[PODCAST] Manuela Gonzalez : la « veuve noire » de l’Isère
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Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
Des aveux, 33 ans après.
Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
Des hommes qu'elle voulait ont tiré sur les mariés. Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service polyjustice du Parisien, Damien Delsenis. Bonjour Damien. Bonjour Claudia. Aujourd'hui dans Crime Story, l'histoire de Manuela Gonzalez, surnommée par les médias la veuve noire de l'Isère.
Devenir le compagnon de Manuela Gonzalez comportait un risque majeur, celui de mourir ou de passer tout près de la mort. Alors, est-ce de la malchance ? Est-ce la fatalité ? Ou est-ce que Manuela Gonzalez cachait de lourds secrets ?
Vendredi 31 octobre 2008, au petit matin, la commune de Villarbonneau en Isère se réveille. Cette ville de 8000 habitants est située au cœur de la vallée du Grésivaudan, à 15 kilomètres au nord de Grenoble. Entre le massif de la Chartreuse et celui de Belle-Donne, Villarbonneau est une petite ville rurale et tranquille. À la gendarmerie, on commence doucement la journée. La nuit a été calme, rien à signaler, croit-on. Jusqu'à ce que le téléphone sonne. C'est un riverain qui contacte la brigade. Comme d'habitude, cet homme est sorti de chez lui quelques minutes, tôt le matin, pour promener son chien sur les berges de l'Isère.
En empruntant un chemin en terre, il est tombé sur une voiture calcinée. Et à l'intérieur de la voiture, il a découvert un corps. Les gendarmes arrivent rapidement sur les lieux. La voiture, complètement carbonisée, est située au bout d'une parcelle de terre. Le corps à l'intérieur est trop détérioré pour qu'on puisse en déduire quoi que ce soit, si ce n'est qu'a priori, c'est celui d'une personne adulte. Le corps est en position assise, installée sur la banquette arrière de la voiture. Le véhicule a brûlé pendant longtemps. Tout le plastique a fondu et il ne reste que la carcasse en ferraille.
Dans le coffre de la voiture, les gendarmes retrouvent également le cadavre d'un chien, un labrador. Ils analysent que des produits ont été utilisés pour accélérer la combustion, mais ils n'arrivent pas à savoir d'où sont précisément parties les flammes. Ce serait un élément important pour la suite de l'enquête. Est-ce que la personne a décidé de se suicider en mettant elle-même le feu au véhicule ou est-ce qu'elle a été victime d'un meurtre ? La position du cadavre et son emplacement dans la voiture font plutôt pencher les enquêteurs pour la deuxième hypothèse. Une enquête est ouverte pour déterminer les circonstances du décès. En parallèle, les gendarmes tentent d'identifier la victime.
Pour cela, ils disposent d'un indice de taille. Malgré le fait que la voiture est carbonisée, la plaque d'immatriculation est quasiment intacte. Très vite, les gendarmes trouvent le nom du propriétaire. C'est un homme de 58 ans, prénommé Daniel Canot, qui vit sur la commune de Villarbonneau. Damien, à ce stade, les gendarmes ne peuvent pas être certains que le corps découvert dans la voiture est celui du propriétaire. Pour en savoir plus, ils se rendent au domicile de Daniel Canot, situé à 150 mètres du lieu de découverte de la voiture.
Il sonne à la porte. C'est une femme qui ouvre. Elle s'appelle Manuela Gonzales. C'est la femme de Daniel Canot. Donc, ils sont un petit peu prudents. Ils ne vont pas lui dire qu'ils sont là parce qu'ils se demandent si c'est son mari qui est mort. Mais en tout cas, ils vont juste lui demander si elle sait où se trouve Daniel Canot, son mari. Et immédiatement, elle va leur dire non. Elle va leur dire qu'il est sorti la veille au soir et depuis, il n'est pas rentré.
Ces premiers éléments laissent penser aux gendarmes que c'est bien le corps de Daniel Canot qu'ils ont retrouvé dans la voiture. Dans le doute et en attendant les résultats de l'autopsie, ils décident de perquisitionner sa maison. Pourquoi est-ce qu'ils font ça aussi rapidement ?
Ils ont le sentiment quasi immédiat, quand ils se retrouvent face à Manuela Gonzales, qu'il y a quelque chose de suspect. Ils ont un sentiment bizarre, les gendarmes. Donc, ils décident de mener cette perquisition. C'est vrai que c'est très tôt parce qu'on n'a toujours pas l'identité de la personne qui a été retrouvée carmonisée dans la voiture. Mais ce qui les a beaucoup surpris, c'est que Manuela Gonzales Canot, elle leur a tout de suite donné son emploi du temps de la veille, l'emploi du temps de son mari. Ils ont trouvé que toutes ces précisions données, alors qu'ils n'y ont rien annoncé de particulier, ils ont trouvé ça tout de suite très bizarre.
Qu'est-ce qu'ils trouvent pendant cette perquisition ?
Ils vont surtout retrouver le téléphone portable de Daniel Canot. Alors, en général, quand on sort, on prend son téléphone, on peut l'avoir oublié, mais en plus de ce téléphone, les gendarmes vont aussi trouver le permis de conduire et la carte d'identité de Daniel Canot.
Dans le garage du couple, les gendarmes remarquent la présence d'un panier pour chien. Pourtant, aucun animal dans la maison. Et si le chien était celui retrouvé dans le coffre de la voiture incendiée ? Dès ce moment-là, et bien que l'autopsie n'ait pas encore confirmé l'identité du cadavre, Manuela devient suspecte aux yeux des enquêteurs. Et la vie de Daniel, une mine potentielle d'indices qu'il leur faut creuser. Daniel Canot est chaudronnier tuyoteur dans une usine de la vallée du Grésivaudan, comme beaucoup d'habitants de Villarbonneau qui concentrent une grosse population d'ouvriers, dû à sa proximité, justement, avec diverses usines.
Au travail, Daniel est identifié comme un homme sympathique, un employé fiable et un bon camarade. A 58 ans, il est à seulement quelques mois de la retraite. Passionnée de rugby depuis de nombreuses années, Daniel a la peau pâle, les cheveux gris, les yeux clairs et porte la moustache. Manuela, 48 ans, est une ancienne responsable d'auto-école. Elle a les cheveux noirs de G et est décrite par tous comme une voisine sympathique et toujours disponible pour garder les enfants. Ils vivent ensemble dans une petite maison en lotissement que Daniel a presque entièrement construite de ses mains.
Un étage, des murs en crépit, des volets en bois vernis, un portail blanc, une petite piscine dans le jardin et surtout, une superbe vue sur les montagnes. Manuela et Daniel Cano se sont rencontrés en 1991. Elle avait 31 ans, lui 41. Il était alors le père célibataire d'un petit Nicolas, âgé de 8 ans. De son côté, elle a aussi un enfant, une petite fille prénommée Virginie. La famille recomposée fonctionne parfaitement bien. Nicolas adopte sans difficulté sa nouvelle belle-mère, une femme dont il devient vite proche et qu'il décrit comme joviale, souriante, aimant rendre service et recevoir les gens. Devenu adulte, il résumera son enfance auprès de son père ainsi.
17 ans d'une vie de famille tranquille, pas d'ombre au tableau. Pas de raison donc pour Manuela d'adopter ce comportement bizarre face aux gendarmes. Pourquoi essaie-t-elle de se justifier alors que les enquêteurs ne lui ont rien demandé ? Manuela doit avoir quelque chose à se reprocher. Damien, les enquêteurs placent tout de suite Manuela en garde à vue. Elle est veuve depuis moins de 24 heures, ils n'ont aucun élément. Est-ce que c'est fréquent de procéder ainsi ?
Alors quand on n'a aucun élément technique, c'est assez rare. Parce qu'en réalité, là, ils ont juste un sentiment, une conviction qu'elle a quelque chose à se reprocher, qu'elle a un comportement bizarre. Mais c'est quand même très léger pour placer quelqu'un immédiatement comme ça après des faits en garde à vue. On rappelle qu'à ce moment-là, on ne sait toujours pas de manière certaine si c'est Daniel Canot qui est bien carbonisé dans la voiture. Il y a une grosse possibilité que ce soit lui, mais ce n'est pas complètement certain. Et surtout, il n'y a aucun élément technique, aucune preuve absolue que c'est elle. Donc c'est quand même extrêmement tôt dans une enquête.
Dans les locaux de la gendarmerie, elle revient sur la journée du 30 octobre, la dernière journée où elle a vu Daniel. Elle raconte qu'il a consacré la matinée à couper du bois et que comme il s'est blessé pendant cette opération, il a pris un médicament, mais il s'est trompé.
Oui, au lieu de prendre un médicament antidouleur, il a avalé un somnifère, ce qui l'a fait dormir une bonne partie de l'après-midi. Elle raconte ensuite que le soir, quand il s'est réveillé, ils se sont disputés. Il était environ 20 heures. Manuel a dit que Daniel était à ce moment-là très en colère, que c'est pour ça qu'il a quitté la maison, qu'il est parti faire un tour. Elle, elle est restée seule, elle est allée se coucher. Le lendemain matin, quand elle s'est réveillée, il n'était pas là, mais elle a pensé qu'il était rentré dans la nuit et qu'il était ensuite parti à son travail, tout ça sans qu'elle ne se réveille et qu'elle le voit.
Après quelques heures de garde à vue, un médecin arrive à la brigade de gendarmerie pour évaluer la suspecte. C'est une procédure normale.
Oui, ça fait partie de la procédure de la garde à vue. Il faut appeler un médecin, il faut éventuellement demander au gardé à vue ou à la garde à vue si elle veut aussi avoir un contact avec un avocat. Donc le médecin, il vient pour un examen assez sommaire, ça se passe dans des locaux, soit de gendarmerie, soit de police, il vient juste vérifier que l'état du suspect est compatible avec une mesure de garde à vue. Et ce médecin-là, ce jour-là, il considère que Manuela n'est pas en état d'être entendue sous le régime de la garde à vue. La garde à vue est donc stoppée et Manuela est hospitalisée en service psychiatrie à Grenoble.
Pendant ce temps-là, le corps n'est toujours pas identifié ?
Non, alors ça prend toujours du temps, surtout que le corps, on l'a dit, est extrêmement dégradé, donc il faut faire des analyses qui prennent quelques jours. Mais au bout de quelques jours, les gendarmes vont avoir la confirmation de ce qu'ils pressentaient, c'est-à-dire qu'il s'agit bien du corps de Daniel Cano.
Après son passage en hôpital psychiatrique, Manuela González est remise en liberté. Elle s'est constituée partie civile. Elle en avait la possibilité puisqu'elle n'a pas été mise en examen. On le rappelle, sa garde à vue a été interrompue, donc aucune charge ne pèse sur elle. En tout cas juridiquement parlant. En tant que partie civile, elle a accès au dossier. Les enquêteurs continuent néanmoins de la surveiller et son comportement les étonne toujours. Loin d'être abattue par la mort de son mari, Manuela González entreprend de nombreux travaux dans la maison. Ça ne prouve rien, mais pour les enquêteurs, ça semble complètement décalé.
Détail encore plus troublant, deux mois après la découverte du corps calciné de Daniel, de nouveaux résultats d'analyse parviennent à la gendarmerie de Villarbonneau. Sur le cadavre, les médecins légistes ont pu prélever de minuscules traces de sang. Après avoir été analysées, elles ont révélé la présence de somnifères, comme l'avait expliqué sa femme Manuela. Sauf que le chaudronnier n'a pas ingéré un seul somnifère, mais au moins deux molécules différentes, ainsi qu'un anxiolytique, du Temesta. Un cocktail dangereux qui ne provoque pas une simple somnolence, mais plonge celui qui en prend dans un état de quasi-comma.
Or, les enquêteurs avaient constaté lors de la perquisition que ces médicaments étaient présents en quantité chez Daniel. Mais les prescriptions qui les accompagnaient étaient-elles destinées uniquement à Manuela ? Damien, cet élément finit de convaincre les gendarmes que Daniel a pu être drogué par sa femme.
Leur hypothèse est la suivante. Elle lui a fait prendre à son insu un cocktail de médicaments. Elle a ensuite amené la voiture dans le champ avant d'y mettre le feu avec Daniel à l'intérieur et de repartir à pied, ce qui est relativement simple pour elle puisqu'elle habite à seulement une centaine de mètres du lieu des faits. En tout cas, ils sont quasiment sûrs, les gendarmes, que Daniel était inconscient au moment où la personne qui l'a assassinée a mis le feu à sa voiture.
Ils vont aussi apprendre qu'un mois plus tôt, Daniel a déjà failli mourir dans un incendie.
En pleine nuit, vers 5h du matin, c'est Manuela qui appelle les pompiers. Le feu s'est déclaré dans la chambre où dort Daniel pendant qu'elle fait la cuisine en bas. C'est le chien qui, d'après elle, aurait fait tomber une bougie. Elle n'a pas tout de suite réalisé qu'il y avait le feu dans la maison. En tout cas, quand les pompiers arrivent cette nuit-là, ils trouvent Daniel Cano inconscient et partiellement brûlé. Il est conduit à l'hôpital et il échappe finalement de peu à quelque chose de plus grave.
Pour les enquêteurs, le récit de cette nuit jette encore une fois le trouble sur le comportement de Manuela.
Oui, parce qu'il se demande, comme pour le reste, si c'est bien exactement comme cela que les choses se sont passées, si le récit de Manuela est conforme à la vérité. D'autant que le fils de Daniel, lui, va raconter qu'il a entendu une dispute entre son père et Manuela et qu'il aura entendu son père dire à sa belle-mère, « Me prends pas pour un con, je sais pertinemment qu'il n'y avait pas de bougie dans la chambre. »
D'après le fils de Daniel Cano, Nicolas, ce dernier aurait pu penser que sa femme avait tenté de l'assassiner. D'ailleurs, une information judiciaire pour assassinat était déjà ouverte et une autre s'ajoute pour tentative d'assassinat. Mais pour mettre en examen quelqu'un, il ne suffit pas d'avoir des suspicions. Il faut des éléments matériels ainsi qu'un mobile. Et dans l'affaire de la mort de Daniel Cano, il en manque. Les enquêteurs cherchent donc pourquoi Manuela Gonzalez aurait pu vouloir tuer son mari. Les premiers éléments de l'enquête mettent en lumière de bonnes relations entre les époux. C'est un couple stable depuis 17 ans et qui semble toujours amoureux.
Le quotidien entre eux est tranquille. C'est en analysant les relevés bancaires du couple que les gendarmes vont découvrir les premières aspérités. Au moment de la mort de Daniel, Manuela et lui traversaient une passe difficile financièrement. En mars 2008, sept mois avant sa mort, Daniel Cano avait été informé qu'ils étaient en retard du paiement de mensualité d'un prêt de 165 000 euros. La maison risquait d'être saisie. Problème, Daniel ne savait pas qu'il était co-emprunteur de cette grosse somme d'argent. Et donc, il ne savait pas que la maison avait été hypothéquée.
D'ailleurs, selon son fils, il n'aurait jamais accepté d'hypothéquer cette maison qu'il avait construite lui-même de ses mains et qu'il aimait plus que tout. Damien Delsenis, Manuela Gonzalez joue dans les casinos. C'est la raison pour laquelle elle a contracté ce prêt. Comment est-ce que Daniel Cano réagit quand il découvre l'ampleur de ses dettes ?
Toujours selon le fils de Daniel, Nicolas, cette découverte va créer évidemment des difficultés dans le couple. On imagine bien pourquoi la relation de confiance est brisée. Daniel est très en colère de faire cette découverte. Alors, avec ces nouveaux éléments, on peut se demander pourquoi à l'époque Daniel ne porte pas plainte puisqu'il se retrouve co-emprunteur alors qu'il n'est même pas au courant. La maison est hypothéquée, il n'est même pas au courant. Donc, on peut se dire qu'elle aurait pu déposer plainte contre Manuela et en plus, on sait qu'il la soupçonne quand même aussi d'avoir essayé de la tuer lorsqu'il y a eu le feu dans la chambre et que Daniel a failli mourir.
Donc, les enquêteurs ne peuvent faire que des suppositions mais ils pensent que il n'a pas voulu déposer plainte contre son épouse pour ne pas lui porter préjudice ou parce qu'ils étaient depuis très longtemps ensemble même si, on le sait, la relation entre eux se délitait et que d'après Nicolas, le fils de Daniel, ce dernier, envisageait purement et simplement de divorcer. Donc, il souhaitait sans doute se séparer de Manuela sans avoir à passer par la case dépôt de plainte.
Dans les comptes bancaires, d'autres éléments apparaissent.
Oui, il remarque que quelques semaines seulement avant la mort de Daniel Cano, de l'argent sur les comptes de Daniel a été transféré vers le compte commun du couple mais il a quitté assez vite cet argent le compte commun du couple pour aller sur le compte personnel de Manuela González. Donc, ce mouvement d'argent finit de convaincre les enquêteurs que depuis le début il se passe quand même des choses bizarres, qu'elle a quand même pas mal de choses à se reprocher mais cette fois surtout ils ont ce qu'ils attendaient, c'est-à-dire ils ont un mobile.
Et ça ne s'arrête pas là ?
Oui, parce que le passé de Manuela est aussi assez significatif et très inquiétant dans cette affaire. Les enquêteurs vont en effet apprendre qu'elle a été mariée plusieurs fois et que d'autres de ses précédents maris, compagnons, ont été eux aussi potentiellement drogués. Deux sont même morts dans des circonstances particulièrement étranges et tellement étranges qu'elles sont surtout assez comparables à celles dans lesquelles est mort Daniel Cano.
Manuela González est née en Isère dans une famille d'origine espagnole. Son enfance, entourée de ses 8 frères et sœurs, se passe bien. En 1981, Manuela a 20 ans. Elle est en couple depuis 3 ans et elle donne naissance à une petite fille, Virginie. Alors que Virginie a 2 ans, son père est hospitalisé en urgence au mois de décembre 1983 après une absorption massive de médicaments. Opéré de l'osophage, il restera dans le coma pendant 3 mois avant de se rétablir. Le couple se sépare finalement en 1985 sans qu'aucune enquête n'ait été menée.
Manuela a 24 ans et trouve un travail de monitrice d'auto-école à Brignoux, une ville située juste au nord de Villarbono, toujours dans la vallée du Grésivaudan. C'est dans ce contexte qu'elle rencontre un autre homme, Michel. C'est un bijoutier de la région avec lequel elle entame une histoire amoureuse. Moins d'un an après l'hospitalisation du premier mari de Manuela González, Michel est également conduit en urgence à l'hôpital. Un jour, il fait plusieurs malaises et il est pris de vomissements soudains. Pourtant, rien de notable ne s'est passé cet après-midi-là. Il a simplement bu une tasse de thé que lui avait servi Manuela. Michel aurait pu ne pas faire le rapprochement.
Mais quand il rentre chez lui, après son hospitalisation, il remarque qu'un chèque de 80 000 francs lui a été volé. Il porte plainte contre Manuela qui avoue sa faute. Oui, elle lui a bien volé ce chèque et pour y arriver, elle lui a fait prendre à son insu un puissant anxiolytique, celui qu'on a aussi retrouvé dans le sang de Daniel, du Temesta. Mais elle ne voulait pas le tuer, seulement l'endormir, dit-elle, le temps de commettre son larcin. Quand la justice se prononce sur cette affaire, Manuela González n'est pas jugée pour tentative d'homicide, mais pour avoir administré un médicament à son compagnon, à son insu et pour vol.
Elle écope de deux ans de prison avec sursis, ce qui signifie qu'elle n'effectuera cette peine que si elle commet une nouvelle infraction. Pendant plusieurs années, le quotidien de Manuela devient plus calme. Elle rencontre un nouveau compagnon, il s'appelle François et il gère un bar dans le centre-ville de Villarbonneau. Manuela s'installe avec lui, au-dessus du bar. Peu de temps après, il décide finalement de vendre l'établissement et d'acheter une maison un peu plus loin. Nous sommes en 1989 et Manuela a 28 ans. Damien, dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 avril, François se suicide.
Son corps est découvert dans sa voiture, moteur allumé, dans le garage de la maison et les examens pratiqués démontrent qu'il a absorbé des médicaments.
L'enquête conclut en effet à un suicide mais la famille de François n'y croit pas du tout.
Non, pour eux, ça paraît complètement insensé. Tout le monde dit qu'il allait bien, qu'il n'était pas déprimé. On ne lui découvre effectivement aucun problème financier particulier au moment de sa mort. Alors, le suicide, c'est toujours délicat. On ne peut pas émettre de signes particuliers vis-à-vis de ses proches et être quand même en capacité de se suicider. On a rarement des certitudes sur les raisons qui poussent quelqu'un à se donner la mort. Mais là, vraiment, sa famille a du mal à accepter cette version de ce qui est arrivé soi-disant à François.
En 1991, un autre compagnon de Manuela, Thierry, meurt dans un incendie.
Oui, alors, c'est le 6 avril 1991. On est donc quasiment deux ans, jour pour jour, après le suicide de François dans son garage. Thierry, lui, on va le retrouver asphyxié dans un cagibi après l'incendie de la maison. Là encore, il y a des traces de médicaments, de prises de médicaments qui sont retrouvées dans le sang de Thierry. Manuela va être mise en examen. L'enquête va durer trois ans, mais elle va s'achever par un non-lieu. Ça veut dire qu'aucune charge, en tout cas pas de charge suffisante, ne pèse à ce moment-là sur Manuela. Alors, il faut dire que Manuela, elle a un alibi et pas des moindres. Le soir de l'incendie dans lequel est mort Thierry, elle n'était pas à la maison.
Elle était avec un autre homme et cet autre homme, c'était Daniel Cano.
À ce stade, deux des compagnons de Manuela González ont fini à l'hôpital et deux autres sont morts. L'enquête sur la mort du dernier se clôt sur un non-lieu. Manuela González se met en couple avec Daniel Cano et il se marie. Jusqu'à la mort de son père, son fils, Nicolas, n'a jamais douté de la bonne foi de sa belle-mère avec laquelle il a partagé presque 20 ans de sa vie. Mais plusieurs mois après le décès de son père, tous les éléments que nous avons énoncés l'ont convaincu. Il ne croit pas une seconde que Daniel s'est suicidé et il est même sûr qu'il a été assassiné par Manuela González. Fin mars 2010, après 18 mois d'enquête, les gendarmes n'ont plus de doute.
Manuela González est mise en examen pour tentative d'homicide volontaire et homicide volontaire avec préméditation. Elle est incarcérée à la maison d'arrêt de Chambéry mais nie farouchement les faits qui lui sont reprochés. Dans les médias, Manuela González obtient le surnom de veuve noire de l'Isère. Son histoire est racontée, la santé fragile de ses compagnons pointait avec ironie. Clamant toujours son innocence, la veuve attend son procès. Celui-ci s'ouvre quatre ans plus tard, le lundi 14 avril 2014, devant les assises de l'Isère à Grenoble. La version de Manuela et de ses avocats n'a pas changé. Elle est victime d'une erreur judiciaire.
Ce dossier est vicié par son passé prescrit ou déjà jugé, estime son avocat, maître Ronald Gallo. Sur le banc des partis civils, Nicolas, le fils de Daniel Cano, ne voit pas les choses de la même manière. Il espère que Manuela González va profiter des quelques jours d'audience pour dire la vérité et reconnaître l'assassinat de son père. Dans le box, Manuela se tient droite, ses longs cheveux noirs tenus par un serre-tête. Elle a 53 ans, le visage marqué par ses quatre ans de détention, une petite veste grise, une chemise blanche et un foulard rose autour du cou. « Je conteste les faits » dit-elle. « Je suis innocente et je suis là pour le démontrer.
» Dès le premier jour du procès, un des ex-mari de Manuela González est appelé à la barre. C'est celui qui, en 1983, est resté trois mois dans le coma après une étrange intoxication. Dans son témoignage, pas de haine, pas de rancœur. Au contraire même. Il n'explique pas cette intoxication et cette opération de l'osophage en urgence dont il garde des séquelles 30 ans après. Mais il ne veut pas accabler son ancienne épouse, la mère de sa fille. Quand on lui présente les cas des autres compagnons de Manuela González, il dit juste être troublé par l'association de ces différents événements. Damien, la suite du procès est consacrée à la personnalité de Manuela.
On décortique ses relations et les différentes escroqueries auxquelles elle s'est livrée.
Oui, mais même ces escroqueries, elle les nie. Elle va dire à la barre « Je ne cours pas après le fric, même s'il en faut pour payer ses dettes ». Alors, elle dit ça, mais l'enquête a quand même établi qu'elle jouait et qu'elle perdait beaucoup d'argent au casino. Elle va aussi être questionnée sur ses multiples conquêtes, enfin, sur sa vie sentimentale et surtout sur la mort de trois de ses compagnons. Elle va conclure devant les jurés « Si c'était à refaire, je resterais seule avec ma fille et la malédiction n'aurait pas eu lieu. C'est une histoire de malchance qui me poursuit. »
Que disent les experts psychiatres à son propos ?
L'un va la dépeindre comme une femme sans aucun sens moral. Un autre va parler d'une personnalité originale, voire étrange et qui reste en partie une énigme. Il y a la fille de Manuela aussi qui va être évidemment entendue à la barre. Elle va avouer qu'elle s'est posée elle-même des questions sur sa mère, sur sa responsabilité possible. Mais aujourd'hui, elle dit qu'elle ne doute plus. « C'est ma mère et je crois en la vérité, je crois en maman, » dit-elle.
Le vendredi 18 avril 2014, Manuela González est condamnée à 30 ans de réclusion criminelle.
Oui, quelques heures plus tôt, ces derniers mots ont été « J'aimais énormément mon mari, il est insupportable qu'on puisse penser que je l'ai tué, je suis innocente. » Donc jusqu'au bout, elle a clamé son innocence sans succès. Elle est effectivement condamnée à 30 ans de réclusion criminelle. Elle va évidemment faire appel.
Le lundi 21 septembre 2015, à la surprise générale, Manuela González est libérée après avoir passé 5 ans en prison. Elle n'a pas purgé sa peine, mais elle bénéficie d'un vice de procédure, car alors qu'elle a fait appel, un an après son premier procès, aucune date de nouvelle audience n'a été fixée. La chambre d'instruction a estimé que le délai entre la première instance et l'appel dépassait le délai raisonnable prescrit par la loi. C'est donc libre que Manuela González attend son deuxième procès. Elle reprend une vie normale et travaille dans une auto-école gérée par sa famille.
En mai 2016, un peu moins d'un an après, Manuela González comparaît une nouvelle fois devant la cour d'assises de la Drôme. Condamnée à la même peine, elle retourne en prison à l'âge de 55 ans. Clamant toujours son innocence, Manuela González annonce un pourvoi en cassation. Il est rejeté. Elle formule alors un pourvoi devant la cour des droits de l'homme. Elle est à nouveau déboutée, ce qui rend sa condamnation définitive. Vous venez d'écouter Crime Story, Manuela González, la veuve noire de l'Isère. Ce récit était écrit par Claudia Prolongeau et raconté avec Damien Delceny. Pour écouter tous nos autres podcasts, c'est sur le site leparisien.fr et sur n'importe quelle plateforme d'écoute.
Cette semaine, il y avait à la production Clara Garnier-Amouroux, Clémentine Spiller, Victor Bonnoir, Marin Guillon-Verne et à la réalisation Julien Moncouquiole. Jules Lavi est le rédacteur en chef. Si vous aimez Crime Story, vous pouvez vous abonner et nous laisser des commentaires ou des petites étoiles. Vous pouvez m'écrire directement sur mon compte Instagram et surtout, vous pouvez écouter Code Source, notre podcast d'actualité qui propose un nouvel épisode chaque jour du lundi au vendredi.