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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 5 octobre 2024 9 min

Une motion de censure bientôt pour Michel Barnier ? Philippe Ballard est l'invité du samedi 5 octobre

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour Philippe Ballard. Bonjour. Et effectivement, la première question s'impose après ce qu'on vient d'entendre. Vous confirmez que le Rassemblement national trouve que M. Barnier est plus ouvert au dialogue que ses prédécesseurs ?

0:22
Philippe Ballard

Déjà, il respecte les 11 millions d'électeurs du Rassemblement national. C'est pour ça que nous avons cette attitude. Pas de censure préalable puisqu'il y en a une de déposée, mais il est placé sous surveillance des 11 millions d'électeurs du Rassemblement national avec trois lignes rouges que Marine Le Pen a rappelées à la tribune de l'Assemblée nationale mardi. La première, c'est qu'il faut des mesures pour le pouvoir d'achat des Français et surtout pas de taxes et d'impôts frappant les classes moyennes. Il faudra un texte sur l'immigration et puis la proportionnelle.

0:50
Présentateur

Mais vous venez de dire que vous ne voterez pas cette première motion de censure qui a été annoncée par la gauche hier. Est-ce que ce n'est pas une sorte d'assurance-vie pour le gouvernement ? Puisque vous, vous ne voterez pas la censure. La gauche ne votera pas une motion de censure que vous déposeriez. Enfin, en tout cas, on l'imagine. Ça veut dire que ce gouvernement, finalement, il va tenir. Vous dites qu'il est sous surveillance, mais il a cette assurance-vie.

1:10
Philippe Ballard

Mais ce n'est pas un blanc-seing, pour reprendre l'expression de Marine Le Pen à l'Assemblée mardi. On peut imaginer déposer une motion de censure dans les semaines, les mois qui viennent. Mais vous imaginez que la gauche la votera ? On verra ce qu'il faut. Vous savez, nous, on n'est pas sectaires. Nous avons voté des motions de censure dans la précédente législature qui avait été déposée par la France Insoumise. Et puis, pardon, mais ça rajouterait, dans la situation actuelle, du chaos au chaos. Mais c'est un chaos qui vient de nous, du Front Républicain. Vous savez, ce Front Républicain, cette alliance entre les macronistes et les Mélenchonis, sur laquelle se sont grévés les Républicains.

Et le 7 juillet, le soir du deuxième tour, tout le monde est rentré chez soi. Il n'y avait pas de programme. Il faut aller battre le Rassemblement National. C'était le seul programme. Et là, du coup, on a le chaos. Avec nous, ça aurait été le sursaut, par contre.

1:55
Présentateur

Mais je reviens quand même à cette question qui est importante. Vous avez dit, il vous est arrivé de voter des motions de censure présentées par la France Insoumise. Vous ne l'excliez pas dans l'avenir. Même si c'est présenté par la France Insoumise, en l'occurrence.

2:08
Philippe Ballard

Nous ne sommes pas sectaires, contrairement à tous les autres groupes de l'Assemblée Nationale. Et puis, on verra si, d'emblée, nous présentons une motion de censure. Si le nouveau Front Populaire, qui passe son temps à bordéliser l'Assemblée Nationale, eh bien, vote cette motion de censure.

2:22
Présentateur

Est-ce qu'il y a, et on le voit dans les enquêtes d'opinion, et même parmi vos électeurs, de nombreux Français qui souhaitent aujourd'hui une période d'apaisement après, effectivement, ces semaines d'agitation politique qui ont commencé au moment des élections européennes ? Et est-ce que c'est de cela aussi que vous tenez compte ? Finalement, il faut donner sa chance à Michel Barnier. Vous dites cela, aujourd'hui ?

2:41
Philippe Ballard

Il y a eu le discours de politique générale. Maintenant, on attend le mode d'emploi. On va l'avoir, sans doute, au moment de la discussion budgétaire avec une situation financière, mais catastrophique. On va peut-être en reparler. Mais on attend, tout simplement. On a eu une déclaration de politique générale avec beaucoup de déclarations d'intention. Puis on nous a...

3:00
Présentateur

S'il y avait eu la confiance, qu'auriez-vous fait, M. Ballard ? S'il avait demandé la confiance ?

3:03
Philippe Ballard

Je pense qu'il avait très vite compris que vu le morcellement de l'Assemblée Nationale, ce n'était pas du tout la peine de la demander. Vous ne l'auriez pas voté ? Écoutez, c'est un cas de figure qui ne s'est pas présenté. Oui, mais quand même, il aurait pu. C'est-à-dire, ce discours... On ne vote pas la censure déposée par le nouveau Front populaire. On n'aurait peut-être pas voté la confiance. On en aurait discuté entre nous. On vous sent hésitant. On sent vos stratégies, finalement. Oui, parce qu'on ne va pas rajouter du chaos au chaos. Encore une fois, tout ça, c'est né du Front républicain. Donc, on va attendre. On va juger sur pièce, tout simplement.

3:36
Présentateur

On attend le mode d'emploi. C'est né aussi des élections législatives que vous aviez été les premiers à réclamer avec Jordan Bardella le soir des élections européennes. Absolument, oui, tout à fait.

3:46
Philippe Ballard

Donc, c'est un résultat, finalement... Non, mais parce que, pardon, le Front républicain, quand même, encore une fois, il faut bien que les Français réalisent ce qui s'est passé dans le pays pendant l'entre-deux-tours. Si on avait continué sur la tendance du premier tour, on avait la majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Enfin, juste, 37% des voix au soir du deuxième tour pour le Rassemblement National. On fait 11 millions de voix deux ans plus tôt, au moment des législatives, 4 400 000. D'accord ? 4 400 000, 11 millions en deux ans. Voilà. Il y a eu ce Front républicain qui a instauré le chaos dans le pays.

4:18
Présentateur

Vous parliez du tour de vise budgétaire, en tout cas du budget que Michel Barnier va présenter. Est-ce que vous n'auriez pas fait la même chose avec des mesures parfois douloureuses ? Vous allez en parler sans doute, notamment sur les retraités. Alors qu'il y a effectivement 60 milliards d'euros à trouver d'économie dans les comptes de l'État.

4:37
Philippe Ballard

Vous vous souvenez sans doute que Jordan Bardella, au moment de la campagne des législatives, disait, nous, quand on va arriver au pouvoir, la première chose qu'on va demander, c'est un audit des finances publiques. Et là, tout le monde lui est tombé dessus en disant, vous voyez, ils ne veulent pas le pouvoir. Ils se retranchent derrière l'audit. Ah bah oui, mais on savait qu'il y avait des cadavres budgétaires dans les placards à Bercy. On est à 3200 milliards d'euros de dettes. Non, il faut juste avoir présent à l'esprit, il faut que les Français... Mais sur les mesures que propose Michel Barnier.

Oui, oui, je vais en parler, mais quand même, la situation actuelle, c'est 7 ans de macronisme qui n'ont fait qu'aggraver les choses. On était à 2000 milliards de dettes quand Emmanuel Macron, en 2017, est arrivé à l'Élysée. On est à 3200 milliards. On va emprunter 325 milliards d'euros cette année sur les marchés financiers. Et on nous prête à des taux plus élevés que la Grèce, le Portugal, l'Espagne. Non mais bravo, champion les artistes. Non, les taux d'intérêt, les taux d'intérêt changent chaque jour. Oui, d'accord, mais pourquoi on emprunte plus à un taux plus élevé que la Grèce, que le Portugal, que l'Espagne ? Et le spread avec l'Handemagne ne cesse de s'égarder.

Et tout ça avec la complicité bienveillante des LR. Donc, il y a des mesures d'économie, absolument. Je vous renvoie au programme présidentiel de Marine Le Pen 2022, qui serait actualisé, ou au programme des législatives. On fait des économies sur l'immigration. On fait des économies sur notre contribution au budget de l'Union Européenne. C'est le poste qui augmente le plus, quand vous regardez le budget. Et comme ça, on économise, par exemple ? On économise, ça avait été chiffré dans le programme de la présidentielle, à 65 milliards d'euros. Toutes ces agences diverses et variées. La fraude fiscale, la fraude sociale.

Gabriel Attal, quand il était ministre des Comptes Publics, avait dit, vous allez voir, je vais mettre en place la carte vitale biométrique, parce qu'il y a plus de cartes vitales qui circulent, qu'il n'y a d'habitants. Ça, on est où ?

6:16
Présentateur

Marine Le Pen a dénoncé, Philippe Ballard, le fait, le report, en tout cas, de l'augmentation liée à l'indexation sur l'inflation des retraités, de la pension des retraites, du 1er janvier au 1er juillet. Pourquoi ? Alors que même certains retraités comprennent cette mesure, vous vous dites que c'est scandaleux.

6:33
Philippe Ballard

C'est scandaleux, parce que ça fera 15 mois sans augmentation de ces pensions de retraite. Pour quelqu'un qui a une pension de retraite de 1 200 euros, vous vous rendez compte de ce que ça représente ? Parce que l'inflation, alors certes, on nous dit, ça peut être discutable, que l'inflation ralentit, mais en 15 mois, il y aura, en 18 mois, pardon, il y aura évidemment de l'inflation. On s'opposera, dit Marine Le Pen, dans le cadre de la discussion du PLFSS, c'est le budget de la sécurité sociale. Il y a le budget de l'État, le budget de la sécurité sociale. Donc vous voterez contre ? Ah ben ça, on va s'y opposer de toute manière. Ah oui, oui, ça, ça, je vous confirme.

Et puis, pardon, je vous parlais de notre contribution au budget de l'Union Européenne, c'est 4 milliards en plus. Et là, on cherche 4 milliards pour nos retraités. Ben, l'Europe, elle va serrer un peu la ceinture, et l'argent qu'on ne va pas donner à Bruxelles, on va le donner à nos retraités.

7:16
Présentateur

Philippe Ballard, dernière question courte, réponse courte s'il vous plaît. Marine Le Pen, on le sait, est poursuivie avec 26 autres membres de votre parti dans le procès des assistants parlementaires. Elle risque, en théorie, de l'emprisonnement et une amende, mais l'inéligibilité, ça paraît plausible. Qu'est-ce qui se passe si Mme Le Pen est déclarée inéligible pour l'élection présidentielle ?

7:36
Philippe Ballard

Écoutez, Marine Le Pen a passé du temps au tribunal, elle a pris la parole pendant une heure, je pense qu'elle a remis les pendules à l'heure, comme l'on dit. Elle est sereine et déterminée, on l'a vu à l'Assemblée nationale. Mais si les juges, pardon, excusez-moi, la déclarent inéligible. Écoutez, il y a eu deux autres, la France Insoumise a eu droit au même traitement, M. Bayrou, le Modem, a eu droit au même traitement. Il n'y a pas eu de condamnation, même si le parti a fait appel. Mais nous, on considère que les attachés parlementaires ne sont pas des fonctionnaires, mais ce sont des militants politiques.

Et il ne faut pas que les eurodéputés soient des sous-députés, parce que je vais vous raconter une anecdote. Il y a un de nos députés, très court, à nos députés. Il y a un grand meeting à Nice, ce week-end, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen. Il a écrit au déontologue de l'Assemblée en disant « Est-ce qu'on peut se servir de notre AFM ? » C'est une enveloppe qui nous permet d'accomplir notre mission de député pour payer l'avion, l'hôtel, le restaurant, avec nos attachés parlementaires. Réponse du déontologue, oui. Donc nous, on peut le faire au Parlement, à Paris, mais pas en Europe. On soumet tout ça à la sagacité des juges.

8:40
Présentateur

Et des téléspectateurs ce matin. Philippe Ballard, merci beaucoup, député. Du Rassemblement national, je ne me trompe pas, c'est la suite de Télématin. Merci beaucoup à tous les deux. Merci à Sophie Berger-Finault qui a traduit cette interview en langue des signes. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.