Notre-Dame: le discours d'Emmanuel Macron au cœur de la cathédrale rénovée
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
— Mathieu Coache, le président de la République, va s'adresser à ses artisans d'une minute à l'autre. Ses artisans et ses mécènes, d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas que les compagnons et tous ces métiers. Il va s'adresser, il a choisi de s'adresser au milieu d'eux, au milieu de la cathédrale et au milieu d'eux, Mathieu.
— Oui, il a fait ce choix parce qu'il s'est mis lui-même au milieu de cette reconstruction. Vous savez qu'Emmanuel Macron, il y a 5 ans et demi, sortait d'une crise difficile, celle des Gilets jaunes. Et tout de suite, dès le début de l'incendie, il s'est emparé de cette reconstruction de la cathédrale de Notre-Dame comme un point politique. Il a voulu en faire une victoire politique. On va l'écouter. Il va en dire un mot. Il s'exprime en ce moment.
— Mesdames, messieurs les ministres, messieurs les préfets, madame la maire, madame la présidente, Mgr Ulrich, Mgr Rubadot-Dumoy, Mgr Chauvet, mes seigneurs, mesdames et messieurs en vos grades et qualités, Mgr le président de l'établissement public, rebâtir Notre-Dame, mesdames, messieurs, chers compagnons et chers amis. Je suis très heureux d'être parmi vous. Merci d'être là aussi, Mgr le maire. C'est pour nous tous, je crois pouvoir le dire, une immense émotion de nous retrouver ici même, dans notre cathédrale, quelques jours avant le 7 et le 8 décembre, Mgr, et de le faire à l'endroit même où, il y a cinq ans, la nef abritait un véritable champ de ruines.
On se souvient tous du plomb qui tombait, de ce véritable drame à ciel ouvert, de ce que la France avait vécu, ce que les Parisiennes, les Parisiens avaient vécu, ce que les catholiques du France de monde entier avaient vécu. La planète a été bouleversée ce jour-là, ce fameux jour d'avril. Le choc de la réouverture sera, je crois et je veux le croire, aussi fort que celui de l'incendie. Mais ce sera un choc d'espérance. Parce que vous toutes et tous, qui êtes là aujourd'hui, avez œuvré. Et cette métamorphose, c'est en effet à vous que nous la devons. Vous avez été les alchimistes du chantier et vous avez transformé le charbon en art, si je puis dire.
Le brasier de Notre-Dame était une blessure nationale et vous avez été son remède. Par la volonté, par le travail, par l'engagement. Je veux ici remercier chacune et chacun. Remercier d'abord nos sapeurs-pompiers de Paris pour leur courage. Ils se sont jetés dans un brasier titanesque, comme on en invente à peine dans les cauchemars. Et ils nous ont donné cette nuit un exemple de grandeur, de courage, de sacrifice. Et je crois qu'on est plusieurs à se souvenir ici, sous le commandement général Gallet du courage de nos sapeurs-pompiers, les plus jeunes parcourant, prenant le risque, décidant de la part du feu, malheureusement, mais préservant notre cathédrale.
Qu'ils en soient infiniment remerciés. Ils ont commencé à l'abattir dès ce jour-là, dès cette minute. Et puis il y a eu cet immense élan de solidarité qui a traversé le monde entier, à travers 150 pays. 340 000 mécènes et donateurs. 340 000. Plusieurs sont ici présents, en particulier en entreprise. Et je veux vous en remercier avec beaucoup de chaleur. Et c'est votre générosité qui a permis, en effet, de reconstruire Notre-Dame du monde entier. Des familles françaises, des entrepreneurs. Du premier euro à des centaines de millions d'euros. Vous vous êtes mobilisés.
Et je reconnais ici beaucoup de visages qui sont à nos côtés aujourd'hui pour dire votre amour de Notre-Dame, ce qu'elle représente pour le pays, ce qu'elle a d'universel pour la nation. Et je veux très sincèrement vous en remercier. Montrant que Notre-Dame est l'âme de notre pays, qu'elle appartient aux chrétiens, mais aussi à tous les Français, qu'elle appartient à la France, au fond, au monde entier. Elle est plus grande que nous. La fondation Notre-Dame, la fondation du patrimoine, la Fondation de France, le Centre des monuments nationaux ont su collecter ces dons, et je les en remercie très sincèrement.
Et pour que pas un centime ne soit perdu, que tout aille à l'établissement public rebâtir Notre-Dame pour les travaux achevés, comme pour tous ceux qui se poursuivront après 2025. Et je veux remercier le professionnalisme de toute cette équipe. Et puis vous avez été l'antidote à l'abattement, par l'énergie avec laquelle vous vous êtes attaqués au chantier, par l'enthousiasme avec lequel vous avez répondu à ce défi. Oui, en avril 2019, nous avons décidé que cela prendrait 5 ans. Alors c'est vrai, parfois, on nous a beaucoup dit au début que ce ne serait pas possible, que c'était fou, que c'était arbitraire, qu'on allait mal faire.
Mais au fond, derrière cet objectif simple, il y a eu une agrégation de toutes les volontés. Et vous l'avez fait. Vous avez réussi ce qu'on pensait impossible. Alors, il y a eu d'abord l'établissement public et ses équipes. Et au moment où je vous parlais, évidemment, il y avait une personnalité forte, un chef, et ce fut le général Georges Lain. Et pour nous tous, de 2019 à 2023, il a été le visage et la voix du chantier. Et je pense tout particulièrement, et c'est à lui que je voudrais dédier ce moment, si vous m'y autorisez, à vos côtés, parce qu'il aurait dû être avec nous.
Je crois qu'il aurait été fier et heureux qu'il vous aurait chacun salué par votre nom, votre prénom, comme à son habitude, avec cette voix de stentor. Mais l'établissement public rebâtir Notre-Dame de Paris a serré les rangs dans son entier, à la fin de l'été 2023, sous la houlette de Philippe Jost. Et je veux le remercier très sincèrement. Vous pouvez être extrêmement fier du travail que vous avez fait, vous, toutes les équipes de l'établissement public. Et vous avez été à la hauteur de la mémoire du général. Merci à tous. Vous pouvez être fier d'une maîtrise d'ouvrage unique.
Et puis, il y a une maîtrise d'œuvres extraordinaire avec nos architectes, monuments historiques, les équipes, évidemment, Philippe Villeneuve, là, dès avant le premier jour, et qui continuera de l'être après, qui a cette cathédrale dans la peau, si je puis m'exprimer ainsi. Et avec Rémi Fromont, Pascal Brunet, toutes leurs équipes, là aussi, les bureaux d'études, les architectes, les ingénieurs, les laboratoires, vous avez mené un travail remarquable, inédit. Je veux vous remercier très sincèrement pour votre engagement, la passion avec laquelle vous accueillez chacun, avec laquelle vous avez mené ces travaux jour et nuit durant cette période. Soyez-en infiniment remerciés.
La ville de Paris, Madame la maire, c'est le maire qui est là, et toutes les équipes avec lesquelles la coordination a été extraordinaire, pour les travaux au jour le jour, y compris pour les abords, on l'a vu tout à l'heure avec Basmetz. La préfecture de police, qui a fait un travail remarquable jusqu'à ces dernières heures pour autoriser la réouverture et les tests de sécurité, avec là aussi un travail invisible, mais immense, qui a été fait. La préfecture d'Île-de-France, c'est le préfet de région, soyez remerciés, qui n'a pas ménagé ses efforts pour solutionner tous les problèmes réglementaires, le plomb et tant d'autres quand ils sont apparus.
Évidemment, le ministère de la Culture, Madame la ministre, la DRAC d'Île-de-France et beaucoup de vos services qui ont été d'une efficacité remarquable. Le ministère a eu la lourde charge, entre autres, de restaurer les tableaux, les objets d'art du Trésor, d'assurer le contrôle scientifique et technique des travaux et des fouilles par le biais de la DRAC, et ça a été une mobilisation de chaque instant, et je veux que toutes les équipes du ministère de la Culture qui ont contribué soient ici remerciées, et puis beaucoup de ministères qui ont contribué dans leurs compétences à ce chantier.
Et puis, Monseigneur, les équipes du diocèse de Paris et de la cathédrale ont été extraordinaires, et je veux, même, M. le directeur, Monseigneur, vous remercier, évidemment, pour la coopération extraordinaire pour les artistes que vous avez choisis, on l'a vu tout à l'heure avec le travail de M. Bardet et de M. Dubuisson, mais le travail de tous les artistes, ces ateliers d'art, les éclairagistes, les designers, les ingénieurs du son pour le nouvel aménagement liturgique et l'accueil des fidèles et des visiteurs.
Il y a eu un travail artistique, collectif, une ingénierie, là aussi, que vous avez su faire, et cette coopération fructueuse doit beaucoup à l'esprit de dialogue qui a d'abord été impulsé par Monseigneur Opetit et Monseigneur Chauvet, puis par, évidemment, Monseigneur Ulrich et Monseigneur Ribadot-Dumas. Soyez-en infiniment remerciés et avec elles, toutes les équipes. Nous savons, vous toutes et tous qui êtes là, tout ce que nous vous devons. Il y a 2000 femmes et hommes qui ont passé leurs jours et leurs nuits sur ce chantier. Et vous avez fait de ce défi une réalité.
Vous avez repris une chaîne des temps qui vous précédait de plus de huit siècles, celle des compagnons du Moyen Âge, avec leur passion du beau, du bienfait, de la soif, d'efforts et de dépassement d'eux-mêmes. Et en vous inscrivant dans cette chaîne des temps, dans cette chaîne des femmes et des hommes, vous avez permis cette espérance que j'évoquais tout à l'heure. Vous l'avez prolongée. Et chacun de vous est un maillon de cette chaîne séculaire, de ce chantier collectif. Au fond, vous nous avez fait redécouvrir que cette cathédrale était déjà un trésor de femmes et d'hommes qui s'y étaient succédés, il y avait parfois sacrifié leur vie. Et vous, vous êtes inscrits dans ce cortège.
Et ça, plus personne ne vous l'enlèvera. vous avez démontré faisant de ce chantier au fond la métaphore de la vie de la nation que chaque femme, chaque homme est nécessaire. Et vous avez tous eu un rôle, mis une pierre, accompli une tâche sans laquelle l'ensemble de ce qui a été fait aurait été rendu impossible. Chacun selon vos talents, ceux qui ont assuré l'organisation, l'aide au pilotage, la planification, la coordination, la sécurité et la protection du chantier, la logistique, chacun de ces métiers fut indispensable. Car c'est une chorégraphie que très peu peuvent soupçonner à l'extérieur que vous avez réalisé durant toutes ces années. Pas une seconde de perdues.
Ceux qui ensuite se sont chargés des installations du chantier, les échafadeurs, les grutiers, les cordistes, les personnes chargées de l'entretien des locaux, de la restauration collective, de la sûreté, de la sécurité incendie du chantier, des installations techniques, des sites de stockage. Le square Jean XXIII, grâce à vous tous, est devenu un vrai village. Et sous les tilleuls où on se retrouvait, où on échangeait, où on prenait des nouvelles les uns des autres, avec là aussi une forme de famille qui s'est mise à exister durant toutes ces années.
et je n'oublie pas que pendant tout ce temps, il y a eu ce bal que je revois encore, ces voltigeurs de l'art et de la restauration et qu'on a fait ici le plus grand échafaudage d'Europe. Une forme de crise salide magnifique qui était au-dessus de Paris, d'où est ressorti notre flèche. Je n'oublie pas aussi les professionnels de l'installation technique et électrique, ingénieurs, électriciens, spécialistes de la sécurité incendie, de l'alimentation en énergie, des fluides, des éclairages. Vous avez redonné en quelque sorte le système sanguin à cette cathédrale, vous avez permis de l'irriguer à nouveau. Et puis, il y a le bois, le métal, la pierre.
Oui, merci à tous ceux qui ont fait revivre la forêt. Avec ce bois de chêne vert magnifique fourni par l'ONF et par de nombreux particuliers de tous nos territoires, du nord au sud, de la Normandie au Pyrénées avec des mécènes exceptionnels, 2000 chênes sont passées entre les mains des forestiers. Et je veux remercier infiniment, là aussi, à tous ceux qui ont permis au bois de France d'être là et de rebâtir la cathédrale.
2000 chênes, imaginez-vous, des forestiers, des scieurs, des écarisseurs, des charpentiers, des taillandiers qui les ont fait vivre, qui ont retrouvé des savoir-faire que parfois le XXe siècle avait perdus, comme cet art très ancien de l'écarissage manuel en recréant avec des taillandiers des outils qui sont des perfections d'ingéniosité humaine. des menuisiers d'art, des parqueteurs, des restaurateurs de marqueterie qui ont travaillé le bois à l'intérieur de la cathédrale. Nous étions tout à l'heure perdus dans cette forêt qui a permis ensuite de poser à nouveau la flèche.
mais le travail qui avait été fait là est incroyable et ils retissent l'histoire au fond de notre cathédrale du XIIIe siècle au XIXe par ses restaurations successives. Merci à tous ceux qui ont restauré, façonné et fait obéir en quelque sorte le métal sous toutes ses facettes. Couvreurs, couvreurs ornementistes, fondeurs, ferronneries d'art, serruriers, dinandiers, patineurs, lustriers. Merci aux artisans de la pierre. Regardez. Pour tous ceux qui redécouvrent aujourd'hui la cathédrale, nous nous retrouvons, on l'évoquait un instant, sous la blondeur de cette pierre qu'au fond nos yeux n'avaient jamais vue.
C'est grâce à vous, aux maçons, aux tailleurs de pierres, carriers, sculpteurs, restaurateurs de sculptures, restaurateurs de pierres qui ont rendu à Notre-Dame cette blondeur de ces pierres, l'expressivité de ces gargouilles, plus effrayantes encore que nature, dans cette pierre puisée, dans la chair même de notre pays, dans les carrières de Picardie. Merci aux restauratrices et restaurateurs de peinture qui ont fait revivre les couleurs extraordinaires, en particulier celles de Violet-le-Duc sous presque deux siècles de poussière. Merci aux maîtres verriers qui ont préservé l'éclat exceptionnel des vitraux.
Merci aux facteurs d'orgue et campagnistes qui ont rendu sa voix à la cathédrale et nous l'entendrons bientôt résonner à nouveau sous vos instructions, Monseigneur, le 7 décembre. Et je n'oublie pas, bien entendu, tous les archéologues épaulés par l'Institut National de Recherche Archéologique Préventive qui ont plongé dans les secrets de Notre-Dame, qui ont rappelé son histoire, qui ont dévoilé de nouveaux pans, de nouveaux occupants même, avec ces statues de jubés assoupis sous le pavement et ce cavalier qu'on dit être du bêlé.
Merci aux chercheurs, aux membres du CNRS, à toutes les institutions, partenaires, conservateurs, régisseurs d'art et merci encore à tous ceux que je ne pourrais pas nommer mais qui ont participé de cet élan collectif. Oui, on n'avait jamais vu un tel chantier. Vous avez toutes et tous participé au chantier du siècle. Un chantier école, un chantier modèle, où se résout à ce point par le dialogue, la bonne volonté, les efforts de chacun, alors même que les délais étaient serrés et la pression, je le sais, immense. Notre-Dame fut durant ces cinq années le chantier du jamais vu. 250 entreprises sont là et se sont succédées.
Des indépendants, des TPE, des PME, des grands groupes et vous avez tous ensemble, parfois, vous me l'avez rappelé encore tout à l'heure, aboli les différences qu'il y avait, la compétition que vous vous livriez parfois sur d'autres chantiers pour ensemble œuvrer à rebâtir Notre-Dame. Avec un impératif de durabilité, de qualité, vous avez fait au fond de l'exceptionnel votre ordinaire et c'est pour cela que nous voulions vous dire merci aujourd'hui.
Vous avez fait de la France tout entière un chantier car si beaucoup ici ont travaillé sur place, je n'oublie pas aussi qu'au fin fond de chacun de vos ateliers dans vos entreprises, depuis les Syries de Vendée jusqu'aux ateliers de montage de Moselle, de tant et tant d'endroits de France, vous avez contribué à ce chantier. Il flottait un esprit de fraternité unique et je veux croire, je veux qu'il demeure et qu'il perdure car c'est celui qui nous tient. Vous étiez une grande famille durant ces cinq années avec ses joies, ses moments de fierté comme aujourd'hui et ses douleurs.
Je l'évoquais avec le départ du général et puis je n'oublie aucun et en particulier celui de l'un de ses fidèles soldats, si je puis dire, vous le connaissiez tous, Azdin Edna, l'échafaudeur de Notre-Dame qui s'entendait si bien avec le général. Au fond, vous avez montré au monde que rien ne résiste à l'audace, à la volonté, au travail et à cette espérance. Vous nous avez appris à relever les yeux pour voir cette flèche, la flèche de Notre-Dame, à relever les yeux pour redécouvrir notre cathédrale de l'intérieur et pour tout cela, la reconnaissance de notre pays est immense.
Cette reconnaissance, un diplôme que la ministre a préparé vous sera remis et ira à chaque compagnon, chaque personne, chaque main qui a participé à ce chantier. C'est aujourd'hui un moment émouvant pour nous tous. Monseigneur, nous allons vous rendre la cathédrale et c'est une joie et vous allez pouvoir réaccueillir les fidèles et le monde entier. Mais c'est pour moi avec vous la dernière visite de chantier. Et durant ces années, n'oubliez jamais que vous avez réparé, que vous avez contribué à réinventer, que vous avez aimé ce lieu et que vous l'avez rebâti. n'oubliez jamais que durant ces cinq années de votre vie, vous avez sans doute partagé tous ensemble le plus beau chantier du siècle.
Et n'oubliez jamais vous et vos familles à qui je veux dire le même merci, car je sais les sacrifices à vos côtés qu'elles ont consentis, que vous avez tenu cette promesse de rebâtir Notre-Dame en cinq ans. Vous l'avez fait et que c'est une fierté immense pour la nation toute entière. Je vous en suis infiniment reconnaissant. La France vous en est infiniment reconnaissante. Vous avez rebâti Notre-Dame en cinq ans. Grâce à vous. Alors merci.
Emmanuel Macron