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InterviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 22 juin 2020 5 minComplaisantActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsEurope & international

Nicolas Poincaré : Des "pressions" dans l'affaire Fillon ? - 22/06

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:10OuverteRéponse partielle

    Y a-t-il une deuxième affaire Fillon ?

  • 0:16OuverteRéponse partielle

    L'opposition demande que toute la vérité soit faite sur les pressions qu'une hôte magistrate dit avoir subie en 2017 dans le dossier Fillon.

  • 1:19OuverteRéponse partielle

    Est-ce que ces pressions sont illégales ? Est-ce qu'elles sont anormales ?

  • 2:21OuverteRéponse partielle

    Alors si, il y a peut-être même une histoire, en tout cas si on en croit le journal du dimanche.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00PrésentateurFait
    « Dans l'affaire Fillon, j'ai subi des pressions de ma hiérarchie. »
  • 1:04PrésentateurFait
    « Le contrôle du parquet général était très étroit. »
  • 1:10PrésentateurFait
    « On me demandait de rendre compte immédiatement des auditions et des avancées de l'enquête. »
  • 2:37PrésentateurFait
    « La demande n'a été transmise que le 24 février, c'est-à-dire 9 jours plus tard. »
  • 2:51PrésentateurFait
    « C'est le juge Serge Tournaire. »
  • 3:23PrésentateurFait
    « Le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire le jour même, le mercredi. »
  • 3:29PrésentateurFait
    « Il convoque François Fillon trois jours après. »
  • 4:31PrésentateurChiffre
    « Les 600 000 euros indûment perçus par sa femme, si on en croit l'accusation lors de son procès. »

Temps de parole

  • Présentateur88 %
  • Présentateur 212 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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Présentateur

Vous écoutez RMC, expliquez-nous. Bien, on parle beaucoup depuis jeudi de Fillon, de François Fillon. Y a-t-il une deuxième affaire Fillon ? L'opposition demande que toute la vérité soit faite sur les pressions qu'une hôte magistrate dit avoir subie en 2017 dans le dossier Fillon. De quoi s'agit-il exactement ? Reprenons l'affaire. Alors, il s'agit d'une petite phrase qui a fait l'effet d'une bombe dans le monde de la justice parce qu'on parle d'une affaire ultra sensible.

François Fillon, qui était candidat à la présidentielle, qui a même été un moment favori pour devenir le prochain président et qui va chuter, on s'en souvient, après sa mise en examen dans l'affaire des supposés emplois fictifs de sa femme Pénélope. Tout le monde s'en souvient. Alors, voici donc maintenant la nouvelle affaire, trois ans après. Elle a commencé il y a dix jours. Eliane Houlette, la chef du parquet national financier, était entendue par la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice. Et devant les députés, cette procureure qui est aujourd'hui à la retraite depuis un an a dit ceci. Dans l'affaire Fillon, j'ai subi des pressions de ma hiérarchie.

Le contrôle du parquet général était très étroit. On me demandait de rendre compte immédiatement des auditions et des avancées de l'enquête. Et elle a précisé qu'elle ne parlait pas de pression politique, mais bien de pression de sa chef, la procureure générale de Paris, Catherine Champreneau. Est-ce que ces pressions sont illégales ? Est-ce qu'elles sont anormales ? Alors, elles ne sont pas illégales. Le parquet national financier qui a été créé après l'affaire Cahuzac en 2013 est là pour poursuivre les délits financiers et les délits politiques. Il dépend hiérarchiquement du parquet général de Paris qui a donc le droit de lui donner des instructions. Et c'est bien ce qui s'est passé.

Eliane Houlette dirigeait une enquête préliminaire qu'elle avait elle-même confiée à la police. Après un mois, sa hiérarchie lui a demandé par écrit de passer à l'information judiciaire, c'est-à-dire d'abandonner son enquête à elle et de la confier à un juge d'instruction. C'est ça qui ne lui a pas plu, c'est ça qu'elle dénonce aujourd'hui. Elle parle de pression, mais c'était des pressions justement pour que l'enquête soit confiée à un juge indépendant, pour que l'on puisse donc plus accuser la justice de pouvoir subir des pressions.

En réalité, je crois que c'était une bonne justice en pleine campagne électorale, dans une affaire aussi sensible que de demander à une procureure, par définition pas indépendante, de confier le dossier à un juge, par définition, indépendant. Oui, il n'y a pas de scandale alors. Alors si, il y a peut-être même une histoire, en tout cas si on en croit, le journal du dimanche. Parce que le parquet général de Paris, qui n'est donc pas indépendant, a fait savoir dès le 15 février 2017 qu'il voulait saisir un juge d'instruction. Mais la demande n'a été transmise que le 24 février, c'est-à-dire 9 jours plus tard.

Et ce jour-là, comme c'est la règle, le président du tribunal de Paris a confié l'affaire au juge qui est sur le tableau de service, le juge qui est de permanence. Et qui vient de prendre la permanence le 24 février au matin ? Bingo ! C'est le juge Serge Tournaire. C'est une star du couloir de l'instruction. C'est le juge qui instruit toutes les affaires financières qui concernent la droite, notamment toutes les affaires qui concernent Nicolas Sarkozy. Et donc, en lui confiant le dossier, on était sûr qu'il ne serait pas enterré et que les choses allaient aller très vite. Et tout est allé très vite, en fait. Et oui, et c'est peut-être là-dessus qu'il va falloir enquêter et se pencher.

C'est peut-être ça qu'il va falloir éclaircir. Quand le cadre a enchaîné sur l'affaire des emplois supposés fictifs de Pénélope Fillon, le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire le jour même, le mercredi, c'est du jamais vu. Lorsque l'affaire est confiée au juge Tournaire, un mois plus tard, on vient de le voir, il convoque François Fillon trois jours après. C'est ultra rapide. Les défenseurs de l'ancien Premier ministre soulignent qu'en trois jours, le juge n'a pas eu matériellement le temps de lire tout le dossier. Et puis François Fillon, finalement, est mis en examen un peu plus de deux semaines après. C'est encore une justice TGV. C'est même une justice Lucky Luke.

C'est-à-dire qu'elle dégaine plus vite que son ombre. Le Conseil supérieur de la magistrature, saisi par Emmanuel Macron, va donc se pencher sur tout ça. Il va revoir les faits, les dates. Et on va voir si la justice a fonctionné normalement dans cette affaire qui était tout à fait hors norme, cette incroyable séquence avant le premier tour de la présidentielle. La droite affirme déjà que la justice a politiquement assassiné François Fillon et volé la présidentielle. C'est la question. Sans cette célérité de la justice qu'on vient de décrire, est-ce que François Fillon serait aujourd'hui président de la République ? Eh bien, on ne le saura jamais.

Ce qui est sûr, c'est qu'il a d'abord été victime, non pas de la justice et des pressions, mais des révélations du cas n'a enchaîné sur les 600 000 euros indûment perçus par sa femme, si on en croit l'accusation lors de son procès. On remarque d'ailleurs que le jugement sur ce procès est attendu dans une semaine prochaine, lundi prochain. Ensuite, il a été victime d'un juge indépendant qu'il a mis en examen. Et puis, il faut s'en souvenir, le coup de grâce est tout de même venu non pas de la justice sous pression, mais d'un avocat, maître Bourgie, qui notamment sur ce plateau avait dit que... Oui, ici même, oui.

Voilà, un avocat proche de Nicolas Sarkozy qui avait révélé l'affaire des costumes. Ça, c'était le coup de grâce. Donc, dans cette affaire, moi, je crois que François Fillon a surtout été victime de François Fillon. Bien, merci.

Nicolas Poincaré : Des "pressions" dans l'affaire Fillon ? - 22/06 · Pourquijevote