Proche Orient, élections européennes, Jean-Luc Mélenchon... Manon Aubry est l'invitée du 19 avril 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Place à la politique avec les 4V. Cyril Graziani, vous recevez ce matin Manon Aubry, tête de liste LFI aux élections européennes. Bonjour à tous les deux. Manon Aubry, bonjour. Cette nuit, Israël aurait riposté en frappant des cibles iraniennes sur son territoire. L'escalade semble se poursuivre. Est-ce qu'elle vous inquiète ?
Oui, elle m'inquiète terriblement. C'est l'escalade que l'on craignait, un risque d'embrasement de l'ensemble de la région, de riposte en riposte, de réplique en réplique. Aujourd'hui, c'est toute la région qui est menacée. Et le rôle de la France et de l'Union européenne doit être de vrai à la désescalade. Y compris les États-Unis, d'ailleurs, ont appelé Israël à ne pas répliquer après l'attaque d'abord d'Israël du consulat iranien et puis la réplique d'Iran en Israël avec l'envoi de centaines de drones et de missiles.
Ce n'est pas la légitime défense de la part d'Israël qui a été attaqué sur son territoire la semaine dernière.
Et puis, l'Iran a été attaqué puisque son consulat a été attaqué par Israël. Et vous voyez le risque du œil pour œil, d'un pour d'un. Jusqu'où ça va aller ? On va massacrer une région entière ? On va aller d'escalade en escalade, y compris face à une puissance nucléaire ? C'est quoi la finalité ? Je pense qu'aujourd'hui, il faut savoir garder son sang-froid.
Il faut que l'ensemble des diplomaties internationales œuvrent à la désescalade, œuvrent à trouver une issue pacifique dans la région et puis œuvrent aussi à résoudre le conflit israélo-palestinien qui est une des sources du désordre dans la région et à mettre fin au carnage qui est en cours encore dans la bande de Gaza avec plus de 30 000 morts et avec autant d'enfants morts en 4 mois qu'en 4 ans dans l'ensemble des conflits internationaux. 30 000 morts selon les chiffres palestiniens. Mais on n'a pas d'autres chiffres.
En France, le groupe Renaissance a déposé à l'Assemblée une proposition de résolution visant à condamner l'oppression des femmes iraniennes et à appeler à l'inscription des gardiens de la révolution iranienne sur la liste des organisations terroristes de la France et de l'UE. Vous y souscrivez ?
Ils sont déjà sur plusieurs listes. Après, vous savez, je n'ai aucune sympathie pour le régime iranien. On l'a sans cesse dénoncé, critiqué. Ce n'est absolument pas un régime démocratique. Ils le torturent les opposants. Donc tout signe diplomatique est utile. Maintenant, je pense que la priorité de la France, de nouveau, doit être de vrai à la désescalade parce que c'est la vie de civils qui est en danger.
Alors Jean-Luc Mélenchon, hier, a pu tenir sa conférence à Lille sur la Palestine après deux annulations. Il l'a tenu sur une place. Il a réussi à faire un meeting sur une place. Ce qu'il a mis le feu aux poudres, c'est un logo à poser au bas de l'affiche, une carte d'Israël colorée en rouge sur fond vert où il est écrit « Libre Palestine ». Vous vous êtes senti empêché ces deux derniers jours de pouvoir mener cette conférence ?
Je ne sais pas si on mesure bien le seuil qui vient d'être franchi. Est-il impossible aujourd'hui dans notre pays, en France, qu'une opposition politique participe à des conférences dans des universités et organise des meetings politiques ? Attendez, mais ce qui devrait choquer d'abord n'importe quel démocrate de ce pays est que l'opposition ne puisse pas organiser des meetings politiques. Dans des universités ? Mais qui plus est en campagne électorale ? Mais dans des universités ? Mais Raphaël Glucksmann était à Sciences Po pas plus tard que ce lundi. Des députés de la majorité ont participé dans cette université de Lille à des conférences.
Mais pas sur un thème, pas sur le thème de « Libération de la Palestine ».
Il est interdit de parler de la Palestine dans notre pays. Rendez-vous bien compte le seuil qui vient d'être franchi aujourd'hui. Suffit-il de menacer des événements politiques pour obtenir leur interdiction ? Moi, j'en appelle aujourd'hui à la responsabilité du ministre de l'Intérieur. Si le préfet a pris cette décision, Gérald Darmanin ne peut pas ne pas être au courant, voire Emmanuel Macron. Il faudra sans doute une enquête.
Il a appelé Emmanuel Macron, considérant que tous les débats devaient se tenir si les valeurs de la République sont respectées.
Juste après que le préfet qui est sous les ordres du ministre de l'Intérieur, donc de son gouvernement, vienne d'interdire une conférence politique, je pense que n'importe qui, peu importe que vous soyez d'accord avec nous ou pas, moi je défendrai toujours la liberté de ne pas être d'accord avec moi. Mais là, tous les démocrates de ce pays doivent se réveiller ce matin en se disant « Est-il encore possible d'organiser des meetings politiques dans notre pays ? » Et je pense que la réponse politique doit être à la hauteur, quels que soient les désaccords que l'on puisse avoir avec nous. Et le président de la République doit réagir.
Il ne doit pas seulement dire « Oui, chacun peut s'exprimer » quand une réunion politique vient d'être interdite, qui plus est, en campagne politique.
Pour revenir à Jean-Luc Mélenchon, il prend beaucoup la lumière dans cette campagne. C'est lui la tête de liste ?
Vous avez face à vous une tête de liste qui mène la campagne. J'étais en meeting à Montpellier le week-end dernier avec plus de 1000 personnes. Je serai en meeting à Strasbourg le 23 avril prochain, le 30 avril à Grenoble. Et nous menons la campagne avec toutes les forces de notre mouvement. Et c'est la chance que nous avons. Et je suis fière que Jean-Luc Mélenchon nous soutienne, comme l'ensemble du groupe de la France Insoumise, comme d'ailleurs aussi des personnalités de la NUPES. J'ai sur ma liste, par exemple, Damien Carem, député écologiste.
J'ai lancé un coordinateur de génération du parti de Benoît Hamon pour ensemble essayer de proposer une alternative au duo qui nous est présenté entre Marine Le Pen et Jordan Bardella d'un côté et Emmanuel Macron de l'autre. Nous ne sommes pas condamnés à le subir. Nous ne sommes pas condamnés à subir leur malheur social. Et nous allons nous battre, notamment pour mettre un sujet à l'agenda de cette campagne politique qui est l'explosion des prix. Moi, je me bats pour le blocage des prix des produits de première nécessité.
Dans les sondages, le RN caracole en tête. Et pourtant, ces dernières semaines, il semblerait que votre adversaire soit à gauche, Raphaël Glucksmann, à roue sur Glucksmann ?
Vous savez, mon premier adversaire, c'est d'abord l'extrême droite qui a plus de 30% dans le pays.
Ça ne se voit pas trop ces dernières semaines.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je me bats et je continue à me battre sur le programme de la NUPES.
Justement, la NUPES, le Parti Socialiste fait partie de la NUPES.
Il a toujours refusé précisément Raphaël Glucksmann et c'est le désaccord que j'ai avec lui. Nous avons fait une alliance il y a deux ans qui nous a permis de faire élire 151 députés, qui nous a permis à la gauche d'espérer la conquête du pouvoir. Et vous voyez, pendant que nous, nous sommes occupés à préparer l'après-Macron, manifestement, lui est occupé à revenir à l'avant-Macron avec François Hollande. Et je ne suis pas sûre que dans le pays, il y ait une grande envie du retour de François Hollande en politique.
Vous considérez que voter Glucksmann, c'est voter Hollande, comme l'ont dit certains de vos camarades ?
François Hollande soutient ouvertement la liste de M. Glucksmann, tout comme l'ensemble de la sphère du hollandisme. Donc oui, c'est un fait. Aujourd'hui, c'est la carte François Hollande qui est sortie pour cette campagne. Et en tout cas, ce n'est pas la mienne. Je crois qu'on est nombreux dans ma génération à s'être engagés en politique, précisément face à l'échec de la gauche, l'échec de François Hollande, que je ne souhaite pas renouveler.
Une photo a mis le feu aux poudres cette semaine. C'est celle d'Emmanuel Macron s'affichant mercredi soir avec la candidate renaissance, Valérie Ayers. Le président qui entre en campagne dans ces européennes, c'est quelque chose de logique, non ?
Le problème, c'est qu'il le fait avec les moyens de l'État. Le tweet dont vous parlez, avec la vidéo dont vous parlez, où il dit qu'on a une bonne candidate en lui tapant sur l'épaule, il l'est fait depuis le compte de l'Élysée. Ça s'appelle un dévoiement des moyens de l'État. Et en fait, c'est tout simplement illégal. Donc aujourd'hui, nous allons saisir la Commission nationale des comptes de campagne pour l'interroger sur ce tweet qui d'ailleurs a été supprimé depuis par le compte de l'Élysée, qui démontre qu'ils ont commis une faute. Mais nous allons plus loin.
Le président de la République doit faire un discours la semaine prochaine, son discours de la Sorbonne bis, qui va marquer de facto son entrée en campagne. Je pose la question, est-ce que son temps de parole va être décompté du temps de campagne de Valérie Ayé par l'ARCOM ? Et deuxième question, est-ce que les moyens qui seront utilisés pour organiser cette conférence seront décomptés des comptes de campagne ? En 2019, exactement la même chose s'était passée. Et la Commission nationale des comptes de campagne avait retranché ses frais de la campagne de Nathalie Loiseau. Et moi, je pose une question. Est-ce qu'il y a une candidate officielle de la part de la République dans notre pays ?
Eh bien, dans un cadre démocratique, il ne doit pas y avoir de candidate officielle. Nous devons être tous à égalité. Mais vous le voyez bien, si les moyens de l'État sont utilisés par le président de la République pour faire campagne pour sa candidate, il y a un problème d'équité. Et quand vous rajoutez à cela le fait que dans le même temps, des meetings politiques de l'opposition soient interdits, alors il y a un problème démocratique manifeste, raison pour laquelle nous saisissons aujourd'hui la Commission nationale des comptes de campagne.
Merci beaucoup.
Merci à vous. Merci beaucoup à tous les deux.
On va marquer une courte pause et on revient vers sur juste après. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Manon Aubry