Carole Delga - L'interview politique du 20/05/26
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Carole Delga, vous êtes présidente du conseil régional Occitanie depuis 2015, présidente également de l'association Région de France, vous avez été député de Haute-Garonne, secrétaire d'état au commerce de François Hollande, et vous venez de publier un livre consacré à Léon Blum, quand Vichy jugeait Léon Blum, c'était de l'édition Priva, ma première question c'est pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette figure socialiste historique et à ce moment particulier de son histoire, le procès de Rion, pendant lequel il est jugé par le régime pétainiste et collaborationniste ?
Alors j'avais réalisé avec Marie-Louise Némo un premier livre sur Jean Jaurès, et je souhaitais écrire aussi sur Léon Blum, en fait quand j'ai découvert le testament politique de Léon Blum, qu'il a écrit à Buchenwald, où il était prisonnier, et où il pensait qu'il allait, malheureusement lui aussi passer dans la solution finale avec les chambres à gaz qui étaient juste à côté, et il fait un testament politique qui est une ode à l'humanisme, et qui est une conviction dans la nature humaine et dans la fraternité. Je trouvais ce texte, qui n'est pas celui qui est le plus connu de Léon Blum, magnifique. Et puis, la question de la justice, comment elle peut être instrumentalisée ?
Et j'ai été personnellement victime d'une décision injuste qui a été cassée par la Cour européenne des droits de l'homme. La Cour d'appel de Nîmes m'avait condamnée pour discrimination contre le Rassemblement national.
A propos de la ville dirigée par Julien Sanchez.
De Boquer, à l'époque, M. Sanchez était maire de l'homme. Maire de Rassemblement national. Voilà, et aujourd'hui, il a été candidat battu à la ville de Nîmes, par la gauche, par Vincent Bouget. Et donc, cette décision qui était injuste, j'ai saisi la Cour européenne des droits de l'homme, qui a donc cassé cette décision, qui a condamné la justice française, malheureusement, puisque la justice française bénéficie de tout respect. Mais là, parfois, il peut y avoir des juges qui font des jugements politiques. Ça a été le cas. Et donc, la Cour de révision de la Cour de cassation a annulé totalement, totalement la décision de justice de la Cour d'appel de Nîmes.
Et ça a résonné pour moi quand, parfois, la justice peut être instrumentalisée, dans des circonstances qui étaient tragiques, puisque nous étions sous le régime de l'État français, la République n'existait plus. Et Blum, par sa sincérité, par son honnêteté, par son courage, a fait que la vérité triomphe.
Oui, vous racontez, d'ailleurs, l'incroyable talent d'orateur, la combativité de Blum face à ses juges, puisqu'il leur rabat, si j'ose dire, leur cacaille, rétablit la vérité sur le Front populaire, la politique d'armement, c'est ce sur quoi il est accusé. Le procès termine en eau de boudin, même s'il est abandonné, le procès s'arrête d'un coup, même si Blum, vous l'avez dit, reste emprisonné, puis est déporté à Buchenwald, même s'il n'est pas détenu dans le camp, mais dans une maison à côté, juste à côté.
C'est juste à l'entrée de Buchenwald.
Donc, c'est aussi sa combativité, vous l'écrivez en introduction, comme le général de Gaulle, Léon Blum, a su dire non.
Oui, il a su dire non, et il a su encourager la résistance française. Bien sûr, je le dis dans mon livre, l'appel du 18 juin 1940 est majeur, ce qui permet aux Français de se rendre compte de l'indignité de la situation de la France, mais à travers ce procès de Rion, en fait, Léon Blum nourrit la résistance française, participe à l'élaboration de ce qu'on appelle aujourd'hui des tracts, et en fait, on voit bien la bascule dans les années 42, comment une certaine apathie du peuple français se transforme en une lucidité du peuple français, à une résistance, et en fait, au fait que la République se réveille.
Et là, voilà, Léon Blum a joué ce rôle majeur dans la résistance, et dans la victoire de la République, et la défaite du nazisme, et donc des idées de l'extrême droite.
Alors, avant l'occupation, vous rappelez que Blum a été visé dans les années 30 par un antisémitisme d'une violence incroyable. Quelques extraits en 1934. Charles Maurras, le leader de l'action française, écrit précisément dans le journal du même nom, l'action française, détritu humain à traiter comme tel, c'est un détritu à fusiller, mais dans le dos. En 1936, il est lynché à quelques pas de l'Assemblée nationale par les camelots du roi, les militants de l'action française, il échappe de peu à la mort.
Il est sauvé par des ouvriers. Il est sauvé par des ouvriers, absolument.
Et quelques mois plus tard, le député antisémique Xavier Vallat, qui avait été élu sous l'étiquette antisémite dans les années 30, c'est quand même une époque particulière, qui dirigera plus tard le sinistre commissariat général aux questions juives sous l'occupation, va dire à la tribune de l'Assemblée du Palais Bourbon, enfin, on disait à l'époque la Chambre, quand Blum accède à la présidence du Conseil, je le cite, « pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif ». Ça laisse pantois quand même la violence de cet antisémitisme officiel qui s'exprime partout dans les journaux à la tribune de l'Assemblée.
C'est pour ça qu'il faut être intraitable sur la question de l'antisémitisme et il faut lutter fortement contre l'antisémitisme et c'est pourquoi nous avons été la première région en Occitanie à mettre un plan de lutte contre le racisme, contre l'antisémitisme. C'était il y a de ça six ans. On va le réactualiser. Et c'est un plan qui permet de parler de l'antisémitisme dans les lycées, dans des conférences, pour rappeler que nous devons être des artisans de la République et que la République ne doit permettre aucune discrimination, quelles que soient les religions, quelle que soit la couleur de peau.
Et donc, pour moi, la lutte contre l'antisémitisme est consubstantielle de mon engagement politique, socialiste et républicain.
Vous écrivez que ce procès, je vous cite encore, c'est un écho à ce que le monde connaît aujourd'hui. Ce moment Blum doit résonner en nous comme une leçon et comme un espoir. Est-ce que vous estimez que certaines formations politiques ont une responsabilité dans la résurgence d'un antisémitisme virulent, notamment depuis le 7 octobre, LFI ou Rassemblement National ?
Oui, bien sûr. Alors, il faut rappeler que les idées d'extrême droite sont à l'origine des régimes nazis, fascistes. Voilà, bien sûr, de cette volonté, pour reprendre leur terme, d'exterminer le peuple juif. Et on doit, en effet, toujours rappeler cette filiation entre l'extrême droite et l'antisémitisme. Pour autant, il faut être lucide sur des propos à relents antisémites qui sont portés par plusieurs politiques dans notre pays, dans le monde aussi, malheureusement. Et dans notre pays, plusieurs leaders de LFI tiennent des propos à connotation antisémite. Et c'est pourquoi je m'insurge contre ces propos-là. On ne doit avoir aucune faiblesse dans la lutte contre l'antisémitisme.
Des leaders de LFI, vous pensez d'abord à Jean-Luc Mélenchon ?
Oui, Jean-Luc Mélenchon, mais pas que, malheureusement. Mais c'est pour ça que je n'ai jamais accepté d'avoir une union avec, par exemple, Jean-Luc Mélenchon, Premier ministre, parce que nous ne sommes pas dans la même vision de la République. Je suis contre le communautarisme. Et nous devons être intraitables dans la lutte contre le racisme, contre l'antisémitisme, contre les discriminations.
Vous avez toujours été hostile à l'alliance entre le Parti Socialiste et la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ce qui n'est pas le cas d'un certain nombre de vos camarades socialistes. On se demande quand même si le PS ne va pas à nouveau céder à la tentation de l'alliance pour les prochaines législatives, comme d'habitude, puisque à chaque fois, le PS s'en éloigne et, un peu contraint par le mode de scrutin, revient vers LFI. Je rappelle qu'au dernier municipal, il y a eu un accord PS avec LFI dans un certain nombre de villes.
Que je n'ai pas soutenu.
Et qui n'a pas d'ailleurs très bien fonctionné.
Non, oui, surtout que je n'ai pas soutenu, puisque cet accord a eu lieu dans une des villes d'Occitanie, à Toulouse, et j'avais indiqué, avant même qu'il y ait un possible accord, que j'y serais opposée. Et, bien entendu, je ne l'ai pas soutenu en cohérence. Je pense que c'est cela qu'il faut donner comme message aux Français, dans un moment qui est particulièrement trouble, avec des guerres à l'international, avec des problèmes économiques. Aujourd'hui, la fin du mois, elle est compliquée, avec le prix du carburant.
Et je pense que les Français, ils attendent d'avoir des politiques qui soient solides sur leurs fondamentaux, qui soient cohérents entre leurs discours, et aussi entre leurs discours et leurs actions. Et c'est pourquoi, moi, je n'ai jamais varié sur ce sujet du cadre républicain, qui, pour moi, est notre maison à tous. Et on ne peut jamais avoir la moindre complaisance vis-à-vis de l'antisémitisme, le moindre oubli vis-à-vis du communautarisme. Moi, je pense que la force de la politique et le gage du succès électoral, ce sont les convictions. Ce ne sont pas les accords d'appareil.
Alors, Jean-Luc Mélenchon, le problème, c'est qu'il est souvent arrivé à gauche aux deux dernières présidentielles. Il a fait, il faut le rappeler, 20% en 2017, 22% en 2022, parce que les candidats socialistes ont été très faibles. Benoît Hamon, 6% en 2017, et Anne Hidalgo, 1,6%. Un score incroyable pour le PS en 2022. Qui, aujourd'hui, pour être devant Jean-Luc Mélenchon au premier tour ? On a des candidats potentiels ou déclarés. Olivier Faure, Jérôme Gage, Boris Vallaud. On a aussi François Hollande, bien sûr, l'ancien président, toujours sur la brèche. On a éventuellement Bernard Cazeneuve, on a Raphaël Glucksmann qui est à place publique, un peu en dehors du PS.
C'est qui le meilleur candidat pour vous ?
Dans mon livre, je reprends plusieurs citations de Léon Blum. Tout d'abord, c'est que le pire n'est jamais certain. Et que le pessimisme, c'est être spectateur. Et comme moi, j'apprécie l'action, je préfère être actrice, donc je suis optimiste. Et je pense que nous pouvons avoir à gauche une candidature qui nous rassemble et qui soit victorieuse. Et c'est pourquoi j'ai indiqué il y a de ça plusieurs mois que pour moi, le meilleur candidat à gauche était Raphaël Glucksmann.
Pourquoi ?
Parce qu'il est sincère. Il est sincère, il est honnête, il a une grande compétence sur les questions internationales, sur les questions européennes. Et il faut être lucide que dans les prochaines années, le président de la République, il devra être l'artisan fort de la construction européenne, qui devra avoir de plus en plus de pouvoir, et donc être un partenaire pour le couple franco-allemand. Raphaël Glucksmann en a la parfaite connaissance. Il faudra qu'il soit vraiment le pilier de l'Europe pour être un interlocuteur respecté par les présidents des grandes puissances américaines, chinoises ou russes.
Et Raphaël Glucksmann, c'est un homme de gauche qui a vraiment comme volonté de lutter contre les injustices. J'étais avec lui sur le terrain la semaine dernière et nous avons rencontré des personnes qui avaient des difficultés de fin de mois. Il était à leur côté pour plus de justice sociale et plus d'investissement dans les services publics.
Merci Carole Delga. Je rappelle le titre de votre livre sur Léon Blum, « Quand Vichy jugeait Léon Blum ». C'était nos éditions privées. Merci d'avoir répondu aux questions de Radio-G.
Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada
Carole Delga