Pourquoi la France lève-t-elle les sanctions contre un oligarque russe ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:47OuverteRéponse directe
Pouvez-vous d'abord nous raconter ce qu'il s'est passé à Bruxelles ?
- 0:54OuverteRéponse directe
Qui est cet oligarque Alisher Ousmanov ?
- 3:09OuverteRéponse directe
Ce qui vient de se jouer, c'est un marchandage avec un pays ami de la Russie, l'Azerbaïdjan ?
- 3:47OuverteRéponse partielle
Pourquoi c'était aussi important de faire libérer ce français et surtout de faire de telles concessions ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Il y avait déjà eu ce genre de tractations avec des pays pour obtenir plus de clémence vis-à-vis des Russes et des oligarques russes en particulier ?
- 5:12OuverteRéponse directe
Et pourquoi la France n'a pas dit clairement ses motivations à ses partenaires européens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:21PrésentateurFait
« c'était en 2022, Emmanuel Macron. »
- 0:57InvitéChiffre
« Alors c'est une fortune estimée à 14 milliards de dollars. »
- 1:42InvitéFait
« Il figure depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. »
- 2:00InvitéFait
« Alisha Ouzmanov y est inscrit depuis 2022. »
- 3:21InvitéFait
« Effectivement, c'est tout à fait ça. »
- 3:27InvitéFait
« Donc, il y a effectivement peu de doutes. »
- 3:39InvitéFait
« Mais effectivement, cette grâce d'un citoyen français qui était emprisonné de façon injuste en Azerbaïdjan confirme effectivement le marchandage entre Paris et Bakou. »
- 4:50InvitéFait
« Et notamment, par exemple, la Slovaquie portait la levée de sanctions contre Mikhail Friedman, qui est aussi un autre oligarque russe. »
- 6:08InvitéFait
« En effet, c'est un précédent qui, aujourd'hui, ouvre la porte. »
- 6:45InvitéFait
« Bon, là, le Quai d'Orsay a parlé de M. Ryan comme étant une victime de tensions diplomatiques parce que la France a toujours soutenu l'Arménie et que cela avait beaucoup déplu à bas coût dans les tensions politiques entre les deux pays. »
Temps de parole
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On est à l
'heure
20h, RTL Soir, avec Anne-Sophie Lapix. Lorsqu'il y
a
de la guerre, deux principales choses ont été décidées. D'abord un sixième paquet de sanctions, qui est extrêmement important,
puisqu
'il permet de sanctionner plus de 80 oligarques.
Ça
c'était en 2022, Emmanuel Macron. Mais que s'est-il passé pour que la France recule sur les sanctions à la Russie, pour qu'elle demande à ses partenaires européens de sortir un oligarque russe de sa liste noire ? Une demande qui a déclenché un psychodrame à Bruxelles, la fureur de l'Ukraine, car finalement Paris a eu gain de cause. Alors on va tout vous expliquer dans la preuve par trois. Bonsoir Émilie Beaujard. Bonsoir. Vous êtes chef adjointe du service international de RTL. Pouvez-vous d'abord nous raconter ce qu'il s'est passé à Bruxelles ? La France a demandé le retrait d'un nom de la liste noire. Qui est cet oligarque Alisher Ousmanov
?
Alors c'est une fortune estimée à 14 milliards de dollars. Alisher Ousmanov a fait fortune dans les minerais de fer dans les années 90. Il a aussi été président de la Fédération internationale d'escrime pendant plus de dix ans. Il a aussi des actifs dans les médias, le football. Un oligarque russe, comme on les connaît. Né en Ouzbékistan, il a fait une grande partie de sa carrière en Russie. Ses défenseurs le présentent comme un mécène, soutenu par l'Azerbaïdjan, la Turquie, l'Ouzbékistan. Et depuis la guerre en Ukraine, l'homme de 73 ans a déménagé à Tashkent, en Ouzbékistan. Et c'est quoi la liste noire dont il a été retiré ? Alors en fait,
c
'est la liste des sanctions européennes. Plus de 3000 personnes et entités liées à la Russie. Il figure depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. Il y a notamment le président russe, Vladimir Poutine, son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, des membres du Parlement russe, des ministres, des gouverneurs et des oligarques. Alisha Ouzmanov y est inscrit depuis 2022. Toutes les personnes sur cette liste noire sont interdites de voyager et leurs avoirs sont gelés. Elles ne peuvent plus pénétrer sur le territoire européen ni même y transiter. Et tous leurs comptes bancaires ouverts dans l'Union Européenne sont aussi gelés.
Alors
la France a demandé de retirer cet oligarque de la liste au nom de la sécurité nationale, sans en dire plus. Elle a obtenu gain de cause, mais le débat a été animé. On a parlé de psychodrame.
Oui, plusieurs pays de l'Union Européenne et l'Ukraine se sont opposés au retrait du nom de l'oligarque de cette liste noire, parlant de précédents dangereux et d'un mauvais signal envoyé à Moscou. Cela a aussi suscité de vives réactions à Kiev, puisqu'Alisha Ousmanov est proche du Kremlin et est accusé de soutenir l'effort de guerre russe contre l'Ukraine. Le président ukrainien est furieux et parle d'une démarche autodestructrice. Alisher Ousmanov, dont les sanctions ont été levées, va pouvoir lui retrouver ses propriétés en Allemagne et son yacht à Hambourg. Merci Émilie.
On va essayer de percer le secret de cette position française. Bonsoir Udrich Bounat. Bonsoir. Vous êtes analyste géopolitique, chercheur associé au sein du groupe de réflexion euro-créative. Ce qui vient de se jouer, c'est un marchandage avec un pays ami de la Russie, l'Azerbaïdjan.
Effectivement, c'est tout à fait ça. D'ailleurs, la preuve la plus éclatante, c'est qu'un citoyen français, M. Rian, a été libéré, gracié par le président Azeri, dans la foulée de la levée des sanctions contre Alisher Ousmanov. Donc, il y a effectivement peu de doutes. C'était déjà un peu transparu dans un certain nombre de médias. Mais effectivement, cette grâce d'un citoyen français qui était emprisonné de façon injuste en Azerbaïdjan confirme effectivement le marchandage entre Paris et Bakou.
Pourquoi c'était aussi important de faire libérer ce français et surtout de faire de telles concessions
? Alors
ça, c'est une vraie question à laquelle je ne peux pas répondre. C'est plutôt à l'Élysée de répondre à cette question-là. Mais effectivement, je pense que de façon générale, il y avait une volonté en tous les cas d'essayer de libérer des citoyens français, justement arrêtés et emprisonnés, notamment en Azerbaïdjan. D'ailleurs, il y a d'autres citoyens français, notamment un autre, qui sont encore emprisonnés en Azerbaïdjan pour des raisons plus ou moins fallacieuses. Mais effectivement, ça ouvre la porte. Et c'est un petit peu pour ça que beaucoup de pays européens vont debout. C'est que ça ouvre la porte à un chantage des otages.
Désormais, certains pays savent qu'ils peuvent arrêter des gens et faire pression pour obtenir des concessions politiques.
Il y avait déjà eu ce genre de tractations avec des pays pour obtenir plus de clémence vis-à-vis des Russes et des oligarques russes en particulier ?
Oui,
bien sûr. Il y avait déjà plusieurs pays, notamment la Hongrie, la Slovaquie, qui militaient assez ardemment pour avoir des levées de sanctions sur certains oligarques. Dans certains cas très précis,
ça
avait marché. Dans d'autres,
pas
du tout. Et notamment, par exemple, la Slovaquie portait la levée de sanctions contre Mikhail Friedman, qui est aussi un autre oligarque russe. Et du coup, alors que ça faisait des mois qu'elle essayait de l'obtenir sans l'obtenir, désormais, elle l'a obtenue avec le soutien du Luxembourg. Et donc, effectivement, on voit qu'en levant les sanctions sur l'un, on lève les sanctions sur l'autre. Et potentiellement, ça crée effectivement des précédents dans lesquels vont essayer de s'engouffrer beaucoup d'oligarques.
Et pourquoi la France n'a pas dit clairement ses motivations à ses partenaires européens
? Parce
que je pense que c'était effectivement relativement malvenu. Je pense que c'est quand la France essaie de se présenter comme le pays en pointe sur la coalition des volontaires, sur l'aide à l'Ukraine, sur l'autonomie stratégique de l'Union européenne. Ça brouille complètement le message de venir dans la foulée derrière, essayer en quelque sorte d'adopter une position qui va être lue à Moscou comme un signal de faiblesse.
Merci beaucoup Ulrich Bounat. Alors, est-ce qu'on est en train justement de faiblir face à Moscou ? Bonsoir Hélène Conway-Mouret. Vous êtes sénatrice PS des Français d'étrangers et vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères. Bonsoir. Bonsoir. Alors, est-ce que c'est la porte ouverte à tous les chantages et pressions sur les différents membres de l'Union et la porte ouverte à l'abandon des sanctions
? Disons
que cela vient d'être dit et je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été précédemment présenté comme une analyse de la situation. En effet, c'est un précédent qui, aujourd'hui, ouvre la porte. Pas seulement à d'autres marchandages, mais je crains pour la sécurité de nos ressortissants français dans des pays sous influence russe qui, eh bien, pourraient être finalement menés d'échanges, incarcérés, kidnappés. Et on l'a vu, cela a été le cas en Afrique il
y
a assez longtemps, au Mali par exemple, où nous avions des otages. Et à chaque fois, nous avons, eh bien, une pression diplomatique. Bon, là, le Quai d'Orsay a parlé de M. Ryan comme étant une victime de tensions diplomatiques parce que la France a toujours soutenu l'Arménie et que cela avait beaucoup déplu à bas coût dans les tensions politiques entre les deux pays. Mais enfin, je crois que ça va bien au-delà. Là, on a quand même un oligarque russe, en effet, qui a un poids financier phénoménal et qui est en capacité aujourd'hui, de par cette influence qu'il peut modélier, eh bien, de pouvoir faire pression sur des gouvernements, et notamment en Azerbaïdjan.
Mais tout cela est très inquiétant parce que nous perdons crédibilité, moi, sur le plan politique, enfin, sur le plan européen et international. À la fois, on fait preuve de courage dans nos discours. On l'a vu hier, notamment à la tribune des Nations Unies où le président dit les choses avec courage, clarté et volonté. Et puis, dans nos actions, eh
bien,
on fait tout le contraire. On fait preuve de faiblesse et je pense que cela est très peu apprécié de nos partenaires européens, bien évidemment, parce que ça les touche aussi directement. Mais ça nous touche sur le plan national. Alors, on peut se réjouir qu'un de nos ressortissants puisse rentrer chez lui, bien évidemment. Mais il y en a d'autres qui sont incarcérés et qui le demeurent. Et on se demande ce que l'on va devoir donner ou céder pour que ceux-ci sortent de prison.
Donc,
non,
c
'est... Enfin, disons, pour l'avenir, moi, je suis très inquiète. Comment Moscou peut dire ce qui vient de se passer
? Eh bien,
ils ont gagné. C'est tout simple.
Ils
font pression, on cède. Donc, ça veut dire qu'ils peuvent à nouveau faire pression. Et est-ce que nous serons tenus de céder à chaque fois ? Ou est-ce que nous allons enfin faire preuve du courage ? Je crois qu'il faudrait avoir le courage dans nos actions équivalent à celui dans nos paroles.
Faire ce qu'on dit. Merci beaucoup, Hélène Conway-Mouret. Merci à tous les trois. C'était la preuve par trois.
C'était la preuve par
trois.