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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 22 mars 2017 11 min

Anne Hidalgo : "L'idéal de la gauche est toujours vivant dans notre pays"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Le 7-9 de France Inter, première matinale de France, à suivre aussi en vidéo sur franceinter.fr

0:12
Anne Hidalgo

Bonjour Anne Hidalgo, le ministre de l'Intérieur contraint la démission, c'est déplorable ou c'est exemplaire ?

0:20
Présentateur

Je pense qu'il a pris la bonne décision, c'est exemplaire, il va se défendre, il est mis en examen, enfin pas encore mis en examen pardon, mais il y a une affaire concernant les emplois de sa famille. Je pense qu'il prend la bonne décision, que c'est une décision digne, je ne vais pas commenter au-delà, je pense que sur la pratique de l'embauche de sa famille lorsqu'on est parlementaire, beaucoup de choses ont été dites et je suis comme beaucoup favorable à l'interdiction de cette pratique purement et simplement.

0:50
Anne Hidalgo

Vous convenez que c'est déplorable pour la démocratie, pour le quinquennat ?

0:54
Présentateur

Écoutez, je pense que c'est quelque chose qui n'arrange pas, bien évidemment, la relation de confiance entre les politiques et les citoyens. Il faut des règles claires et qu'elles soient respectées. Il y a un principe moral pour moi qui est effectivement de ne pas faire appel à sa famille lorsqu'on est dans des responsabilités publiques et financées par notamment des deniers publics. Cette règle n'était pas écrite et donc légale. Il faut la traduire dans la loi pour que ce soit très clair et qu'il n'y ait plus ce type de difficultés qui vraiment jettent le doute sur cette relation. Moi, je suis très attachée à la démocratie. Vous savez, il y a tellement d'élus.

Tout à l'heure, on va retrouver les maires de France qui sont là, qui se retroussent les manches, qui bossent gratuitement. Il y a plein d'élus.

1:52
Anne Hidalgo

C'est la MF, l'association des maires de France qui va auditionner les candidats à la présidentielle.

1:56
Présentateur

C'est vrai qu'on parle de ces cas-là, mais permettez-moi de dire que heureusement que notre République tient debout parce qu'il y a quand même aussi beaucoup, en majorité, des élus honnêtes qui font vraiment don souvent de leur vie et de leur temps pour servir leurs concitoyens.

2:12
Anne Hidalgo

Mais la démission de Bruno Leroux, avez-vous dit, est exemplaire ? Le candidat de la droite devrait en prendre de la graine ?

2:18
Présentateur

Écoutez, cette campagne présidentielle fait qu'on a le sentiment qu'elle nous est un peu volée. On a commencé depuis dimanche et lundi, avec le premier débat, à rentrer dans les sujets de fond, à parler un peu plus de ce que proposent chacun des candidats. Donc je ne vais pas passer mon temps à commenter ces affaires judiciaires qui sont graves pour la démocratie. Le candidat de la droite a fait le choix, y compris contre son camp, soyons clairs, de se maintenir à cet endroit-là. Il en assumera toutes les conséquences. Moi, ce qui m'importe aujourd'hui...

2:58
Anne Hidalgo

Ça ne doit pas être un thème de campagne ?

2:59
Présentateur

Ce n'est pas que ça ne doit pas être un thème de campagne, mais les Français doivent se prononcer, bien sûr, sur l'honnêteté, sur la morale, sur le comportement de ceux qui veulent les représenter. Mais ils doivent aussi se prononcer et pouvoir le faire en connaissance de cause sur la vision, les perspectives que l'on a pour notre pays. Je ne partage pas la vision, les perspectives de François Fillon pour notre pays. Et je ne suis pas...

Bien évidemment, je condamne ce qui se passe autour de sa candidature et le fait que, finalement, dans cette élection, c'est le procès de toute la classe politique et pas la vision pour notre pays et les mesures concrètes qui nous permettraient de nous redresser, qui sont mises en avant. Sauf depuis une semaine, voilà, depuis lundi, avec ce premier débat.

3:49
Anne Hidalgo

Oui, sur...

3:50
Présentateur

Non, mais bien sûr, vous avez fait beaucoup de boulot. Je ne suis pas en train de dire que les médias n'ont pas fait leur boulot et heureusement, il y a eu...

3:57
Anne Hidalgo

En parlant des programmes et du fond des programmes. Mais puisque, je reviens aux affaires, vous dites que ce n'est pas un thème, on ne doit pas se focaliser là-dessus, mais puisque vous soutenez Benoît Hamon, est-ce qu'il a raison, on l'a vu lors du débat, de harceler Emmanuel Macron sur l'identité de ses donateurs qu'Emmanuel Macron ne peut pas révéler ?

4:13
Présentateur

Je pense d'abord, dans les propositions de Benoît Hamon pour le pays, je partage la vision qui est la sienne. C'est d'ailleurs le seul qui a une perspective, qui pose la question des changements climatiques comme la question majeure autour de laquelle notre économie, l'évolution du travail aussi, avec la numérisation du travail, sont les grands thèmes sur lesquels on doit pouvoir se focaliser. Et sur la question, effectivement, du rapport à l'argent et du rapport, notamment, au lobby, je pense qu'il a raison de dire clairement, d'une façon générale, j'ai vu qu'Emmanuel Macron le prenait pour lui.

4:54
Anne Hidalgo

Ah, sur la séquence du débat, ça s'adressait directement à Emmanuel Macron, à Nidalgo, ou alors on n'a pas vu le même débat.

4:59
Présentateur

Peut-être, mais il y a d'autres moments où il a pris pour lui des remarques qui étaient de façon plus générale. Moi, je pense que c'est très important de savoir, lorsqu'on est libre, lorsqu'on s'engage dans une campagne, de faire la clarté sur qui sont ses soutiens. Et il n'y a pas de mal à ça. Lorsque vous vous lancez dans une campagne électorale, vous avez, dans le respect du droit, la possibilité de faire appel à des dons, des dons de personnes, bien sûr, et jamais d'entreprises, que les Français sachent qu'ils sont les donateurs, puisqu'il n'y a pas de parti politique derrière.

Les candidats qui sont soutenus par un parti politique font aussi appel à des dons, et en général les rendent publics, et ils sont soutenus aussi par l'organisation politique, qui est là pour porter également un candidat. Je pense que ça aurait le mérite de la clarté, d'indiquer qu'ils sont pour chacun des candidats. Ça ne vise pas particulièrement M. Macron quels sont les donateurs.

5:59
Anne Hidalgo

À condition qu'on puisse briser le secret fiscal, c'est ce que dit Emmanuel Macron.

6:05
Présentateur

Ce n'est pas si compliqué que ça, il suffit de demander et de solliciter. Je ne vois pas qui aurait honte d'apporter son soutien à tel ou tel candidat.

6:16
Anne Hidalgo

Emmanuel Macron, avez-vous dit, n'est pas un homme de gauche. Comment expliquez-vous à Nidalgo qu'il attire autant de personnalités de gauche, y compris votre prédécesseur Bertrand Delanoë, qui était à votre place il y a 15 jours, y compris trois de vos adjoints, y compris Jean-Louis Missica, l'un de vos proches, qui était votre directeur de campagne ?

6:31
Présentateur

D'abord, vous citez Jean-Louis Missica, il n'a jamais été adhérent du Parti Socialiste. Ce sont des personnalités indépendantes. Il se présente comme Rocard bien. Oui, il a travaillé avec Michel Rocard, mais ce n'est pas un membre du Parti Socialiste. J'ai beaucoup de respect, bien sûr, et d'amitié pour Bertrand Delanoë, mais je ne fais pas le même choix. Vous pensez qu'il se trompe ? Chacun fait son choix en toute liberté. Pour moi, puisque un des arguments a été celui du vote utile, et je l'ai dit auprès de Benoît Hamon à Bercy, le vrai vote utile, c'est celui qui consiste pour chaque citoyen à voter pour ses convictions.

Mes convictions, elles sont du côté du projet de Benoît Hamon, parce qu'il est clair. Je ne viens pas de la gauche du Parti. Je ne l'ai pas soutenu à la primaire de la gauche et des socialistes. Je suis une sociale-démocrate, je suis écologiste, je suis féministe, et je me retrouve dans ses propositions. Je constate aussi qu'autour de Benoît Hamon, il y a beaucoup de femmes, beaucoup de jeunes, qui sont des élus, des élus locaux. Prenez la maire de Nantes, la maire de Rennes, prenez tous ces jeunes que j'ai vus également à Bercy, qui se reconnaissent dans ce projet. Il peut y avoir débat, la gauche arrive à cette élection dans un état de fracture, dans un état qui est très difficile.

Ce n'est pas quand votre famille va mal qu'il faut à ce moment-là l'abandonner. En tout cas, ce n'est pas ma conviction de l'engagement que je porte. Je le fais, je sais que c'est difficile, je sais que dans cette élection, c'est difficile pour la gauche d'être audible, après cinq ans de gouvernement, après toutes ces divisions que l'on observe. Et ce sera difficile d'arriver au second tour ?

8:15
Anne Hidalgo

Ce sera difficile d'arriver au second tour.

8:16
Présentateur

En tous les cas, on se bat pour y être. Mais ce que je vois, c'est qu'il y a beaucoup de femmes, d'hommes, de membres du gouvernement, Mathias Feckel, nouveau ministre de l'Intérieur, beaucoup d'autres qui sont autour de Benoît Hamon et qui ont envie, non seulement d'être là pour affirmer nos convictions, mais aussi de faire que cette grande idée, qui est cette idée portée par le Parti Socialiste, ne meure pas. Voilà, moi je ne considère pas qu'après moi le déluge et qu'on va faire table rase complète du passé. Le passé, l'utopie, l'idéal de la gauche, il est toujours vivant dans ce pays.

D'ailleurs, quand vous regardez, malgré cette fracture, comment se positionne une partie de nos électeurs, si la gauche avait été unie, sûrement que nous ne discuterions pas de cette façon. Si on n'avait pas théorisé les gauches irréconciliables, on n'en serait pas là. Moi à Paris, je n'ai jamais théorisé ça et je pratique au contraire une alliance très très large qui va en effet du Modem, d'une ancienne ministre de Jacques Chirac, je pense à Dominique Versigny, aux partis communistes, aux écologistes, à toutes les nuances de socialistes et je ne veux qu'aucun d'entre eux s'en aille. Pour moi, il n'y a pas de changement d'alliance.

9:28
Anne Hidalgo

Si la gauche est divisée, c'est la faute de Manuel Valls qui a théorisé les gauches irréconciliables ?

9:33
Présentateur

C'est sans doute vous qui l'exprimez comme ça. Moi, je ne l'exprime pas les choses comme ça. Il n'aurait pas fallu théoriser les... Je pense qu'on a été très très imprudents pendant ces cinq ans, mais ces cinq ans ne m'intéressent plus. Ce qui m'intéresse, c'est l'avenir.

9:45
Anne Hidalgo

La fracture avec Jean-Luc Mélenchon, c'est la responsabilité du gouvernement ?

9:52
Présentateur

En fait, vous savez, quand j'ai eu, moi, à faire l'alliance, notamment de second tour pour Paris, je n'ai pas voulu faire d'alliance avec, à l'époque, le parti de gauche. Donc, c'est la seule formation politique avec laquelle je ne suis pas alliée. Mais avec le parti communiste. Et je le dis, je pense qu'on fait des grandes choses. Aujourd'hui, moi, je suis très fière, par exemple, d'être à la tête de cette équipe qui est confrontée à des épreuves, mais impressionnantes. Ça fait trois ans qu'on surmonte des épreuves impressionnantes. Et cette équipe-là, elle permet de rendre des services, de faire de Paris une ville dont, je crois, les Parisiens sont fiers.

Une ville qui est engagée sur le front de l'écologie, qui est engagée sur la question sociale. Vous avez reçu tout à l'heure un jeune réfugié syrien. On s'est engagé là-dessus. Et ça ne nous empêche pas non plus de travailler avec le monde des entreprises et d'être reconnue comme l'écosystème le plus performant aujourd'hui en Europe en matière d'économie numérique. Ça ne nous a pas été dicté par quelque gouvernement que ce soit. Et c'est une gauche, avec des écologistes, sans sectarisme, avec une grande ouverture, qui a permis de faire ça. Moi, c'est ce que j'ai envie de porter plus largement au-delà de Paris, parce que ce qui se passe dans mon pays m'intéresse aussi.

11:05
Anne Hidalgo

Anne Hidalgo, maire de Paris. On vous retrouve dans quelques minutes avec les auditeurs d'Inter et avec les collégiens, des collégiens et des lycéens d'Interclasse qui veulent justement vous interpeller sur la question des migrants et des réfugiés. Il est 8h34.