Filmer l’adolescence sous la chaleur des Landes
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Culture Bérangère Bonte A 8h50, le film sort aujourd'hui en salle La chaleur, c'est pour le moins d'actualité signé Stéphane Demoustier, ça démarre comme une chronique adolescente on saute dans la mer, on s'éclabousse dans un camping des Landes où il fait anormalement chaud première fausse piste, car on bascule vite dans ce genre du suspense puisque Marouane, 17 ans passe sa dernière journée au camping terrifiée à l'idée que le corps qu'il a enseveli la veille sur la plage réapparaisse au grand jour et c'est là que le film bascule à nouveau dans quoi Stéphane Demoustier bonjour, bascule dans vous diriez quoi ?
Moi je dirais que c'est le portrait d'un adolescent en arrière plan il y a un thriller mais c'est un thriller qui est un peu alangui par ce dérèglement dérèglement lié à la situation que vous avez décrite, dérèglement lié aussi à cette chaleur qui accable les uns et les autres donc il y a comme une porosité entre les états qu'éprouve le protagoniste et les états climatiques en quelque sorte, donc ce portrait d'un adolescent il est teinté d'une angoisse, d'une intranquillité qui est liée notamment à ce que cette jeunesse vit à savoir une situation politique une situation climatique aussi qui est particulièrement anxiogène Vous êtes parti du roman de Victor Gestin vous aviez adapté déjà La fille au bracelet puis L'inconnu de la Grande Arche d'après la Grande Arche de Laurent Cosset qu'est-ce qui vous a séduit chez Victor Gestin ?
Ce qui m'a séduit, c'est qu'il proposait le portrait d'un adolescent qui n'est pas nécessairement ultra volubile, extravagant comme on en voit souvent au cinéma mais qui, je trouve, était assez fidèle à l'expérience qu'on connaît tous de l'adolescence cette impression d'être un petit peu à côté du groupe de ne pas être tout à fait comme les autres et donc de sentir étranger aux autres c'est quelque chose que je pense que chacun a pu ressentir dans une certaine mesure à ces âges-là et il y a quelque chose d'intemporel dans ce sentiment-là que le livre saisissait bien doublé de ce que je disais très contemporain dans ce portrait d'adolescent et puis c'est un livre qui racontait une voix intérieure et puis c'était à moi de trouver les moyens cinématographiques avec un corps, avec un visage de retranscrire justement ces états intérieurs et le caractère très sensoriel et très sensuel de cette histoire Marouane en particulier vous dites film sur la jeunesse on peut le dire, film magnifique je le rajoute et sur les tourments et sur les questions est-ce qu'il faut avouer ses bêtises assumer ce qu'on est Marouane, il raconte quoi spécifiquement lui de cet âge-là ?
Il raconte que l'adolescence elle est passionnante et le cinéma l'a beaucoup documentée parce que c'est l'âge des premiers émoins c'est l'âge des prises de conscience aussi donc c'est un âge où on vit tout avec une intensité décuplée les premières émotions amoureuses les hormones sont en ébullition c'est l'âge des premières fois donc tout est vécu puissance 10 et avec une sincérité totale on est entre l'innocence de l'enfance et la prise de conscience de soi et du monde qui nous entoure et de son rapport aux autres voilà, le film raconte cette conversion le temps d'une journée dans un camping qui est un lieu d'insouciance totale comment lui il vit avec cette intranquillité ?
ce qui est assez fort c'est que la chaleur qui donne son nom au titre à la fois du film et du livre est presque un personnage qui fait écho à l'état d'esprit de ce garçon et de ce groupe d'ados et c'est pas des mots quand je dis ça il y a une espèce de torpeur qui est merveilleusement incarné par tous ces personnages mais il y a quelque chose de cet ordre là ?
ouais on a tourné en mettant les éléments je dirais en quelque sorte au coeur de nos dispositifs même de tournage parce qu'il y a une vraie porosité entre ce qu'éprouve Marouane et ce que les éléments nous montrent donc le dérèglement climatique va avec cet état d'entre-deux de glissement qu'éprouve Marouane d'instabilité ben voilà les états intérieurs du personnage rencontrent ceux de la météo donc il fallait qu'on joue avec ça et puis on a tourné dans les Landes dans un camping qui est au bord de la mer et c'est vrai que là-bas les éléments sont particulièrement prégnants la mer est puissante elle est aussi impétueuse que peut l'être l'adolescence avec les baïnes très dangereuses voilà le vent les baïnes constituent une immense menace donc on a tourné dans ces lieux où vraiment la prégnance de la nature est hyper forte et on a composé avec ça c'est vraiment une partie intégrante de la mise en scène et de la nature du film j'ai dit tout à l'heure que c'est un film sensoriel ça a passé par la restitution de tous ces éléments qui viennent heurter ou rencontrer ce qu'éprouve le personnage alors c'est pas un documentaire à forcerie pas un documentaire sur le réchauffement climatique mais dans le contexte de canicule à répétition qu'on vit en ce moment ça prend évidemment un sens aigu vous l'avez laissé entendre et je dis c'est pas un documentaire parce que quand même un peu quand même c'est à dire votre caméra a une façon de suivre ce grand échalat qui est un peu à la dérive Marouane qui sait pas trop s'il est en train de tomber amoureux ou pas et tout ça rappelle le documentaire là encore il y a une envie il y a un entre deux qui est très particulier non mais j'aime bien les films qui documentent des lieux ou qui documentent aussi des êtres et là ça documente dans une certaine mesure une génération j'ai demandé aux acteurs enfin qui sont pas des acteurs d'ailleurs qui sont alors j'allais y venir c'est pas des acteurs c'est des jeunes gens qui ont accepté de jouer dans le film alors certains prennent des cours de théâtre donc aimeraient bien jouer dans des films un jour mais ils ont jamais joué on les a jamais vus et puis celui qui joue Marouane qui s'appelle Adrien Hussain lui pour le coup je suis allé chercher il avait rien demandé à personne mais parce que sa nature m'intéressait ce qui m'intéressait c'était que le film parte de ce que sont les uns et les autres et c'est vrai qu'Adrien Hussain il a une forme de fragilité il a une forme de vulnérabilité qui moi me le rend touchant j'aime bien cet âge où on sait pas encore quoi faire de son corps j'aime bien cet âge où la voix est pas encore totalement en place tout ça ça crée en fait une vibration qui est très touchante qui est celle propre à l'adolescence qui est celle propre à cet âge là et je voulais que le film le restitue sans que le cinéma n'altère la nature des uns et des autres il fallait au contraire que le cinéma l'accueille, l'épouse et se nourrisse de ce qu'ils sont les uns et les autres vous avez vu ce qu'ils ont trouvé sur la plage ou quoi ?
non ils ont découvert le cadavre d'un chien qui est mort de chaud non mais c'est gare t'as pas de choses à raconter ça on est tous en train de devenir barjou les cléments avec la chaleur mais ouais frère nous aussi on va crever avec ce soleil à bout de toi t'es DJ du coup c'est ça ? t'as pas une tête de DJ j'avoue c'est vrai il a musicologue message à caractère personnel le petit Oscar est attendu à l'accueil par sa maman qui aimerait rien pour avoir repris ses ailes et à l'occasion sa pauvre maman elle le cherche partout alors qu'il doit juste être dans une meuf tranquille mais qu'est-ce que vous en savez qu'il est dans une meuf ? tu le sois où ?
j'en sais rien mais pas la peine de parler comme ça toi tu dis quoi ? toi tu le connais ou pas ? un peu comme tout le monde ah bah Julia je te le dis elle le connait un peu plus que tout le monde ta gueule tu penses qu'il est où là Oscar ? je sais pas donc il est dans une meuf au fond dans une meuf voilà on a une idée assez juste de cette atmosphère et pour le coup que plein d'ados connaissent et ont connu quand on a un âge plus avancé moi j'ai très envie de savoir comment on fait passer un casting pour ce genre de film et notamment pour chercher ce type de jeune homme qui dit pas grand chose qui a surtout une dégaine en fait comment on choisit une dégaine ?
bah le casting parce que vous leur avez pas donné de texte vous leur avez non au début on en donne plutôt des d'abord on commence par rencontrer les uns les autres et leur parler moi ce que je fais d'abord dans les castings ce que je demande parfois on voit beaucoup de monde donc c'est pas moi qui vois les gens la toute première fois mais ce que je demande toujours c'est d'avoir que la directrice de casting parle avec eux et d'avoir ces images là d'échanges et moi quand je les vois je commence par parler avec eux c'est là qu'ils vont parler naturellement qu'ils vont nous dire qui ils sont et en fait moi c'est ça ce qui m'intéresse en fait là je cherche pas des techniciens du jeu je cherche des natures je cherche donc des manières d'être des manières de se tenir sur sa chaise des manières de marcher et après le luxe d'un casting c'est que c'est très arbitraire je cherche pas quelqu'un qui va se conformer à mon scénario mais je vais chercher quelqu'un qui va au contraire l'augmenter ou l'enrichir d'un truc que j'avais pas forcément vu venir donc il s'agit d'être ouvert pour accueillir les personnes qui se présentent devant soi et voir qui peut augmenter le rôle quoi tout simplement donc voilà on continue d'écrire par le scénario on continue d'écrire quand on fait les repérages donc moi voilà j'attends ce moment avec impatience c'est un moment que j'adore le casting vous sauriez dire dans la chaleur précisément ce qui a bougé même des petites choses mais qui sont finalement assez fondamentales non mais ce qui a bougé par exemple et qui est fondamental c'est qu'il y a un bunker qui joue un rôle important dans le film qui est sur la plage et ça c'est en étant à Contis et en repérant ce camping que j'ai vu que sur la plage il y avait un bunker et moi j'avais besoin d'un lieu on le voit en tout début de film le personnage se rend coupable d'enterrer un corps et après il passe sa première journée au camping sa dernière journée pardon de vacances au camping avec le omnubilé par le fait qu'il y a un cadavre sur la plage et moi il me fallait un point de repère sur cette plage que j'avais pas trouvé au scénario dans le livre c'était pas un problème parce que c'était une pérégrination mentale mais là il fallait que visuellement on comprenne où est le cadavre et bien ce bunker qui était sur la plage a servi de repère ça devient une sorte de presque de tombeau ça figure ça ça apporte une puissance ça apporte une gravité et on a pu jouer avec ça ça devient un élément presque central de la composition de l'espace et de la charge symbolique du film et bien ça c'est un truc que j'ai trouvé sur place en préparant le film la chaleur qui est assez inclassable je sais que vous aimez bien ne pas être classé j'ai vu quand même que vous parliez de thriller en tong ça vous assumez ce terme là on le garde oui oui c'est crime et châtiment à la plage ça me va très bien Stéphane Desmoustiers c'est en salle donc aujourd'hui avec Adrien Hussein qui joue Marwan Tristan Richard personnage de Noé Martine Alamana pour Giulia merci beaucoup d'être passée par les matins d'été il va être 9h sur France Culture tout de suite la grande traversée cette semaine la joconde sort du silence série d'Olivier Tosseri et Julie Péressy et Julie Péressy
et Julie Péressy et Julie Péressy