Xavier Bertrand aux Républicains : "Nous devons dire très clairement : jamais d'alliance avec le RN"
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C'est le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin le Président Les Républicains de la région des Hauts de France. Chers auditeurs, vos questions, vos réactions, évidemment les bienvenus au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Xavier Bertrand, merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter, vous publiez votre premier livre aux éditions Robert Laffont, Rien n'est jamais écrit, vous y retracez votre carrière, vous parlez de votre enfance, vous réaffirmez vos ambitions pour 2027, on va en parler mais l'actualité politique est chargée, le budget, la suspension de la réforme des retraites et les fractures au sein de votre parti Les Républicains.
On va commencer par là Xavier Bertrand et par l'annonce hier soir de la suspension des six ministres LR du gouvernement Lecornu, deux pas exclus mais suspendu donc par votre parti trois semaines après le départ fracassant du patron Bruno Retailleau. C'est un retour dans l'opposition ou pas ? Vous avez participé à cette réunion, est-ce que vous y comprenez quelque chose ?
Eh bien justement, j'appelle les Républicains à davantage de cohérence, de cohérence notamment sur la situation des ministres qui se sont mis en retrait hier et il suffisait d'en prendre acte sans créer de psychodrame. Vous savez, pour un électeur des Républicains, ils peuvent se dire alors quand il y avait Bruno Retailleau au gouvernement, on pouvait être ministre sans problème et comme Bruno Retailleau n'est plus au gouvernement, ça pose problème. Ils se sont mis en retrait, dont acte, on n'a pas besoin d'en faire un psychodrame.
L'élément de cohérence le plus important à mes yeux, c'est ce que j'ai dit hier au bureau politique, c'est que nous soyons fidèles à ce qu'est aujourd'hui l'histoire de notre famille. Notre famille politique, elle a été dirigée par Jacques Chirac, elle a été dirigée par Nicolas Sarkozy qui ont toujours été sans aucune ambiguïté vis-à-vis des extrêmes, sans aucune ambiguïté vis-à-vis du Rassemblement National. Et je l'ai dit hier, je n'ai pas été le seul à le dire, Michel Tabarro, Jean-François Copé l'ont dit également, nous devons dire très clairement, jamais d'alliance, jamais d'union, pas une voie pour les dirigeants et les candidats du Rassemblement National.
On va parler dans un instant, Xavier Bertrand, de cette question de l'union des droites, mais juste avant, c'est important ce que vous dites vous appeler à une forme de clarification. Quand Florence vous dit, est-ce que vous y comprenez encore quelque chose ? Il y a la question des ministres qui sont suspendus mais pas exclus. Il y a un long communiqué de presse où les Républicains évoquent tout un tas de ruptures sans dire qu'ils censureraient un gouvernement. Est-ce que Bruno Retailleau est en capacité de fixer une ligne claire ? Franchement, je pense à ceux qui nous écoutent ce matin. Je ne suis pas sûr qu'ils comprennent exactement là où vous voulez aller.
Mais vous, vous êtes dans l'opposition, Claire ?
Moi, je ne traite pas là où je veux aller. Non, mais là où je veux aller, c'est un vous au collectif au sein des Républicains.
Mais en ce qui me concerne, c'est moi qui suis votre invité, je sais clairement où je veux aller. Je veux que les 18 mois qui sont encore devant nous ne soient pas des mois dans lesquels le pays sombre dans le chaos. Et un pays également qui ne reste pas dans l'immobilisme. Votre invité d'hier, le ministre de l'éducation, quand vous voyez aujourd'hui l'état de notre système scolaire, l'état de notre système de santé, on ne peut pas attendre 18 mois sans rien faire. Et on a les moyens d'agir et de faire bouger le pays dans le bon sens. Vous êtes dans l'opposition ou pas ? Non, je viens de vous le dire à l'instant. D'accord. Je viens de vous le dire à l'instant.
Mais clairement, s'il y a des choix qui ne me plaisent pas, qui ne nous plaisent pas, je n'ai jamais eu ma langue dans ma poche et je ne vais pas changer maintenant.
On entend bien, Xavier Bertrand, que vous dénoncez un certain nombre d'ambiguïté à la tête du parti vis-à-vis du Rassemblement National.
Je vais être plus précis ? Oui, allez-y. Je vais être plus précis, je l'ai dit hier, l'attitude de François-Xavier Bellamy, il était à côté de moi, je me suis tourné vers lui en lui indiquant que le fait de voter au Parlement européen une motion de censure quasiment à la demande de M. Bardella, même si le thème est le Mercosur que je condamne, c'est tout simplement inadmissible que nous ayons au sein du groupe PPE. M. Castillot qui est justement... Le PPE, on explique, c'est le groupe de la droite au Parlement européen. Le groupe de la droite au Parlement européen. Il y a toujours, parce qu'il avait été élu avec nous, l'un des bras droits de M. Ciotti aux Alpes-Maritimes.
Il n'est pas question que ce monsieur reste une seconde de plus. Il faut lever toutes les ambiguïtés.
Et l'appel de Bruno Retailleau.
Quand j'ai aussi d'autres vice-présidents du mouvement, je l'ai indiqué, que ce soit David Lissnard qui, dans une interview à Valeurs Actuelles, dit qu'on fait un projet de gouvernement et après on voit qui nous rejoint, au bout d'un moment, ça suffit. Ça suffit. La ligne politique de notre mouvement, c'est le refus des extrêmes.
Mais là, vous ne parlez pas du patron qui appelle lui-même à voter, sans le dire, mais en le faisant quand même dans une législative du Tarn. Pas une voix à la gauche.
Et moi, ce n'est pas une voix au Rassemblement National.
Voilà, pas une voix à la gauche et c'était un candidat du parti d'Éric Ciotti.
Moi, j'ai une logique. Qui était en face. Ni LFI, ni Rassemblement National. Je ne veux pas entendre ni LFI, ni LFI seulement. Et je vais aussi vous expliquer pourquoi tout cela. Ce n'est pas une lubie. Je l'explique dans ce livre. Rien n'est jamais écrit. C'est ce combat, je le porte depuis longtemps. J'avais été marqué tout jeune par ce qui était arrivé à Dreux. Notamment la première élection où le Front National fait un score important. Et je comprends à ce moment-là ce qui est justement l'ADN du Rassemblement National. C'est de cliver, c'est de désigner des boucs émissaires. Ce sont les immigrés.
C'est aussi, je combats toutes celles et ceux qui fracturent notre pays, qui n'a pas besoin de fractures supplémentaires. Et quand j'entends certains de mes amis politiques dire, mais le Rassemblement National, la seule différence qu'il y a avec nous, c'est l'économie. Non mais pico encore. Ils ne voient pas le programme du Rassemblement National sur la culture, où pour eux la culture doit être synonyme de censure.
Voilà la raison pour laquelle je les combats depuis des années. Vous avez le mérite de la constance et de la cohérence sur ce sujet, mais quelle solitude au sein des Républicains. Vous venez de citer tous vos amis qui effectivement prennent ce type de position. Moi, je me souviens de Xavier Bertrand en décembre 2017, et d'ailleurs vous le racontez dans votre livre, qui décide de quitter sa famille politique à l'époque dirigée par Laurent Wauquiez, précisément au nom de ses ambiguïtés. Qu'est-ce que vous faites encore au sein des Républicains ? Pourquoi est-ce que vous ne dites pas ?
Moi, dans ces conditions, je rends ma carte et je prends ma liberté, puisque votre ligne, la ligne que vous défendez ce matin au micro de France Inter, pardon, mais n'est pas la ligne défendue par ceux qui dirigent aujourd'hui les Républicains.
Je combattrai toutes ces dérives, et je dis à celles et ceux qui sont tentés d'aller vers le Rassemblement National, et bien qu'ils ne gênent pas, qu'ils y aillent. S'ils viennent dans nos instances au bureau politique, en venant dans une instance LR et en parlant, et en pensant au Rassemblement National, qu'ils y aillent, qu'ils ne se gênent pas. Et c'est la raison pour laquelle, de l'intérieur, je veux faire bouger les choses, et je ne suis pas si seul que cela. J'ai vu les réactions hier, je n'ai pas été le seul effectivement à m'exprimer, et je continuerai invariablement, pour les raisons que je viens de vous expliquer. C'est aussi la vision qu'on a de notre pays.
Je pense qu'aujourd'hui, la question centrale qui est posée, c'est est-ce qu'on est condamné à cet affrontement entre les uns et les autres ? Je vous le dis, je ne suis pas un homme de bruit et de fureur, c'est vrai. Je suis quelqu'un qui travaille sur le temps long, avec des résultats, je pense que ce soit la région, que ce soit dans les fonctions que j'ai exercées, mais je dis une chose, le sérieux, la constance, la cohérence, c'est ce que je suis, je ne changerai pas, et je continuerai à combattre les extrêmes.
Juste un exemple, vous avez Bertrand, là encore pour affirmer peut-être vos divergences, dans le cadre d'un second tour entre Raphaël Glucksmann et Marine Le Pen, vous voteriez pour qui ? Ah mais moi je l'ai indiqué, ni LFI, ni RN.
Donc vote pour Raphaël Glucksmann sans aucune ambiguïté. Je le dis, c'est à découvrir dans le livre, je me suis fait reprocher, notamment par la fameuse fachosphère et autres, d'avoir appelé à un moment donné à voter pour un candidat au législatif communiste que je connaissais, avec qui je me suis battu, pour l'industrie, pour la pêche, par rapport justement à un candidat du Rassemblement National. Et ils peuvent me critiquer, je l'assume. Donc Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, vous voteriez pour Raphaël Glucksmann. J'entends bien être à ce moment autour de l'élection. Non mais c'est d'accord,
mais c'est juste pour que les choses soient claires. Mais je vous le dis,
pas une voix pour le Rassemblement National, voilà, pas une voix pour LFI, c'est très clair.
Pour conclure, qu'est-ce qui vous reste de commun avec les dirigeants de votre propre parti ?
Eh bien la capacité de persuasion, de conviction, que je vais aussi continuer à mettre dans le débat, que je porte depuis des années. Vous savez, je ne suis pas du genre à baisser les bras et à me résigner. Vous savez, si j'avais été résigné, si j'avais baissé les bras, je n'aurais jamais été candidat à l'élection régionale en 2015, parce que tout le monde me disait que Mme Le Pen allait forcément l'emporter. Ça ne s'est pas passé comme cela. Pour une raison. C'est parce qu'à l'époque, et je raconte dans le détail, dans le livre, les candidats de gauche se retirent au deuxième tour de l'élection régionale.
Ce n'est pas qu'ils m'aiment, mais ils détestent l'idée que la région soit dirigée par le Rassemblement National. Et les électeurs les suivent, et je sais les remercier. En 2021, en revanche, les gens votent pour moi, et tout le monde est contre moi, le Rassemblement National, M. Macron voit plusieurs ministres, la gauche est unie, et je fais reculer le Rassemblement National de 16%. Je ne suis pas un magicien, les gens ne sont pas devenus voisins, mais ils savent que je me bats pour eux. Et c'est ce combat que je mène dans ma région que je veux mener au niveau national.
Donc vous dites qu'il n'y a pas de fatalité, Xavier, je voudrais qu'on parle des discussions autour du budget 2026, qui arrive, ce budget, dans l'hémicycle demain. Ça ne s'annonce pas terrible pour le gouvernement, après le rejet massif dans la nuit de la première partie du texte hier sort en commission. Est-ce que si vous étiez député, là encore, pour essayer de comprendre la ligne de votre parti, qui est parfois assez difficile à suivre, si vous étiez député, est-ce que vous le voteriez, ce budget ?
Déjà, on va voir où se situera, dans quel état sera le budget, certainement début décembre. Parce que vous avez vu qu'il y a la commission, après il y aura la séance, ensuite il y aura le Sénat. La vraie question qui se pose, c'est au final, Benjamin Duhamel, est-ce qu'on continue à augmenter les dépenses, et c'est tout simplement impensable dans notre pays, ou est-ce qu'on augmente les impôts ? Je ne veux pas augmenter les impôts. Aucune augmentation d'impôts ? Attendez, on ne va pas continuer à augmenter les prélèvements obligatoires. Pas de taxe holding ?
La taxe holding, attendez, la justice fiscale, je suis pour, la surenchère fiscale, je suis contre, et entre les deux, il y a les conneries fiscales. Et les conneries fiscales, c'est tout simplement, la taxe holding, il faut bien le voir, c'est vous payez deux fois un impôt. Vous avez payé l'impôt sur les bénéfices, et vous allez en payer une deuxième fois. Il y a d'autres façons de le faire.
La taxe holding, c'est aussi une façon d'essayer de régler la question du contournement par certains très très hauts patrimoines qui mettent leur divident et leur patrimoine dans les holdings et qui, de ce fait, ne sont pas suffisamment taxés. C'est pour ça que, pardon, dire, on est pour la justice fiscale, mais par contre, on ne veut pas de la taxe sur les holdings, c'est du mal à comprendre la ligne. C'est tout simplement,
est-ce que vous vous aimeriez, vous accepteriez que vous soyez taxé deux fois ? Est-ce que vous aimeriez que vous payiez des impôts ? Oui, je payais des impôts. Est-ce que vous aimeriez être taxé deux fois
pour le même revenu ? Si je mettais du patrimoine dans une holding, je ne trouverais pas ça complètement dingue de dire que nous sommes d'accord. Alors, ça veut dire quoi, Xavier Bertrand ? Que l'on baisse les dépenses ? La justice fiscale, qu'est-ce que vous êtes prêt à soutenir, à accepter en termes de gestes ? Vous voulez que je donne un exemple ? Oui. La flat tax.
La flat tax, ce sont des revenus que vous allez prendre pour vous. Dans ces cas-là, vous pouvez augmenter le niveau de la flat tax. C'est plus logique et c'est plus juste que de taxer deux fois des revenus. Donc, augmenter la fiscalité sur le capital. Voilà un exemple. Mais attendez, moi, ce n'est pas mon choix premier. Je ne suis pas sûr qu'ils vous suivent là-dessus. Non, non, mais ça n'est pas mon choix premier. Le choix premier, et ce dont souffre notre pays aujourd'hui, c'est que le réflexe politique, un problème, une taxe, une difficulté, un impôt. On n'en peut plus.
Aujourd'hui, et c'est aussi ce dont je veux vous parler, notre démocratie, aujourd'hui, elle est en danger parce qu'elle est affaiblie. Pourquoi ? L'État de droit est attaqué et par de nombreux responsables politiques. Le respect de la loi n'est plus assuré par tous et surtout le consentement à l'impôt. Des gens qui ont beaucoup d'argent me disent le problème n'est pas de payer des impôts. Le problème, c'est qu'on voudrait savoir à quoi ça sert. Et on sait à quoi ça sert. L'école, le logement, la santé. Mais aujourd'hui, ce consentement à l'impôt, il est attaqué de toutes parts.
Voilà pourquoi je vous le dis, la surenchère fiscale n'est pas possible et économiquement, évitons les conneries fiscales avec une logique, baisser les dépenses. Alors, vous pourriez vous dire oui, baisser les dépenses, baisser les dépenses. Dans ma région, c'est ce que je fais. Plutôt que d'augmenter les impôts, de créer de nouveaux impôts, j'ai baissé mes dépenses de 127 millions d'euros l'an dernier. Rapporté au budget de l'État, c'est un peu plus de 43 milliards d'euros. La preuve que c'est possible.
On passe aux retraites, Xavier Bertrand. La réforme des retraites, elle sera bien suspendue. Il y a un Conseil des ministres qui va valider la façon de faire aujourd'hui pour compenser le coût de la suspension de cette réforme. On va demander un effort aux complémentaires santé et aux retraités avec une sous-indexation des pensions. C'est ce qu'on sait depuis hier soir. Est-ce que c'est une bonne idée ?
Déjà, la réforme des retraites, c'est le symbole de l'échec de ces dernières années. Des deux quinquennats d'Emmanuel Macron. On a eu la première version avec une réforme à points incompréhensible menée par Édouard Philippe avec l'échec que l'on sait. On a eu la réforme menée par Elisabeth Borne où j'avais dit à l'époque que moi, je ne la voterais pas parce qu'elle était porteuse d'injustice. D'injustice. Et ensuite, maintenant, on a la suspension de la réforme des retraites qui va être payée par les retraités. Alors, les retraités, au début, on avait la double peine, l'abattement qui était remis en cause de 10%. Ensuite, il y a eu le gel.
Non, mais je l'ai, toutes les pensions des retraités, y compris celles des retraités les plus modestes, c'est quand même de la folie. Et maintenant, on va avoir la minoration des pensions. De toute façon, je vous le dis, j'en ai beaucoup parlé dans ce livre. Moi, je suis pour qu'il y ait une nouvelle réforme des retraites. C'est ce que je porterais pour 2027. Mais on ne peut pas continuer comme ça. Mais je vous le dis aussi, mois de décembre, chacun devra prendre ses responsabilités dans la classe politique. La France a besoin d'un budget et la Constitution française, heureusement qu'elle est solide, nous permettra d'avoir un budget, soit avec des ordonnances, soit avec une loi spéciale.
Je souhaite que ce soit à l'issue d'un vrai débat parlementaire, mais toute la classe politique devra dire si elle préfère le chaos ou si elle préfère
la stabilité du pays. Juste avant de parler de votre livre, dans un instant, Xavier Bertrand, un mot d'actualité sur Nicolas Sarkozy qui a passé sa deuxième nuit à la prison de la Santé. Votre parti, dans un communiqué hier soir, a parlé de la terrible et injuste épreuve qu'il traverse. Est-ce que c'est une épreuve injuste que traverse Nicolas Sarkozy ? C'est une terrible épreuve. Ce n'est pas ma question. Est-ce que c'est un...
Je vous réponds, je ne suis pas là pour vous répondre en deux secondes non plus. Vous m'invitez, il paraît qu'on a du temps. Je vous confirme. C'est une terrible épreuve. Et bien évidemment, il n'y a pas un jour où je ne pense pas à lui et pas qu'une fois. Il y a des cris dans la prison dont on s'en prend à lui verbalement. C'est sur tous les réseaux sociaux. Sur tous les réseaux sociaux. Donc pour moi, c'est une épreuve terrible. Pour le reste, je ne fais pas partie des responsables politiques qui remettent en cause les décisions de justice. Il y a des principes dans l'état de droit. Le double degré de juridiction. Nicolas Sarkozy a fait appel.
Il a raison de faire appel et j'espère que ses arguments seront entendus. Il y a les droits de la défense et ça, c'est important. Il y a aussi la remise en liberté qui a été sollicité et je souhaite également qu'elle intervienne le plus rapidement. Vous savez, Bertrand,
je suis, si vous me permettez, assez frappé de votre pondération et de votre modération sur le cas de Nicolas Sarkozy par rapport à la façon dont vous aviez réagi au moment où Marine Le Pen avait été condamnée et où elle-même avait mis en cause la justice. A l'époque, vous disiez il ne faut pas tomber dans le piège de la victimisation. Pourquoi ce qui était vrai pour Marine Le Pen ne l'est pas pour Nicolas Sarkozy ?
Deux choses. Deux choses. J'ai pas remis en cause les premières décisions de justice pour l'un et pour l'autre. Et puis, attendez, vous les comparez ? Elle est où, Mme Le Pen, encore en ce moment ? Elle est à l'Assemblée nationale. Non, mais à l'Assemblée nationale. Et vous allez comparer ?
Je ne compare pas la teneur des décisions de justice. Je compare les réactions. Dans les deux cas, on a des mises en cause de la justice avec Nicolas Sarkozy qui a considéré que cette décision était honteuse, qui a mis en cause les magistrats, qui parlait d'une décision de justice qui, je cite, « viole l'état de droit ». Et je dis juste que je vous trouve relativement modéré dans la critique que vous faites de ces propos.
Non, je viens de vous dire, Mme Le Pen. Et là, je viens de vous dire quels sont les principes. Moi, vous savez, quand il y a des décisions de justice...
Quand il se compare
au capitaine Dreyfus, ça vous paraît être une comparaison légitime ? Non. Même, très clairement, c'est un personnage hors norme. C'est un personnage hors norme. Nicolas Sarkozy n'a eu le besoin de chercher des références. Mais je veux revenir sur ce point. Parce que c'est important quand on est attaché à la démocratie et surtout, je le dis, quand on souhaite diriger ce pays comme c'est le cas, on ne remet pas en cause l'état de droit. Il y a des décisions de justice qui m'ont été défavorables, M. Duhamel. Notamment à la tête de ma région, quand j'ai voulu interpeller l'État et ne pas verser des financements au lycée Averroès, parce que j'estimais qu'il y avait l'emprise des frères musulmans.
Je n'ai jamais critiqué ces décisions de justice. Parce que je suis persuadé que quand on commence à critiquer les décisions de justice, on commence à rentrer dans un système illibéral où on ne respecte plus les principes. Je le dis aussi, le Conseil constitutionnel prend des décisions, alors on ne décide pas dans la seconde de dire qu'il faut supprimer le Conseil constitutionnel. Le Conseil d'État prend des décisions, on ne dit pas « le Conseil d'État, on peut s'en passer ». Non, il y a des principes dans notre pays qui sont la séparation des pouvoirs, c'est ce qu'ils font de la démocratie et on doit être attaché à ces principes.
Xavier Bertrand, nos auditeurs, vous écoutent. Sylvie a une question à vous poser. Bonjour Sylvie, bienvenue.
Bonjour. Bonjour à vous. Bonjour madame. Bonjour à monsieur Xavier Bertrand. Alors, je lis ma question. Si vous étiez nommé Premier ministre, quelles seraient les mesures, les premières mesures que vous prendriez finalement en priorité ? Et le deuxième volet de ma question, que feriez-vous afin de dissuader les électeurs de voter RN comme vous l'avez fait avec un grand succès à la tête de votre région ?
Merci Sylvie, vous nous appeliez de la Varenne-Saint-Hilaire, Xavier Bertrand.
Je vais vous dire madame ce que j'avais proposé à monsieur Macron quand il avait peut-être l'idée de me nommer Premier ministre à l'été dernier, ce que je raconte dans le détail dans ce livre. Il y avait plusieurs choses. Vivre en sécurité, c'est le préalable à tout. C'est donc mettre un terme à l'impunité. Différentes propositions que j'avais faites, que ce soit des peines minimums. Et puis il y avait aussi un sujet. Je suis persuadé parce que c'est mon histoire personnelle, je réagis beaucoup comme ça. Je crois que la France ne peut pas vivre en continuant à affaiblir les classes moyennes.
C'est effectivement revaloriser le travail en permettant à ceux qui travaillent de gagner plus et de payer moins de charges. C'est ma priorité. Et puis le troisième point parce qu'on est en France, parce que je crois beaucoup aux services publics même s'ils doivent être modernisés, c'est la santé, l'école, le logement. Je ne vous ai pas donné 30 priorités madame. Je vous en ai donné justement trois. la sécurité, le rapport au travail et les services publics et en agissant très vite comme je l'ai fait dans la région parce que je suis persuadé que la crise du politique aujourd'hui, c'est une crise des résultats. Il nous faut des résultats et aussi l'incarnation est donné du sens.
Vous savez, le problème qu'il y a et c'est le cœur de ce que je suis, de ce que j'ai vécu, de mon histoire familiale, nous ne voulons pas que nos enfants soient avec l'idée qu'ils vivront moins bien
que nous. C'est insupportable. Alors justement, Xavier Bertrand, vous avez cité à plusieurs reprises votre livre tout au long de cet entretien. Rien n'est jamais écrit. C'est votre tout premier ouvrage à 60 ans. C'est quoi ? Comme disait Jacques Seguela, si on n'a pas écrit un livre à 60 ans, on a raté sa vie, c'est ça ? Je paraphrasais Jacques Seguela
parce que lui, c'était la Rolex. C'est tout simplement que le moment était venu. Le moment était venu, beaucoup de gens m'ont contraint. Mais au final, on ne connaît pas bien votre histoire. Il y a Saint-Quentin, il y a maintenant la région, vous avez été ministre, vous avez fait des choses, mais on ne sait pas trop. Et puis c'est aussi une rencontre avec Catherine Ivaninschenko qui m'a convaincu, qui a fait un énorme travail que mon éditeur Thierry Billard pour me pousser dans mes retranchements. Je leur ai dit mais est-ce que ça va intéresser ?
Et je leur ai dit ce que j'étais... Pousser dans mes retranchements, ce n'est pas non plus... considérable sur vous-même. Ça reste un livre autorisé que vous écrivez et qui vise à vous réaffirmer comme candidat à l'élection présidentielle, non ? Je ne crois pas.
Je ne crois pas. Et d'ailleurs, certains qui l'ont lu m'ont dit que ce n'était pas seulement ça. Ça expliquait pourquoi justement cet engagement pour les classes moyennes parce que l'histoire de ma famille où nous avons, je pense, par le mérite, par le travail, c'est ce que mes parents m'ont inculqué. C'est pour ça que j'en parle autant devant vous ce matin. Vous savez, on n'est pas le fruit du hasard. On est le fruit de sa vie, de ses échecs, des échecs que j'ai pu avoir. J'en parle. Certains me disent parfois avec autodérision, je l'assume. Parce qu'on peut faire des choses très sérieusement sans forcément se prendre au sérieux.
D'expliquer pourquoi mon engagement contre les extrêmes parce que je pense qu'il faut unir plutôt que de diviser et par les temps qui courent, c'est important et de rappeler effectivement des principes et de faire aussi des propositions. Tiens, je suis persuadé que notre système politique est aujourd'hui malmené par l'obsession de la réélection des candidats à la présidentielle. Moi, je suis pour que l'on revienne un septennat et un mandat unique pour se concentrer sur l'intérêt général, sur le travail qu'il y a à faire plutôt que de se soucier de sa réélection.
Xavier Bertrand, vous racontez votre histoire, vous racontez votre carrière, comment vous passez d'assureur aux fonctions politiques,
ça, c'était pas écrit.
À l'élection, à l'Assemblée nationale, à des postes de secrétariat d'État, puis de ministre et vous relevez un certain nombre de phrases un peu vexatoires que vous avez reçues sur la façon dont vous vous habillez, sur vos lieux de vacances, on a l'impression que vous aviez besoin de régler un compte avec ce mépris de classe que vous avez vécu en arrivant, en débarquant dans la politique nationale.
Oui, mais à l'époque, je me suis trompé parce que je ne fais pas partie des élites. Ça, c'est certain, je n'ai pas fait l'école parisienne, je n'ai pas fait l'ENA. Je ne mesure pas 1m90 et je ne pèse pas 65 kilos et donc, très clairement...
Ça, ce n'est pas un facteur d'appartenance aux élites ou pas ?
J'ai fait l'appartenance aux élites d'un premier côté, je vous ai dit aussi qui je suis physiquement, on a beau être à la radio, certains regardent, on me connaissent bien. Et donc, très clairement, ma façon de m'habiller haut, ça a été l'objet de... Et moi, du coup, j'ai cherché à enfiler un costume qui n'était pas le mien. J'essayais de me transformer, j'essayais de faire partie de ce cercle en disant mais c'est un peu le syndrome de l'imposteur, qui m'ont sauvé en 2012 aux élections législatives à Saint-Quentin et surtout aux élections régionales où je n'étais pas le favori.
Et je me suis dit qu'au final, je serai moi-même, ça plaira ou ça ne plaira pas, je convaincrai ou pas, mais je resterai moi-même et ce jusqu'au bout. Il faut toujours écouter, il faut toujours chercher à s'améliorer mais il faut être soi-même. C'est la seule vérité qui compte. Et c'est vrai, vous l'avez dit que je n'étais pas du tout programmé pour devenir député. Je voulais devenir maire de ma ville tellement j'aime ma ville de Saint-Quentin. Mais ensuite... Ensuite, ça m'a permis de faire des choses remarquables. Je suis fier d'avoir été celui qui a imposé l'interdiction de fumer dans les lieux publics.
Ou avec des anecdotes, j'explique que ça a failli créer une vraie fracture avec Nicolas Sarkozy qui n'était pas sur la même ligne et qui après a reconnu clairement
qu'il fallait le faire. Et les dernières pages de votre livre sont donc consacrées à vos ambitions présidentielles sans détour. Vous dites oui, je me prépare pour 2027. Quand vous perdez à la primaire en 2021, vous arrivez quatrième, vous dites que pour vous la politique nationale s'est terminée. Est-ce que vous comprenez que certains se disent, Xavier Bertrand, que la seule chose qui vous intéresse c'est de déclarer votre candidature à l'élection présidentielle tous les six mois ?
Si je ne me trompe pas, il me semble quand même que dans mes fonctions ministérielles, je l'ai dit, j'ai réussi à faire bouger les choses, que dans ma région qui est une formidable région, aujourd'hui vous avez le taux de chômage le plus bas depuis 40 ans, ce n'est pas moi qui le dis, ça me montre qu'on réussit à faire des choses. Non, la politique ça sert à améliorer la vie des gens. Il n'y a pas une obsession présidentielle, obsession de la candidature chez vous ?
La preuve, vous prenez dans ce livre, rien n'est jamais écrit, certainement pas écrit qu'un jour je voudrais être candidat à l'élection présidentielle et si je suis en plus sur la logique d'un mandat unique, ce n'est pas pour durer, ce n'est pas pour rester, c'est pour faire, c'est pour faire bouger les choses. Le mot pouvoir, il n'est pas beau en soi, le verbe pouvoir, il est formidable. Pouvoir faire bouger les choses, pouvoir améliorer, c'est ce qui me motive aujourd'hui ce que je continuerai à faire. Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'être candidat en 2027 ?
Le sentiment de ne pas réussir à convaincre ou alors des épreuves avec mes proches qui m'obligeraient à me concentrer sur eux et je l'ai déjà dit, l'important c'est de savoir s'y préparer. Vous voyez, vous avez parlé de 2021, je n'étais pas préparé à cet échec terrible, et paraît-il le mieux placé dans les sondages, le seul à même de véritablement concurrencer. Je me suis pris un camion dans la figure, est-ce que c'est ? Et j'étais persuadé à ce moment précis que celui ou celle qui gagnerait la primaire de LR pourrait remporter l'élection présidentielle. Et je comprends que c'est Valérie Pécresse et que pour moi Valérie Pécresse, présidente, s'en est terminée des ambitions nationales.
L'histoire ne s'est pas tout à fait écrite comme cela.
On va terminer, mais ce coup-ci non plus, vous n'êtes pas tout seul, manifestement sur le coup, il y en a un certain nombre. Bruno Retailleau sans doute, Laurent Wauquiez, David Lysnard, Edouard Philippe, comment ça va se passer ?
Eh bien écoutez, on verra d'ici quelques mois, on verra d'ici un peu moins d'une année à qui les Français font le plus confiance à la fois, à la fois, pour pouvoir empêcher le Rassemblement national de l'emporter, mais ça ne suffit pas de faire barrage, il faut un projet et que ce projet soit aussi de nature à nous éviter dans les années à venir le retour d'une crise comme celle-là. Mais il faudra une primaire, Xavier Bertrand, il n'y a pas d'autre choix pour vous départager. Je vous ai dit, j'ai fait un certain nombre d'erreurs, la primaire en était une et c'était douloureux. Oui mais la primaire,
au début vous disiez j'en veux pas et à la fin vous aviez été contraint d'y participer, est-ce qu'il ne va pas se passer la même chose ?
Moi je vous dis une chose, c'est qu'il faut aussi savoir changer, tenir compte de ses échecs et de ses erreurs. J'en ai commis beaucoup d'erreurs, je suis bien décidé à ne pas les produire. Non mais je reconnais, mais je ferai autrement.
On en reste là, merci, merci Xavier Bertrand, merci.
Xavier Bertrand