Alain Finkielkraut: «Bourdieu a engendré une catastrophe»
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
j'ai j'ai vécu comme professeur ce qu'il avait annoncé ce que vous aviez annoncé c'est-à-dire le fait que le monde occidental que l'Europe en France était en train de renoncer à la vie avec la pensée à cet effort de lucidité et d'exigence intellectuelle nous le voyons tous les jours malheureusement dans le débat politique dans la vie démocratique mais cela commence par l'école par la crise de la transmission que nous connaissons tous et en lisant la défaite de la pensée que j'ai lu quand j'étais encore étudiant je me souviens de de l'événement que cette lecture avait été pour moi et dont j'ai bien souvent parlé ce qui m'avait le plus frappé c'est la très grande lucidité de cette prédiction évidemment préoccupante mais qu'il faut prendre au sérieux si nous voulons réussir à reconstruire une vie intellectuelle une vie de l'esprit une transmission de la culture qui qui soit de nouveau les ferments d'une vie sociale d'une vie politique d'une vie civique digne de ce nom lorsque vous aviez annoncé cher Alain Finkielkraut que le danger qui nous guettait c'est celui de l'affrontement du fanatique et du zombie cette formule si frappante au fond je crois elle trouve malheureusement sa pertinence et son actualité tous les jours dans bien des débats auxquels nous sommes confrontés et j'ai vécu moi-même comme professeur ce risque-là en pensant bien souvent à vous et à ce travail que vous aviez fait non seulement pour nous alerter mais aussi pour nous réveiller à la nécessaire admiration à l'émerveillement que devrait continuer de faire vivre en nous l'héritage dont nous avons besoin pour pouvoir retrouver notre avenir à la Finkielkraut le livre de François-Xavier Belamy sonne un peu comme une réponse à aux livres de Pierre Bourdieu les héritiers est-ce que l'un de vos combats justement c'est pas de réhabiliter la notion de d'héritage et est-ce qu'elle est essentielle à l'école en tout cas le livre de Bourdieu et passeront les héritiers a eu un retentissement énorme et une influence qui se fait sentir encore sur l'institution scolaire à travers les réformes qui sont menées s'entraide sans relâche depuis bientôt 50 ans le livre de Bourdieu et passeront a été publié en 1964 et ce titre était terrible pourquoi parce que la République avait imaginé de répondre à la cohabitation par la sélection c'était déjà l'intention de Jules Ferry exprimait notamment par le grand philosophe de la République était Charles Renouvier les bourgeois peu ami de l'égalité veulent que ce soit leur progéniture qui est les meilleures places on va y mettre fin grâce à l'école et notamment par le biais de la sélection or que nous dit Bourdieu il nous dit que le mérite dans ce targue la République l'école républicaine et un leurre et le phonet de l'inégalité sociale c'est-à-dire que il nous explique que l'opposition entre mérite et héritage en fait permet au bout du compte de renforcer la légitimité des inégalités sociales [Musique] précisément elle deviennent les inégalités scolaires on dit voilà le mérite est un leurre l'école républicaine c'est une fabrique d'héritiers c'est-à-dire ce sont les myélotis les biens dotés qui réussissent et les autres ceux qui viennent des milieux défavorisés et bien cela sont amenés à penser qu'il méritent leur destin social puisqu'ils n'obtiennent pas les bonnes notes les bonnes notes et pour Dieu a traumatisé l'institution donc on s'est dit qu'il fallait répondre à cette critique et comment comment bien justement en bannissant au moins dans l'enseignement secondaire la sélection la sélection est devenue un mot interdit j'avais reçu moi je me souviens un ministre de l'éducation nationale réplique mon émission de radio c'est demeurant philosophe et il était venu avec avec ses équipes ses attachées de communication je sais pas et il avait parlé il s'était inquiété lui-même il a demandé est-ce que j'ai j'ai prononcé le mot sélection est-ce que je vois et autour de nous la rassuré non il n'a pas prononcé ce gros mot ce mot interdit mais qu'est-ce qu'elle est le résultat de cette politique et bien c'est qu'on accueille les élèves plus faibles dans les classes plus avancées et ensuite on révise les exigences à la baisse pour ne pas les laisser ces élèves plus faibles sur le bord du chemin résultat de niveau s'effondre et au bout du compte ceux qui réussissent à s'en tirer sont effectivement ceux qui vivent dans un milieu bourgeois qui peuvent qui peuvent aller dans des dans des disciples qui peuvent ou dans des lycées d'excellence ou bien ou bien qui peuvent bénéficier du soutien scolaire donc si vous voulez c'est une véritable catastrophe engendrée en quelque sorte par ce livre et ce livre d'ailleurs faisait comme si les héritiers eux-mêmes ça est extraordinaires c'est à dire ce qui naissait parmi la bourgeoisie ne foutez rien ils avaient ils avaient besoin de rien ils avaient vécu dans cette espèce d'ambiance culturelle qui faisait que il pouvait obtenir leur diplôme ce qui est déjà complètement faux c'est à dire que quel que soit votre famille si vous voulez entrer à l'École normale supérieure ou à l'école politique il faut travailler faut vraiment travailler nuit et jour donc ça c'est une autre absurdité mais si vous voulez les choses se sont encore aggravées parce qu'on en est venu petit à petit à remettre en cause l'héritage lui-même c'est-à-dire il y avait il bénéficient les héritiers de la culture générale ils ont donc un avantage sur les autres si vous êtes comme si c'était un délit d'initié mais que vaut cette culture au bout du compte que vaut cette culture dans les héritiers Bourdieu s'interroge pas il parle même de la bonne volonté culturelle de la petite bourgeoisie dans la reproduction publier quelques années plus tard toujours avec passeront il parle d'arbitraire culturel cette culture générale n'est qu'un arbitraire culturel c'est le nom que se donne la culture dominante et ça a empiré ça c'est radicalisé avec le hoquisme parce que qu'est-ce que c'est que cette culture dominante cette culture des dominants signe que sinon une culture elle-même répressive et discriminatoire qu'il ne s'agit plus aujourd'hui d'apprendre et de transmettre mais de mettre en examen et de déconstruire et le malheur de notre temps le désastre de nosquels dans lequel nous sommes plongés c'est précisément cette grande répudiation de l'héritage par un présent arrogant qui pense qu'il a trouvé le secret la solution du problème humain dans la chasse à toutes les formes d'exclusion et de discrimination et c'est un spectacle très pénible à voir François-Xavier Bel-Ami vous allez travailler jour et nuit pour rentrer à l'école normale supérieure vous êtes philosophe écrivain et pourtant vous avez choisi de de basculer de changer de vie et de faire aussi de la politique pourquoi ce choix est comment est-ce que la pensée finalement est compatible avec l'action politique comment est-ce qu'on conjugue les deux peut-être un mot pour dire effectivement le à quel point je partage bien sûr le le diagnostic que vient de proposer à l'infinkult je crois que Pierre Bourdieu a produit l'école qu'il dénonçait il a engendré la pire des injustices celle que nous vivons aujourd'hui qui est l'injustice scolaire et je l'ai vécu comme professeur en enseignant dans le secondaire pendant une dizaine d'années j'ai vu à quel point en effet aujourd'hui selon que vous mettrez dans une famille qui est socialement plus favorisée ou bien au contraire dans une famille aux marges de de la de la de la réussite sociale du capital culturel comme le disait Pierre Bourdieu vous aurez plus ou moins de chance de vous en sortir c'est injustice c'est la pire de toutes nous avons aujourd'hui le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE et cette simple statistique devrait nous empêcher tous de dormir tous les jours parce que c'est l'injustice la plus grave lorsque vous avez été victime d'une injustice économique que vous avez été licenciée à tort vous pouvez vous plaindre lorsque vous avez été victime d'injustice politique d'une fraude électorale vous pouvez contester mais lorsque vous avez été victime de l'injustice scolaire vous n'avez même pas les mots pour dire l'injustice que vous avez vécu et vous n'avez même pas les mots pour la pensée et donc vous êtes condamné à une relégation qui blesse qui détruit de l'intérieur le principe de la vie civique et c'est peut-être une part de la réponse que j'apporterai à votre question je n'ai pas tellement choisi de faire de la politique ou plus exactement ça ne faisait pas partie de mon projet mon projet professionnel c'était d'enseigner la philosophie mais il se trouve que j'ai eu l'occasion de m'engager la vie est faite parfois de de surprise et de rencontres et que j'ai accepté cette cette mission parce que je crois que quand on regarde comme le disait Alain Finkielkraut à l'instant avec désolation ce qui est en train de se défaire dans le monde dont nous héritons on ne peut pas renoncer à la possibilité lorsqu'elle vous est donnée d'essayer d'agir pour tenter de reconstruire et évidemment la passe par par l'enseignement et moi je voudrais dire ma reconnaissance à tout les collègues qui continuent d'enseigner malgré les difficultés du moment malgré le moment de délire dans lequel est plongé l'éducation nationale à force de déni de réalité au moment où nous nous parlons le ministre est en train de présenter ce qui s'appelle le pacte aux enseignants français qui consiste en réalité à leur demander une sorte de travail supplémentaire à peu près incompréhensible dans le l'artifice complet qui est devenu le monde éducatif on parle de tout sauf de transmettre la culture de tout sauf d'enseigner ce pacte atteint un sommet de fiction tragique ou comique lorsque il est question maintenant de distribuer des pactes et des demi pactes et des pactes et demi en fonction des choix que feront les professeurs tout cela n'a plus aucun sens et je crois que beaucoup de collègues sont piégés aujourd'hui dans un sentiment d'absurde extrêmement douloureux devant la faillite du système é négatif qui a bien des égards et comparable à d'autres écroulements que nous connaissons aujourd'hui je pense par exemple à l'effondrement de l'hôpital public il me semble que l'éducation nationale connaît la même tragédie aujourd'hui et la différence c'est que parce que peut-être il n'y a pas des gens qui meurent sur des brancards dans les couloirs et bien on en parle pas on ne s'en préoccupe pas la question éducative et d'une certaine manière constamment au dernier plan de nos préoccupations collectives et je crois que c'est vraiment dramatique parce que c'est notre avenir qui se joue et pour moi c'était peut-être une manière de prolonger mon travail de professeur de rentrer dans le champ de la politique et en particulier dans le champ parlementaire après tout le métier parlementaire est aussi un métier de la parole comme le métier d'enseignant non pas comme on le dit trop souvent pour que les politiques aillent faire de la pédagogie auprès des citoyens considérant les citoyens comme des enfants auxquels il faudrait expliquer pourquoi on fait tout bien et ils ne l'ont pas compris mais pour au contraire se laisser enseigner par la réalité que vivent les Français aujourd'hui et essayer de réparer ce qui peut l'être en particulier dans le dans le domaine éducatif et bien sûr dans tous les autres lieux où nous sentons l'essentiel aujourd'hui qui se qui se perd faute de ne pas être transmis [Musique]
François-Xavier Bellamy