Le prochain gouvernement ne pourra pas faire sans le RN ! - Julien Odoul (Public Sénat)
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Questions et réponses
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- 0:20FerméeRéponse directe
Est-ce que l'ensemble des députés du RN votera, quoi qu'il arrive, la censure cet après-midi ?
- 1:22OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il aurait fallu qu'il fasse pour que vous ne votiez pas la censure aujourd'hui ?
- 2:12RelanceRéponse partielle
Finalement, il a fait comme avec les autres groupes politiques, comme avec les LR, comme avec les macronistes.
- 2:23RelanceÉludée
Ça veut dire qu'avec vous, le dialogue et le compromis, c'est tout ou rien ?
- 3:20OuverteRéponse directe
Il y avait 60 milliards d'économies dans ce budget. Pour vous, ce n'était pas un effort suffisant ?
- 4:13RelanceRéponse directe
Mais sur l'aide médicale d'État, il a dit, on va baisser sensiblement la présentation de l'aide médicale d'État.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26Invité politiqueFait
« Oui, l'ensemble du groupe Rassemblement National de Marine Le Pen votera la censure. »
- 0:32Invité politiqueFait
« Et c'est vrai qu'hier, le discours un peu larmoyant de Michel Barnier faisait penser au capitaine du Titanic qui, voyant la iceberg, se dit que ça peut toujours passer et que le navire ne coulera jamais parce qu'il est insubmersible. »
- 0:51Invité politiqueFait
« Il n'a pas écouté les 11 millions d'électeurs du Rassemblement National. »
- 1:06Invité politiqueFait
« Rupture fiscale, rupture sociale, rupture sécuritaire, rupture migratoire. »
- 1:26Invité politiqueChiffre
« Nous avons fait des propositions, un contre-budget de 57 propositions. »
- 1:35Invité politiqueChiffre
« Sur ces 57 propositions, nous avons demandé qu'il en reprenne 10, nos 10 lignes rouges. »
- 1:51Invité politiqueFait
« Nous avons demandé la réduction des déficits publics. »
- 1:59Invité politiqueFait
« Nous avons demandé, par exemple, la suppression d'agences inutiles, la réduction du millefeuille territorial, l'arrêt de l'immigration guichet social. »
- 2:26Invité politiqueFait
« Non, ce n'est pas tout ou rien. Et nous l'avions dit depuis le départ. »
- 2:34Invité politiqueFait
« L'objectif n'était pas qu'il reprenne les 57 propositions du contre-budget du Rassemblement national. »
- 2:38Invité politiqueFait
« Nous avons demandé une mesure principale avec un amendement que nous avons déposé pour l'indexation des pensions de retraite sur l'inflation »
- 3:23Invité politiqueChiffre
« Il y a surtout 40 milliards d'impôts, de taxes, de prélèvements obligatoires supplémentaires qui étaient dans les cartons. »
- 4:03Invité politiqueFait
« Nous avons proposé des économies très claires, que ce soit sur l'immigration de guichet social, que ce soit sur la transformation de l'aide médicale d'État en aide médicale d'urgence. »
- 12:41Invité politiqueFait
« le prochain gouvernement ne pourra pas faire sans le Rassemblement national. »
Temps de parole
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Bonjour Julien Audoul, merci beaucoup d'être notre invité ce matin, vous êtes député de Lyon, porte-parole du Rassemblement National. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. Bonjour Auriane, bonjour Julien Audoul. Bonjour. On a entendu Michel Barnier hier soir, Julien Audoul, qui espère encore éviter la censure tout à l'heure. Est-ce que c'est un vœu pu? Est-ce que l'ensemble des députés du Rassemblement National votera, quoi qu'il arrive, la censure cet après-midi?
Oui, l'ensemble du groupe Rassemblement National de Marine Le Pen votera la censure. Et c'est vrai qu'hier, le discours un peu larmoyant de Michel Barnier faisait penser au capitaine du Titanic qui, voyant la iceberg, se dit que ça peut toujours passer et que le navire ne coulera jamais parce qu'il est insubmersible. Or, Michel Barnier, depuis plusieurs semaines, a fait de nombreuses erreurs. Il n'a pas écouté les 11 millions d'électeurs du Rassemblement National. Il n'a pas voulu entendre qu'il y avait besoin véritablement d'une rupture dans notre pays. Et cette rupture, elle a été exprimée par deux fois de la manière la plus éclatante au moment des européennes, au moment des législatives.
Rupture fiscale, rupture sociale, rupture sécuritaire, rupture migratoire. Et si on fait le compte et le bilan après ces près de trois mois de gestion Barnier, visiblement, il n'y a rien. Il n'y a pas cette rupture qui s'est attendue. C'est pour ça qu'il y a cette censure aujourd'hui.
Qu'est-ce qu'il aurait fallu qu'il fasse pour que vous ne votiez pas la censure aujourd'hui ?
Très clairement, nous, depuis le début, nous avons eu une attitude extrêmement constructive. Nous avons fait des propositions, un contre-budget de 57 propositions. Sur ces 57 propositions, nous avons demandé qu'il en reprenne 10, nos 10 lignes rouges. Nous avons demandé la réduction des déficits publics. Nous avons demandé que le gouvernement s'attaque enfin aux gaspillages qui sont faraminés dans notre pays. Nous avons demandé, par exemple, la suppression d'agences inutiles, la réduction du millefeuille territorial, l'arrêt de l'immigration guichet social. Tout cela n'a pas été entendu. Et au contraire, on a eu un budget de saignée fiscale, un budget de matraquage.
C'est-à-dire pire que ce qu'avait fait Emmanuel Macron par le passé, ce qui est totalement contraire aux intérêts et surtout aux demandes des Français.
Finalement, il a fait comme avec les autres groupes politiques, comme avec les LR, comme avec les macronistes. Il a accordé une des mesures que vous avez demandées. Est-ce que ça ne pouvait pas s'occuper ?
Là, il en a même accordé 3 sur 4. Pardon, Julien Doule, mais 3 sur 4. Ça veut dire qu'avec vous, le dialogue et le compromis, c'est tout ou rien ?
Non, ce n'est pas tout ou rien. Et nous l'avions dit depuis le départ. L'objectif n'était pas qu'il reprenne les 57 propositions du contre-budget du Rassemblement national. Non, mais là, vous avez 4 grandes vignes rouges. Il a dit oui à 3. Nous avons demandé une mesure principale avec un amendement que nous avons déposé pour l'indexation des pensions de retraite sur l'inflation, qui est une mesure de justice sociale. J'observe que M. Barnier a surtout renoncé à des augmentations qu'il allait lui-même infliger aux Français.
Donc il n'y a pas eu de réduction à la fois des déficits, pas de réduction des gaspillages, et il y avait des sanctions supplémentaires sur les Français qui sont déjà matraqués d'impôts. Quand on retire une mesure extrêmement brutale que l'on va infliger aux Français, excusez-moi, ce n'est pas un effort. Aujourd'hui, il faut que l'État fasse des efforts, et les efforts n'ont pas été faits dans les domaines fondamentaux de la réduction des déficits, de la réduction du train de vie de l'État.
Il y avait 60 milliards d'économies dans ce budget. Pour vous, ce n'était pas un effort suffisant ?
Il y a surtout 40 milliards d'impôts, de taxes, de prélèvements obligatoires supplémentaires qui étaient dans les cartons.
Et notamment sur les plus riches et sur les grandes entreprises. Qui, du coup, avec cette censure, ne seront plus mises à contribution.
Et pas seulement. Et aussi sur les TPE, PME, et aussi sur les automobilistes avec le malus automobile, et aussi sur les retraités. Donc ces 40 milliards supplémentaires qui allaient être, j'allais dire, imposés aux Français, alors que nous sommes déjà le peuple le plus matraqué fiscalement au monde, et paradoxalement, enfin paradoxalement en tout cas, et en même temps, il n'y avait pas du tout de politique de réduction des déficits. On le sait, aujourd'hui, il y a des économies à faire. Nous avons proposé des économies très claires, que ce soit sur l'immigration de guichet social, que ce soit sur la transformation de l'aide médicale d'État en aide médicale d'urgence.
On voit bien que le gouvernement...
– Mais sur l'aide médicale d'État, il a dit, on va baisser sensiblement la présentation de l'aide médicale d'État.
– Non, mais sensiblement, 100 millions sur 1 milliard d'eux, mais c'est une goutte d'eau. On a été baladés dans ce domaine-là, les Français ont été baladés, je le dis, 100 millions d'euros sur 1 milliard d'eux.
– Et bien, Julien Audoul, si Michel Barnier est censuré, il n'y aura pas du tout de modification du budget de la ME, par exemple. Donc c'est une petite défaite pour vous, quelque part ?
– Non, ce n'est pas une petite défaite. Je pense que c'est une victoire pour les Français. En tout cas, cette motion de censure, si elle passe tout à l'heure, est un bouclier pour les Français.
– Le maintien du budget de la ME, c'est une victoire pour les Français ?
– Non, je le dis, aujourd'hui, ce budget était du macronisme en pire. C'était une saignée fiscale, ça allait amoindrir le pouvoir d'achat des retraités, des entreprises, des Français qui travaillent. Et ça, nous ne pouvions l'accepter. Donc tout ce qui est contraire aux intérêts des Français et tout ce qui peut être épargné aux souffrances des Français est une bonne chose.
– Le budget précédent qui va être reconduit était aussi macroniste.
– Et le budget précédent, effectivement, était mauvais, mais il était moins pire. Force est de constater que la situation qui va être gelée avec la chute de ce gouvernement et avec le rejet de ce budget sera moins pire que celle qui était annoncée par la réplication de ce budget.
– Mais c'est-à-dire que le budget 2024, vous ne l'avez pas voté l'année dernière ? – Non. – Parce que du coup, ça a conduit à 49-3. Là, maintenant, vous allez voter le budget 2024 que vous avez rejeté l'année dernière ?
– Non, nous ne votons pas le budget 2024.
– Vous allez voter la loi spéciale ou pas ?
– Nous rejetons le budget 2025.
– Vous allez voter la loi spéciale derrière ?
– Nous rejetons le budget 2025. Et nous espérons que le prochain gouvernement, qui devra mettre sur la table et sur l'atelier une loi de finances rectificative pour 2025, nous espérons que ce gouvernement, et de toute façon, nous peserons pour ça, qu'il mette nos propositions sur la table et qu'il rectifie un certain nombre de choses, notamment l'indexation sur l'impôt sur le revenu.
– Mais du coup, la loi spéciale qui a reconduit le budget 2024, vous la votez ou pas ?
– Mais, encore une fois, le débat aujourd'hui, il est très clair, c'est sur cette loi de finances, déjà sur la sécurité sociale, qui était extrêmement mauvaise, et sur les mesures qui allaient être imposées aux Français, si ce budget allait être adopté. Donc, nous le rejetons, c'est l'objet de la motion de censure, deux volets, rejetés.
– Mais le prochain débat, il est, comment on fait pour que la France ait un budget ? – Mais la France aura toujours un budget. – Est-ce que vous allez voter la reconduction de ce budget 2024 ou pas ?
– La France aura toujours un budget, quoi qu'il arrive.
– Si vous ne votez pas la loi spéciale, ça va être plus compliqué.
Vous allez la voter ou pas ? – La France aura toujours un budget, parce que c'est le budget de l'année d'avant qui s'applique. Donc, il n'y a pas de débat sur le fait.
– Est-ce que vous avez pris une décision sur le vote ou pas de la loi spéciale, qui va arriver là très prochainement ?
Parce que votre groupe a pris une décision là-dessus. – Mais il n'y a pas de décision à prendre, déjà.
– Mais il va falloir voter ou ne pas voter.
– Déjà, nous votons cette motion de censure. Ensuite, il y aura la composition d'un nouveau gouvernement qui mettra sur la table et qui devra travailler à une loi de finances, qui devra entendre et changer de méthode avec les groupes d'opposition, et notamment le groupe de Marine Le Pen.
– Mais il n'y a pas aucune décision tant qu'il n'y a pas d'annonce concernant ce nouveau gouvernement. C'est ça que je comprends.
– Ah ben, nous ne prendrons déjà aucune décision tant que nous n'avons effectivement pas un nouveau gouvernement, et surtout pas une nouvelle stratégie, pas de nouvelle politique. – Mais sauf que là, le temps passe un peu pour le budget,
Julien Audeau. C'est-à-dire que ça se joue avant Noël, enfin avant le 31 décembre.
– Mais raison de plus.
– Donc la question, elle va se poser assez vite. – Mais pourquoi vous ne tranchez pas si vous votez la loi spéciale ou pas ?
– C'est ça qu'on ne comprend pas. – Il ne s'agit pas de trancher, déjà on prend les choses les unes après les autres. Déjà il y a cette motion de censure qu'il faut voter. Ensuite il y a donc la chute de ce gouvernement, et il y aura la nomination d'un nouveau gouvernement qu'on espère la plus rapide possible, parce qu'encore une fois c'est entre les mains de M. Macron.
– On va revenir juste sur la nomination de ce nouveau gouvernement, mais pour revenir sur la motion de censure, parce que vous l'avez entendu hier Michel Bernier, il fustige votre alliance avec l'extrême gauche. Ça ne vous pose pas de problème vous ?
– Mais il n'y a pas d'alliance avec l'extrême gauche. – Vous allez voter ensemble ? – Alors si on reprend un peu l'histoire récente, 2018 vous avez une motion de censure après l'affaire Benalla, qui est votée à la fois par les LR et par des députés de la France Insoumise. Je n'ai pas entendu que quelqu'un disait que finalement il y avait une alliance entre les LR et la France Insoumise. 2016, après la loi El Khomri, vous avez des députés socialistes, écologistes, qui votent la motion de censure qui est déposée par les LR et par le centre. Là aussi, il n'y avait pas d'alliance autour de cette motion de censure.
Et d'ailleurs, si on prend l'article 153 alinéa 3 du règlement de l'Assemblée nationale sur les motions de censure, qui dit que le texte est accessoire. En fait, la motion de censure peut être motivée ou non. C'est-à-dire que ce qui importe, ce n'est pas le texte qui rassemble, c'est l'objet de la motion de censure, c'est-à-dire la question qui est posée, est-ce qu'on soutient le gouvernement, oui ou non ?
Là, en l'occurrence, elle est motivée, et elle est motivée avec des arguments qui, visiblement, sont faits pour vous déplaire. Et notamment, le Premier ministre a décidé de céder à vos plus viles obsessions, dit le texte. Vous votez ça ? Ça ne vous pose pas de problème ?
Mais l'objet de la motion de censure, c'est de faire tomber le gouvernement. Ce n'est pas le texte, ce n'est pas l'alliance, ce n'est pas quoi que ce soit. Non, mais là, c'est la manière dont vous la voyez, Julien.
C'est-à-dire là, vous dites on vote la censure parce que Michel Barnier ne nous respecte pas, ne respecte pas nos 11 millions d'électeurs, dont actes. Et là, vous votez un texte de députés de gauche qui disent « Une large majorité de nos concitoyens a fait le choix de barrage à l'extrême droite. Le Premier ministre a cédé à leurs plus viles obsessions. » Et là, vous n'y voyez pas un manque de respect pour vos électeurs.
Ce n'est pas un texte des députés de gauche, il ne vous aura pas échappé que nous avons déposé également une motion de censure, dont j'aimerais peut-être que vous rappeliez le texte également. Et l'objet et l'objectif, c'est de protéger les Français d'un mauvais budget déplorable, qui est un budget de matraquage fiscal, et donc de faire tomber ce gouvernement.
Quitte à voter un texte qui vous critique.
Mais ce n'est pas la question, on se moque de ce texte, encore une fois. Si vous reprenez les textes des différentes motions de censure, qu'elles soient LR, qu'elles soient de gauche, qui ont été validées et votées par d'autres députés, d'autres groupes politiques, je ne pense pas qu'il y avait de débat. L'objectif est commun, c'est de faire tomber ce gouvernement. Et j'ajoute que ceux qui agitent ces peurs et ces caricatures sont les premiers responsables de cette situation, parce qu'eux ont fait une véritable alliance électorale avec la France insoumise, avec la gauche et l'extrême gauche, macroniste LR, au moment des législatives.
Il y a eu la composition d'un grand parti unique, qui allait de Gabriel Attal à Jean-Luc Mélenchon. Ils se sont désistés, ils ont voté pour les uns et pour les autres. Et très clairement, c'est ça qui est intolérable et qui est aujourd'hui à la source du blocage institutionnel et politique que nous rencontrons.
– Sur les conséquences de cette censure, Christelle.
– Oui, donc vous avez défendu, donc vous disiez, 10 points que vous auriez aimés que Michel Barnier accepte. C'est finalement un budget assez dépensier que vous avez défendu, qui vous rapproche un peu de la gauche. Est-ce qu'on peut dire ça ? Sur de nombreux points, vous avez défendu les choses en commun.
– Objectivement, je ne sais pas si vous avez lu nos propositions d'économie, qui sont extrêmement importantes, sur la fraude fiscale et sociale, sur la réduction des déficits, et notamment des gaspillages en termes de millefeuille territoriale, en termes d'agences en veux-tu, en voilà, en termes d'immigration. Il y a énormément de propositions d'économie qui sont faites, qui ne sont pas du tout celles de la gauche. Donc très clairement, ce sont les arguments…
– Mais qui sont un message du gouvernement, sur la réduction d'agences, sur la fraude fiscale ?
– Non, malheureusement, le gouvernement est passé totalement à côté. de cette volonté de réduire les déficits et de faire des économies. Les seules économies qu'il impose, c'est sur le pouvoir d'achat des Français, ce qui est intolérable.
– Mais est-ce que du coup, ce n'est pas vos électeurs, des classes moyennes, des classes populaires, qui vont payer la facture de cette censure ?
– Ah non, nos électeurs, au contraire, sont protégés par cette censure. Ils sont protégés d'un budget qui allait, une nouvelle fois, faire peser le prix de l'incompétence et de l'incurie des politiques qui ont été menées sur leur pouvoir d'achat.
– D'accord, mais là, qu'est-ce que vous dites aux 18 millions de Français qu'ils vont payer plus d'impôts alors que vous dites défenseurs du pouvoir d'achat ?
– Ils ne vont pas payer plus d'impôts, puisque, je vous le dis, les mesures pour l'indexation de l'impôt sur le revenu seront étudiées et nous pèseront lors des prochains débats sur une loi de finances rectificative, c'est-à-dire début d'année 2025.
– Pardon, mais pour peser, il faut un gouvernement, il faut une majorité qui vote une loi de finances, on n'y est pas.
– Ah, mais encore une fois, les événements actuels montrent qu'il faut changer de méthode et le prochain gouvernement ne pourra pas faire sans le Rassemblement national. C'est peut-être l'enseignement, en fait, de cette séquence.
– C'est-à-dire que vous censurez un prochain gouvernement qui n'irait pas dans votre sens ? C'est ça que vous êtes en train de dire ?
– Nous peserons comme nous l'avons toujours fait. Vous savez, nous, nous sommes des pragmatiques. Nous avons laissé sa chance au gouvernement Barnier. Nous ne l'avons pas censuré a priori comme le Nouveau Front Populaire qui, immédiatement avant qu'il ne travaille, voulait le faire tomber. Nous avons dit, si nous avons des politiques, si nous avons des éléments qui vont aller dans le sens de l'intérêt national, nous allons le soutenir. Nous allons prendre tout ce qu'il faut pour l'intérêt des Français. Or, on a bien vu que ça allait être pire, donc c'est pour ça qu'il y a cette censure.
– Donc là, qu'est-ce que vous avez que le prochain gouvernement, il va discuter avec vous ? Parce que, par exemple, la gauche, elle dit, on ne négociera jamais avec l'extrême droite.
– Alors, premièrement, il n'y aura pas de gouvernement de gauche, comme vous le savez, puisque nous le censurerions immédiatement. Donc la gauche peut dire ce qu'elle veut. Et ensuite, le prochain gouvernement…
– Vous censuriez immédiatement Bernard Cazeneuve, par exemple ?
– Oui, il n'y aura pas de gouvernement de gauche.
– Quelle que soit la personnalité de gauche ?
– Pas de gouvernement du Nouveau Front Populaire, ça c'était une ligne rouge.
– Non mais sans que ce soit Nouveau Front Populaire, Bernard Cazeneuve n'est pas Nouveau Front Populaire, vous le censureriez aussi ?
– Alors, M. Cazeneuve aurait un gouvernement de gauche avec une politique de gauche qui serait une politique totalement contraire aux aspirations des Français. Et ce n'est pas la volonté, encore une fois, d'une majorité qui veut moins d'impôts, moins de taxes, plus de sécurité.
– En Raphaël Glucksmann, vous censuriez aussi ?
– Mais Raphaël Glucksmann est une caricature de gauchiste. Raphaël Glucksmann, excusez-moi. Si les seules mesures, c'est taxer les automobilistes, infliger des sanctions aux agriculteurs, et puis à la rigueur reconnaître un État de Palestine qui serait dirigé par le Hamas, je pense que les Français attendent autre chose.
– Donc pas de gouvernement de gauche, ça veut dire que ce sera un gouvernement soit LR, soit Emmanuel Macron, donc ça va être un barnibis. Quel est l'intérêt de faire tomber Barnier pour avoir un barnibis ?
– Mais quelle que soit la personne, vous savez, je pense que si la gauche avait proposé le même budget que M. Barnier, les mêmes 40 milliards de fiscalité supplémentaire d'impôts, de charges, de taxes, si M. Barnier avait été un homme de gauche, je pense que les macronistes et les LR auraient hurlé et auraient appelé à la censure. Donc vous savez, peu importe le casting, c'est l'objectif qui compte.
– Ce n'est pas peu importe le casting, parce que la dernière fois, par exemple, Xavier Bertrand, vous l'avez censuré juste niveau casting. C'était parce que c'était Xavier Bertrand.
– C'était par rapport au mépris qu'il avait pour nos électeurs. – Donc là, vous ferez la même chose, parce que son nom circule encore. – On a 11 millions d'électeurs, il ne devait pas être insulté. Vous savez, quand M. Bertrand, en fait, passe sa vie, matin, midi et soir, à insulter les électeurs du RN, il aurait été intolérable qu'il soit à Matignon.
– Mais alors ce serait quoi le bon profil pour vous à Matignon ?
– Mais le bon profil, c'est quelqu'un qui nous écoute, quelqu'un qui écoute les 11 millions d'électeurs du RN et qui comprenne que le RN est au centre du jeu politique et que le RN a des propositions qui méritent d'être entendues, reprises et étudiées.
– Est-ce que ce soir à 20h, vous direz, nous, c'est Jordan Bardella à Matignon ou rien ?
– Mais Jordan Bardella sera Premier ministre quand Marine Le Pen sera présidente de la République.
– Donc vous ne demanderez pas qu'il soit Premier ministre ce soir ?
– Ou si nous gagnons des élections législatives anticipées dans quelques mois, quand le calendrier nous le permettra.
– Donc ce soir, vous ne demanderez pas Bardella à Matignon ?
– Mais Jordan Bardella l'a très bien dit au moment des législatives dernières, il ne veut pas mettre Premier ministre sur une carte de visite s'il n'a pas de majorité pour mettre en place une politique. Ça sert à quoi, en fait, et on le voit bien, d'être au gouvernement si on n'a pas une majorité qui vous permet de changer le quotidien des Français et d'être en proie à une motion de censure immédiate ?
– Vous demandez que soit nommé à Matignon un Premier ministre qui vous écoute mais qui ne soit pas Rassemblement national ? Je suis bien votre pensée ?
– Nous demandons…
– Ce serait plus logique d'avoir un Premier ministre Rassemblement national ?
– Pour qu'il soit censuré dans les 10 minutes ?
– Que vous seriez incapable de me composer une majorité, par exemple, avec LR ?
– Ça n'aurait aucun sens, vous le voyez bien, au-delà du choix et du casting du gouvernement, ce qui compte, c'est l'assise parlementaire, c'est la majorité qui permet de soutenir un gouvernement.
– Excusez-moi, mais M. Barnier, qui a une assise parlementaire extrêmement réduite, a réussi à composer une majorité. – Extrêmement réduite, d'autant plus… – Vous qui avez une assise parlementaire plus importante, vous n'arriveriez pas à constituer une majorité ?
– Non mais d'autant plus que M. Barnier, il faut quand même redire les choses, a été totalement lâché et trahi par les partis et les groupes qui composent son gouvernement, que ce soit le parti de M. Wauquiez ou que ce soit le parti de M. Attal, qui ont déserté les débats budgétaires et qui ont surtout pesé pour qu'ils ne reprennent pas des propositions du Rassemblement national. Je pense à M. Attal, qui a une lourde responsabilité aujourd'hui dans la motion de censure par son mépris et par son sectarisme qui est coutumier d'ailleurs.
– Mais juste, ça serait… Est-ce que par exemple Bruno Retailleau à Matignon, ça vous dirait ?
– Mais qu'est-ce que ça changerait encore une fois ? Ce n'est pas le casting qui compte. Quand je vois d'ailleurs les outrances de M. Retailleau hier avec des parallèles scandaleux compte tenu surtout du passif de son parti politique qui n'a jamais fait barrage à la France insoumise, loin s'en faut, dont la plupart d'ailleurs des cadres, M. Wauquiez principalement a été élu grâce aux voix de gauche et de la France insoumise qui n'ont jamais rejeté ces accords infâmes, M. Retailleau ou Tartampion en fait ne changerait rien si la politique ne change pas, si la méthode ne change pas, si nos électeurs ne sont pas respectés dans les faits par les propositions qui sont reprises.
– Donc il faut un Premier ministre du socle commun mais qui applique le programme du RN.
– Non mais ça c'est l'équation que doit résoudre M. Macron et encore une fois, le blocage, nous le savions, il n'y a pas de majorité, donc on ne va pas inventer une majorité qui ne va pas tomber du ciel.
– Est-ce qu'elle est possible à résoudre cette équation ? Est-ce que vous n'êtes pas en train de créer une situation dans laquelle aucune solution ne peut être apportée ?
– Ah c'est M. Macron qui l'a créé cette situation, excusez-moi. – Oui mais aujourd'hui on est dans une situation… – Il a jeté la grenade dans les jambes pour voir comment tout le monde allait réagir.
– Et là en gros vous dites, quel que soit le futur Premier ministre, on le censurera si je suis à votre propos.
– Ah non, pas quel que soit le Premier ministre. On n'a pas censuré M. Barnier a priori quand il a été nommé, même s'il représentait à peine 6% des électeurs.
– Non mais vous lui demandez d'appliquer votre programme.
– Ah ben excusez-moi, nous sommes le premier groupe d'opposition, le premier groupe à l'Assemblée, nous sommes le premier parti de France, il est normal que nos 11 millions d'électeurs soient un petit peu respectés et entendus. Il est normal que nos idées qui sont majoritaires dans le pays soient retenues par un gouvernement qui n'a pas de majorité à l'Assemblée ou dans le pays.
– Est-ce que ça veut dire que sans revendiquer Matignon, vous accepteriez que des ministres par exemple rentrent dans ce futur gouvernement ?
– Ah mais nous ne sommes pas dans les castings.
– Mais ce n'est pas une histoire de castings, c'est une histoire de mieux défendre vos idées quand on est en poste que quand on est dans l'opposition.
– Écoutez, une politique du Rassemblement national, un cap du Rassemblement national sera mené par une majorité du Rassemblement national. Et c'est pour ça que nous appelons les Français à rester mobilisés et à préparer l'alternance prochaine avec Jordan Bardella à Matignon et Marine Le Pen à l'Élysée.
– Il y a quand même, alors on a parlé tout à l'heure des Français qui vont payer plus d'impôts, mais les agriculteurs aussi vont être les perdants de cette censure puisque du coup les retraites ne seront pas, pardon, revalorisées, la mesure va tomber. Les agriculteurs, ce sont aussi une partie de vos électeurs. Qu'est-ce que vous leur dites ?
– Les agriculteurs ne seront pas les perdants de cette séquence.
– Ah ben comment ? C'est-à-dire qu'il n'y aura pas de projet de loi agricole en janvier au Sénat, les retraites ne seront pas revalorisées ?
– Ils ne seront pas les perdants parce que les mesures justement pour la transmission, notamment pour les retraites, seront intégrées dans la loi de finances rectificative. Et encore une fois, le prochain gouvernement va se mettre tout de suite au travail. Nous, en tant que groupe principal de l'Assemblée nationale, nous sommes au travail et nous ferons valoir nos propositions pour les agriculteurs. Donc que les agriculteurs se rassurent et je les invite à ne pas écouter les directions syndicales, macronisées jusqu'à la moelle, qui relaient des éléments de langage, la FNSEA bien évidemment.
– Mais vous savez très bien qu'en fait, c'est des éléments de langage. – Bien sûr que si. – Ce soir, les textes ont…
– Bien sûr que si, c'est des éléments de langage. – C'est une histoire de calendrier à la loi. – Que les sauterelles vont s'abattre, que les eaux vont se retirer, que le PSG va perdre la Ligue des champions. Là, c'est déjà fait, ça arrive tout le temps. Mais très clairement, il faut arrêter avec cette politique de la peur, cette stratégie de la peur. La situation de l'année dernière sera moins pire que la situation qui allait être celle du seuil de Gébardi.
– C'est-à-dire que les mesures sur les agriculteurs, elles étaient dans des textes qui vont tomber ce soir. Le projet de loi d'orientation agricole, il devait être examiné au Sénat mi-janvier. Du coup, il sera probablement décalé, puisqu'il y aura des textes budgétaires à examiner. Donc ça va avoir des conséquences.
– Non, je le dis, ça n'aura pas de conséquences. Ça n'aura pas de conséquences, puisque les mesures en faveur des agriculteurs sont intégrées dans la prochaine loi de finances rectificative.
– Qu'il faudra encore voter, mais on en a déjà parlé. Emmanuel Macron hier, il a…
– Si elle va dans le bon sens, vous la voteront.
– Et bien voilà, donc vous la voterez.
– Mais si, encore une fois, nous sommes pragmatiques, si ça va dans le bon sens, si, encore une fois, il y a des avancées notables pour le pouvoir d'achat des Français, pour les agriculteurs notamment, et si des amendements que nous proposons sont repris, nous, nous sommes pragmatiques.
– Emmanuel Macron hier soir, il a exclu de démissionner. Il a dit qu'il sera là, qu'il exercera ses fonctions jusqu'à la dernière minute. Qu'en dites-vous ?
– C'est le choix du président de la République. Nous n'avons pas interféré dans sa décision s'il souhaite se maintenir, s'il souhaite démissionner.
– Donc vous n'appelez pas sa démission ?
– Non, on n'appelle pas sa démission. Nous constatons et puis nous rappelons qu'il a, dans sa boîte à outils, pour reprendre une formule hollandienne, trois leviers pour résoudre une crise politique. Il y en a un qu'il a actionné, c'était la dissolution de l'Assemblée nationale. Il a le référendum qu'il n'a jamais voulu actionner. Et puis il a aussi la démission qui avait été actionnée par le général de Gaulle en 1969.
– Sans lui demander quoi que ce soit, est-ce que vous pensez qu'il serait plus sain aujourd'hui, considérant le contexte politique qu'il démissionne ?
– La situation politique est bloquée, j'allais dire, depuis quelques mois, mais surtout depuis sept ans. Ça fait sept ans que nous enchaînons les crises économiques, sociales, que notre pays part à la dérive. M. Macron, effectivement, a une lourde responsabilité, personnelle et politique, dans cette situation.
– Est-ce que vous pensez que son départ a saigné la situation politique ?
– C'est à lui de prendre, encore une fois, cette décision. – Oui, c'est ça, il faut avoir un avis sur la question. – C'est pas à nous de l'orienter. Écoutez, s'il part demain, je ne vais pas pleurer. Et je pense que des millions de Français ne vont pas pleurer. Pour autant, c'est la décision souveraine du président de la République.
– Merci Gilles Rodol. – Merci d'avoir été notre invité.
Julien Odoul