Les CONSÉQUENCES en AFRIQUE de la guerre en IRAN
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Les matins de France Culture Guillaume Herner. En Afrique, la guerre au Moyen-Orient se traduit par des pénuries de carburant, des prix en hausse et des restrictions d'énergie du Soudan du sud au Kenya en passant par le Zimbabweé ou l'île Maurice d'un pays à l'autre. Les autorités s'adaptent dans l'urgence révélant une dépendance structurelle aux importations énergétiques à court terme.
Les économies vas sous l'effet de l'inflation et des pénuries à plus long terme. Ce sont les équilibres financiers, les trajectoires de développement et même les alliances diplomatiques qui pourraient être redéfinies. Bonjour Kako Nububco, vous êtes économiste, ancien ministre togolais de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques.
C'est quelque chose dont on parle he depuis plusieurs jours. On voit que la menace de choc pétrolier plane sur les pays européens mais aussi largement sur les pays africains. Oui, bonjour.
Tout tout à fait. On on a une addition de de quatre chocs. Il y a un choc pétrolier, ça vient d'être dit un choc sur les engrais issus du gaz, un choc sur le coût de [grognement] de du fret maritime euh du fait du des difficultés dans le détroit d'Ormose que nous savons.
Et enfin, une conséquence de ces trois premiers chocs, c'est un choc macroéconomique, un choc sur le budget des États. Oui. Donc ces chocs se font ressentir en Afrique.
Quels sont les pays qui sont les plus touchés par ces choc Gako ? Oui. Les les pays de la façade orientale de l'Afrique qui ont l'habitude de commercer avec les pays du golfle persique.
Par exemple, le Kenya a perdu en quelques semaines 8 millions de dollars euh du fait des des exportations qui ne passent plus. Mais sur les importations de pétrole, un pays comme la Somalie a vu le prix à la pompe augmenter de 77 %. Euh un pays comme le Burundi qui dépend beaucoup de l'importation d'engrais euh des pays du golf a vu une hausse de sa facture de 80 %. et et et donc il y a une vraie vulnérabilité par rapport au pays de la façade orientale, mais l'Afrique de l'Ouest n'est pas en reste.
On voit bien que le pays le plus peuplé d'Afrique le Nigéria a a vu une augmentation de 20 % par exemple du du prix à la à la pompe et et donc il y a une une vraie vulnérabilité qui qui vient s'ajouter en fait à à une série de chocs euh la pandémie de Covid puis la guerre en Ukraine. Pourquoi la guerre en Ukraine a-t-elle eu des conséquences sur ces pays ? Oui, parce que sur la question des intr agricoles, la question des engrais, euh nous dépendons beaucoup de la Russie, de l'Ukraine, de la Biélorussie.
Et quand vous prenez une matière première comme la potase qui est un engrais chimique important, les six premiers mois qui ont suivi euh le début de la guerre en Ukraine, et bien la tonne est passée de 200 dollars à 840 dollars, c'est-à-dire multiplié par 4, vous voyez ? Et et donc aujourd'hui, ce que nous avons avec les pays du golf Persic, c'est surtout des engrais de type azoté, donc luré. il y a une hausse de 30 %.
Mais euh comme il y a toujours ce que nous appelons des effets d'ystéris, c'est-à-dire que quand il y a un nouveau choc euh on n' pas fini euh de de récupérer l'impact des chocs précédents et donc les prix ne redescendent jamais totalement. Donc on a par exemple sur le Nigéria, je viens de le dire, on a une hausse de 20 % euh du prix à la pompe, mais sur les quatre dernières années, on a une multiplication par 5 euh du prix à la pompe au Nigéria, vous voyez. C'est-à-dire qu'on est passé de de 20 nair à 100 Na.
Oui. Donc c'est une augmentation effectivement très conséquente avec également de nombreuses inquiétudes sur la sécurité alimentaire. Oui, parce que qui dit engrais dit production et donc qui dit déficit d'engrais dit déficit de production.
Surtout pour des populations qui sont déjà très vulnérables. Euh moi j'ai fait les calculs pour l'Afrique de l'Ouest. Euh nous avons besoin à l'heure actuelle de 3800000 tonnes euh d'engrais et avec la hausse que nous observons, nous avons à l'heure actuelle un déficit de 4 milliards de dollars, vous voyez, avec des budgets qui sont déjà à l'os parce qu'il ne faut jamais oublier, c'était un peu le l'idée du 4e choc, le choc macroéconomique.
Il faut voir que tous ces états sont endettés et pour ne pas dire surendettés et là la plupart des budget lorsque nous les votons, la moitié passe au remboursement du service de la dette. Vous savez les la dette sur les recettes totales en Afrique aujourd'hui c'est quand même 51 %. Donc plus de la moitié des recettes totales passe au remboursement de la dette.
Donc quand vous avez une addition de choc, parce que il ne faut jamais oublier que sur la question alimentaire, nous avons eu une succession de quatre chocs. Nous avons eu la le choc de 2008, la crise alimentaire de 2008 qui a fait suite à la crise des subprimes. Nous avons eu la pandémie de Covid.
Pourquoi la crise des subprimees, pardon, excusez-moi, Cacou, pourquoi la crise des sub prime a-t-elle engendré une crise alimentaire ? Oui, parce qu'il y a le jeu de de spéculation et et en fait l'essentiel du cours des matières premières, ça se décide à Liverpool, aux États-Unis. Euh vous voyez le problème de de la dépendance structurelle de l'Afrique comme matière première, c'est que nous ne maîtrisons pas les cours euh et et et donc il y a beaucoup d'éléments de spéculation que nous prenons en en pleine face dans la construction de nos budgets parce qu'il y a une forte volatilité des cours voyez et et donc quand on a eu cette crise des submes en 2008 qui engendrit une crise alimentaire très forte, on a eu ensuite la pandémie de Covid, la guerre en Ukraine Et maintenant la guerre dans le golf Persique.
Et du coup, on a une inflation qui devient structurellement élevée mais comme 80 % de l'emploi africain, c'est un emploi informel, vous n'avez pas de structure qui permettent de protéger en fait ces ces ces ces travailleurs. et [grognement] et donc le il y a une réduction que nous observons en tendance du pouvoir d'achat des populations. Et au fond, ce que j'ai envie de dire, c'est que la variable d'ajustement de tous ces chocs mondiaux, c'est le chômage massif des des jeunes sur le continent africain.
Et alors, toujours dans ce contexte là, il y a également l'aide au développement qui a été considérablement diminuée. Ça ça provoque quoi ? Oui, pour nous, on a ce qu'on appelle les effets de second tour.
C'est-à-dire qu'après tous ces chocs dont nous venons de parler, euh les conséquences que nous allons avoir, c'est une baisse du tourisme euh parce que les gens ne prennent pas leurs valises pour se balader dans le reste du monde en période de forte incertitude. Nous voyons déjà une baisse des transferts des migrants. Faut dire par exemple qu'il y a 500000 Keniens qui travaillent dans le golf Persique et donc qui vont avoir des difficultés en renvoyer de l'argent dans leur pays d'origine.
Et puis bah vous allez avoir également une une difficulté au niveau de l'aide publique au développement mais là c'est quasiment un changement de paradigme depuis la fermeture de l'USID et on voit que même l'Union européenne et la France ne sont pas loin de s'engager dans les mêmes trajectoires baissières et et donc on a effectivement une une suite de choc négatif et on ne voit pas trop d'où pourrait venir la lumière. clairement le tourisme, la diminution là aussi enfin je ne sais pas si elle s'observe déjà mais c'est ce que l'on redoute en tout cas. Oui parce que le monde est devenu plus incertain, le monde est devenu moins sûr.
En tout cas c'est la perception que tout le monde en a dans la zone sahélienne. C'est évident que il y a une chute du tourisme depuis un certain nombre d'années. Vous voyez le le pays d'Ogan, plus personne n'y va. on euh [grognement] depuis que les djihadistes sont sont là-bas et et donc la difficulté que nous avons à l'heure actuelle, c'est quelle prévision du du moyen long terme et c'est là où ce ce l'insertion primaire de l'Afrique au sein du commerce international pose problème.
Moi, je dis à longueur de mes ouvrages que ce n'est pas la voie idoine pour le développement du continent, mais là on voit qu'il y a une urgence africaine, pour reprendre le titre d'un de mes ouvrages, qui fait que nous devons absolument changer de modèle. Vous voyez, par exemple, sur la question des engrais chimiques, ben il faut l'intensification agroécologique des systèmes de production, vous voyez ? Et et donc le changement de modèle africain, il devient une urgence absolue.
Mais ça, est-ce que c'est envisageable par exemple ce changement de modèle ? Ah oui, du du point de vue donc de l'agriculture puisque c'est ce que vous évoquez. Oui, l'agriculture c'est important parce qu'on a 500 millions d'hectares de terre arabes et on a un milliard de jeunes qui sont au chômage.
Donc pour moi l'évidence c'est que l'agriculture va absorber une partie du du chômage de la jeunesse africaine et va nourrir l'Afrique et va rendre l'Afrique moins dépendante des chocs externes. Et pour le reste, en conclusion, Kako Nubko, qu'est-ce que l'on peut imaginer ? Qu'est-ce que vous imaginez pour tenter d'atténuer ce choc sur l'Afrique ?
Non, je crois que le monde devrait retrouver un peu plus de raison. Euh, j'ai envie de dire que le Nord est en train non seulement de perdre le Nord, mais aussi de perdre le sud. et et tout ce qui se passe dans le golf persique rend la jeunesse africaine encore plus pessimiste par rapport à la capacité du monde occidental d'organiser notre vie en commun.
Merci beaucoup Kako Nubco. Je rappelle que vous êtes économiste et ancien ministre togolais de la prospective et de l'évaluation des politiques publ. Dans quelques instants, retour en France.
On va évoquer des municipales sous tensions avec un certain nombre de violences, violence politique, violence raciste. On en parle avec Nassira El Moadem, journaliste, présentatrice d'arrêt sur image qui publie main basse sur la ville aux éditions Stock et Rokaya Dialo éditorialiste au gardien et réalisatrice 7h30 sur France Culture. M.