François Kalfon - L'interview politique du 24/11/25
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7h45 sur Radio J. Bon Réveil, place à l'invité politique de David Rovodalone. Il reçoit ce matin François Calfon. Bonjour à tous les deux. Bonjour. Bonjour François Calfon, vous êtes député européen PS. On va bien sûr parler de la situation politique nationale, mais un mot d'abord sur l'international, le plan américain du président Trump. Le président américain a fixé à l'Ukraine la date de jeudi comme date butoir pour l'accepter. Et je vais citer François Hollande qui a été interrogé par nos confrères du monde. Ce plan, ouvrez les guillemets, réduit l'Europe au rang de spectatrices assiégées. Pour Trump, notre continent est fini, il n'est plus dans le jeu.
Il ajoute, ce qui est très inquiétant, c'est que l'Europe n'a pas d'incarnation politique. Vous êtes d'accord ?
Déjà ce plan, c'est d'abord un plan, ce n'est pas un plan américain, c'est un plan russe. Et le sujet, c'est celui de l'Ukraine et des Ukrainiens qui, je le rappelle ici, ont été les agresser. Mais le sujet, c'est l'Europe, car c'est la guerre en Europe. Et les attaques russes dans la guerre hybride sont permanentes. Il n'y a pas un service public, pas un système de transport qui ne soit pas attaqué. Et donc, la capitulation d'Ukraine, si tel devait être le cas, c'était une Pax Russia, serait une capitulation européenne. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec François Hollande. C'est normal qu'il ait un prisme d'État-nation, puisque quand même, il n'y a sans doute pas d'incarnation.
Mais c'est au chef d'État et gouvernement de l'aide, mais il y a un plan de réarmement de 850 milliards d'euros. Et l'Europe, les bailleurs de fonds européens, ont plus financé, plus soutenu l'Ukraine que les États-Unis. Et ils sont d'ailleurs en train de, même si c'est dans la douleur, comme toujours en Europe, de progressivement remplacer les Américains.
Vous parliez de capitulation. Est-ce que finalement, sous la pression, les États-Unis menacent de stopper toute aide militaire, de couper le renseignement, comme il l'avait déjà fait il y a quelques mois ? Est-ce que Volodymyr Zelensky ne va pas être obligé d'accepter cette capitulation ?
Je crois que non. Maintenant, je ne lis pas dans le mar de café. Simplement, ça doit être une invitation, pour aller dans le prolongement de votre question, à un réarmement européen extrêmement fort. Je pourrais reprendre, non pas à mon compte, mais l'alerte qui a été sonnée par le chef d'État-major des armées a été certes anxiogène, mais a compris la hauteur des enjeux. Je suis au Parlement européen rapporteur sur la loi spatiale européenne qui va nous permettre de recouvrir notre souveraineté, en matière civile, mais aussi en matière militaire. L'esprit de Valmy, comme aurait dit Jean-Pierre Chevènement, l'esprit de défense, doit nous remplir.
Car maintenant, oui, c'est une nouvelle, à travers ce faux plan de paix de Donald Trump, ce sont les Européens eux-mêmes qui doivent se défendre.
Alors, vous siégez à Bruxelles, vu de la capitale belge, vu des institutions européennes, la France coincée dans une situation politique inextricable, ne commence-t-elle pas à perdre en crédibilité vis-à-vis des partenaires européens ?
Alors, nous ne sommes pas les seuls à être dans des situations inextricables. C'est vrai. Il faut aussi, quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console, suivant le vieil adage. Mais bien sûr que tout cela est problématique, l'absence d'incarnation française est problématique. Mais moi, je ne fais pas partie des cassandres. Je pense qu'une élection présidentielle, d'ailleurs, il faudrait peut-être remettre en cause ce primat de l'élection présidentielle, va nous redonner un cap et une incarnation, nous en avons besoin.
Alors, on va parler des grandes opérations en vue de la mer, de toutes les batailles, la bataille présidentielle. Mais d'abord, votre regard sur les difficultés, les très difficiles discussions sur le budget aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Il a été rejeté vendredi soir par les députés. Et plus généralement, comment vous jugez ce blocage total qui caractérise notre situation parlementaire ?
Qui, autour de cette table, et plus largement, dit tout comprendre la procédure parlementaire française ? Lève le doigt.
Nicolas Raffal, peut-être ?
En fait, c'est assez incompréhensible. Mais ce que je vois, avec l'œil que j'ai de Français et aussi d'Européens, c'est qu'en l'été, la fabrique du compromis, c'est-à-dire la capacité des forces politiques à se parler, avance, avance dans la douleur. Et que nous sommes dans ce moment de retrait en première lecture, mais finalement, la photo finit, si j'ose dire, aura lieu dans le retour du texte à l'Assemblée nationale. Et je crois qu'il est possible de sortir avec un budget, même s'il est préjudiciable qu'il n'y ait pas une procédure plus rapide. Nous sommes en tripartition, donc il n'y aura plus, comme dans le temps jadis, une majorité claire, une minorité claire.
Il faut donc faire avec, apprendre le compromis.
Alors, vous regrettez le fait qu'il n'y ait pas de procédure plus rapide, mais ce sont quand même les socialistes qui ont dit qu'ils ne voulaient pas du 49-3. Et ça aurait été un moyen, à la fois, de faire rentrer dans ce budget les revendications qui ont été accordées par le gouvernement, et d'aller plus rapidement.
Oui, mais enfin, la culture du compromis, les discussions, les amendements ont permis quand même d'obtenir pour les Français la suspension de la réforme des retraites, qui a été rejetée par 80% des Français, ont permis aussi que les efforts, finalement, ne soient pas le plus demandés à ceux qui ont le moins, mais qu'il puisse y avoir un effort de solidarité. Dans la douleur, et dans, je dois le dire, c'est vrai, une sorte d'impression, d'invention fiscale. Mais après tout, tous les amendements posés, puisque chacun, maintenant, veut avoir sa minute de notoriété. Son quart d'heure warholien. Son quart d'heure warholien donne l'impression d'une surenchère.
Il faut qu'à un moment donné, chacun revienne à un compromis acceptable et lisible pour les Français.
Mais est-ce que sur la surenchère, vos camarades socialistes n'ont pas été un peu trop gourmands ? Ils ont obtenu l'abandon du 49-3, la suspension de la réforme des retraites, le renoncement au gel des pensions de retraite et des minima sociaux. On pourrait aussi en ajouter quelques-unes. Concessions sur le dégel, des prestations sociales, une revalorisation de l'objectif national des dépenses d'assurance maladie, augmentation de la CSG sur le patrimoine financier. C'est déjà pas mal, non ?
C'est un inventaire, non pas à la prévère, mais à la revodalonne. Non, ce qu'il faut retenir, c'est les choses finalement très simples. L'effort de solidarité doit porter sur celles et ceux qui en ont le plus les moyens. Et bien sûr qu'il faut faire des économies. De ce point de vue-là, il faudrait faire des économies structurelles qui seront dans le débat présidentiel. Mais on a épargné un certain nombre de... Alors je le dis ce matin, parce qu'on ne le dit jamais assez, vous ne l'avez pas cité d'ailleurs, par un amendement Philippe Brun, on a baissé la fiscalité sur les PME, parce qu'on dit que nous serions comme ça anti-entreprise.
Nous sommes pour les entreprises qui travaillent sur le territoire national et à qui c'est vrai, on demande souvent trop.
Alors imaginons le scénario catastrophe, pour le gouvernement bien sûr, une censure, une chute de M. Lecornu et une dissolution. Est-ce que ce serait une bonne solution ? Est-ce que ce n'est pas le moment pour le Parti Socialiste en particulier ?
Ce n'est pas pour le Parti Socialiste, c'est pour les Français. Vous venez de me poser une question, il n'y a pas plus tard qu'à 4 minutes, sur le caractère illisible de la politique française. Je crois qu'il faut aller dans une sorte de compromis au rendez-vous majeur qu'est l'élection présidentielle et il y aura une clarification. Et à ce moment-là, je souhaite fort que nous ayons une offre politique claire et attractive pour les Français.
Alors, puisque vous parlez de la présidentielle, vous me fournissez une habile transition. Quelques sondages, plusieurs sondages vont donner vos camarades socialistes à la peine. Olivier Faure, François Hollande, plafonne, grosso modo, autour de 6%. Jean-Luc Mélenchon, lui, est toujours à 12, voire 13%. Et puis le seul à gauche, jusqu'ici, à faire jeu égal avec Mélenchon, c'était Raphaël Glucksmann, 12 ou 13%. Est-ce que ce serait un bon candidat pour la gauche sociale démocrate ?
Je le fréquente à Bruxelles. Je vois à quel point, contrairement à l'image, parce que le mur du son a du mal à passer jusqu'à Bruxelles. C'est un homme qui a un empattement politique large. Il est rentré en politique par une forme d'indignation salutaire sur le cas d'un certain nombre de minorités. On pense aux Ouïghours. C'est un homme qui a pris la mesure de la situation internationale, qui est investi sur des rapports qui visent au réarmement de l'Europe. Je pense au rapport Édipe, qui permet à l'Europe de se réarmer dans la souveraineté. Il a une vision claire, finalement, des enjeux internationaux. Et je l'ai entendu ce week-end à Lyon.
C'est un homme aussi qui est tout à fait investi dans le réarmement industriel et le fait que la France ne soit pas comme ça, n'accepte pas son déclin. Mais ça n'est pas le seul. Et pourquoi la situation de son agir est ce qu'elle est ? C'est parce qu'il faut que les socialistes et la gauche de gouvernement formulent un projet. Typiquement, la question des retraites ne peut pas être simplement vue à l'aune du curseur des mesures d'âge. C'est incompréhensible. Il y a un problème démographique qui est tout à fait clair. Aujourd'hui, ce sont les actifs qui payent pour les pensionnés. Il y a de moins en moins d'actifs. Cela suppose d'être imaginatif.
Par exemple, nous avions, Lionel Jospin avait, c'était un homme clairvoyant, avait créé un fonds de réserve des retraites qui était une sorte de fonds de capitalisation publique géré par les partenaires sociaux. C'est une piste. Par exemple, il faut que les robots, que l'intelligence artificielle qui ne cotise pas sur le travail alors qu'elle supprime l'emploi des travailleurs, soient mis en contribution pour financer notre protection sociale. Pourquoi je vous dis ça que je suis un peu long ? Parce qu'effectivement, si les socialistes, c'est ressortir les vieilles lunes et proposer aux Français, ça fait 4-5%.
Si les socialistes, c'est s'adapter au projet de demain avec le paradigme de demain, alors nous avons une capacité d'attraction. Et je reviens à Raphaël Glucksmann. Selon sa propre expression, Glucksmann est capable d'aimanter un public qui spontanément ne se retrouve pas dans la gauche traditionnelle. Et c'est un atout. C'est votre candidat ? Ce sera ce que nous proposons. Nous avons proposé à Lyon ce week-end autour d'Hélène Geoffroy, qui est une fédération de la gauche de gouvernement, dans laquelle il y a Bernard Cazeneuve, dans laquelle il y a François Hollande, dans laquelle il y a Carole Delga, dans laquelle il y a Guillaume Lacroix et bien sûr Raphaël Glucksmann.
The right man, the right woman at the right moment. C'est ça qu'il faudra.
Alors, il y a la proposition de Lyon, mais le problème, François Cazen, c'est qu'il y a eu aussi la proposition de Bagneux. Cette fois, c'était Olivier Faure, Marine Tondelier, François Ruffin et quelques autres. Ça veut dire qu'il y a quand même deux branches, deux directions. Comment on va faire pour réguler cette compétition ? Parce que tous ceux qu'on cite, ou presque, ils sont candidats. Est-ce qu'il faut une primaire ? Est-ce qu'il faut une désignation par les sondages ?
Alors, regardons un tout petit peu dans le passé. Un passé récent, il y a eu un congrès du Parti Socialiste, une aile social-démocrate, que je représente ce matin ici. Une aile plus traditionnelle, j'ai envie de dire. Représentée par Olivier Faure, on peut dire. Oui, représentée par Olivier Faure. Et j'ai envie de dire que cette aile, c'est celle qui était a priori pour la censure, actuellement. Et puis, elle a pris notre orientation politique, parce que c'est notre ADN. Donc, j'ai toute confiance dans le fait que les socialistes viennent sur leur propre offre politique, parce que c'est de là qu'est le chemin.
À un moment donné, il va falloir qu'on raisonne autrement que dans la politique traditionnelle. Quelle est la formule politique pour éviter, finalement, une élection comme un plébiscite de M. Bardella à l'élection présidentielle ? Est-ce qu'on pense que c'est depuis Bagneux, entre Mme Autain, pour qui j'ai de l'amitié, M. Corbière, qu'on aura la formule pour aller contre M. Bardella ? Ou est-ce qu'on pense, comme je le pense, qu'il faut réunir les gauches, ceux qui y sont restés, mais ceux aussi qui sont partis, qui ont cru à l'illusion, on en a parlé ce matin de... De Wolfgang Amadeus Macron. De M. Macron, d'ailleurs, qui croit encore à cette illusion.
Je vois revenir à nous, un certain nombre d'électeurs, de personnes qui avaient cru dans la modernité de la formule politique de M. Macron, et qui se sont aperçus que c'était une supercherie. Eh bien, je leur dis, sur la base d'un projet progressiste, une incarnation progressiste,
rejoignez-nous. On a beaucoup parlé de la responsabilité de la France Insoumise, qui était l'allié du Parti Socialiste dans le nouveau Front Populaire lors de la dissolution des législatives anticipées, dans l'explosion de l'antisémitisme en France depuis le 7 octobre. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce postulat ? Et est-ce que, pour vous, toute nouvelle alliance, ce rapprochement, deal électoral avec LFI, type NFP, est exclu ? Il faut se poser la question.
Vous avez raison de la poser. Est-ce que, quand on prône une essentialisation permanente, une stigmatisation en faisant des listes, est-ce que vous êtes encore dans les radars de l'humanisme et de la gauche ? Eh bien, moi, je considère que c'est une famille politique qui était dans la gauche, qui en est sortie par un logiciel, un logiciel populiste basé sur la stigmatisation d'une partie de la population, et que, bien évidemment, nous ne sommes pas fondés à avoir des alliances avec celle-ci. Mais attention, moi, je ne suis pas dans le...
Il y a le sujet de la façon dont ils ont abordé les conflits au Proche-Orient, mais il y a aussi, quand vous entendez Mme Chiquirou, qui se fait la géographe du Parti communiste chinois, quand vous entendez M. Mélenchon, qui se fait le supporter du Venezuela, je dis que ça n'est pas dans mes valeurs.
Autre danger, pour ces municipales, ce n'est pas tellement LFI, c'est le RN, Rassemblement national. On parle beaucoup de possibles conquêtes dans un certain nombre de grandes villes, de villes moyennes, notamment sur l'arc méditerranéen de Menton à Perpignan. Est-ce que ça vous inquiète ?
Alors, en ce qui concerne, par exemple, Toulon, je n'ai pas de publicité à faire à la députée RN, ça fait longtemps, puisque vous me parlez de l'arc méditerranéen. Lors la Vallette, pour ne pas la citer. C'est vous qui l'a cité. Ça fait longtemps, et d'ailleurs, je vous rappelle, et les électeurs devraient s'en rappeler, qu'il fut un temps où Toulon était dirigé par l'extrême droite, et ça s'est transformé en des éléments...
Jean-Marie Le Chevalier, élu en 1994.
Voilà, en des éléments que les chansonniers, on en a un ce matin, qui chantent très bien d'ailleurs, pourraient décrire, avec l'affaire Poulet d'Achari, pour ceux qui s'en souviennent. Absolument. Donc, tout ça n'est pas très sérieux, et les problèmes ne sont pas réglés. Moi, j'ai une maison dans le Gard, quand vous allez à un certain à Bocquer ou autre, vous n'avez pas l'impression que la criminalité était réellement endiguée. Quand vous allez au Ponté, près d'Avignon, vous n'avez pas l'impression non plus que tout d'un coup, il y a des fontaines de jus d'orange pour tout le monde. Donc, il faut aussi que les électeurs reviennent à plus de réalisme. Ça ne me fait pas peur.
Nous, nous sommes une gauche de combat et nous formulons des propositions. Et la gauche, je vais vous le dire avec force, elle n'a pas à rougir sur les questions de sécurité. Je pense à mon ami Michael Delafosse, qui j'espère sera brillamment réélu à Montpellier. Et qui était à votre place ce micro jeudi dernier. Merci François Calfon
et à très bientôt sur Radio-J. On aura l'occasion d'en reparler.
François Kalfon