Adéa Guillot : "La crise en République centrafricaine a concentré 1500 retombées presse, le mariage de Jeff Bezos 96000"
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« Ça fait dix ans que vous faites ce rapport, que vous publiez ce rapport. »
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« Cette année, on a été tristement étonnés de voir que les dix crises que nous documentons dans ce rapport ont concentré cette année environ 40 000 retombées presse. »
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« L'an dernier, le même rapport, les dix crises de l'époque, avaient concentré 89 000 retombées presse. »
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« Moitié moins. »
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« C'est une crise qui a concentré environ 1 500 retombées presse, alors que dans le même temps, sur la même année, le mariage de Jeff Bezos à Venise, c'était 96 000 retombées presse. »
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« Le mariage de Jeff Bezos à Venise, c'était 96 000 retombées presse. »
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« Derrière ces dix crises dont nous parlons dans ce rapport cette année, c'est 43 millions de personnes qui sont dans une urgence humanitaire absolue. »
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« On a beaucoup parlé de l'aide américaine qui a été complètement siphonnée par Donald Trump. »
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« C'est le contexte dans lequel ce rapport tombe. »
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« Aujourd'hui, on a une attaque idéologique contre ce que nous représentons, c'est-à-dire l'idée d'une société humaine où chaque vie se vaut. »
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« C'est d'abord USAID qui a sauté, c'est l'aide américaine qui était le premier grand bailleur mondial de l'aide humanitaire ou de l'aide au développement. »
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« En France, sur cette seule année, c'est moins 37% au budget lié à l'aide humanitaire et à l'aide au développement à l'international. »
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Il est 6h20. Le monde a-t-il oublié l'Afrique ? Ce continent concentre la grande majorité des crises humanitaires à cause de guerres ou de catastrophes climatiques. Des crises souvent passées sous silence et que l'ONG CARE s'efforce de mettre en lumière chaque année. Bonjour Adéa Guillaume. Bonjour. Vous êtes la porte-parole de CARE en France. Alors pour mesurer la visibilité de ces crises, vous prenez en compte leur traitement médiatique, le nombre d'articles en ligne et c'est de pire en pire. Ça fait dix ans que vous faites ce rapport, que vous publiez ce rapport. Et en 2025, le recul est historique.
Oui, c'est vrai. C'est l'un des enseignements de ce rapport. Cette année, on a été tristement étonnés de voir que les dix crises que nous documentons dans ce rapport ont concentré cette année environ 40 000 retombées presse. L'an dernier, le même rapport, les dix crises de l'époque, avaient concentré 89 000 retombées presse. Deux fois moins. Moitié moins.
C'était déjà pas beaucoup 90, mais à 40 000, il ne reste plus rien.
Non, et on s'interroge. Ça veut dire est-ce que les crises humanitaires intéressent encore ? Est-ce que cette question d'aider l'autre intéresse encore ?
Par exemple ? Il y a quoi ? La République centrafricaine, c'est celle qui est la... C'est en tête de notre classement.
Donc, c'est une crise qui a concentré environ 1 500 retombées presse, alors que dans le même temps, sur la même année, le mariage de Jeff Bezos à Venise, c'était 96 000 retombées presse. Donc, on voit un petit peu où sont nos priorités. Pourquoi sommes-nous indifférents ? Comment l'expliquez-vous ? Je pense que ça tient d'abord aux crises dont nous parlons. Ce rapport met en lumière, donc vous l'avez dit, la plupart des crises de ce rapport cette année sont en Afrique, mais en lumière des crises dites oubliées. Il y a une terminologie de la crise oubliée, et derrière ces crises, ce sont des crises souvent longues, et surtout multifactorielles.
Ce ne sont pas des crises impressionnantes, ce n'est pas un conflit brutal et soudain, ce n'est pas un tsunami qui ravagerait les côtes de manière soudaine. Ce sont des crises qui s'installent dans la longueur, dans la durée. Donc, il y a une lassitude, de notre part ? Moi, j'ai 48 ans. Je pense que je suis devenue adulte. On parlait déjà de l'Angola, on parlait déjà de la République centrafricaine. Ça veut dire que ça fait 30 ans qu'on en parle. Et ce sont des crises complexes ? Très complexes.
Ce n'est pas Manicain, ce n'est pas Poutine contre l'Ukraine. Ça, c'est simple, on en parle, on peut le raconter de façon très simple. Les crises, le Soudan ou d'autres crises, c'est très compliqué. Il y a des factions en interne. Ça participe aussi de l'invisibilisation ?
Oui, ce n'est pas Manicain, en effet. Mais les crises ukrainiennes ou palestiniennes ne sont pas des crises dont il ne faut pas parler. Mais ce sont des crises essentielles aussi, mais qui ont une donnée géopolitique tout à fait peut-être différente que les crises dont nous parlons, qui sont plus lointaines, en tout cas qui semblent plus lointaines, et qui s'installent dans la durée. C'est-à-dire que c'est à la fois le cumul de l'impact du changement climatique, qui ne se fait pas du jour au lendemain, ça c'est des impacts longs, de crises locales, des groupes armés hyper locaux, qui déstabilisent et qui pourtant génèrent des migrations hyper importantes à l'intérieur des pays-mêmes.
Donc voilà, on est dans ces causes imbriquées, finalement, qui nous paraissent lointaines, qui n'ont pas un intérêt géopolitique énorme aux yeux des Européens, en tout cas, mais qui créent réellement une instabilité extrêmement forte. Aujourd'hui, derrière ces dix crises dont nous parlons dans ce rapport cette année, c'est 43 millions de personnes qui sont dans une urgence humanitaire absolue. Ça veut dire quoi ? Qui ne mangent plus, qui ne vont plus à l'école, qui sont violets, pour les femmes, beaucoup qui sont victimes de violences sexuelles, notamment dans beaucoup de ces pays.
Et nous, on a à cœur, évidemment, de dire que chaque vie se vaut, et qu'il faut penser à eux, il faut absolument visibiliser ces crises. Est-ce que vous diriez qu'il y a une forme de racisme aussi ? Je ne veux pas le croire. Je ne veux pas le croire. Vous savez, une organisation comme la nôtre, à la base de nos convictions, c'est que toute vie humaine se vaut. Et non seulement ce sont nos convictions, mais moi, je le vérifie. Dans mon ONG, je m'occupe aussi de travailler à la générosité du grand public. Et le public est là, il nous soutient. Les peuples, je crois, se soutiennent.
Alors, on est dans un moment particulier de l'histoire de notre monde, où on aimerait certainement nous monter les uns contre les autres. Je pense qu'il faut résister à cette vision et à ce projet de société, et y résiter notamment par l'idée de la solidarité internationale.
Et vraiment, il est là, le soutien des peuples, comme vous dites, parce que cette sous-exposition médiatique, elle a des conséquences directes, finalement, sur la solidarité internationale. Nous, quand une crise est visibilisée, le soutien des peuples est là.
Vous le voyez tout de suite ? Ah bon, on le voit tout de suite. Je vous donne un exemple. Vous avez des dons qui arrivent, direct. Oui, je vais vous parler de Mayotte, par exemple, l'année dernière. Couverture médiatique importante, puisque département français, donc la sphère médiatique s'empare totalement de la crise. Moi, dans les 48 heures, j'ai reçu énormément de dons. La générosité s'est exprimée, des mails disant comment on peut aider, où est-ce qu'on donne, etc. Si une crise est passée sous silence, eh bien, la générosité ne peut pas se débloquer, puisque les gens n'en entendent tout simplement pas parler dans leur matinale ou ne le lisent pas dans leurs journaux.
Tout ça dans un contexte global, en plus de recul de la solidarité internationale. On a beaucoup parlé de l'aide américaine, qui a été complètement siphonnée par Donald Trump. Mais il n'y a pas que les États-Unis, il y a plein de pays, et la France aussi, notamment.
Oui, ça, c'est ce qui a changé beaucoup entre l'année dernière et aujourd'hui. C'est le contexte dans lequel ce rapport tombe. C'est-à-dire qu'il y a les crises oubliées, mais en plus, tout cela tombe dans un contexte tout à fait inédit, de recul tout à fait inédit, de l'idée même de solidarité internationale. Aujourd'hui, on a une attaque idéologique contre ce que nous représentons, c'est-à-dire l'idée d'une société humaine où chaque vie se vaut. Et dans le même temps, cela se concrétise par l'argent. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a près de la moitié, la moitié en un an, des fonds internationaux liés à l'aide humanitaire qui ont sauté.
Alors, vous l'avez dit, c'est d'abord USAID qui a sauté, c'est l'aide américaine qui était le premier grand bailleur mondial de l'aide humanitaire ou de l'aide au développement. Mais derrière, il y a une dizaine de pays européens, dont la France, qui ont fait sauter leur budget. En France, sur cette seule année, c'est moins 37% au budget lié à l'aide humanitaire et à l'aide au développement à l'international. Et pour inciter au don, ce que vous dites,
c'est qu'en fait, finalement, il ne faut presque pas montrer la misère, c'est maladroit ce que je dis, mais montrer les solutions, montrer ce qui est fait avec l'argent que vous récoltez, des solutions, du positif, montrer que l'aide, elle est utile.
Oui, parce que je pense qu'on a tous et toutes une fatigue aussi des crises. C'est très humain, moi-même, le matin, quand j'écoute la radio, quand je vous écoute, Mathilde, le matin, chez moi, parfois, je me dis, oh ! C'est normal. Or, je pense que nous, en tout cas, une ONG comme la nôtre, on travaille, notre business, c'est d'aider et c'est surtout d'inverser, en fait, ces tendances dramatiques pour les populations dont nous parlons. Et nous, ça marche. On a des cas concrets de choses où ça marche. Quoi, par exemple ? Par exemple, en Zambie, un des pays qui est au classement des 10 crises cette année, où le changement climatique a des impacts énormes sur les récoltes.
On va de sécheresse en inondation, d'inondation en sécheresse. Et donc, là, on intervient auprès des femmes, par exemple, pour les aider à adapter leur agriculture, à créer des jardins vivriers, à se créer une économie propre et des moyens de subsistance pour échapper à la domination, parfois masculine, qui s'exerce sur elle. Et on a des cas concrets. Ça marche. Voilà. Et je pense que si, collectivement, Média et ONG, nous racontions un petit peu mieux cette histoire positive, des gens qui se battent d'abord pour eux-mêmes, pour survivre eux-mêmes, qui ont besoin du petit coup de pouce. Nous, on est là pour le coup de pouce. C'est ça, la solidarité internationale.
Merci, Adéa Guillot, porte-parole de Caire en France. Merci d'être venue dans le 5-7. Présentez ce rapport annuel sur les crises humanitaires oubliées.