(DIRECT CENSURÉ PAR TF1) INTERVIEW DE MACRON : UN MONARQUE EN PRÉ-CAMPAGNE
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Salut à toutes et à tous, il est 9h24 ce jeudi 16 décembre 2021. Si j'enregistre ce plateau improvisé, c'est parce que notre dernière contre-matinale a été bloquée dès la fin de la diffusion en direct. Bloquée sur Youtube par TF1 pour une raison proprement scandaleuse. Nous avons eu l'outrecuidance de diffuser des extraits de l'interview accordée par Emmanuel Macron à TF1 et à sa filiale LCI, toutes deux propriétés de la puissante famille Bouygues. Et pourtant, et pourtant, dans ce pays, la loi est claire. Les discours du président de la République relèvent de l'exception aux droits d'auteur. Ils ne peuvent pas être privatisés. Personne ne peut se désapproprier.
Et on comprend pourquoi le législateur a voulu qu'il en soit ainsi. Dans le cas d'Espèce, c'est le débat politique, la parole critique et citoyenne sur une intervention officielle du chef de l'État qui est censurée. C'est inacceptable. Nous en appelons aux plateformes de diffusion. Dans le cas qui nous concerne, nous en appelons à Youtube. Vous devez cesser de nous traiter, de traiter des médias reconnus comme tels dans leur pays, comme de vulgaires pirates. Nous avons une raison sociale. Nous avons une adresse. Nous pouvons répondre devant les juges d'éventuelles accusations de violation du droit d'auteur.
Vous pouvez exiger de ceux qui censurent ainsi des médias qui leur déplaisent de se soumettre à du contradictoire avant de céder à leurs demandes de censure qui sont souvent pilotées exclusivement par des logiciels d'intelligence artificielle, des logiciels qui ne sont pas très malins, contrairement à ce que leur désignation laisse entendre. Nous en appelons à TF1, aux médias du service public et aux autres. Respectez, bon sang. Le droit de courte citation. Ce qui vient de se passer est gravissime. Si nous cédons à ce type de pratique, la couverture de l'élection présidentielle à venir par les médias audiovisuels indépendants en ligne sera tout simplement impossible.
Nous reviendrons vers vous pour vous dire comment nous comptons poursuivre le combat pour le droit de courte citation, notamment en ce qui concerne la parole des candidats à la présidentielle qui vient. Pour l'instant, nous rediffusons ici l'intégralité de la matinale bloquée par TF1 en mettant bien en évidence les extraits censurés, que vous ne verrez donc pas. Pour donner une bonne visibilité à cette vidéo malgré la censure, liker, commenter, partager et pour nous donner de la force dans cette période de levée de fonds de fin d'année, dans cette période de combat aussi qui s'ouvre pour nous, participez si vous pouvez à notre cagnotte sur la plateforme OKPAL.
Bonjour Marion, je rappelle que tu es doctorante, présentatrice de l'émission Plan B sur Twitch et que tu as regardé pour le média les deux heures d'émission d'Emmanuel Macron sur TF1. Tu as pris des notes, toutes écoutées, attentivement et de manière studieuse. Alors, est-ce que ça va là maintenant ?
Oui, ça va. C'était un peu long, plus d'une heure et demie au départ. Je pensais que ça devait être une heure dix. Donc ma soirée a été assez occupée par ce moment qui était vraiment, je pense, assez ennuyeux.
Assez ennuyeux, mais il faut faire ce qu'il faut faire. Le boulot, c'est le boulot. Alors, je voudrais qu'on commence par évoquer le dispositif de cet entretien. On rappelle donc qu'il était en différé, donc visionnable, modifiable et amendable par l'Élysée, là où la tradition veut qu'un tel exercice soit en direct. Il était aussi très formel, avec un studio installé à l'Élysée, écrasé par les symboles de la République, alors même qu'Emmanuel Macron est manifestement candidat. Et les équipes de TF1 elles-mêmes voulaient se convaincre de leur audace et du potentiel subversif de ce dispositif. On regarde deux petits extraits, un avant donc la diffusion et un pendant cet exercice télévisuel.
Donc on ne voit pas la partie où la journaliste Audrey Crespomara parle d'une épreuve et même d'une épreuve de vérité, là où de nombreux observateurs ont vu un grand moment de complaisance. Et toi, Marion, qu'est-ce que tu as vu ?
— Je pense que oui, c'était plus un moment de grande complaisance que de vérité. Déjà, il y a cette première question qui est le fait que l'entretien était enregistré. On savait depuis plusieurs jours que ça allait tourner. Le fait que ce soit enregistré, on pouvait se douter, par exemple, qu'il n'allait pas parler du coronavirus parce que la situation évolue tellement rapidement qu'on serait plus sur du direct pour aborder ces sujets. Donc il allait parler de choses éminemment politiques avec du coup un format très particulier. Et une fois qu'on était lancé hier dans la soirée à regarder l'émission, effectivement, le format était assez étonnant.
Il y avait toute la symbolique, en fait, de l'Élysée dans un décor en même temps assez moderne qui écrasait en fait tout. On n'était pas sur un plateau télévisé habituel. Et au-delà de la dimension enregistrée, moi, ce qui m'a frappée, c'est la position des journalistes. En fait, ils lui posent des questions. On en parlera après. Mais qui parfois étaient très psychologisants sur comment il avait vécu le quinquennat, presque comment il avait progressé humainement à travers la fonction de président.
D'autres moments où, finalement, on lui demandait s'il n'était pas un peu socialiste avec, je pense, une approche, un rapport à l'économie et aux sciences politiques qui n'étaient pas très, très poussées. Et du coup, des questions qui n'allaient pas du tout le titiller, qui n'allaient pas du tout le chercher. Aucune contradiction. On en parlera aussi après. Mais il a prononcé un certain nombre de mensonges au cours de l'émission. Et aucun dispositif de fact-checking. Alors que justement, on aurait pu se dire que le fait que ce soit enregistré aurait pu permettre de passer au crible toutes ces déclarations, par exemple sur l'affaire Benalla, et de tout vérifier.
Et en fait, s'il n'en est rien, on a juste eu un format, eux, du coup, ils nous disent que les questions étaient spontanées, etc. En fait, on n'en sait rien parce que c'était enregistré. Et l'avantage, le mérite de ce format aurait pu être de vérifier, de passer au peigne fin ce qu'il a dit. Et ça n'a pas été le cas.
— Justement, j'en parlais. Ils auraient pu envoyer par Vimeo ou par un lien privé l'intégralité de l'interview aux médias avant, pour qu'ils puissent rebondir ce matin sur cette interview, vu que techniquement, c'était possible. Mais ils se sont bien gardés de le faire.
— Oui. Et je pense que ce choix me fait un peu penser à la position dont on a placé les candidats et les formations politiques, à savoir que finalement, on leur a proposé de venir... Enfin de débriefer, commenter... On choisit le mot qu'on préfère, l'allocution du président après sur le plateau. Et avec le fait que l'information était gardée secrète, finalement, très longtemps, on n'a pas donné accès aux médias, aux autres, etc. Mais ce qu'ils disaient, que c'était pas du tout spontané. Tout le monde s'est un peu retrouvé pris au dépourvu à devoir écouter ce qu'ils se disaient alors qu'il aurait pu en être autrement.
Et donc on a d'une part, du coup, les médias qui ont dû attendre la soirée pour pouvoir voir ce qu'ils disaient. Et de l'autre côté, les formations politiques sont vraiment, en fait, réduites au stade de commentateur. Alors qu'en fait, Emmanuel Macron, quand on écoute ce qu'il dit aujourd'hui, c'est plus un concurrent, un adversaire politique que quelqu'un qu'on doit commenter. C'est quelqu'un qu'on doit affronter quand on voit ce qu'il dit.
— En tout cas, Jean-Luc Mélenchon, la France insoumise de l'Union populaire et aussi Yannick Jadot de ELV ont refusé de se plier à cet exercice. Et ils sont même allés jusqu'à contester cet exercice auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Est-ce qu'on peut espérer, à ton avis, demain, que des choses pareilles ne se reproduisent plus alors qu'on entre vraiment dans la droite ligne électorale ? En tout cas, on devrait... Dans une République, on ne devrait pas voir ça.
— Oui, tout à fait. C'est Emmanuel Bompard, je crois, qui a écrit une lettre au CSA. Il a obtenu une réponse, justement, demandant à ce que le contenu de l'interview soit décompté du temps de parole. Je pense que ça, typiquement, c'est une très bonne initiative. Il y a aussi d'autres formations, d'autres candidats qui l'avaient fait, en fait, concernant le temps d'antenne d'Éric Zemmour avant qu'il se déclare candidat. Et le CSA leur a quand même plutôt donné raison et a mis en garde, en fait, TF1 sur ce genre de pratique. Ce qu'il a été décidé, c'était que 75% de ce que disait Emmanuel Macron serait compté comme, en fait, du temps de parole d'un candidat. Donc, ouais.
— Alors hier, sur Sud Radio, François Ruffin a estimé tout simplement que la famille Bouygues et plus généralement l'oligarchie médiatique fait campagne d'ores et déjà pour Macron. Leur canasson, selon son expression, c'est peut-être un peu, disons, un peu dur, mais c'est vraiment très, très proche de la réalité, d'autant plus qu'en 2017, le rôle des médias mainstream a été très grand dans la montée en charge de la campagne de Macron. Est-ce qu'on va revivre ça ?
— Là, ce qu'on voit, c'est que du coup, effectivement, c'est Martin Bouygues qui semble avoir choisi de mettre en scène une autre personne. Peut-être qu'il va nous proposer un format inédit avec 1h30 de plateau pour chaque candidat. Et après, on pourrait en discuter. Mais visiblement, ce sera pas forcément ça, le choix qui sera fait. Et effectivement, en 2017, en fait, les médias avaient permis à Macron d'avoir une figure de faux outsider. Et ils l'avaient fait monter, en fait, en le plaçant comme une sorte d'enfant prodige qui sortait de nulle part et qui allait tout révolutionner. On se rend compte 5 ans après que ce n'était pas le cas.
Mais en tout cas, les médias sur la narration de la personne de la campagne avaient une grande place. Et là, sur ce qu'on voit hier sur le déroulé et sur la manière dont Macron se positionne, on a l'impression que finalement, on reprend ce qui s'est fait en 2017. Et on l'actualise 5 ans plus tard avec un goût étrange pour les téléspectateurs. Parce que la différence avec 2017, c'est que là, on s'est quand même coltiné 5 ans de Macron.
— Eh bien en tout cas, c'est important de se rendre compte un peu du jeu, en fait, des grands industriels, des grands patrons qui ont des médias. Là, on parle de Bouygues. Mais on pourrait aussi parler de Bolloré, qui a quand même fait monter en puissance Éric Zemmour pour le résultat qu'on connaît. J'ai été aussi frappé par le fait qu'Emmanuel Macron, quand on lui parle du risque de cristallisation d'une société de surveillance, parle plutôt, comme pour assurer, d'une société de vigilance. Cela m'a fait penser à un entretien accordé par Vanessa Kodationi, une politologue, d'une politiste, à notre camarade Julien Théry.
Elle évoquait son dernier livre, dont le titre est justement « La société de vigilance », explicitait ce concept tel que construit par Emmanuel Macron lui-même. On écoute un petit extrait.
Vous êtes politiste, c'est-à-dire spécialiste de sciences politiques, à l'université de Paris VIII. Et vous venez de faire paraître un livre qui s'appelle « La société de vigilance, auto-surveillance, délation et haine sécuritaire ». Et vous prenez pour point de départ, dans ce livre, un discours d'Emmanuel Macron, en octobre 2019, après un attentat à la préfecture de police de Paris, Emmanuel Macron expliquait « Une société de vigilance, voilà ce qu'il nous revient de bâtir ». Et il développait en disant « Nous mènerons le combat jusqu'à la fin. Et pour cela, il faut savoir repérer au travail, à l'école, les relâchements,
les déviations ». Alors, c'est frappant qu'il utilise cette expression, parce que « société de vigilance », c'est un mot qui semble en réalité adoucir un concept qui ne renie pas. Et ce concept, c'est la société de surveillance. Et d'ailleurs, on voit un fil rouge dans sa présidence avec la manière dont la crise sanitaire a été gérée, le pass sanitaire, qui est un dispositif d'auto-surveillance, de surveillance mutuelle. Et même la loi séparatisme, puisqu'il parle de se traquer même au travail, les relâchements, donc regarder le comportement, les signes de radicalisation. Et puis finalement, il utilise quand même un mot qui est plus doux.
Est-ce que ce n'est pas justement la méthode de cet extrême centre qui ne monte pas à la violence d'Éric Zemmour ou d'une Marie Le Pen, mais qui finalement, des fois, sur certains sujets en tout cas, dit la même chose ?
Là, effectivement, ce qu'on voit sur toute la soirée hier, c'est qu'il euthémise, il adoucit beaucoup de choses qu'il a pu faire ou qu'il a pu théoriser. Et effectivement, sur la question, du coup, sur la première partie de l'émission, où il parle quand même du rebond du coronavirus, en fait, il est vraiment sur quelque chose qui est du coup... Ce n'est pas étonnant quand on voit qu'il parle, mais de l'ordre de la responsabilité individuelle, le fait de dire « il faut faire attention ». Et que c'est vraiment aux individus, aux Françaises et aux Français de faire attention.
Faire attention et de faire attention à leurs voisins.
C'est ça. Oui, parce que du coup, on a le pendant à la fois « se surveiller » et « surveiller les autres » et le pendant sécuritaire. Mais ce qui est intéressant, c'est que quand il parle de ça, le souci aujourd'hui, c'est qu'on a des gens, par exemple, qui veulent se faire vacciner, mais qui ne trouvent pas de créneau pour obtenir leur troisième dose. Le fait de remettre à l'échelle individuelle, le fait de devoir faire attention, c'est aussi une manière de masquer, en quelque sorte, les insuffisances et les échecs de la politique qu'il mène concernant le coronavirus.
Et la crise de l'hôpital public est frappante en ce moment. Elle ne déborde pas sur ce plateau de télévision. On aurait aimé voir un médecin urgentiste, un médecin qui est en face de cette cinquième vague et justement du mauvais état de l'hôpital public avec beaucoup d'infirmiers et d'infirmières qui ont démissionné avec une sorte de fatigue générale. Mais ça, on ne le voit pas. On ne voit pas les aspects sociaux des choix politiques, enfin les conséquences sociales des choix politiques. On l'entend dérouler vraiment son narratif sur le succès du Ségur de la santé, un Ségur de la santé qui est contesté vivement par de nombreux médecins. Et ça, c'est assez frappant, selon moi.
Oui, tout à fait. Concernant la gestion de l'épidémie du coronavirus et la manière dont il raconte son quinquennat, il y a un moment, par exemple, que j'ai trouvé frappant hier. C'est quand il revient sur le fameux « quoi qu'il en coûte », au départ, qui visait à « sauver » les secteurs touchés par la crise et qui, en fait, sont allés remplir les poches de quelques-uns qui s'étaient aussi assez bien nourris en dividendes. Donc ils n'avaient pas forcément besoin qu'on les aide. Il revient sur le moment où il a décidé en mai 2020 de réouvrir les écoles. Et en fait, il dit qu'il est parti en banlieue, qu'il a été très touché d'une discussion avec un maire, etc.
Et en fait, il revient en fait à chaque fois. Il « psychologise » tout ce qu'il dit. Il revient sur lui l'expérience qu'il en a tirée, comme on raconterait un stage ou une expérience professionnelle. Il y a quelque chose de très dépolitisant dans son discours. Et ça lui permet – c'est très politique, bien sûr – de contourner tous les échecs aussi de sa mandature. Et la manière dont il l'aborde fait qu'au-delà du fait que les journalistes ne sont pas du tout dans la contradiction, vu qu'il est sur ce que lui, il en a tiré, ce que ça lui a appris, en quoi ça a joué sur ses choix, etc., c'est dur, en fait, de reprendre un niveau plus global, de lui parler de la case de l'hôpital public, etc.
– Justement, parlons de la psychologisation, de la trame, en fait, psychologisant de cette émission. On ne fait pas le bilan du quinquennat, mais du quinquennat tel qu'Emmanuel Macron l'a vécu. Et du coup, on est en empathie, puisque c'est lui le héros du film. Regardons encore un extrait et on en reparle. Alors, on rappellera qu'Emmanuel Macron a connu Brigitte Macron alors qu'elle était sa professeure de théâtre. Est-ce que les leçons ont été bien assimilées ? Est-ce que c'est crédible, cette trame, finalement, du président qui découvre son pays en descendant chez les pauvres en Seine-Saint-Denis et qui est frappé par les inégalités, puis finalement, ne fait rien à la fin ? Contre ?
– Là, il y a une chose qui est sûre, c'est que ce n'est pas aujourd'hui très évident qu'Emmanuel Macron aura été un bon président pour la France, mais en tout cas, il aurait aimé être un grand héros romantique. Ce qui est intéressant, là, avec ce qu'il raconte hier et la manière dont il se met en scène, c'est que ça rappelle des éléments de sa campagne en 2016-2017. Et ça m'a fait penser à ce que Régis Debré avait écrit sur le génie français et la littérature, avec, en fait, il faisait un parallèle de manière discrète entre les héros de la littérature, par exemple, Julien Sorel ou d'autres personnages.
Et en fait, la manière dont Emmanuel Macron se racontait avec une espèce d'ascension irrésistible de la province vers Paris. Hier, il en parle. Il dit qu'il vient d'Amiens, etc., qu'il venait entre guillemets pas de la caste, etc. Et c'est des choses qu'il mettait beaucoup en avant et que les médias aussi mettaient en avant sur lui parce que ça devait faire joli entre guillemets dans les discours de raconter une trajectoire de quelqu'un qui n'était pas prédestiné entre guillemets à devenir président.
– Il revient une famille bourgeoise d'Amiens. – C'est ça. En fait, après, on s'est rendu compte
que c'est faux, qu'il avait fait Sciences Po, qu'il avait fait l'ENA, qu'il était passé par une classe préparatoire, etc. Donc il cochait toutes les cases du cursus honorum de la personne qui allait réussir dans la Ve République. Et hier, il revient un peu sur cette chose-là, en fait, avec quelque chose de très sensible, de très affectueux. Il dit qu'il aime la France, qu'il l'aime passionnément. Toutes ces choses-là, je trouve que ça rappelle un peu cette narration de 2016 où, finalement, il ressort... Il s'extrait un peu de la politique, des idées, des choses programmatiques.
Après, quand il en parle, on s'en compte qu'il dit des choses de droite, mais pour raconter quelque chose d'un peu de généraux, quelque chose de très français.
– Storytelling de la narration. Alors, il parle justement des enfants dont les parents travaillent, mais qui ne mangent pas à leur faim. Et justement, on attend de lui qu'il dise qu'à partir de 2022, la cantine sera gratuite. Mais il ne le dit pas. On attend qu'il dise « Ah ben dis donc, ces gens qui travaillent, qui sont des travailleurs essentiels, il faut les augmenter. Je vais donner un coup de pouce vigoureux au SMIC ». Et il ne le dit pas, justement, parce qu'il n'est pas le président de la République. Il est l'homme qui raconte ce qu'il a vécu. Et c'est ça qui me semble assez pervers dans ce procédé psychologisant.
– Oui, tout à fait. Il aurait pu, par exemple, ses parents qui partaient au travail pendant la crise du coronavirus. Il a eu de nombreuses semaines, par exemple, pour peut-être mettre en place ce que certains appelaient la société du roulement, avec des horaires de départ au travail différencié pour que tout le monde ne se retrouve pas dans le RER, dans le métro ou dans le bus au même moment. C'est des choses qu'il n'a jamais faites. Donc découvrir avec beaucoup de tristesse que oui, des gens ont été en première ligne et ont subi le coronavirus, que les familles les plus fragiles, qui par ailleurs, ont augmenté.
Aujourd'hui, on est à 8 millions de personnes qui font la queue pour récupérer de quoi manger parce qu'ils n'ont plus les moyens de se payer à manger. Étonnamment, ça aurait été bien que cette personne qui a découvert la France et qui était par hasard président ait agi pendant la crise. C'était lui qui avait tous les leviers. Il ne le fait pas. Et maintenant, il raconte une histoire un peu triste. Mais je pense que ça ne dut personne.
Emmanuel Macron, il était touché. Donc au fond, peut-être que c'était son chemin de Damas. Est-ce qu'il est devenu un homme de gauche, du moins un homme qui se gauchise depuis la crise du Covid-19 ? On ne rigole pas. C'est un peu ce qu'on doit déduire de ces échanges avec les journalistes TF1, LCI, donc Darius Rochebin et Audrey Trespo-Mara. Écoutons un peu un petit extrait. Vous avez une sorte de marxiste qui est devant vous. Il s'appelle Emmanuel Macron. C'est assez frappant que, justement, le dispositif nous empêche de politiser les choses. En gros, la casse de l'hôpital public, on n'en parle pas. On parle de lui.
On parle de lui tout le temps et finalement de sa passion pour la France modeste. Alors que, par ailleurs, quand il sort donc de ce pathos, il évoque des mesures que tu as notées qui sont des mesures finalement très dures vis-à-vis de la France d'en bas.
Oui, tout à fait. Pendant l'émission, il parle de la question des retraites à cinq reprises. Et l'idée est claire. Et d'ailleurs, sur ce qu'il dit, je pense que c'est assez évident qu'il va être candidat à sa propre succession. À sa sorte qu'il dit qu'il va falloir poser la question du travail et plus longtemps. Et notamment, il précise vraiment de repenser le travail des seniors. Donc quand on parle de ça, moi, j'ai du mal à voir quels sont les commentaires qui pourraient les s'étendre à ce qu'il serait devenu un Macron de gauche, finalement, et que se préparait un homme de gauche pour 2022.
Au contraire, là, il y a un certain nombre de mesures qui sont en pause pour différentes raisons, notamment parce que je pense que la crise du coronavirus perturbe quand même beaucoup le calendrier. Mais si jamais il est candidat et qu'il venait à être réélu en 2022, c'est très clair. L'une des premières choses qu'il fera, ce sera réformer les retraites. Et ça, ça implique du coup... Enfin ça touche des millions de personnes et ça les précarise. Il y a une infographie qui est sortie l'autre jour qui montrait qu'on a 25% des personnes qui meurent avant l'âge de départ à la retraite, avant l'âge de 62 ans. Cette donnée-là, elle est terrible. Emmanuel Macron, il n'en parle pas.
Et au contraire, il veut faire réfléchir à faire plus travailler les seniors. Donc ça veut dire qu'il n'a tiré aucune conséquence. Il n'y a pas de vraie orientation sociale, finalement, dans ce qu'il voudrait faire plus tard.
Alors en plus, ce qui est frappant, c'est qu'il y a une sorte de décalage, de dissonance, de hiatus entre Emmanuel Macron qui parle des personnes dans le 93, des travailleurs essentiels qui souffrent, dont les enfants ne vont pas à l'école, qui n'arrivent pas à bien nourrir leur famille. Et puis, quand il parle de faire travailler les seniors, mais ce sont eux, les seniors, ce sont ces travailleurs qui travaillent dur, qui devront être obligés de trimer encore plus longtemps, qui ne le pourront pas et donc qui, fatalement, auront une retraite plus basse parce qu'ils n'auront pas cotisé à 100%.
Mais on a l'impression que c'est deux réalités qui ne se rejoignent pas, alors que si, elles se rejoignent. Et c'est en fait aussi quelque chose qui est fait quelque part et qui dépolitise, qui peut aussi quelque part profondément irriter, voire révolter. Alors la crise des Gilets jaunes a marqué fortement le quinquennat par la violence de la répression, les éborgnés, les mutilés, et même la mort du cinéma Bredouane, une mamie de 80 ans à Marseille, en fait, qui a été tuée parce qu'elle regardait, enfin, elle fermait ses volets alors qu'il y avait un acte des Gilets jaunes à Marseille. Les journalistes du groupe TF1 évoquent cette séquence en partageant l'analyse d'Emmanuel Macron.
Ça qui m'a frappé sur l'origine de la violence, c'est-à-dire la foule devenue folle dont parle Emmanuel Macron en se référant à Victor Hugo. Et lui-même, d'une certaine manière, Emmanuel Macron attribue la paternité de cette crise des Gilets jaunes à François Hollande. On regarde un extrait. Alors, quelque part, c'est la faute de François Hollande s'il y a eu la crise des Gilets jaunes puisque c'est en 2015 que la loi sur les carburants est passée. Donc Emmanuel Macron, finalement, n'est que le réceptacle de la colère qui aurait dû être adressée à François Hollande, si on comprend bien.
— Oui. Et le réceptacle, d'une part, et surtout, c'est que ce qu'il dit à la fin, que ça aurait peut-être pas dû être appliqué comme ça. Et encore une fois, que les gens n'avaient peut-être pas compris. Ce qui est toujours la manière, depuis plusieurs années maintenant, quand un président fait quelque chose et que les gens ne sont pas contents, c'est pas qu'ils ne se remettent pas en question. Ils n'ont pas forcément tort. C'est que les gens ne comprennent pas. Donc il faut être plus pédagogue.
— En plus, je trouve que c'est quand même assez spécieux, la manière dont les journalistes amènent la question des 80 km heure. Le problème, c'est pas les foutres du volant. Le problème, c'est que quand on descend à 80 km heure dans certaines agglomérations, on augmente le nombre de contraventions. Et donc l'essence augmente. En plus, on doit se taper des contraventions. C'est ça. C'est pas... Parce que poser la question, genre, il y a des dangereux et irresponsables qui veulent aller plus vite, alors qu'en allant plus lentement, il y a moins d'accidents, je trouve que c'est un peu... Ça aide le président, en tout cas, quelque part.
— Oui, tout à fait. Un des grands enseignements des Gilets jaunes, et il me semblait que tout le monde l'avait compris très rapidement, finalement, après le premier acte, etc., c'est qu'au-delà de la mobilisation, qui est un peu le catalyseur concernant la question des 80 km, qui pose aussi la question, je crois, comme tu le dis, du fait qu'aujourd'hui, pour beaucoup de gens, la distance entre le lieu de vie et le travail se rallonge. Donc du coup, ralentir la possibilité de rouler peut-être un peu plus vite, ça fait qu'on va passer plus de temps au volant dans les transports avant d'arriver au travail. Donc c'est aussi ces problématiques-là.
Et normalement, c'est assez évident aujourd'hui qu'on a ce catalyseur qui est la question des 80 km heure, mais qu'autour, on a aussi une demande de dignité, on a une crise sociale profonde.
Et là, ce qui est incroyable, c'est que les journalistes arrivent finalement à résumer la question des Gilets jaunes à, d'une part, les 80 km heure, mais de manière très littérale, avec justement en coupant les implications du distance, enfin le lieu de vie, le lieu de travail, etc., en faire quelque chose du coup de très terre à terre, et du coup, de l'autre côté, le fait de dire, surprenez la phrase de Victor Hugo, cette foule qui devient en partie folle, donc du coup, une condamnation en fait des violences, mais du côté des manifestations, et un mouvement qui serait avant tout lié à la question de la route, quoi.
Alors que c'est pas ça. Et ce qui est frappant, c'est qu'une fois de plus, la violence de l'État, elle est évacuée. La question des violences policières, qui est quand même montée avec cette crise des Gilets jaunes, une violence policière qui s'est élargie, et qui ne s'est pas arrêtée, puisqu'après, on a eu la loi sécurité globale, en fait, cette surenchère, on en parle pas.
Oui, tout à fait. Il y a un moment, j'ai noté, Macron, il explique, il définit une sorte de triptyque de ce qu'il voulait être, c'était libérer, protéger, unifier. Du coup, sur le libérer, je pense qu'on a montré que c'est surtout une fragilisation de la société avec, du coup, des personnes plus fragiles qui se retrouvent en danger, par exemple, avec la baisse des APL, le fait qu'il veut revenir sur la question des retraites, et sur le protéger, non, enfin, le quinquennat de Macron, c'est plutôt celui de la mutilation. On a plusieurs centaines de personnes qui ont été blessées lors des actes des Gilets jaunes.
Tu parlais de Mme Zineb-Rédoine, qui est morte, son triptyque, si on devait le définir aujourd'hui, ce serait fragiliser, délaisser et mutiler, pas libérer, protéger, unifier. Et effectivement, avec cette euphémisation qu'il a pendant toute l'émission, et le fait que les journalistes ne le relancent pas, ne le titillent pas, et qu'il n'y ait pas de fact-checking derrière, la question des violences policières est totalement évacuée.
Justement, on se dit que, d'une certaine manière, les émissions politiques produites par la télévision finissent par ressembler à des opérations de communication, comme celle avec McFly et Carlito, où il a toujours tout contrôlé, où finalement, en fait, on lui déroule le tapis rouge et on imagine un dispositif plus sain où peut-être il y aurait des contradicteurs politiques, puisqu'on est quand même dans une période préélectorale, peut-être pas ses concurrents directs, mais au moins des personnes de ce bord politique-là qui viendraient poser des questions un peu plus dérangeantes. On pourrait aussi imaginer le surgissement du peuple sur le plateau télévisé, mais rien, en fait.
On a vraiment une sorte de conversation avec des gens qui sont, comme disait le Figaro, ravis d'être là. Et en fait, c'est assez frappant, finalement. Est-ce que si tu ne travaillais pas dessus, tu aurais regardé jusqu'au bout cet entretien ?
Non, pas forcément, dans le sens où, au bout d'un moment, on comprend qu'il ne sortira, en fait, de cet exercice qui était très long, aucune vraie annonce, que si on s'intéresse au coronavirus, on aura sans doute des annonces dans les prochains jours, mais que là, en tout cas, ce n'était pas le lieu. Quand on comprend aussi qu'il répète cinq fois qu'il faudra réfléchir à la question des retraites, on sait que si jamais il est candidat, a priori, il le sera, que ce sujet-là va finir par être abordé et que ça va être très difficile. Donc non, l'exercice n'a aucun intérêt, on dirait effectivement un grand exercice de communication avec des journalistes qui sont très complaisants.
Et c'est un peu le parachèvement, peut-être, de ce qui se passe à l'Élysée depuis le début du quinquennat, depuis qu'Emmanuel Macron est élu. En fait, à plusieurs reprises, on a eu des journalistes qui n'ont pas eu d'accréditation pour assister à certains événements. Je ne sais plus si c'est sur la visite d'une usine, des journalistes qui se voyaient remettre un dossier presse. Et du coup, finalement, ils ne pouvaient pas poser de questions puisqu'ils avaient tout dans le dossier presse. On a quand même un contrôle de l'enquête, de l'information qui est très, très fort aujourd'hui.
Alors, ce qui est frappant, c'est que vraiment, là, c'est un processus de contrôle complètement décomplexé. On se rappelle qu'un tel dispositif avait existé par le passé. Il y a Edwip Lennel et Jean-Jacques Bourdin qui étaient allés à la rencontre d'Emmanuel Macron. C'était toujours à l'Élysée. C'était toujours assez contrôlé. Mais un, c'était en direct. Et deux, c'était des journalistes qui, même s'ils ne sont pas des opposants hostiles, sont quand même des journalistes qui savent interviewer et poser des questions qui dérangent, alors que là, on a vraiment des journalistes dans leurs petits souliers.
Est-ce que, finalement, ça en dit quelque chose sur la manière dont Macron veut contrôler cette campagne et justement ne pas entrer en campagne pour ne pas être celui qui reçoit des coups, mais pour être celui qui impose sa prestance ?
Tout à fait. C'est un peu ce qu'il avait fait déjà en 2017 avec la sortie d'un programme qui était très, très tardif. C'est finalement le fait qu'on parlait beaucoup de lui et surtout, oui, de lui, peut-être plus que de ses idées jusqu'à un certain point et qu'avec ça, il se protégeait. Hier, ce qui était frappant, c'est qu'il y a vraiment des moments où ça confinait à l'interview People en quelque sorte. C'est ce qu'il avait appris, comment il avait vécu, etc. Il a aussi dit, ce qui est très étonnant à plusieurs reprises, qu'il ne faisait pas de politique. Ça, il faudra m'expliquer comment un président qui va peut-être être candidat à sa succession peut dire qu'il ne fait pas de politique.
Pourquoi des journalistes, quand il dit ça, il le dit plusieurs fois ? Pourquoi est-ce qu'on ne l'interroge pas là-dessus ? Moi, je ne serais pas très rassurée. Si je vais voter à une élection, je ne vais pas voter pour un manager ou un président de start-up ou de... Enfin, je vote pour quelqu'un qui fait de la politique et Emmanuel Macron disait plusieurs...
Il incarne le bon sens pendant que les autres sont des politiciens. Lui, c'est un homme d'État. Il incarne le bon sens. Il est au-dessus des passions partisanes. En gros, c'est ça. Je reste le chef de l'État même quand je descends dans l'arène. Je reste le chef de l'État et en plus, c'est aussi une sorte de trame de l'extrême centre dont beaucoup de penseurs ont parlé. C'est-à-dire, je suis le bon sens. Je ne sais pas de politique puisque je suis le bon sens. Je suis dit ce qu'il faut faire. Je fais ce qu'il faut faire. Alors, abordons maintenant les scandales. Les affaires politico-financières de la Macronie sont absentes du bilan tel qu'en fait, on le laisse avoir TF1-LCI.
Mais les affaires Benalla et Hulot sont traitées de manière assez spéciale quand elles sont traitées. On commence par l'affaire Benalla. Avant qu'on vienne sur le plateau, tu expliquais qu'il y avait une forme de tricherie dans la manière dont elle était présentée. Bon, déjà, il a dit, il a utilisé une expression. Ce n'était pas une...
Ce n'était pas une affaire d'État, mais une affaire d'été. Encore une fois, on est sur du feuilleton à l'eau de rose, quelque chose d'assez étonnant. Oui, ce qui est étonnant sur l'affaire Benalla, c'est que, bon, déjà, cette phrase qui n'est pas incroyable, elle coupe court à toute discussion. Et pour rappel, en fait, l'affaire Benalla, donc le 1er mai 2018, on a le journaliste qui filme Benalla sans savoir ce qu'il joue vraiment, donc Place de la Contrescarpe. Et quelques mois plus tard, moyennant un travail d'investigation, on a des journalistes au Monde qui identifient la personne. Et donc, c'est quelqu'un qui était chargé de mission à l'Élysée et pas un policier.
Du coup, c'est au-delà d'une affaire de violence policière. Et quand on regarde la chronologie, il me semble que même, du coup, des journalistes du Monde en ont reparlé hier. En fait, Alexandre Benalla est mis à pied après la révélation de cette affaire. Donc, on a quand même plusieurs mois où quelqu'un qui a eu un uniforme qu'il n'était pas censé porter déjà reste en fonction. Ça, on peut imaginer que c'était quand même quelque chose de su.
Non, mais ils disent que quand même, quand en mai 2018, ils ont eu les vidéos en interne sans que ça soit diffusé, ils disent qu'il a eu 15 jours de suspension. En fait, on n'a aucune preuve de tout cela, d'autant plus qu'on a eu des preuves que pendant les 15 jours supposés de suspension, il travaillait. Et même quand les Bleus sont revenus victorieux à la Coupe du Monde de 2018, Benalla était aux premières loges alors que cette affaire n'était absolument pas vieille.
C'est ça. C'est Macron qui avait dit en 2018 « Je n'ai aucune indulgence pour la violence ou les tenants du désordre ». Et quand on voit comment Alexandre Benalla a été sanctionné par l'Elysée, on se dit que c'est une indulgence ou en tout cas des choses qui sont vraiment à degré variable. Ce qu'on voit aussi du coup sur la chronologie, c'est qu'après le scandale, on peut laisser le bénéfice du doute sur les mois entre mai et juillet. Mais après, les révélations du monde, l'identification et que l'affaire devienne vraiment un scandale public, déjà, il y a des choses bizarres du côté d'En Marche où il y a des personnes qui ont accès à des vidéos qu'ils n'auraient pas dû avoir.
Donc déjà, il y a cette première chose-là. Et ensuite, en fait, Alexandre Benalla, il reste dans les cercles du pouvoir. Il a un badge qui lui permet d'aller à l'Assemblée nationale. Il dit que c'est pour aller à la salle de sport, mais en fait, il a accès à tout et on n'a pas besoin d'un tel niveau de badge pour aller à la salle de sport de l'Assemblée. Il reste dans les premiers cercles en fait d'Emmanuel Macron. En 2019, il avait été révélé qu'il avait négocié des contrats auprès de milliardaires russes proches de Vladimir Poutine.
C'est un scandale d'État dans le sens où il reste en fait dans les premiers cercles de l'exécutif, même après les révélations du mois de juillet qui ont quand même entraîné un certain nombre de manifestations et de mobilisations.
Il continue longtemps à avoir un passeport diplomatique aussi.
Tout à fait. Et aujourd'hui, donc, il est mis en examen si, en fait, c'est quelque chose qui se joue dans le temps, qui traîne. Et en fait, à chaque fois, il y a des choses... Les gens, ils font moins attention. Les médias en parlent finalement assez peu. Mais c'est bel et bien un scandale d'État. Et résumer ça à une affaire d'été qui serait juste l'identification de quelqu'un qui aurait fait une bêtise en manifestation, c'est quand même scandaleux et c'est un mépris du travail des journalistes, de l'investigation qui était très fort de la part du président.
En plus, l'affaire Benalla, ce système déraille, il y a toujours des personnes qui protègent la personne qui a déraillé puisque Complément d'enquête a révélé que Mimi Marchand, qui est une bonne amie du couple Macron, qui est au service du couple Macron, a cornaqué Alexandre Benalla au pire des moments, notamment au moment où il y avait un coffre qui était chez lui, on n'arrivait pas à entrer chez lui, le coffre disparaissait, etc. Il était toujours lié à l'Élysée via Mimi Marchand comme l'a révélé l'émission Complément d'enquête. Sur l'affaire Hulot, c'est pareil. J'estime que Macron a fait un doigt d'honneur aux victimes et piétiné à la libération de la parole. Pourquoi ?
Effectivement, il a été interrogé sur l'affaire Hulot. C'est peut-être les moments où les journalistes ont le plus joué leur rôle de journaliste. On peut leur reconnaître ça. Ils ont fait l'effort sur un sujet de le faire. Et sur l'affaire Hulot, déjà, il revient sur la question du dépôt de plainte des victimes. Et aujourd'hui, il dit qu'il n'y a plus de problème.
Il me semble quand même qu'il y a quelques semaines, il y a un mouvement qui a été lancé qui s'appelait Double peine qui, justement, disait qu'aujourd'hui, les plaintes des victimes au commissariat étaient très mal prises, ce qui faisait que souvent les plaintes étaient classées sans suite et que les personnes qui étaient accusées de viol n'étaient pas poursuivies parce que, justement, le dépôt de plainte, aujourd'hui, est un énorme problème en France. Et Emmanuel Macron réussit à nous dire qu'il n'y a pas de problème alors qu'il y a quelques semaines, il y a un mouvement sur les réseaux sociaux qui s'est lancé sur la question.
Donc soit il résout vraiment très vite les problèmes, soit la grande cause du quinquennat ne l'intéresse pas tant que ça. Je pencherais plutôt pour la deuxième hypothèse. Et ensuite, il enchaîne, du coup, sur l'affaire Hulot. Et il y a ce moment, il n'a pas un mot, en fait, pour les victimes, les personnes qui ont parlé, ce qui est quand même quelque chose de très courageux, d'autant plus quand on veut parler à propos de quelqu'un qui est puissant, qui est connu. Il n'a pas un mot pour ses victimes. Et quand on lui pose la question de ce qu'il savait, pourquoi est-ce qu'il avait gardé Nicolas Hulot quand l'affaire avait commencé à sortir il y a quelques années, il ne réagit pas trop.
En fait, ça doit être encore un moment où il regarde ses pieds, il hésite avant de répondre. Mais il ne revient pas, par exemple, sur la mise en scène de Marlène Schiappa qui était allée très, très loin pour le soutenir avec une pétition.
Une mise en scène qui avait été commanditée, comme on a pu le voir avec les révélations, justement, de la semi-investigation de France Télévisions. On voit bien que Marlène Schiappa, on lui demande de manière pressante de se positionner parce qu'elle est une femme de donner une sorte de blanc-seing à Nicolas Hulot. Donc, je veux dire, Emmanuel Macron n'a pas fait que respecter le principe de la présomption d'innocence. Il a ouvert quelqu'un, alors que même il y avait déjà eu Hebdo, un journal qui n'existe plus aujourd'hui, qui avait publié des informations là-dessus.
C'est ça. Du côté de l'Élysée, il y a une véritable stratégie pour le protéger. Là, c'est des choses qu'on voit à peu près, effectivement, avec la vidéo de Marlène Schiappa qui était ressortie, le moment où elle est briefée avant l'interview, qui est très cynique, en fait. Mais en tout cas, hier, sur ce qu'il a dit, moi, vraiment, j'étais étonnée déjà sur la méconnaissance des sujets en cours du côté de la justice et notamment sur les questions de procédure de dépôt de plainte, d'une part. Et d'autre part, ça me semble quand même être le minimum de pouvoir avoir un mot pour les victimes, pour les femmes qui osent prendre la parole.
Et même cette chose-là, il n'est pas capable de le faire, en fait. Alors qu'aujourd'hui, il y a eu de nouveaux témoignages concernant Nicolas Hulot qui sont sortis récemment. Je crois que ce n'est pas quelque chose de très coûteux. Il ne s'engage pas à grand-chose, en fait, en ayant de la compassion pour soutenir les victimes et s'engager à agir. Et il est incapable de le faire. Et ça, vraiment, je trouve que dans le contexte dans lequel on est, tous les témoignages, en fait, qui émergent tout le temps et le fait aussi qu'encore une fois, ces questions-là, c'est censé être, enfin, les femmes, la grande priorité du quinquennat.
Je trouve que l'écart entre ces grands principes affichés et la réalité, ce qu'il est incapable de dire, et on ne demande pas forcément grand-chose parce qu'on sait qu'il ne va pas faire grand-chose, c'est vraiment un moment, moi, que j'ai trouvé affligeant et vraiment gravissime, en fait, qu'à partir d'aujourd'hui, il faut qu'ils arrêtent de dire que la question de la femme, de la libération de la parole, que c'est leur priorité parce que depuis hier, on en a eu la preuve formelle, ça, c'est un mensonge.
Merci beaucoup, Marion. Marion Beauvalet, je rappelle donc que tu es présentatrice et non-présidente de l'émission Plan B sur Swiss et que tu es doctorante et tu es aussi une personne très dévouée qui se dévoue à regarder Emmanuel Macron très tard le soir pour en parler très tôt le matin. Voilà, la contre-matinale du Média, c'est fini pour aujourd'hui. Ce soir, vous pourrez regarder l'intégralité du reportage de Rémi Kenzo Pagès sur l'association de Bagnolet qui est devenue une obsession pour la fachosphère française et les médias qui l'accompagnent.
Et donc, vous pouvez aussi entre-temps continuer de liker, de partager cette vidéo pour donner à plus de personnes l'opportunité de la regarder par la magie des algorithmes de YouTube et demain, la contre-matinale sera présentée par ma collègue et camarade Nadia Lazouni. Restez donc connecté aux médias et n'oubliez pas si vous le pouvez de participer à notre mobilisation de fonds de fin d'année. Donnez-nous de la force, donnez-vous de la force.
Emmanuel Macron