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interviewSUDRADIO· 13 juin 2026 4 min

Le duel entre Jean Gabin et Annie Girardot dans Maigret

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

L'archive Sud Radio qui ce matin se transforme en duel, un duel sans armes, à mains nues, à regards nus même, de ceux qui se jouent dans une pièce fermée entre deux êtres et où le seul vainqueur est celui qui tiendra le silence le plus longtemps. Nous sommes en 1958, la France est en noir et blanc, le cinéma lui est celui de papa, celui des dialogues qui claquent, des impermets à mouiller, des bureaux de la police judiciaire enfumés jusqu'au plafond et sur les écrans arrive un film qui va devenir un classique, maigret, tant un piège.

Derrière la caméra, Jean Delannoy, à la plume, un certain Michel Audiard dont chaque réplique est une lame et dans le rôle du commissaire, pour la toute première fois, un homme dont la seule présence suffit à l'écran, un certain Jean Gabin. Gabin en maigret, une évidence absolue, la force tranquille, la ruse sous la lourdeur, le faux débonnaire qui voit tout, comprend tout et n'a même plus besoin de parler. À cette époque-là, Gabin n'incarne plus, il règne, il lui suffit d'un regard, d'un silence, d'une bouffée de pipe pour faire trembler un suspect.

Un tueur rôde dans Paris, c'est en tout cas l'énigme de ce maigret-là, un homme qui s'en prend aux femmes, dans la nuit, un montmartre notamment, maigret, lui comme à son habitude, ne court pas. Il attend, comme l'indique le titre, il tend son piège, il joue au chat et à la souris avec le meurtrier. Et puis, un moment dans ce film, il y a elle, face au violon, une jeune femme de 26 ans, Annie Girardot, presque débutante, le sourire énigmatique, le regard trouble, l'épouse trop calme d'un mari un peu trop étrange, et tout le monde, sur le tournage, attend de la voir se faire dévorer par Gabin. Figurez-vous qu'elle ne se fait pas dévorer du tout.

Elle tient, elle résiste, elle renvoie chaque coup. Dans ce face-à-face devenu culte, on assiste à quelque chose de rare, la naissance d'une immense actrice, en direct, dans les yeux d'un des plus grands, le maître et l'élève, sauf que l'élève, déjà, n'en est plus une. Et c'est là, justement, ce qui doit nous parler ce matin à l'heure, où l'on ne parle que de procès, de justice, de vérité, de preuve. Souvenons-nous de ce qu'était autrefois le cœur d'une enquête. Pas un laboratoire, pas une caméra, pas un tribunal médiatique, mais un homme, une pièce close, une parole arrachée, le vertige de deux regards qui se cherchent jusqu'à ce que l'un des deux cède.

La justice de maigret, c'était celle de la patience, celle qui croit qu'au bout du silence, toujours, il y a une forme d'aveu. Alors écoutons ce face-à-face, alors certes ce face-à-face de cinéma, mais regardons et surtout écoutons cette jeune femme tenir tête à un géant, sans savoir ce qu'elle deviendrait, elle aussi une légende dans le cinéma français, maigrée dans un piège, nous sommes en 1958, au cinéma, Jean Gabin, face à la délicieuse Annie Gérardot.

2:33
Invité

Croyez pas qu'il serait temps de me la dire, la vérité, à moi. Mais je vous l'ai dite. Vous savez bien que non. Comment non ? Je vais m'aller spontanément chez vous. Vous êtes venu spontanément, d'accord, mais pour me raconter des histoires. Votre mari n'a jamais eu une maîtresse, vous savez mieux que moi qu'il en est incapable. Il n'est même pas capable d'être un mari. Pour ça, vous ne seriez pas à aller trouver un jojo. Ou vous n'êtes pas à l'église de cœur, d'ailleurs. Vous avez mis des années à vous décider. Vous n'avez pas pris un amont, vous avez suivi un homme, n'importe quel. C'est ignoble. Au contraire, vous aimez votre mari. Un jojo, ça ne tire pas à conséquence. Entendons-nous.

Je ne parle pas de la seconde fois, celle-ci n'était destinée qu'à l'autre change. Vous êtes retourné rue de l'Étoile parce que vous étiez suivi. Vous ne vouliez pas amener mon inspecteur Kevlerio. Vous aviez peur. Peur de quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé le 1er mai ? Vous ne croyez pas qu'il est temps de me le dire ? Ça fait dix fois que je vous le dis. Je ne vous demande pas ce qui s'est passé de 5 à 7. Je vous demande ce qui s'est passé après, le soir même. Non, on va dire que la vérité, c'est dans votre intérêt que je vous parle. C'est pour ça que je vous ai vu d'abord. La vérité, je la saurai tout au tout tard. Et peut-être que vous seuls pouvez la rendre présentable.

3:35
Présentateur

Vous comprenez ? Alors, espérons qu'elle ait compris. Annie Gérardot, elle était formidable dans ce Maigret. Revoyez-le, il est disponible sur cette plateforme. Maigret étant un piège. Nous sommes en 1958. Et puis de façon du gabin, pour un samedi matin, ça ne fait jamais de mal.