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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 26 décembre 2022 26 min

Attaque contre des Kurdes, grèves SNCF et réforme des retraites... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Ian Brossat

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

Bonjour Yann Brossard, l'élu parisien que vous êtes a forcément été marqué par l'attaque de vendredi dernier, le tireur présumé sera présenté aujourd'hui à un juge d'instruction, a dit aux enquêteurs manifestement vouloir s'en prendre aux étrangers, aurait pu agir d'ailleurs plutôt à Saint-Denis, est-ce qu'un carnage aurait pu avoir lieu, a été peut-être évité ?

0:27
Ian Brossat

A l'évidence oui, et heureusement d'ailleurs que des riverains et les forces de police sont intervenues pour faire cesser le massacre. Enfin, il y a malgré tout trois morts, plusieurs blessés, et j'ai évidemment une pensée pour elles et pour leurs familles qui sont lourdement endeuillées, notamment pour la communauté kurde qui a été une fois de plus frappée de plein fouet dix ans après l'assassinat de militantes kurdes en plein Paris.

Donc évidemment une grande tristesse, une colère aussi, parce que quand même, je n'oublie pas qu'il y a un an, ce même individu avait agressé des réfugiés au parc de Bercy, des réfugiés qui étaient là dans des tentes, et ça pose malgré tout un certain nombre de questions.

1:08
Présentateur

Et je précise que vous êtes adjoint au logement et que vous êtes chargé notamment de cette question des réfugiés. Vous avez souvenir de ce moment particulier, il y a un an ?

1:15
Ian Brossat

Oui, bien sûr, j'en ai un souvenir extrêmement précis. Cette attaque avait eu lieu effectivement il y a un an au parc de Bercy dans le 12e arrondissement et je m'étais rendu sur place dans les heures qui suivent. Mais vous savez, ce qui me frappe le plus, c'est qu'à l'époque, tout le monde s'en foutait. La réalité, c'est qu'à l'époque, tout le monde s'en foutait. Il y a eu quoi ? Trois entrefilets dans la presse ? Peut-être une dépêche AFP et c'est tout.

1:37
Présentateur

Vous avez imaginé, vous, pareil dérive ?

1:40
Ian Brossat

Mais je pense que c'est ça qui doit nous interroger. Qu'est-ce qui fait qu'un événement comme celui-là, un type qui agresse des réfugiés dans un campement au sabre à 6h du matin, et quand on les attaque à 6h du matin au sabre, c'est avec l'intention de tuer, comment se fait-il qu'à l'époque, il n'y ait eu quasiment aucune réaction politique ? Rien. Et je vous le redis, y compris dans la presse, quelques entrefilets. Je me souviens parce qu'à l'époque, j'avais interpellé des journalistes, j'avais essayé d'attirer l'attention de l'opinion publique sur le sujet. L'indifférence était générale.

2:10
Présentateur

Ce type d'agression, elle se produit souvent ?

2:12
Ian Brossat

Non, heureusement. Cela dit, des agressions comme celle-là, non. Cela dit, des propos immondes, des menaces. Lorsque vous ouvrez, par exemple, un centre pour des réfugiés, c'est tout le temps. C'est en permanence. Aujourd'hui, vous ne pouvez plus ouvrir un centre d'hébergement sans être victime de menaces. C'est systématique. Et ce n'est pas le cas uniquement à Paris. C'est le cas dans toute la France. Et donc, je pense que cet événement-là, qui est un événement monstrueux qui s'est produit en plein Paris, doit quand même nous faire réfléchir sur une forme de tolérance, de laxisme vis-à-vis des discours violents, d'extrême droite, des discours racistes.

Cette tolérance-là, ce laxisme-là, il n'a, à mon sens, que trop duré. Et on a besoin de remettre des digues dans la société française pour arrêter avec ça.

2:57
Présentateur

Vous trouvez que le climat est propice, favorise ce genre d'actes ?

3:00
Ian Brossat

Bien sûr. D'ailleurs, vous savez, quand l'événement de l'an dernier se produit, quand cette agression au parc de Bercy se produit, c'est trois jours après le discours de Zemmour à Bercy. Il faut quand même qu'on réfléchisse... Pas à Bercy, à Villepinte, pardon. Il faut qu'on réfléchisse quand même à ce qu'on a subi depuis un an, aux discours d'extrême droite qui ont envahi tout l'espace public. Et donc, évidemment que quand ça tombe dans l'oreille d'un individu comme celui-là, d'un énergumène comme celui-là, ça peut conduire à des passages à l'acte.

Moi, je le dis bien sûr qu'il y a une responsabilité des discours politiques racistes qu'on a entendues singulièrement depuis un an, notamment avec la candidature de M. Zemmour, qui a par ailleurs été condamné pour des propos, condamné pour incitation à la haine raciale. Et donc, évidemment que ça finit par avoir des conséquences qui sont très dangereuses.

3:47
Présentateur

Mais vous dites deux choses, Yann Brossat. À la fois, vous mettez en cause les discours d'extrême droite, identitaires, de repli. Et puis, vous faites le lien avec l'assassinat, il y a dix ans, de trois militantes kurdes. Les Kurdes, notamment le Conseil démocrate des Kurdes de France, soupçonnent de nouveau un lien avec les services secrétaires, ce que ne démontre pas l'enquête. Donc, finalement, vous êtes sur quelle position ?

4:13
Ian Brossat

Il y a deux choses différentes. D'abord, il y a une certitude absolue. Cet individu est raciste. Il le revendique, il le dit, il l'a dit aux policiers. La première chose qu'il a dite, d'ailleurs, c'est combien de personnes j'ai tuées. Et il a reconnu qu'il cherchait à tuer des étrangers. C'est la première chose. Et ça, c'est une certitude. Ensuite, il y a des interrogations qui sont aujourd'hui soulevées par la communauté kurde et soulevées notamment...

4:35
Présentateur

Interrogations qui étaient aussi celles de Jean-Luc Mélenchon. D'ailleurs, on peut l'écouter, Jean-Luc Mélenchon.

4:43
Invité

Nous voulons dire, après nous être concertés avec vous, chers camarades, que nous ne croyons absolument pas au hasard quand il s'agit d'assassinats de militants et de dirigeants kurdes à Paris. Il y a maintenant 15 jours que les autorités avaient été alertées.

5:06
Présentateur

Il n'y a pas de hasard, dit Jean-Luc Mélenchon. Pour vous non plus ?

5:11
Ian Brossat

Il y a en tout cas des interrogations de la communauté kurde. Ces interrogations, elles sont légitimes parce qu'il y a effectivement un certain nombre de coïncidences sur lesquelles on peut s'interroger. Cet événement intervient dix ans après l'assassinat à Paris de trois militantes kurdes, assassinées, je le répète, en plein Paris parce que, par ailleurs, au moment où ce William M intervient, il devait y avoir une réunion de femmes kurdes dans ce local auquel il s'attaque. Et donc, la communauté kurde dit, à juste titre, qu'il faut investiguer pour regarder quelles étaient les intentions précises du criminel et s'il y a ou pas un commanditaire.

Mais il faut que cette enquête puisse être menée et il ne faut pas considérer, a priori, que tout cela doit être balayé d'un revers de main.

5:54
Présentateur

Ce qui s'est passé à Paris vendredi, c'est une affaire turque-kurde ou c'est une affaire qui concerne chacun des citoyens français ?

6:02
Ian Brossat

C'est, en tout cas, une attaque raciste là-dessus. Il n'y a aucun doute. Et donc, ça nous interpelle toutes et tous. Et ça doit nous interpeller sur notre capacité à remettre des digues et à faire reculer cette idéologie d'extrême droite. Et il y a, par ailleurs, des interrogations sur d'éventuels commanditaires. Mais je dis d'éventuels commanditaires parce que c'est le rôle de l'enquête de prouver si cela existe ou pas.

6:24
Présentateur

Cet aveu assumé, revendiqué, pour conclure sur cette question, manifestement en garde à vue, ce mobile raciste, il vous interpelle au-delà de cette affaire ?

6:33
Ian Brossat

Bien sûr qu'il m'interpelle et je pense qu'il est temps, je le redis, qu'on mette en place des digues dans la société française pour se prémunir contre cette idéologie raciste violente. Et j'attends du gouvernement qu'il prenne ses responsabilités dans ce domaine. Qu'on ait enfin la dissolution de tous les groupes violents d'extrême droite, qu'on ait une commission d'enquête parlementaire sur ces groupes paramilitaires d'extrême droite qui se développent. On l'a encore vu il y a quelques jours. Et par ailleurs, l'inéligibilité, l'inéligibilité pour toute personne condamnée pour des propos racistes. C'est une proposition qui a été faite par Fabien Roussel.

Il a déposé une résolution à ce sujet à l'Assemblée nationale. Il serait temps que le gouvernement s'en saisisse. Il faut nettoyer la vie politique française, cesser avec cette ambiance répugnante qui consiste à répandre du racisme partout. Et pour ça, on a besoin de digues.

7:21
Présentateur

Yann Brossard, on poursuit la discussion. Dans un instant, on va faire le tour de l'actualité de ce lundi 26 décembre. C'est le Filinfo et c'est avec Marie-Maëlle. Les Etats-Unis ont fait au moins 32 morts. Selon un dernier bilan, des centaines de milliers d'Américains et de Canadiens sont toujours sans électricité. Dans l'état de New York, les amas de neige ont atteint jusqu'à 3 mètres de haut. Les médecins généralistes de nouveau en grève. Dès aujourd'hui et pour une semaine, ils réclament de meilleures conditions de travail, et notamment une revalorisation du prix de la consultation à 50 euros au lieu de 25. L'établissement français du sang alerte sur le niveau des stocks.

Il est trop bas et les dons ne sont pas assez nombreux. Le FS lance un appel à la mobilisation. Les collectes mobiles continuent entre Noël et le jour de l'an. Un choc au sommet entre le Havre et Bordeaux en Ligue 2. Reprise inédite un 26 décembre. Outre-Manche, c'est le championnat anglais qui repart. Journée traditionnelle de Boxing Day, marquée cette année par des grèves inédites dans plusieurs secteurs face à l'inflation. Et notre invité Yann Brossat, élu communiste de Paris. Je ne vais pas rentrer dans votre intimité familiale, Yann Brossat. Vous avez passé Noël à Paris. Où est-ce que vous auriez par hasard dû prendre le train ?

8:41
Ian Brossat

Non, j'ai passé le 24 décembre à Paris, effectivement.

8:45
Présentateur

Donc vous n'avez pas fait partie de ces 200 000 Français dont le voyage a peut-être été perturbé depuis vendredi. Emmanuel Macron évoque une forme de service minimum, une réflexion à mener sur ce terrain-là, avec peut-être un calendrier des jours où il ne serait pas possible de faire grève.

9:06
Ian Brossat

Le problème, c'est que dans notre pays, pour obtenir des avancées sociales, le seul moyen d'y arriver, c'est la grève. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a un dialogue social qui est tellement cabossé qu'il ne fonctionne que s'il est nourri par le rapport de force, et en l'occurrence, le rapport de force de la grève. Vous savez, on a beaucoup parlé de la SNCF, mais je pense par exemple aux salariés de GRDF. Ils ont dû faire une mobilisation sociale, une grève, pendant six semaines, six semaines, pour obtenir 200 euros d'augmentation. C'est quand même un sujet.

C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez des entreprises, y compris des entreprises publiques, où pour être entendu, les salariés doivent faire grève. Et donc, c'est ça le vrai sujet. Quand est-ce qu'on aura dans notre pays un dialogue social qui sera un peu plus fluide, et dans lequel on ne sera pas condamné à faire grève, et donc à perdre des journées de salaire, parce que je rappelle quand même que quand on fait grève, on perd des journées de salaire, pour obtenir des avancées sociales dans une période où on a une inflation galopante.

9:58
Présentateur

Est-ce que vous ne craignez pas qu'il ne se creuse le fossé entre ceux qui ont les moyens de faire grève et puis des moyens de levier puissants, et puis ceux qui sont impuissants ?

10:09
Ian Brossat

Si, bien sûr. Simplement, la solution à ça, c'est que le gouvernement prenne ses responsabilités. Aujourd'hui, je le disais, on a une inflation énorme. On a des Français qui perdent du pouvoir d'achat. L'INSEE l'a prouvé sur les six premiers mois de l'année. Les Français ont perdu, les familles françaises, les ménages français ont perdu en moyenne 700 euros. Et donc, à un moment donné, la solution, par exemple, c'est de mettre en place un système qui fasse que quand l'inflation augmente, les salaires augmentent au même rythme. C'est l'indexation des salaires sur l'inflation.

10:38
Présentateur

Au risque d'une boucle inflationniste.

10:40
Ian Brossat

Oui, d'accord. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on a ? Aujourd'hui, on a de l'inflation et des salaires qui n'augmentent pas. Et donc, quand on a une inflation qui augmente, il faudrait que les salaires augmentent d'autant. Et ce n'est pas ça qui nourrirait l'inflation. La meilleure preuve, je viens de vous la faire, c'est qu'aujourd'hui, on a l'un sans l'autre. Et en l'occurrence, là aussi, Fabien Roussel a fait une proposition très simple. C'est une proposition de loi qui vise à indexer les salaires sur l'inflation. Et ça permettra à tous les salariés, dans le public comme dans le privé, de bénéficier de cette mesure. Ça, c'est le rôle du gouvernement de prendre ses responsabilités.

Et en l'occurrence, il ne le fait pas, puisque le gouvernement balaye cette proposition d'un revers de main. Je note d'ailleurs qu'y compris le Rassemblement national s'y oppose. En l'occurrence, la gauche le propose. La gauche est rassemblée sur ce sujet. Et le gouvernement ferait bien de s'en saisir.

11:24
Présentateur

Proposition entendue. En parlant de dialogue social et avant d'évoquer les retraites, les syndicats ont reçu vendredi le projet de décret d'application sur la suite de la réforme de l'assurance chômage, avec une durée d'indemnisation qui serait diminuée de 40% si le taux de chômage passe sous la barre des 6%. C'était un cadeau de Noël piégé.

11:46
Ian Brossat

C'était un cadeau de Noël empoisonné pour les millions de privés d'emploi que compte notre pays. Enfin, c'est quand même scandaleux quand on sait par ailleurs que la précédente réforme de l'indemnisation chômage a déjà réduit en moyenne de 16% les allocations chômage. Quand on sait par ailleurs que la moitié des chômeurs ne touche rien. Quand on sait que ceux qui touchent quelque chose pour moitié touchent moins du seuil de pauvreté. Et on va, une fois de plus, demander aux chômeurs, imposer aux chômeurs de toucher encore moins.

12:16
Présentateur

Je résume la pensée d'Elisabeth Borne qui a conduit cette réforme comme ministre du Travail. Le marché du travail va mieux, il faut encourager à travailler, il faut que le travail paye plus que les allocations chômage.

12:26
Ian Brossat

Mais le meilleur moyen de faire en sorte que le travail paye plus que les allocations chômage, ce n'est pas de réduire les allocations de chômage, c'est de faire en sorte que le travail paye mieux. C'est d'augmenter les salaires, c'est d'indexer les salaires sur l'inflation. Non, simplement de cela le gouvernement ne veut jamais entendre parler. Puis vous savez, quand on met bout à bout toutes les mesures mises en place depuis qu'Emmanuel Macron est président de la République, vous avez la baisse des allocations chômage, vous avez la baisse des APL. C'est toujours au plus fragile, toujours au plus modeste que ces gens s'en prennent.

Et donc ce que je dis, c'est que tout ça est marqué du saut de l'injustice sociale. Et quand je vois que c'est ce pauvre Olivier Dussopt qui porte cette réforme, lui qui a longtemps été à la gauche du Parti Socialiste et qui ne doit au fond son poste qu'à sa trahison, et le voir lui aujourd'hui mettre en place cette mesure-là, franchement, j'ai mal pour lui, j'ai honte pour lui. Et je pense que ça ne rend vraiment pas honneur à la politique de voir ce genre de comportement.

13:20
Présentateur

Ce projet de décret, il risque de tendre le climat social, alors qu'Elisabeth Borne doit présenter le projet de réforme des retraites le 10 janvier ?

13:28
Ian Brossat

Oui, pour deux raisons. D'abord, sur le fond, je l'ai dit, parce que c'est une réforme profondément injuste. Et sur la forme, parce que tout cela, à la veille de Noël, se fait dans le dos des partenaires sociaux. Et alors même que les partenaires sociaux devraient être associés à une réforme telle que celle-là, ils ne l'ont absolument pas été, et ça en dit long d'ailleurs, sur la manière dont le gouvernement traite les syndicats de salariés dans notre pays.

13:50
Présentateur

Alors la réforme des retraites, elle ne se fait pas dans le dos ni des partis d'opposition, ni des syndicats. Elisabeth Borne a reçu la semaine dernière Éric Ciotti, nouveau patron des Républicains, et voilà ce qu'il disait à la sortie du rendez-vous.

14:04
Invité

J'ai dit à la Première Ministre que nous déplorions que depuis six ans, le président Macron a été le premier président de la République à ne pas réformer les retraites. Aujourd'hui, notre système de retraite par répartition est menacé, et il faut, sur la durée d'une vie, travailler plus pour maintenir en vie notre système de retraite par répartition. Mais nous ne le ferons pas à n'importe quel prix. Nous mesurons aussi qu'aller à 65 ans tout de suite est d'une brutalité sans doute trop forte.

14:41
Présentateur

Les Républicains vont s'entendre avec la majorité présidentielle pour mettre en place cette nouvelle réforme des retraites ?

14:48
Ian Brossat

Je suis frappé par le fait que ces gens n'ont qu'une obsession, c'est de pourrir la vie des gens, pourrir la vie du monde du travail. On a quand même été capables, en 1945, alors qu'on sortait de la guerre, qu'on était un pays ruiné, on a été capables de mettre en place les retraites par répartition. Aujourd'hui, on produit beaucoup plus de richesses, et on nous explique qu'il faudrait saccager notre système et mettre en place la retraite à 65 ans. Enfin, on est chez les fous. À un moment donné, quand on fait de la politique, c'est pour améliorer la vie des gens, et notamment le monde du travail, pas pour la pourrir encore un peu plus.

Quand j'entends le discours du gouvernement, quand j'entends le discours d'Éric Ciotti, j'ai l'impression que leur obsession, c'est de faire en sorte que les gens aient une vie pourrie, qu'ils n'aient plus la possibilité de profiter de leur retraite.

15:27
Présentateur

Si Elisabeth Borne trouve un accord avec les Républicains, plus besoin de 49-3, il vous restera quoi ? À la gauche, la rue ?

15:35
Ian Brossat

Aujourd'hui, la majorité des Français ne veut pas de la retraite à 65 ans. Ils le disent dans tous les sondages qui sont effectués.

15:41
Présentateur

Et la majorité des parlementaires va la voter ?

15:43
Ian Brossat

Oui, d'accord. Sauf que c'est une réforme qui engage le pays. C'est une réforme absolument centrale. Et donc, si on veut que les choses se fassent sérieusement, si on veut permettre aux Français d'avoir voix au chapitre sur ce sujet, la seule solution, c'est le référendum. Qu'on aille devant les Français et qu'on leur demande de trancher cette question.

16:00
Présentateur

Est-ce que vous pensez qu'une question aussi importante et aussi complexe que celle d'un système de retraite doit se résoudre avec un oui ou non dans les urnes ?

16:09
Ian Brossat

Oui, parce que je pars du principe que les Français sont intelligents et qu'ils sont capables de comprendre. Vous poseriez quoi comme question ? On leur demande s'ils sont favorables à la retraite à 65 ans. Que le gouvernement présente sa réforme. Quand ? A quel horizon ? Que le gouvernement présente sa réforme. Qu'ils disent quelles sont ses intentions. Et qu'ensuite, on demande aux Français de valider ou pas ce projet. À quoi sert le parlement de ces conditions ? S'ils le valident, très bien. Et s'ils ne le valident pas, et bien à ce moment-là, cette réforme, il faudra la ranger au vestiaire.

Et tant mieux, parce que je pense que la réforme à 65 ans, permettez-moi de parler du fond, la réforme de la retraite à 65 ans, c'est une monstruosité. Quand on sait que l'espérance de vie en bonne santé, pour les femmes c'est 64 ans, pour les hommes c'est 62 ans, qu'est-ce que ça veut dire la retraite à 65 ans ? Ça veut dire qu'on va obliger des gens en mauvaise santé à continuer à travailler. Est-ce qu'on veut vivre dans un pays où on impose à des gens qui sont en mauvaise santé de continuer à bosser ? C'est quoi l'idée ? C'est que les gens meurent au travail ? C'est ça l'objectif ? Ce n'est pas mon objectif.

17:08
Présentateur

L'argument de l'équilibre financier du système, vous le contestez ?

17:11
Ian Brossat

D'abord, quand on regarde les chiffres du Conseil d'orientation des retraites, le système, sur cette année et sur l'année passée, il est excédentaire. Et donc, effectivement, dans les années qui viennent, pour un certain temps... On est à l'horizon 2030-2035 dans le projet. Il y aura un déficit, mais dans ce cas-là, la solution c'est d'aller chercher des recettes supplémentaires. Quand vous voyez quand même que les entreprises du CAC 40 ont versé en 2021 57 milliards d'euros à leurs actionnaires, qu'en 2022, ça devrait être encore plus... Peut-être qu'à un moment donné, on pourrait se dire que ces gens peuvent un peu contribuer à la solidarité nationale.

Et plutôt que d'aller valdinguer, d'aller complètement saccager le système, on pourrait mettre à contribution les revenus financiers des entreprises, rétablir l'équilibre, et tout le monde s'en portera mieux. Il faut un peu de solidarité de temps en temps. Plutôt que de demander tout le temps aux chômeurs de mettre la main à la poste, aux plus fragiles de faire des sacrifices, on pourrait un peu demander des efforts aux grandes entreprises.

18:08
Présentateur

Ça va jouer dans la rue ou au Parlement ?

18:09
Ian Brossat

Les deux. D'abord, évidemment, au Parlement, parce que, notamment à gauche, nous allons présenter un front uni sur ce sujet, et puis aussi, bien sûr, dans la rue. Heureusement qu'on a encore le droit, dans notre pays, de manifester sur un sujet aussi important que celui-là. Donc, bien sûr qu'il y aura des mobilisations sociales, et en tout cas, pour ce qui concerne le Parti communiste, il en sera.

18:28
Présentateur

Et on continue d'en discuter après un passage par le Filinfo, l'essentiel à 10 minutes de 9h, avec Marie Maeve. Le principal suspect dans l'assassinat de Trois-Curs de vendredi dernier est présenté aujourd'hui à un juge d'instruction. Il a reconnu une haine des étrangers devenus pathologiques devant les enquêteurs. Une marche blanche est organisée ce midi à Paris en mémoire aux victimes. À Marseille, de nouvelles fusillades. Ce week-end de Noël ont fait deux morts et un blessé grave dans le 14e arrondissement. Avec 33 personnes tuées par balle, c'est l'année la plus meurtrière depuis plus de 20 ans dans la ville.

Une attaque au drone ukrainien sur une base aérienne russe fait trois morts cette nuit selon les agences de presse du pays. Il s'agit de la deuxième attaque en un mois sur ce site situé à plus de 600 km de l'Ukraine. Plusieurs ONG suspendent leurs activités en Afghanistan après que les talibans leur ont interdit de travailler avec des femmes. Ils n'ont pas précisé si cette interdiction concerne aussi le personnel féminin étranger des associations.

19:27
Locuteur non identifié

France Info

19:28
Présentateur

Le 8.30 France Info Julie Marie Lecomte Nicolas Pégar Et notre invité Yann Bross m'est adjoint à la mairie de Paris où il fait moins froid que la semaine dernière. Est-ce que vous savez combien de gens sont à la rue à Paris aujourd'hui ?

19:45
Ian Brossat

C'est difficile à dire si je me fie à la dernière nuit de la solidarité puisqu'il y a chaque année une nuit de la solidarité où on compte le nombre de personnes qui sont à la rue on est entre 2000 et 3000 personnes qui tous les soirs dorment à la rue faute de place d'hébergement. En tout cas pour ce qui concerne le 115 il y a chaque nuit entre 800 et 900 personnes qui appellent le 115 et qui n'ont pas de solution d'hébergement à l'issue de leur appel. Avec des enfants ? Avec des enfants et c'est effectivement l'une des choses qui ont évolué au cours des dernières années c'est le nombre de familles avec enfants qui aujourd'hui se retrouvent à la rue.

20:19
Présentateur

Mais on n'a pas de chiffres on n'a pas de chiffres précis.

20:21
Ian Brossat

Si on a des chiffres précis il y a environ 500 enfants qui ces dernières semaines alors c'était avant la mise en place du plan Grandfroid mais dormaient dehors dans les rues de Paris c'est-à-dire des mômes je veux quand même que nos auditeurs qui vont à l'école en ayant dormi dans la rue qui vont à l'école en ayant dormi à la rue. C'est quand même pas rien pour leurs camarades de classe de côtoyer des gamins qui ont passé la nuit à la rue.

20:46
Présentateur

Et pour eux-mêmes d'ailleurs de suivre parce que l'arrêté est normal. La ville de Paris vous avez ouvert 4 gymnases c'est ça dans le cadre du plan Grandfroid ils sont pleins aujourd'hui ?

20:57
Ian Brossat

Nous avons bien sûr ouvert un certain nombre de gymnases 4 gymnases nous n'avons d'ailleurs pas attendu le plan Grandfroid pour les ouvrir puisque pour la majorité d'entre eux ils ont été ouverts dès début octobre et nous avons aussi proposé la création de 1000 places d'hébergement supplémentaires notamment dans d'anciennes écoles désaffectées dans un ancien centre d'animation qui n'est plus utilisé.

En tout cas la règle que nous nous sommes fixées à Paris elle est extrêmement simple à chaque fois que nous sommes propriétaires d'un bâtiment qui n'a pas d'usage systématiquement il doit être utilisé pour l'hébergement d'urgence c'est-à-dire pas un mètre carré laissé vide dès lors que ce bâtiment cet espace peut être utilisé pour héberger des gens.

21:40
Présentateur

Il y a une quinzaine de jours me semble-t-il Olivier Klein le ministre du logement a lancé un appel aux entreprises.

21:49
Locuteur non identifié

La réalité c'est que l'État les villes sont pleinement mobilisées pour trouver une solution. Oui le plan Grandfroid ça nous a permis d'ouvrir des gymnases et je remercie les maires qui ont fait preuve de solidarité. L'État se mobilise on cherche l'immobilier de l'État. On a besoin de réquisitionner ou de trouver ou de mettre à disposition la réquisition c'est une solution mais c'est encore plus simple si on nous propose et je fais un appel aux chefs d'entreprise qui ont des bureaux des bureaux qui ne sont plus utilisés des bureaux qui pourraient être mis à disposition rapidement en faveur des sans-abri vous savez on est tous préoccupés.

22:20
Présentateur

L'appel à la bonne volonté des chefs d'entreprise vous y croyez vous Yann Brossard ?

22:23
Ian Brossat

Je trouve ça très aimable de sa part mais pour quel résultat ? Combien d'immeubles en l'occurrence ont été mobilisés par cet appel à la bonne volonté des chefs d'entreprise ? Vous vous dites qu'il ne faut être plus ferme ?

Non mais ce que je dis c'est que c'est très bien d'avoir lancé cet appel encore faut-il regarder s'il aboutit à quelque chose s'il n'aboutit à rien et pour le moment mon sentiment c'est qu'il n'aboutit à rien il faut réquisitionner dans la loi il est dit que les préfets ont la possibilité de réquisitionner des bâtiments vacants j'ai écrit d'ailleurs au ministre Olivier Klein il y a plusieurs semaines maintenant pour lui signaler un certain nombre de bâtiments qui sont vides à Paris c'est-à-dire que vous avez des bâtiments vides parfois très grands et à côté de ça vous avez des gens qui dorment dehors personne n'est capable de comprendre comment on accepte une chose pareille et donc je dis à monsieur Klein réquisitionnez utilisez votre droit de réquisition pour que ces bâtiments puissent être utilisés pour héberger des gens qui actuellement dorment dehors notamment des familles avec des enfants

23:19
Présentateur

Elisabeth Borne lors d'une visite au 115 mercredi dernier disait que le dispositif allait être amélioré bon tout ça vous semble globalement aller plutôt dans le bon sens

23:28
Ian Brossat

on est d'accord sauf qu'à chaque fois on nous dit ça va s'améliorer aujourd'hui la situation je préfère le dire mais aujourd'hui la situation elle est dramatique dramatique quand vous avez des mômes qui dorment dehors il ne s'agit pas de dire on va améliorer le système il s'agit de mettre en place des mesures tout de suite

23:42
Présentateur

d'autres dispositifs grand chantier 2023 disait la première ministre

23:46
Ian Brossat

et pourquoi on ramène toujours ça à plus tard d'ailleurs quand il a été élu président de la république Emmanuel Macron en 2017 disait il n'y aura plus personne qui dormira à la rue et aujourd'hui vous avez des mômes qui dorment à la rue et donc la solution je le redis et ça ça peut être appliqué de manière immédiate c'est la réquisition des bâtiments vacants faire en sorte qu'on n'ait plus de bâtiments vacants alors qu'on a des gens qui dorment dehors

24:05
Présentateur

un mot des bâtiments occupés vous êtes adjoint au logement à Paris est-ce que l'on peut vivre aujourd'hui à Paris quand on gagne le salaire médian en France ?

24:15
Ian Brossat

on peut c'est effectivement souvent trop cher mais enfin Paris quand même aujourd'hui c'est quasiment 25% de logements sociaux c'est à dire que vous avez un Paris 1 sur 4 c'est vrai mais vous avez quand même ça c'est grâce à nos efforts c'était 13% en 2001 aujourd'hui vous avez un Parisien sur 4 qui est protégé de la spéculation immobilière grâce au logement social donc il faut continuer de faire du logement social et il faut mieux appliquer l'encadrement des loyers dans le secteur privé vous récupérez la main

24:41
Présentateur

la ville à partir de janvier vous allez faire la guerre aux propriétaires qui abusent

24:47
Ian Brossat

il s'agit simplement d'obtenir que les propriétaires respectent la loi il y a une loi qui est une loi sur l'encadrement des loyers qui dit qu'on n'a pas le droit de dépasser un certain niveau de prix et cette loi elle doit être respectée et donc la ville de Paris à partir du 1er janvier aura effectivement la possibilité de mettre des amendes lorsqu'un propriétaire enfreint la loi fraude et ne respecte pas l'encadrement des loyers on aura du personnel on aura la possibilité pour tout locataire qui est confronté à un abus de saisir la ville de Paris et c'est la ville de Paris qui effectuera les démarches en lieu et place du locataire

25:19
Présentateur

je voudrais juste un mot de conclusion Yann Bross avec l'élu communiste que vous êtes les époux Missak et Méliné Manouchi en immigré arménien engagé dans la résistance sous l'occupation pourrait entrer au Panthéon la décision n'est pas encore prise officiellement ce serait un hommage aux étrangers communistes morts pour la France vous y tenez ?

25:37
Ian Brossat

Absolument et je pense que ce serait une grande une belle décision qui honorerait la France et ce serait je trouve un beau symbole dans une période justement où les idées d'extrême droite où la haine des étrangers est si répandue et donc si cette décision était prise ce serait une très belle décision

25:56
Présentateur

Même s'il faut choisir avec Gisèle Halimi il faut faire rentrer plus de monde en Panthéon

26:00
Ian Brossat

je déteste opposer les gens entre eux mais en tout cas ce serait une très très belle décision et je souhaite qu'elle soit prise je rends d'ailleurs hommage à Pierre Ouzoulias qui est sénateur communiste des Hauts-de-Seine et qui s'est beaucoup battu pour ça

26:11
Présentateur

Yann Brossat maire adjoint au logement notamment à la ville de Paris invité ce matin du 8.30 France Info avec Julie Marie Lecomte merci