La France se prépare-t-elle à la guerre ?
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- 1:04OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on doit s'attendre à ce que la France s'engage massivement militairement ?
- 2:20OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a provoqué la bascule ? Le conflit en Ukraine ou la multiplication des conflits ?
- 3:59OuverteRéponse directe
Est-ce que la guerre change de forme aussi ?
- 4:52OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on sait répondre aujourd'hui en France à ces menaces ?
- 6:22OuverteRéponse directe
Quels sont les risques et est-ce que nous sommes menacés directement sur le territoire national ?
- 7:47OuverteRéponse directe
413 milliards d'euros pour les armées entre 2024 et 2030, ça correspond à quoi concrètement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:16InvitéFait
« La France est déjà engagée militairement sur de nombreux théâtres. »
- 1:32InvitéFait
« Le monde a basculé depuis plusieurs années avec une accélération, avec bien sûr la guerre enclenchée par la Russie le 24 février 2022. »
- 3:06InvitéFait
« Souvenez-vous, c'est cette expression que l'on prête à Staline, le Vatican, combien de divisions ? »
- 3:41InvitéFait
« Parmi ces bascules, l'Elysée cible, je cite, l'accélération de la menace russe qui s'organise, se prépare et à laquelle il conviendra de pouvoir faire face. »
- 4:06InvitéFait
« Elle est en mutation permanente avec un paradoxe et qu'elle est à la fois très violente, c'est ce qui se passe en Ukraine avec une guerre de très haute intensité. »
- 4:23InvitéFait
« Mais également un mode hybride, c'est la désinformation, c'est l'utilisation, la malversation autour des réseaux sociaux pour en quelque sorte déstabiliser nos sociétés. »
- 6:13InvitéFait
« Emmanuel Macron a affirmé que, très clairement, nous devons aujourd'hui réviser notre programmation, notre stratégie, la réviser à la lumière des changements de la nature des risques. »
- 6:51InvitéChiffre
« On a, en gros, 15% du trafic mondial qui passe par la mer Rouge, et en particulier tous les flux qui viennent d'Asie vers l'Europe. »
- 7:37InvitéChiffre
« La loi de programmation militaire prévoit 413 milliards d'euros pour les armées entre 2024 et 2030, avec des augmentations budgétaires annuelles de 3 milliards. »
- 9:00InvitéFait
« Il ne s'agit pas de restaurer le service national obligatoire tel que nous l'avons connu jusqu'au début des années 2000. »
- 10:54InvitéFait
« Le désinvestissement dans la défense date de la fin de la guerre froide, c'est-à-dire quand la menace soviétique avait disparu à la fin des années 90. »
- 12:31InvitéChiffre
« La Russie, qui, elle, est en économie de guerre. 40% de son produit intérieur brut est consacré à la défense, contre nous, à peu près, on va dire, 2,5%. »
- 12:44InvitéChiffre
« La Russie produit en 3 mois plus d'armements que l'ensemble des pays de l'OTAN en un an. »
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Étienne Pépin. Et à quelques jours du 14 juillet, dans un contexte de tensions majeures dans le monde, nous évoquons ce matin la place de la France dans les conflits actuels avec le général Jérôme Pellistrandi, le rédacteur en chef de la revue Défense Nationale.
Jérôme Pellistrandi, bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation. L'Elysée annonce ces dernières heures que face à l'aggravation des menaces internationales, le président Emmanuel Macron va tirer les conclusions en matière d'efforts de défense lors de son discours aux armées dimanche. Sa traditionnelle allocution aux armées à la veille de la fête nationale sera très importante et comportera des annonces majeures, dit-on à l'Elysée. Le président évoquera un moment de bascule, les menaces et les conclusions à en tirer en matière d'efforts de défense. Qu'est-ce qu'est-ce à dire ? Est-ce qu'on doit s'attendre à ce que la France s'engage massivement militairement, mon général ?
Alors je dirais que la France est déjà engagée militairement sur de nombreux théâtres. Par exemple, le soutien de l'Ukraine qui est en guerre depuis plus de trois ans à cause de l'agression russe. Nous sommes présents également en mer Rouge où il y a une menace très forte sur le trafic maritime. Mais il faut bien comprendre que le monde a basculé depuis plusieurs années avec une accélération, avec bien sûr la guerre enclenchée par la Russie le 24 février 2022. Et que notre sécurité est aujourd'hui en jeu. La paix, y compris en Europe, est menacée.
Et c'est la raison pour laquelle le président de la République va s'exprimer pour faire comprendre à nos concitoyens que pour défendre notre sécurité, notre mode de vie, nos valeurs, il faut être en mesure de se défendre. Et c'est bien ce qu'il faut faire aujourd'hui. L'Elysée explique que le président dira qu'on est à un moment de bascule, vous l'avez dit mon général, parce que la liberté n'a sans doute jamais été aussi menacée aujourd'hui que depuis 1945. Qu'est-ce qui a provoqué la bascule ? Est-ce que c'est le conflit en Ukraine, la multiplication des conflits armés dans le monde ? On sait qu'il n'y a jamais eu autant de conflits dans le monde que depuis la Seconde Guerre mondiale.
Qu'est-ce qui a provoqué cette bascule belliqueuse et martiale ? Eh bien, c'est en fait la convergence d'évolution d'un certain nombre d'États qui récusent en quelque sorte ce qu'on pourrait appeler le modèle occidental basé sur la démocratie, le libre-échange. On a maintenant des régimes autoritaires, voire totalitaires. Alors bien sûr, je pense à la Russie, je pense à la Chine, on a l'exemple de l'Iran, pour qui, eh bien, la relation entre États, c'est d'abord un rapport de force. Et ce mot rapport de force, on l'avait complètement oublié. Souvenez-vous, c'est cette expression que l'on prête à Staline, le Vatican, combien de divisions ?
Eh bien, aujourd'hui, c'est exactement, nous en sommes revenus là, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, eh bien, c'est la force brute qui prime. Et donc, pour cela, eh bien, il faut, pour l'Europe et la France, se donner les moyens de préserver par nos capacités de défense, eh bien, ce que nous avons construit depuis plusieurs décennies, depuis la fin de la guerre en Europe, un espace de liberté, de respect des valeurs, de démocratie, parce que c'est ça ce qui est menacé aujourd'hui par ce qu'on va appeler les compétiteurs stratégiques.
Parmi ces bascules, l'Elysée cible, je cite, l'accélération de la menace russe qui s'organise, se prépare et à laquelle il conviendra de pouvoir faire face, mais aussi la désinhibition du recours à la force partout dans le monde, l'érosion de partenariats anciens, la contestation de l'ordre international et les révolutions technologiques. Est-ce que la guerre change de forme aussi ?
Alors, elle est en mutation permanente avec un paradoxe et qu'elle est à la fois très violente, c'est ce qui se passe en Ukraine avec une guerre de très haute intensité où les populations civiles sont directement ciblées par la Russie et puis avec de nouveaux outils, on peut penser aux drones, on peut penser à l'intelligence artificielle, mais également un mode hybride, c'est la désinformation, c'est l'utilisation, la malversation autour des réseaux sociaux pour en quelque sorte déstabiliser nos sociétés et ça c'est quelque chose qui est extrêmement grave parce que jusqu'à présent on pouvait penser que l'information que l'on avait était une information à peu près fiable.
Aujourd'hui, la désinformation est une arme de guerre et elle est abondamment utilisée par justement nos compétiteurs stratégiques qui détestent tout ce que nous représentons. Mais est-ce qu'on sait répondre aujourd'hui en France à ces menaces ? Je pense justement à la guerre de la désinformation, à tous ces enjeux autour de l'intelligence artificielle, à la cyberdéfense, est-ce qu'on est prêt ? Est-ce qu'on sait faire la guerre dans ces nouvelles conditions, nous en France ? Alors, la France investit massivement dans ces domaines-là.
Ce qui est compliqué, c'est que si je vous dis, nous avons besoin de frégates supplémentaires ou d'avions rafales supplémentaires, c'est quelque chose que tout le monde comprend parce que c'est visible, même si on n'est pas un expert des questions de défense. Mais si je dis qu'il faut que nous investissions davantage dans l'intelligence artificielle, dans ce qu'on appelle les ordinateurs quantiques, dans la cyberguerre, c'est compliqué à percevoir de quoi s'agit-il. Mais on le voit au quotidien, par exemple, le nombre de cyberattaques ne cesse de se multiplier.
Alors, il y a des cyberattaques, en fait, pour des malversations financières, ça c'est la grande criminalité, c'est une réalité, mais on a aussi des cyberattaques, par exemple, contre les hôpitaux, contre les collectivités locales. Et on voit que derrière, il y a des puissances comme la Russie, l'Iran ou la Corée du Nord qui utilisent ces armes pour nous déstabiliser. Lors d'une conférence de presse, Général Jérôme Pellistrandil, donnée pendant son déplacement au Royaume-Uni, Emmanuel Macron a affirmé que, très clairement, nous devons aujourd'hui réviser notre programmation, notre stratégie, la réviser à la lumière des changements, de la nature des risques. Quels sont ces risques ?
Et est-ce que nous sommes menacés, nous, directement, sur le territoire national en France ? Alors, les menaces ne cessent de s'accroître. Je vais prendre un exemple très concret. C'est bien entendu, par exemple, le trafic en mer Rouge. On a vu cette semaine des vidéos très spectaculaires de cargos qui ont été coulés par les rebelles Houthis. Eh bien, c'est un impact direct, à la fois sur le commerce, mais également sur notre propre économie. On a, en gros, 15% du trafic mondial qui passe par la mer Rouge, et en particulier tous les flux qui viennent d'Asie vers l'Europe. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous avons une obligation d'être présents pour protéger notre propre économie.
Alors, bien sûr, ce sont des investissements qui sont conséquents, qui s'inscrivent dans la durée. C'est ça aussi une difficulté. Et qu'il faut expliquer à nos compatriotes, il ne s'agit pas de dépenser dans la défense au détriment des hôpitaux ou de l'école. Il s'agit de pouvoir protéger ce qui constitue finalement notre liberté, nos modes de vie. Et ça, c'est quelque chose qui nécessite des moyens et qui doit s'inscrire dans la durée. Alors, justement, la loi de programmation militaire prévoit 413 milliards d'euros pour les armées entre 2024 et 2030, avec des augmentations budgétaires annuelles de 3 milliards. Ça correspond à quoi concrètement ?
Est-ce que c'est le recrutement de soldats, un réarmement massif de la France ? On l'a vu, il y a eu une réindustrialisation militaire de la France avec la production renouvelée de munitions en particulier, mais ce n'est pas suffisant, on le sait. À quoi correspondent tous ces milliards de la loi de programmation militaire ? Eh bien, vous l'avez dit, c'est d'une part acquérir de nouvelles capacités. D'abord, parce qu'il y a des capacités anciennes qu'il faut remplacer. Nous devons augmenter, par exemple, peut-être le nombre de frégates. Nous devons augmenter le nombre d'avions rafales. Il faut recruter davantage de soldats, y compris valoriser la réserve.
C'est-à-dire que la réserve, ce sont des citoyens qui ont une vie professionnelle, une vie personnelle, mais qui vont consacrer un peu de temps à la défense du pays. Et cela, nous devons le faire dans un cadre européen, avec nos partenaires européens, comme ça a été rappelé lors du sommet franco-britannique de cette semaine. Est-ce que parmi les efforts de la nation, dans ce contexte, l'idée aussi pourrait être de réinstaurer le service militaire ? Est-ce que c'est une possibilité ? C'est une question que le président évoquera dans son discours, dit-on à l'Élysée ? Alors, il ne s'agit pas de restaurer le service national obligatoire tel que nous l'avons connu jusqu'au début des années 2000.
Le service militaire, qui a été lancé finalement à la fin du XIXe siècle, répondait à des besoins opérationnels à l'époque. Par contre, effectivement, le Front de la République envisage de rétablir un service militaire volontaire, c'est-à-dire qu'il s'agit en quelque sorte pour des jeunes Français de servir volontairement sous les drapeaux. Il ne s'agit pas en quelque sorte de faire un choix de carrière militaire, mais de suivre une formation permettant ensuite d'être réserviste.
C'est quelque chose qui est important parce qu'il faut bien comprendre que la défense de notre pays concerne tous les citoyens, alors que ce soit physiquement, en quelque sorte, par ceux qui vont choisir la voie militaire comme voie professionnelle, ceux qui vont être réservistes, mais ça concerne tous nos concitoyens, ne serait-ce que par l'impôt. Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, il y a urgence, en quelque sorte, à se réarmer parce que les menaces ne cessent de croître. Et donc, ça va être l'une des lignes directrices du discours du Front de la République dimanche soir à l'hôtel de Brianna.
Le général Jérôme Pellistrandi est notre invité ce matin sur RCF et Radio Notre-Dame, le rédacteur en chef de la revue Défense Nationale. Mon général, est-ce qu'on n'a pas été un peu naïf dans un contexte de paix après la Seconde Guerre mondiale ? C'est comme si on avait un peu laissé tomber nos investissements militaires et notre armement, finalement, et nos armées. Est-ce qu'on n'a pas un peu oublié les risques ? Est-ce qu'on n'a pas été un peu naïf ? Et aujourd'hui, est-ce qu'on va être en mesure, en capacité, rapidement, de se mettre véritablement au niveau pour assumer un effort de guerre ?
Alors, d'abord, en fait, je dirais le désinvestissement dans la défense date de la fin de la guerre froide, c'est-à-dire quand la menace soviétique avait disparu à la fin des années 90. Et c'était l'époque, dans les années 90-2000, vous savez, où l'on parlait des dividendes de la paix. Donc, les dividendes de la paix, ça voulait dire qu'il fallait, bien sûr, désinvestir dans le domaine de la défense. Il faut souligner, et c'est à mettre à l'actif du plan de la République, c'est que, depuis qu'il est arrivé à l'Elysée en 2017, eh bien, il y a eu une augmentation constante des budgets de la défense. Alors, bien entendu, la problématique, c'est qu'on revient de loin.
On a du matériel qui avait beaucoup vieilli et qu'il faut rattraper, en quelque sorte. Mais il y en a pour des années ou des mois, des jours ? Alors, ça dépend, ça dépend. Je vais vous prendre un exemple très concret. On va le voir lundi, lors du défilé du 14 juillet. Il y a le dernier vol d'un Boeing de ravitaillement en vol. C'est un avion qui a 60 ans, qui termine sa carrière, mais il est remplacé par l'Airbus A400M, et qui est un avion extrêmement moderne. La seule chose, c'est que, par exemple, pour fabriquer une frégate, il faut 5 ans entre le moment où vous découpez la première tôle et le moment où la frégate est opérationnelle.
Il faut donc à la fois agir sur le temps court, et c'est l'augmentation depuis, en fait, on va dire depuis 2022, par exemple, de la production de munitions. Voilà. Mais il faut aussi, par exemple, et ça va être peut-être une des annonces importantes, autour du porte-avions de nouvelle génération, et ça, il faut du temps. Une chose est sûre, c'est qu'en face de nous, nous avons la Russie, qui, elle, est en économie de guerre. 40% de son produit intérieur brut est consacré à la défense, contre nous, à peu près, on va dire, 2,5%. Et donc ça, c'est une réalité. La Russie produit en 3 mois plus d'armements que l'ensemble des pays de l'OTAN en un an.
Ça, c'est la réalité que nous devons donc prendre en compte aujourd'hui. Est-ce qu'il faut s'inquiéter ? Est-ce qu'il faut s'angoisser ? Général Jérôme Pellistrandi, parce que, fait rare dans l'histoire, je le découvrais ce matin, le chef d'état-major des armées, le général Thierry Burka, va tenir aujourd'hui une conférence de presse pour évoquer les différentes menaces auxquelles nous faisons face. Est-ce qu'on entre précisément là dans une logique martiale qui doit nous inquiéter à court terme, maintenant, là ? Alors, non. Je pense qu'il ne faut pas, et d'autant plus, je dirais, quand on est chrétien, on ne doit pas tomber dans l'anxiété, mais on doit être responsable.
Et je crois que la première des responsabilités, que l'on soit citoyen engagé, que l'on soit militaire comme moi, ou que l'on soit chrétien, c'est bien d'être responsable face à l'évolution de la situation en cours. C'est-à-dire qu'il serait complètement... Ce serait l'aveuglement, en quelque sorte, de dire tout va bien, et qu'il faut continuer tel quel. C'est la première responsabilité de l'État, c'est d'assurer la protection, la protection de ce qui fait la paix, de ce qui fait nos valeurs. Et donc, il faut être responsable, mais non pas tomber dans l'anxiété. Mon général, tout cela, nous allons le vivre, et nous allons célébrer notre fête nationale, justement, lundi, le 14 juillet.
Quel défilé aura, dans ce contexte, une image un peu particulière ? Oui, et c'est ça ce qui est... D'abord, c'est l'image de l'unité, l'unité de la nation autour de ses forces. Alors, ces forces qui sont aussi bien les forces armées, désarmées, que les forces de sécurité intérieure, nos gendarmes, nos policiers, nos pompiers, et on le voit avec les incendies, ils sont présents, ils assurent aussi notre sécurité. Donc, c'est la nation réunie autour de la fête nationale pour finalement réaffirmer sa volonté de défendre, sa volonté d'unité, et c'est ça qui est important dans un contexte stratégique extrêmement difficile. Merci beaucoup, général Jérôme Pellistrandi.
Je rappelle que vous êtes rédacteur en chef de la revue Défense Nationale. Merci d'avoir été notre invité. Merci.