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interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 23 mai 2026 19 min

Penélope Cruz "très émue" après sa standing ovation au Festival de Cannes pour le film "La Bola Negra"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous avons l'honneur et le bonheur de recevoir une immense actrice. Elle a reçu le prix d'interprétation à Cannes pour Volver de Pedro Almodovar. C'était il y a 20 ans Oscar de la meilleure actrice pour Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen. Et elle est de nouveau à Cannes pour un film formidable, La Bola Negra de Javier Calvo et Javier Ambrosi. Un film notamment produit par Pedro Almodovar, un film puissant, pictural, organique où elle irradie un film qu'on a adoré avec la participation exceptionnelle de Pénélope Cruz comme c'est écrit au générique. Bonjour Pénélope Cruz.

0:43
Invité

Hello, bonjour, ça va ?

0:44
Présentateur

Bonjour. Ça va bien et d'autant mieux que vous êtes avec nous en duplex depuis Cannes. C'était jeudi soir, Pénélope, lors de la projection du film, vous étiez au premier rang de cette magnifique salle du Palais des Festivals. 20 minutes de standing ovation, c'est rare, très rare au Festival de Cannes. Qu'est-ce que vous avez ressenti tout simplement en voyant cet accueil extrêmement enthousiaste et ému ?

1:11
Invité

Je sens beaucoup d'émotions parce que j'aime beaucoup les films et j'aime beaucoup les ravis. Ils sont incroyables. Je suis très émotionnelle.

1:26
Présentateur

Oui.

1:27
Invité

Oui. J'ai dû en fait prendre un petit moment après la projection car je ne pouvais pas m'empêcher de pleurer pendant une heure. Il y avait une grande fête, on voulait fêter cette réussite au Palais, mais j'ai dû prendre un petit peu de temps, me retrouver seule, car j'ai été tellement émue par le film qui est tellement puissant.

1:52
Présentateur

Et on le comprend et c'est un film qui nous a émus. Alors pour ceux qui ne sont pas à Cannes, Los Ravis, ce sont justement ce duo de réalisateurs, Javier Calvo et Javier Ambrosi. Il y a une sorte de movida du cinéma espagnol à Cannes. Vous y avez été il y a quelques années et vous avez été récompensé. Trois longs métrages de réalisateurs espagnols en compétition. C'est une nouvelle movida ?

2:18
Invité

Eh bien, ce serait magnifique s'il y avait le début d'une nouvelle movida. Ce serait très nécessaire d'ailleurs. Je pense que nous tous, nous sommes ravis d'être ici tous ensemble. Ça représente beaucoup de choses pour le cinéma espagnol. Aussi, j'adore cette camaraderie qu'on a ressentie pendant ce festival avec tous ces films espagnols, ces trois films. Beaucoup de générosité, une véritable célébration de la réussite de ces trois films présents ici. Et également, les films qui ne sont pas en compétition, car il y a deux autres réalisateurs présents ici à Cannes. Un court-métrage et un long-métrage hors compétition. Donc c'est une année formidable pour le cinéma espagnol.

3:14
Présentateur

C'est formidable de voir la vitalité du cinéma espagnol. Et je le disais, con la participation exceptionnelle de Penélope Cruz, avec la participation exceptionnelle de Penélope Cruz, qu'on peut lire au début du film. Le film, ce sont trois histoires qui s'entremêlent. 1932, 1937, 2017. Trois destins d'hommes auxquels on interdit de s'aimer librement. Et vous, Penélope, vous incarnez une danseuse de cabaret en pleine guerre civile espagnole. Vous êtes littéralement envoûtante. On vous voit en robe blanche avec un boa. On vous voit en tenue militaire au milieu de soldats de l'armée de Franco. Qu'est-ce qui vous a donné envie de, tout simplement, d'accepter ce rôle ?

3:57
Invité

Je pense que le personnage est magique. Le film est magique. Le film est très puissant. Il crée des liens entre les générations. Qu'il s'agisse des jeunes ou des moins jeunes, pour les jeunes, ce film va vraiment les inspirer. Les jeunes vont beaucoup apprendre sur l'histoire de notre pays, aussi l'histoire du monde. Et ils vont être inspirés autrement qu'en lisant des livres à l'école. Je pense que c'est magnifique de lire. J'adore la lecture. Mais pour ces jeunes générations, pour les adolescents, pour les gens qui ont 20 ans maintenant, un film comme celui-ci montre un autre aspect de notre histoire, montre une voix très différente.

Car, en fait, on n'est pas en train de dicter aux jeunes ce qu'il faut penser. Dans ce film, au contraire, on peut s'inspirer, trouver une belle inspiration grâce à sa poésie. Il y a quelque chose de très réel. On peut prendre ses propres décisions. Quand ça se passe dans un film, ça devient autre chose qu'un film. C'est véritablement une révolution. Je ne parle pas, bien entendu. En fait, le film va bien au-delà des partis politiques. Il nous rappelle que nous sommes tous ici, sur cette même planète, et qu'au lieu de le comprendre et de trouver des solutions, il faut accepter que nous sommes tous citoyens de cette même terre, on a l'impression qu'on fait exactement le contraire.

Et ce film nous rappelle que si on poursuit ainsi, si on continue, on n'arrivera pas à gérer la situation. Il faut se rendre compte que nous partageons tous cette même terre. Le film est très profond dans ce sens-là, et les réalisateurs sont très jeunes, mais très vieux en même temps.

6:08
Locuteur non identifié

Alors, votre personnage nénée, chanteuse de cabaret et prostituée, elle a une discussion avec un jeune soldat franquiste qui est amoureux en secret d'un républicain. Et elle lui dit, tu sais ce que j'ai appris ? Que le travestissement, c'est le rêve de tous les possibles, et la guerre, c'est tout le contraire. Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça parle aussi de cinéma, ça ?

6:29
Invité

Oui, tous ces personnages mènent des vies où ils ne peuvent pas être ce qu'ils sont, ils ne peuvent pas dire qu'ils sont, même pas vis-à-vis de leur propre famille. Et certains d'entre eux encourt le danger de mourir s'ils disent qui ils sont et ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux-mêmes. L'art peut sauver tous ces personnages. Et c'est pour cela que j'aime tellement Nene Romero, mon personnage, car elle devient une sorte de fenêtre. Elle montre un nombre infini de possibilités, la liberté. Et quand elle fait ses numéros, quand elle parle de ce qui se passe à Madrid, on a l'impression de voir un ange.

Ce garçon se dit qu'un autre être humain est en train de lui dire qu'il y a d'autres possibilités. On peut devenir soi-même ailleurs, mais l'art, c'est le seul moyen, c'est la seule façon de permettre à ces personnages de survivre.

7:39
Présentateur

Et ça vaut aussi pour une actrice, le travestissement, se travestir, c'est ce qui rend tout possible ?

7:47
Invité

Eh bien, pour moi, j'ai pu exprimer tellement d'émotions différentes. J'ai pu dire des choses que je n'oserais peut-être pas dire à ma thérapeute. C'est difficile de tout dire, de tout exprimer. Quand on joue un personnage, on peut exprimer toutes sortes d'émotions et ça aide. C'est très salutaire. Bien entendu, ça peut être très thérapeutique. Ce n'est pas pour cela que j'ai choisi ma profession, que j'ai choisi justement de devenir actrice, mais ça peut être très thérapeutique. Et souvent, je me dis que si je n'avais pas cette profession,

8:30
Locuteur non identifié

je serais complètement folle. Il y a quelque chose d'intéressant, c'est que la Bola Negra, ça raconte le destin de trois hommes homosexuels qui cherchent à vivre leurs différences dans un contexte de guerre. Mais il y a aussi beaucoup de films à Cannes qui mettaient en scène cette année des histoires d'amour queer ou homosexuel. Est-ce que, Penelope Cruz, les stéréotypes de genre sont en train de tomber dans le cinéma espagnol et le cinéma en général ?

8:54
Invité

Oui, le cinéma français aussi. Il me semble que c'est vrai du monde entier. C'est normal de raconter ces histoires, ces récits. Nous devons montrer ce qui se passe dans la vie réelle. Quelqu'un aujourd'hui m'a posé la question. Eh bien, c'est intéressant. En l'espace de deux jours, on a vu trois films où les personnages principaux sont des hommes homosexuels. Qu'est-ce que vous en pensez ? J'ai répondu, je pense que je serai très heureuse le jour où on n'a plus besoin de poser cette question. Le jour où on n'a pas l'air de dire que ce n'est pas normal. C'est comme lorsqu'on vous demande il y a plus de femmes au festival que l'an dernier.

Eh bien, ça aussi, il faut arriver à une vraie égalité qui n'existe pas encore. D'où la question d'en tellement d'entretien. Car ce n'est toujours pas une réalité. Ce n'est pas quelque chose qui soit évident.

10:00
Présentateur

Il y a quelque chose de très fort que vous avez dit, Pénélope Cruz, dans notre entretien. Un film qui est plus qu'un film. C'est le cas de la boule noire. C'est un roman inachevé d'un immense écrivain et poète espagnol, Federico Garcia Lorca. Son homosexualité, il a été obligé de la cacher. C'est vrai qu'il a été arrêté. Il a été assassiné par les nationalistes franquistes. Cette figure, elle est présente comme si elle avait été oubliée quasiment. C'est ce que disait l'un des réalisateurs, Ravi Calvo. C'était important de la faire ressurgir du passé, retrouver Lorca, le remettre dans la lumière.

10:39
Invité

Oui. Il y a beaucoup de personnes qui sont obsédées par Federico Garcia Lorca, y compris moi-même. Je l'ai découvert quand j'étais adolescente, quand j'étudiais le théâtre. Je regardais de près, je lisais beaucoup d'œuvres de Garcia Lorca. Mon professeur m'a permis de le faire. Son travail m'a toujours fascinée dans mon pays. À l'heure actuelle et depuis quelques années maintenant, il est toujours présent. Il est très respecté. On en parle beaucoup de Lorca, mais il est mort d'une manière épouvantable. C'était un génie. Il s'est fait assassiner. Et ce génie n'a pas pu être lui-même. Par contre, il a inspiré beaucoup de personnes. Il y a quelque chose de très spirituel chez lui.

C'est un personnage tellement important. Et je ne parle pas de religion. Il y a quelque chose de très spirituel dans tout ce qu'il a écrit. C'était un être humain tellement incroyable en même temps. À l'heure actuelle, en Espagne, mon ami, l'acteur et l'écrivain, Juan Diego Boto, il a écrit il y a quelques années Une nuit sans lune. Et il a gagné un prix pour ce qu'il avait écrit. Et il parle de Lorca. C'est la meilleure chose que j'ai vue au théâtre. Et Garcia Lorca a écrit des choses incroyables, mais Noce et Sin Luna c'est absolument merveilleux. Les gens l'ont adoré. Beaucoup de jeunes avaient lu Lorca à l'école quand on est obligé de le faire.

Et beaucoup de gens, grâce à cette pièce et à ce film, ont pu recréer un lien avec Lorca.

12:33
Présentateur

Et son art, l'art de Lorca permet de servir de passerelle entre les générations. Vous-même, vous lisez beaucoup Pénélope et Cruz. Vous lisez de la poésie ?

12:42
Invité

Parfois. Mais si je vous avoue ce que je lis le plus, vous serez surpris. Surprenez-nous. J'ai un passe-temps. J'ai un vrai passe-temps depuis une dizaine d'années maintenant. Je lis énormément de livres de médecine tous les soirs. Et oui, tout le monde est surpris parce que ça n'a rien à voir avec ma profession. mais je pense qu'on a plusieurs vies. Et dans une vie passée, j'ai dû être médecin ou chercheur. Je n'ai pas pu terminer ce travail. Quand j'étais jeune fille, j'injectais les poupées avec de l'insuline en utilisant la seringue qu'utilisait ma grand-mère. Et je jouais à être médecin. Je le faisais depuis que je suis jeune fille.

Et depuis quelques années maintenant, j'étudie le système endocrinien.

13:38
Présentateur

Ah, c'est génial.

13:41
Invité

C'est le système le plus complexe qui existe dans notre corps. Et j'adore. C'est mon passe-temps. Il y a des gens qui jouent au kart. Il y en a d'autres qui jouent au golf ou qui vont boire un verre. Moi, j'étudie la médecine.

13:53
Locuteur non identifié

Il y a votre hobby et puis il y a votre métier d'actrice dans ce film qui est produit entre autres par un réalisateur qui vous a fait énormément tourner et avec qui vous êtes très complice. C'est Pedro Almodovar. Est-ce qu'il y a une forme d'héritage entre le producteur Almodovar et Javier Calvo et Javier Ambrosi, les deux jeunes réalisateurs ? Oui.

14:14
Invité

Il y a un très étroit car ils admirent énormément Pedro comme moi d'ailleurs. Presque autant que moi. On pourrait faire un petit concours pour voir qui admire le plus Pedro. Et ils connaissent tout de lui, de sa carrière. Ils connaissent justement les scénarios, les textes comme moi. On a beaucoup de respect pour Pedro. On en parle énormément. Il fait partie de ma vie. Il m'a beaucoup inspirée. Je l'ai vu hier et avant-hier d'ailleurs. Et c'est quelqu'un que j'adore. Il m'a tellement donné. Il a ouvert tellement de portes pour moi.

14:54
Locuteur non identifié

Et qu'est-ce que vous retrouvez dans ce film qui vous fait penser à Pedro Almodovar ? À part le fait qu'à un moment, on parle de lui parce qu'en 2017, des jeunes gens doivent retrouver un personnage dans un jeu et que ce personnage c'est Pedro Almodovar. Qu'est-ce que vous retrouvez de son âme et de ce qui peut inspirer ?

15:10
Invité

Oui. Il y a cette profondeur dans la relation entre tous ces personnages. Il y a aussi la structure du scénario, tous ces récits qui s'entremêlent et qui ont quelque chose en commun. C'est un récit très ambitieux et très unique avec un point de vue qui visuellement est également unique et très courageux. Pedro, là aussi, visuellement, si on voit une image et on sait tout de suite si c'est une image tournée par Pedro et ces deux réalisateurs ont une identité extrêmement spécifique. Le sens de l'humour, ils ont beaucoup d'humour également.

Malgré la différence des générations, ils ont le même sens de l'humour avec Pablo lorsqu'il rentre épuisé de son voyage, il veut dormir et il y a une fête où les fêtards doivent deviner des noms et la fille dit non, si tu veux dormir, on va partir puis elle joue tous en les glaçons. Donc, c'est faux, elle ne va jamais partir, elle s'en fout qu'il soit fatigué ou pas. Et pour moi, c'était tellement drôle et c'est 100% l'humour d'Almodovar. Ils ont ce même sens de l'humour. Ce n'est pas qu'ils l'imitent, c'est qu'ils l'ont ce sens de l'humour et j'adore.

16:34
Présentateur

Et vous êtes rentré dans le monde d'Almodovar, on n'imagine pas le monde d'Almodovar sans vous. La bola negra, la boule noire, c'est un film qui parle du silence, Pénélope Cruz, de ce que l'on ne peut pas dire. Vous-même, vous avez joué plusieurs rôles de femme qui portent l'indicible, la grossesse qu'on ne peut pas dire dans Madres Parallelas, les douleurs enfouies dans Volver. Il y a cette citation « Se taire et brûler de l'intérieur est la pire des punitions qu'on puisse s'infliger. » C'est une phrase du poète Garcia Lorca. « Se taire, ça consomme, » Pénélope Cruz ?

17:12
Invité

Oui, absolument. Et pour tout le monde, pas seulement les femmes, mais les femmes dans le monde actuel, dans tellement d'endroits, sont réduites au silence. dans tous les sens du terme, elles peuvent en mourir si elles parlent. Donc, bien sûr, on ne peut pas vivre ainsi s'il n'y a pas du tout de liberté. Je ne sais pas. C'est trop fréquent dans tellement d'endroits dans le monde. Les femmes n'ont pas le droit de parler. Quand on me dit « Ah, est-ce que... » vous pensez que les choses changent dans le monde pour les femmes ? Enfin, pensez-vous qu'il y a un changement ? Et je me dis « Oui, dans mon industrie, les choses bougent lentement.

Il y a plein de choses sur lesquelles il faut continuer de travailler. » Mais regardez les femmes en Iran, par exemple, dans tellement d'endroits un peu partout dans le monde. Tant de femmes sont réduites au silence. Elles vivent une sorte de supplice au quotidien. Lorsqu'on me pose ce type de question, je me sens très égoïste. si je ne réponds que pour notre industrie ou mon pays, il faut voir la situation dans le monde. Il faut viser le respect et une égalité entre hommes et femmes. Et là, il faut encore avancer. Nous espérons qu'un jour, ça deviendra réalité.

18:46
Présentateur

Bien sûr. C'est un combat et c'est vrai que c'est un combat que vous portez. Et merci pour ces mots extrêmement forts, Penelope Cruz. Merci aussi pour ce film La boule noire qu'on a hâte de voir au cinéma. On imagine que le mot de compétition, on l'évacue de son cerveau. Mais c'est vrai qu'il est souvent cité parmi les favoris pour La Palme. C'est tout ce qu'on vous souhaite. Merci infiniment Penelope Cruz d'avoir été l'invité de France Inter. Et merci à Sarah Combette pour la traduction. On vous souhaite une très belle journée sur La Croisette.

19:18
Invité

Merci, toi aussi. Merci beaucoup. Merci.