur

Mais cet effet cocktail que vous dénoncez, est-ce qu'il est documenté d'un point de vue scientifique ? Est-ce qu'il y a des études qui ont été menées pour prouver qu'il y avait des risques liés à ce cocktail ou c'est juste une crainte que vous avez ?

5:26
Sandra Regol

Si on saisit comme ça, avec les associations et avec un dossier solide, c'est justement parce que tout ça est documenté. Donc oui, on connaît tout ça depuis de nombreuses années.

5:36
Présentateur

Est-ce qu'aujourd'hui, il y a d'autres pays européens parce que parmi nos voisins, il y en a qui ont réévalué les pesticides justement pour évaluer davantage ce risque ?

5:43
Sandra Regol

Alors malheureusement, la pression des lobbies dont c'est le métier de vendre ces pesticides est très forte. Ça a été dénoncé aussi plusieurs fois au niveau européen, au niveau français. À chaque fois qu'on tente d'en sortir, il y a toujours une petite échappatoire qui est trouvée. Il se trouve que pour faire face à ça, on se mobilise entre citoyens par des pétitions mais aussi au niveau parlementaire comme nous le faisons là.

6:07
Présentateur

Sandra Regol, une dernière chose sur un tout autre sujet. J'aimerais quand même avoir votre sentiment à propos d'une actualité qui date d'hier. Julien Bayou accusé de violences psychologiques par une ex-compagne. La cellule sur les violences sexuelles et sexistes de votre parti, LV, a pris la décision de clore son enquête. Alors elle explique qu'elle n'a pu mener à bien ses investigations car l'audition de la plaignante n'a pas eu lieu. Ça veut dire que ça y est, cette fois l'affaire est close. On n'en parle plus ?

6:31
Sandra Regol

C'est l'équivalent d'un non-lieu. On va dire que ça ne satisfait personne ni, je suppose, les plaignantes ni le mis en cause. Et je ne peux que le déplorer.

6:41
Présentateur

Julien Bayou, est-ce qu'il peut retrouver son poste de président des députés écologistes ? A l'époque, vous étiez d'accord pour qu'il se mette en retrait. Vous l'aviez dit que c'était nécessaire pour donner un signal aux femmes.

6:51
Sandra Regol

Oui, c'était nécessaire pour donner un signal quelle que soit la réalité des faits après. Mais personne n'a obligé Julien Bayou à prendre cette décision. C'est une décision qu'il a prise lui-même et en conscience. Donc aujourd'hui, nous avançons comme ça. Il est toujours député. Et il continuera à agir en conscience à l'avenir. Et nous continuerons à prendre les mesures qui s'imposent. Vous savez, c'est compliqué aujourd'hui pour des femmes de parler de ce qu'elles subissent. Donc nous, on a un devoir d'exemplarité. Quels que soient les faits, de dire chez nous, on prend en compte la parole des femmes et on la traite.

C'est pour ça que c'est très compliqué aujourd'hui d'arriver à cette espèce de non-lieu par défaut de parution des deux parties. Parce que quelque part, on n'a pas réussi à donner une réponse à ce qui s'est passé. Et tout le monde y est quelque part un petit peu perdant.

7:44
Présentateur

Et aujourd'hui, qu'ils puissent de nouveau parler au nom de votre parti parce qu'il était plutôt discret ces derniers temps. Et ça vous gêne ou pas ?

7:49
Sandra Regol

Alors, comme moi, Julien Bayou a fini son mandat en interne. Nous ne cumulons pas les mandats internes et externes chez nous. Et donc, nous parlons au nom du groupe écologiste NUPES de l'Assemblée nationale. Ce qui est fort intéressant,

8:03
Présentateur

mais très différent. Merci Sandra Rigol, députée et vice-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée. Merci d'avoir été au micro de France Inter ce matin.

Pesticides : "On ne peut pas continuer à jouer avec la vie des gens", estime Sandra Regol — Sandra Regol · Pourquijevote