Ce que voisiner veut dire avec Joanie Cayouette-Remblière
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France Inter Bonjour, bonjour et bienvenue dans le grand face-à-face, l'émission de débat et d'idées de France Inter. A mes côtés, jusqu'à 13h, les dualistes Natacha Polony, journaliste, éditorialiste, et Gilles Finkelstein, secrétaire général de la fondation Jean Jaurès. Comme chaque samedi, ils reviendront sur trois sujets de l'actualité de la semaine, et en particulier aujourd'hui, sur l'élection d'un nationaliste, critique de Bruxelles et admirateur de Trump à la présidence polonaise.
Et puis, pour le débat, nous recevrons une sociologue, chercheuse à l'Institut National d'Études Démographiques, qui publie une grande enquête sociologique sur un sujet qui nous concerne tous, ou presque, les voisins. Nous sommes tous, en effet, le voisin de quelqu'un, mais quelles relations les voisins entretiennent-ils ? À rebours de l'idée d'un enfermement numérique, le voisin demeure essentiel dans notre vie sociale. Le livre s'appelle « Ce que voisiner veut dire », il est édité au PUF. Sa directrice, la sociologue Joannie Caillouette-Ramblière, sera avec nous pour le débat, mais pour l'instant, place au duel. Le grand face-à-face, Thomas Négarov sur France Inter.
Bonjour Natacha et Gilles. Bonjour. Allez Gilles, avant de commencer, j'aimerais qu'on rende un hommage à un très grand historien que j'ai beaucoup lu, titan de l'édition, je crois qu'il a dirigé 700 livres chez Gallimard. Il nous a quittés il y a quelques jours, c'est Pierre Nora. Pierre Nora, vous le connaissiez, et je peux dire que vous l'admiriez.
Oui. Pascal Horry a, cette semaine, rendu hommage et montré ce qu'était la contribution majeure au débat public de Pierre Nora, l'homme aux 700 livres édités, l'homme des lieux de mémoire, l'homme de la revue du débat, l'auteur qui avait publié récemment deux tomes de ses mémoires jeunesse et une étrange obstination. Je voudrais dire, moi, un mot de l'homme privé, puisque grâce à Anne Sinclair, qui est à la fois mon ami et sa femme, j'ai eu la grande chance, le privilège de le rencontrer beaucoup et de, je crois, de devenir son ami.
Ce qui m'a frappé par rapport à l'image d'un homme, d'un historien que l'on peut avoir replié dans le passé et dans ses livres, c'est à quel point Pierre Nora était ancré dans l'avenir. Il n'y avait pas un repas, une discussion dans laquelle le sujet n'était pas d'essayer de mieux comprendre les évolutions du monde et de la société et à quel point c'était un homme qui était ancré dans la vie, qui était un bel homme. Ce n'était pas seulement un grand homme, c'était un bel homme. Dans tous les sens du terme, il avait un œil bleu malicieux, une voix chaude absolument extraordinaire et un sourire charmeur.
Mais c'était un bel homme aussi parce qu'il était extrêmement prévenant et bienveillant envers ses amis.
Merci, merci beaucoup, Gilles. Et on commence justement avec un sujet qui leur est passionné, la Pologne, un pays qui a élu à sa présidence un historien, Carole Lavroquy, qu'on va écouter le soir de son élection.
Nous ne permettrons pas que Donald Tusk ait le monopole du pouvoir. un pouvoir mauvais, qui se moque des finances publiques, qui nous prive de nos grands rêves et de nos aspirations.
Natacha, aidez-nous à y voir plus clair dans ce coup de tonnerre électoral venu d'un pays qu'on avait souvent érigé en exemple pour avoir tourné le dos au national-populisme. C'est une sorte de retour en force. Ça raconte quoi de ce pays et plus largement peut-être du populisme ?
Oui, c'est un phénomène assez intéressant parce qu'en fait, Navroquy est sans doute beaucoup plus, pour reprendre vos termes, national-populiste, que son parti lui-même, qui certes est ultra conservateur, qui a posé des problèmes énormes dans l'état de droit en Pologne, mais là, cette veine populiste s'est vraiment exprimée dans la façon dont cet homme a fait campagne avec des déclarations, je connais les Polonais, je comprends leurs besoins, je suis l'un d'entre vous. C'est vraiment cette idée du leader qui incarne le peuple uni et uniforme face à des élites corrompues. Et deuxième élément extrêmement important, en effet, la relation à Donald Trump et aux Etats-Unis.
Parce qu'en fait, il y a quelque chose d'assez frappant à voir la complexité des relations que la Pologne entretient avec les Etats-Unis. Au sein de l'Europe jusqu'à présent, les Polonais étaient très clairement les tenants d'un atlantisme farouche. Ils croient aux parapluies américains, il a toujours été hors de question pour eux d'en sortir. Mais l'arrivée au pouvoir de Donald Trump change en partie la donne et complique la question. Puisque même si Donald Tusk, le premier ministre libéral, n'a jamais eu l'intention de se brouiller avec les Etats-Unis, les relations étaient légèrement conflictuelles avec Donald Trump, on s'en doute.
Et dans ce jeu-là, le nouveau président entend au contraire affirmer ses liens avec les Etats-Unis, ce qui va poser d'énormes problèmes dans la coordination en Europe et notamment dans la vision d'une défense européenne. Pour le dire, quand on regarde l'ensemble des différents tableaux et ce qui est en train de se passer dans beaucoup de pays à l'est de l'Europe, on voit des sociétés fracturées et fracturées véritablement, oscillant au gré des élections, dans une tentation vers un populisme très conservateur sur les questions sociétales, considérant que le pouvoir judiciaire pose problème et puis un retour vers une volonté d'ancrage européen. Nul ne sait ce qui va en sortir.
En l'occurrence, Donald Tusk ne va pas pouvoir appliquer son programme puisque le président a un droit de veto sur les lois en Pologne. Mais surtout, je pense que les Européens de l'Ouest seraient bien inspirés de comprendre, d'essayer de s'intéresser aux différences qu'il peut y avoir entre des pays qui sont à l'ouest de l'Europe et qui ont vécu depuis 1945 arrimés à ce qu'on peut appeler l'Occident et des pays d'Europe de l'Est qui ont sur énormément de sujets des visions différentes.
Gilles, cette élection d'un historien jeune de 42 ans, ancienne hooliganne, très très critique envers l'accueil des réfugiés ukrainiens dans son pays et pourtant pas du tout pro-Poutine, mais très pro-Trump, aidez-nous à y voir un peu plus clair peut-être sur ce qu'il est, qui il est et le sens qu'on peut donner à cette victoire.
Oui, nul ne sait ce qu'il va en sortir, disait Natacha, et donc je crois qu'il faut essayer à la fois d'analyser les résultats et de réfléchir à ses conséquences. Sur les résultats de ce second tour, qui ne sont pas une surprise considérable, parce qu'il y avait eu un premier tour dans lequel à la fois le candidat qui a été élu et les forces d'extrême droite plus à droite encore faisaient 50%. Donc, ce n'est pas une surprise complète.
Oui, mais juste, on avait vu en Roumanie qu'il y avait pu y avoir un rebond des...
Justement, c'est ça qui est intéressant. Quand on regarde les résultats, d'abord la participation, 73% de participation dans un pays, la Pologne, qui comme beaucoup des pays d'Europe centrale et orientale connaît une participation qui est faible, c'est un record. Et c'est un record avec même un surcroît de participation, un peu comme en Roumanie par rapport au premier tour, et un surcroît de participation dont les nouveaux électeurs ont plutôt majoritairement voté pour le candidat libéral que pour le candidat conservateur. Mais ça n'a pas suffi, parce que les reports précisément des candidats d'extrême droite ont été excellents.
Deuxième mot sur les résultats, quand on regarde les déterminants du vote, ce qui est très frappant, c'est de voir à quel point la sociologie du vote est quelque chose d'attendu par rapport à ce que l'on connaît dans tous les pays européens. Le genre, ce sont les hommes, et encore davantage les jeunes hommes qui ont voté pour lui.
Le lien entre le niveau de diplôme et le vote, une progression linéaire, on part à 73% pour le candidat d'extrême droite, pour les gens qui n'ont pas de diplôme, jusqu'à 65% pour ceux qui ont un diplôme du supérieur, la géographie, c'est dans les villages et dans les petites villes que l'on a voté massivement pour le candidat conservateur, et dans les métropoles que l'on a voté pour le candidat, pour le maire de Varsovie. En fait, la seule différence par rapport aux autres pays, c'est le vote des Polonais de l'étranger, les immigrés.
On avait vu au moment de l'élection en Turquie, on avait vu il y a peu de temps sur l'élection au Portugal, que les ressortissants étrangers votaient plus pour l'extrême droite. Là, pour les Polonais, c'est le contraire.
Ça, c'est très américain aussi. J'entends tout ce que vous dites, y compris ça, les Américains d'étrangers votent plutôt démocrates, ça fonctionne. Voilà, ça, ça fonctionne.
Alors maintenant, sur les conséquences. En fait, on peut avoir deux lectures. La Fondation Jean Jaurès a publié cette semaine une note de Sylvain Kahn, qui est chercheur à Sciences Po. Spécialiste de l'Europe. Voilà, spécialiste de l'Europe, et qui dit, en réalité, les conséquences vont être minimes, avec des arguments qui sont intéressants. Il dit, la Pologne était déjà en cohabitation. Le précédent président était déjà un président du PIS, elle l'est encore. La Pologne était déjà à 50-50. 50%, un pays qui était fracturé, elle l'est toujours. La seule différence, c'est que la droite radicale s'est encore radicalisée.
Et il dit, contrairement à la France, en Pologne, c'est le premier ministre qui siège au Conseil européen, et donc, peut-être que tout ça est contre-intuitif, mais que ça ne va pas changer tant que ça. Moi, je pense que ça va, que les conséquences sont quand même plus lourdes, dans la mesure où, en Pologne, le pouvoir du président de la République s'apparente, au moins par un aspect, Natacha l'a évoqué d'un mot, à celui du président américain, qui est celui du droit de veto. Et pour lever le droit de veto du président sur une loi, il faut les 3 cinquièmes du vote à la diète, 3 cinquièmes qui ne seront pas atteints.
Donc, il y a un risque d'impuissance, d'impuissance interne, et ce faisant d'affaiblissement et d'impuissance externe. Donc, ça, je pense que pour la Pologne, c'est important et que pour l'Europe aussi, ça risque d'être problématique.
Le grand face-à-face, le duel.
Il s'avère que ce crime est un crime qui était prémédité et qui était signé. Prémédité, il y a deux vidéos, avant et après. L'individu avait des armes et il est signé. C'est un crime raciste au vu des éléments que nous avons actuellement que le PNAD, évidemment, devra confirmer. Ce que je veux dire, c'est que le racisme en France et ailleurs, c'est un poison. Et on le voit bien, c'est un poison qui tue. Et je veux rappeler que chaque acte raciste est un acte anti-français. C'est la raison pour laquelle c'est un acte extrêmement grave et, à juste titre, le PNAD s'en est saisi pour cette dimension terroriste.
Bruno Rotaillot, ministre de l'Intérieur, après l'assassinat de Hichem Miraoui par son voisin Christophe B à Puget-sur-Argence dans le Var. Le PNAD, parquet national antiterroriste, saisi pour la première fois pour un homicide inspiré par des idées d'ultra-droite, même si le suspect ne reconnaît pas le motif raciste. Il reconnaît les faits. Gilles, quelle lecture faire de cet événement dramatique de la semaine ? Est-ce qu'on bascule dans autre chose avec ce crime raciste ?
D'abord, je crois que les mots de Bruno Rotaillot étaient attendus. Ils avaient tardé en d'autres circonstances. Et là, c'est les mots qu'il fallait prononcer. Quand il dit que le racisme est un poison qui tue, Olivier Faure a prononcé une formule qui était celle du racisme d'atmosphère qui est un peu la même idée.
Et qui est surtout tirée du djihadisme
d'atmosphère ? Absolument. Qui est tirée du djihadisme d'atmosphère qui est une formule qui a été introduite notamment par Gilles Kepel avec un sens qui était un sens précis, qui était une mutation du djihadisme où on passait d'une situation dans laquelle les actes terroristes étaient commandités et organisées disons par le haut, par Daesh ou par Al-Qaïda à une situation dans laquelle on avait d'une certaine manière un djihadisme moins vertical et plus horizontal. Le problème avec cette formule, déjà avec le djihadisme d'atmosphère, c'est qu'elle a été victime de son succès et que donc c'est une formule attrape tout qui a perdu en précision ce qu'elle a gagné en extension.
Et c'est un peu la même chose je trouve avec cette formule du racisme d'atmosphère après l'assassinat de Puget sur Argent. Alors, je crois que la société française est beaucoup moins raciste qu'elle ne l'était il y a 20 ans ou il y a 30 ans. Et ça, il faut le dire et il faut le répéter. Mais que les actes racistes commencent à croître, on l'avait vu aussi avec le même phénomène avec l'antisémitisme et de manière peut-être plus précise, je crois qu'il y a une ignorance coupable des discriminations dont la victime les minorités et notamment les musulmans.
C'est vrai dans l'accès au logement et dans l'accès à l'emploi, ça a disparu du débat public, ça n'a pas disparu de la réalité et qu'il y a une focalisation malsaine et excessive du débat public sur les étrangers, sur l'immigration et sur les musulmans.
Natacha, est-ce que c'est la conséquence d'un débat public pour reprendre l'expression de Gilles ? Osons le mot islamophobe, ce qui s'est passé là.
Alors, je rejoins Gilles sur un point important, il y a disons une société qui est de moins en moins raciste, mais des racistes qui sont de plus en plus radicalisés, en gros, pour le dire simplement, et c'est parfaitement ce qu'on voit dans le profil de l'assassin d'Ishem Mirawi puisque l'historique de ces pages Facebook montre quelqu'un qui petit à petit dérive, d'abord extrêmement frappé par les attentats de 2015 et puis partant dans un délire assez marqué et dont on voit les différentes étapes jusqu'au déferlement de haine sur les réseaux sociaux. La question est donc de savoir notamment, enfin une des questions c'est de savoir si ce terme racisme d'atmosphère dit quelque chose.
Il y a je pense en effet dans une partie de la droite et de l'extrême droite une focalisation sur les questions identitaires qu'on retrouve dans certains médias et qui est franchement problématique et qui tente à faire oublier les autres questions et il y a la question sociale la question économique qui sont fondamentales pour comprendre ce qui se passe dans la société française.
En revanche s'il s'agit de la part d'Olivier Faure de dire que par exemple évoquer le rapport sur les frères musulmans dont nous parlions il y a quelques quelques semaines est une façon de faire monter l'islamophobie et le racisme d'atmosphère là en revanche ça me pose un énorme problème or on a entendu ce discours là on l'a entendu à la gauche de la gauche on l'a entendu chez les insoumis et chez différents intervenants donc je pense qu'il y a une inquiétude de la part de beaucoup de français autour de ces questions là mais que ces questions sont mal posées et on le voit avec les réactions autour du rapport de Terra Nova le rapport signé par Hakim El Karoui sur les travailleurs immigrés avec ou sans eux qui est une réflexion intéressante sur ce qu'il faut faire de l'immigration dans les années à venir je ne partage pas forcément les conclusions de ce rapport qui justement ont tendance à nous dire en gros pour des raisons économiques nous avons besoin d'immigration et il me semble que c'est l'autre versant du discours de la droite c'est à dire qu'on voit une opposition entre un discours qui est celui par exemple porté par Bruno Rotaillot et qui se focalise davantage sur les questions identitaires et de l'autre côté un Edouard Philippe qu'on entendait sur les antennes de France Inter cette semaine et qui lui est sur une vision alors là uniquement économique sans qu'on puisse penser j'allais dire de façon dialectique les deux et je crois que c'est cette absence de pensée dialectique qui pose un énorme problème si on y ajoute l'impression qu'ont beaucoup de citoyens qu'ils ne peuvent pas choisir justement qui rentrent sur leur territoire non seulement parce que évidemment il n'y a pas d'immigration choisie mais parce qu'en plus ceux qui n'ont pas vocation à rester ou ceux ils sont immensément minoritaires qui sont délinquants restent ne peuvent pas être expulsés là on atteint un problème
Gilles ?
Oui sur le rapport de Terranova et d'Akim Elka oui je trouve ce qui est intéressant c'est que c'est une réflexion pragmatique c'est à dire qu'il ne part pas avec une vision normative de l'immigration mais il essaye de se poser des questions concrètes dont le point d'entrée et c'est pour ça que je me distingue de ce que dit Natacha n'est pas vraiment ou n'est pas seulement l'économie c'est quelque chose d'un peu plus vaste que ça la question c'est comment on fait pour pérenniser notre modèle social et notamment comment les besoins de personnel notamment de personnel de soins peuvent être pourvus et comment l'équilibre entre actif et inactif peut être stabilisé c'est ça le point de départ de la réflexion et ça je trouve que c'est intéressant et ce qui est intéressant aussi c'est que les conclusions auxquelles il arrive c'est que même le scénario optimiste de l'INSEE dans lequel on a une natalité qui remonte à deux enfants par femme et un solde migratoire de 120 000 personnes par an solde c'est à dire la différence entre les entrées et les sorties serait insuffisant pour répondre aux objectifs que je viens d'évoquer et donc il arrive à ce chiffre qu'il faut en gros un solde migratoire de 250 à 300 000 par an à horizon 2040 2050 c'est pas quelque chose de considérable c'est en gros ce que l'on a connu dans les années 2010 et je trouvais que l'écho de ce rapport était insuffisant jusqu'à ce que Edouard Philippe assume non pas les mêmes chiffres mais un discours convergent et on a le sentiment qu'il y a là une sorte de débat de débat impossible ou de débat interdit et je pense que ça serait utile que la campagne présidentielle permette de le conduire rapidement ce que je trouve très intéressant dans ce rapport c'est qu'il montre que les français se trompent totalement sur les chiffres de l'immigration croient qu'il y a plus d'immigrés qu'il n'y en a et sous-estiment le taux d'emploi des immigrés et que ce que montre le rapport c'est qu'une immigration est beaucoup mieux acceptée quand elle est liée à l'emploi c'est pour ça quand même que la question de l'emploi du travail est essentielle et en revanche juste un petit point quand je vois le traitement qu'il y a eu cette semaine sur la lettre commune de neuf leaders européens sur la jurisprudence de la CEDH en revanche je me dis que nous avons un problème de traitement de l'immigration en France de traitement par les médias pourquoi ?
cette lettre dit il y a un problème de jurisprudence de la CEDH sur en gros on ne peut pas expulser certains délinquants ça a été présenté comme une lettre comme un texte remettant en cause l'état de droit par l'extrême droite Donald Tusk dont nous venons de parler est parmi les signataires il y a la Belgique etc donc peut-on réellement poser ces questions-là calmement sans simplifier les sujets le grand face-à-face
le duel chaque jour la France avance grâce à celles et ceux qui transmettent qui soignent qui préservent qui sauvent qui protègent qui innovent qui embellissent qui accompagnent qui soutiennent ils ont choisi le service public et leur métier nous font tous avancer le film de campagne de la direction générale de l'administration et de la fonction publique ces métiers qui nous font avancer l'occasion pour nous d'évoquer ce rapport ce premier baromètre publié par le ministère de la fonction publique cette semaine les résultats montrent un attachement fort à la présence des services de l'état des services publics l'école l'hôpital la gendarmerie obtiennent Natacha les taux de satisfaction les plus élevés on avait plutôt l'impression qu'on était tous en colère contre nos services publics non il y a un attachement très puissant
je pense d'ailleurs que ce que vient confirmer ce baromètre c'est ce que nous savons tous les français sont extrêmement attachés à leurs services publics satisfaits alors attention ils sont satisfaits de leur rapport avec les services publics est-ce que ça veut dire qu'ils sont satisfaits de l'organisation des services publics et du rendu final c'est pas exactement la même chose et je ne suis absolument pas étonnée que les français soient à 81% satisfaits de leur rapport avec l'école 80% pour l'hôpital on voit que le plus faible là aussi c'est assez logique les tribunaux France Travail et surtout ma prime Rénov France Rénov voilà c'est-à-dire où on trouve de la complexité mais je pense que ce que ça nous raconte c'est la différence qu'il peut y avoir entre le dévouement et la qualité des fonctionnaires en France et c'est indéniable et ça se voit dans ce baromètre et l'effectivité du résultat j'entends par là la question de savoir si nous gardons un hôpital public qui fonctionne si nous avons un système scolaire qui fonctionne et là il me semble que la réponse est non malgré le dévouement des acteurs de ces différents services
Gilles vous lisez comme ça les taux de satisfaction c'est presque à écouter Natacha des taux de satisfaction un peu théoriques nous aimons l'école sans entrer dans le détail peut-être de notre rapport
et très individuel au contraire c'est dans leur rapport quotidien c'est même le contraire d'abord c'est un gros baromètre c'est 24 000 personnes qui ont été interrogées sur plus d'une vingtaine de services de services publics ou d'agences et ça montre quand même qu'on avait au moins dans le débat public une perception sans doute assez erronée et que dans un pays qui est un pays grincheux et bien le jugement sur les services publics globalement est positif et c'est vrai quand on regarde les taux de satisfaction et c'est vrai davantage encore quand on regarde le pourcentage d'insatisfait qui est très bas et c'est vrai de la satisfaction globale c'est vrai aussi de la facilité d'entrer en contact avec les services publics de l'accueil accueil avec bienveillance et respect ça c'est un point positif pour les agents du service public et même l'attention qui est portée à la situation personnelle donc tout ça ce sont des éléments qui sont des éléments positifs avec un point d'alerte quand même c'est qu'on voit qu'en fonction de si vous êtes plus ou moins à l'aise avec internet le taux de satisfaction change beaucoup et un point de surprise c'est que on est plus satisfait contrairement à ce que l'on peut peut-être intuitivement penser dans le rural que dans l'agglomération parisienne je termine est-ce que c'est une surprise en réalité c'est une constante l'institut Paul de l'ouvrier depuis plus de 20 ans a un baromètre sur les services publics et depuis plus de 20 ans la satisfaction moyenne des usagers est supérieure à 70% en revanche depuis plus de 20 ans aussi et c'est je pense une clé de résolution de ce qui peut nous sembler comme des résultats paradoxaux c'est que l'opinion positive moyenne des français sur les services publics est inférieure de 30 points à la satisfaction des usagers c'est à dire que l'idée que l'on a des services publics et donc celle qui ressort beaucoup du débat public est différente de l'expérience que l'on peut en avoir lorsque l'on est un usager
on les aime en théorie mais nous vivons en France et pas en théorie
non on ne les aime justement on ne les aime pas en théorie en théorie on en est insatisfait et quand on en a l'expérience on en est davantage satisfait alors à ceci près qu'il faut définir ce qu'on entend par en théorie les faibles résultats de la France dans les enquêtes internationales sur le niveau scolaire ce n'est pas de la théorie c'est du concret absolu et pourtant ça ne change rien au fait que les français et heureusement sont extrêmement satisfaits des professeurs en particulier de ceux de leurs enfants de l'accueil qui est fait du dévouement des enseignants et c'est cette contradiction qu'il faut résoudre mais pour moi ce n'est absolument pas quelque chose de théorique d'accord je précise d'une phrase on est dans une situation dans laquelle l'écart entre le réel et le ressenti mais avec une situation rarissime dans laquelle le ressenti est plus positif que le réel alors que c'est très souvent l'inverse et le ressenti est plus positif que le réel oui parce que c'est ce que disait Natacha c'est que les résultats ne sont pas bons et l'exemple de l'école est éclairant ça veut dire que le ressenti individuel est satisfaisant mais que les résultats collectifs sont insuffisants et donc il faut qu'on traite les deux ensemble et puis un tout dernier mot il y a quand même un bonnet d'âne dans ce dans ce baromètre satisfaisant qui est ma prime rénov' Natacha l'a dit d'un mot avec ce paradoxe piquant c'est que les français sont très satisfaits de l'administration qui leur prend de l'argent les impôts et très insatisfaits d'un service qui est censé leur en donner par une subvention qui est ma prime rénov' la complexité l'instabilité de ce dispositif je crois qu'il faut vraiment y mettre fin là on aboutit à cette situation absurde dans laquelle il y a un gel un dispositif qui est un dispositif absolument essentiel espérons au moins qu'il y ait une remise à plat avec une clarification des moyens qui soient alloués dans la durée
en tout cas ce que vous me dites sur le réel le ressenti ça raconte exactement ce qu'on va évoquer avec notre invité dans la question des voisins on a toujours l'impression qu'on déteste nos voisins notre invité dit qu'on les aime souvent bien France Inter le grand face à face le débat j'ai toujours préféré aux voisins les voisines bonjour Joannie Caillouet Ramblière bonjour vous êtes sociologue chercheuse à l'Inède et nous vous recevons sur cette chanson de Renan Luce qui aime bien ses voisines et que vous allez avoir en tête toute la journée et les voisins c'est l'objet du livre pour lequel nous vous recevons ce midi dans le grand face à face ce livre vous le co-dirigez aux presses universitaires de France il s'intitule ce que voisiner veut dire et pour entrer dans le vif du sujet je vous propose d'écouter l'homme qui a fondé la fête des voisins il s'exprimait avant la dernière édition le 23 mai dernier
l'idée de la fête des voisins est venue d'un fait d'hiver tragique j'ai découvert une voisine âgée qui était décédée depuis 4 mois dans son appartement et c'était un vrai choc de se dire qu'on ne connaisse pas son numéro de sécu son nom, son téléphone peut-être mais qu'on ne soit pas interrogé en se demandant pourquoi cette personne on ne la voit plus et je pense qu'un des problèmes majeurs est bien celui de la relation à l'autre et du coup j'ai trouvé un prétexte en me disant comment est-ce qu'on peut faire pour que dans les immeubles on se parte dans les lotissements et c'est comme ça d'une triste nouvelle qui est née une belle aventure humaine qui est la fête des voisins
Athanas Périfan le fondateur donc de la fête des voisins en 1999 on l'a entendu pour répondre à l'isolement tragique dans l'exemple qu'il donnait est-ce que la sociologue que vous êtes et qui avait travaillé depuis des années sur la question des voisins est d'accord avec ce constat qu'il faudrait créer une fête parce que sinon il ne reste que l'isolement
ce constat effectivement il part d'une idée qui est un peu l'idée qui nous a interrogé en fait au départ quand on a lancé cette enquête au début des années 2010 c'est un constat qu'on retrouvait aussi chez des politiques dans différents milieux qu'on retrouvait aussi chez des acteurs de la vie chez des bailleurs sociaux etc qui nous disaient en fait il y a un vrai problème de société on ne parle plus à ses voisins et en fait pour répondre à cette question la dernière grande enquête dont on disposait c'est l'enquête menée par l'INSEE et l'INED en 1983 qui s'appelle l'enquête contact entre les personnes ces résultats sont un petit peu anciens ils interrogeaient par exemple si on avait coutume d'appeler des gens par téléphone ou plutôt de les voir en face à face donc vu l'évolution de la société on s'est dit ça serait peut-être pas mal de relancer une enquête pour voir ce qu'il en est aujourd'hui et ce qui nous interpellait d'ailleurs c'est que dans d'autres pays notamment anglo-saxons aux Etats-Unis étaient documentés depuis la fin des années 90 2000 des choses qui correspondaient à ce que disait Athanas Péryphon ou que disaient des politiques en France c'est-à-dire qu'on s'isole de plus en plus et on ne parle plus forcément à ceux qui nous entourent le lien de proximité perd un peu de son importance et bien on va dire quelque chose de positif pour commencer en fait on n'a pas du tout retrouvé ce constat en France nous on est vraiment parti de cette enquête de 1983 on a reproduit une partie de ces questions dans notre enquête qui couvre un très vaste champ de type de contexte résidentiel de personnes etc on pourra y revenir mais en répétant ces mêmes questions sur le fait de partager des moments de convivialité d'échanger des services avec ses voisins de partager des conversations avec ses voisins ou alors pour le versant plus négatif d'être en conflit avec ses voisins et bien on retrouve à chaque fois des chiffres mais étonnamment stables on aurait voulu truquer les résultats on n'aurait pas pu tomber sur des points de pourcentage aussi proches
on va creuser la question de votre livre mais une question d'abord toute simple pourquoi la sociologie s'est si peu intéressée aux voisins alors que c'est quand on est sociologue j'imagine que la première chose qu'on fait c'est d'aller voir son voisin
alors peut-être pas qu'on va voir son voisin systématiquement quand on est sociologue mais en fait effectivement alors on ne peut pas dire que la sociologie ne s'y est pas intéressée parce que si on s'intéresse aux travaux par exemple de l'école de Chicago c'était les relations de proximité alors le terme voisin n'était pas forcément un terme qu'on retrouve beaucoup dans cette sociologie mais c'est vraiment une sociologie urbaine qui se base sur le lien de proximité en France on va trouver des travaux sur les relations de voisinage au sens large mais qui vont souvent être des travaux très localisés sur un certain quartier on a beaucoup de travaux sur les grands ensembles on a des travaux on avait reçu Fabien Truong avec Jérôme Truc il y a des choses très intéressantes le lien à faire entre votre travail et le site effectivement je pense qu'on retrouve des choses qui peuvent être similaires si ce n'est qu'une des différentes des différences hormis le fait qu'on a une démarche plus quantitative même si on a aussi fait beaucoup d'entretiens c'est qu'on a vraiment voulu avoir une version plus comparative des différents types de contextes et c'est ça en fait qui manquait à la sociologie française en fait c'est d'aller voir c'est ça qu'on a voulu combler d'aller voir ce qui se passe dans différents contextes avec un même protocole de recherche
et on va y revenir bien sûr dans le détail mais question d'abord peut-être toute simple mais importante c'est quoi un voisin ? Est-ce que c'est le voisin de palier ? Est-ce que c'est le type qui habite en dessous ? Au-dessus ? Parce que si quelqu'un vient ici et qui me demande où j'habite il dit un tel habite dans la même ville vous êtes voisin c'est quoi l'échelle ? A quelle échelle on est voisin dans votre livre ?
C'est une très bonne question c'est une question que se posait déjà François Héran en interprétant cette fameuse enquête de 1983 et en fait c'est une question qu'on ne peut pas résoudre en tant que scientifique à se dire voilà nous on a la bonne réponse il faut demander aux gens ce qu'ils mettent derrière ce terme et en reproduisant là encore un peu la même question que celle des années 80 ce qu'on trouve c'est qu'aujourd'hui on met derrière le terme voisin des gens qui habitent plus loin qu'auparavant c'est-à-dire qu'on a un peu élargi notre échelle de ce qu'est un voisin alors ce qui n'explique pas les résultats qu'on observe puisque nous on a voulu contourner cette difficulté en n'introduisant pas le terme voisin dans nos questions c'est-à-dire qu'on pose des questions aux gens sur les relations avec les personnes qui habitent leur immeuble ou les maisons alentours ou alors qui habitent leur quartier ou leur commune en essayant de reprendre des termes qui sont moins polysémiques que celui de voisin Gilles je crois que c'est très important de s'intéresser aux relations sociales et notamment de s'intéresser aux sociabilités et aux lieux de sociabilité la Fondation Journée l'avait fait il y a peu de temps en faisant une enquête sur les PMU et c'était sur la France des PMU c'était très intéressant on l'avait fait un peu avant sur les supermarchés j'aimerais beaucoup qu'on le fasse par exemple sur les salles de sport et donc le voisinage c'est un sujet absolument passionnant et ce qui est très intéressant dans votre enquête c'est que par rapport à d'autres on a évoqué celle de Fabien Truong c'est qu'il y a une grande diversité de types de résidences et de types de populations et que donc ça donne disons un début de vision globale des relations de voisinage et je voudrais prolonger sur cette question de l'intensité des relations de voisinage vous dites que un peu contrairement à l'intuition ou à ce qu'il y a dans le débat public ça reste des relations qui sont intenses moi il y a un mot qui m'a frappé dans votre livre c'est la confiance que l'on a dans ses voisins comment elle se manifeste et je dis ça parce que ça fait écho à l'enquête que l'on réalise chaque année sur la confiance des français dans laquelle il y a une des questions qui est est-ce que vous avez confiance dans vos voisins et on voit qu'en gros ça reste stable et que deux tiers des français ce qui est beaucoup dans un pays qui est défiant deux tiers des français disent avoir confiance dans leurs voisins comment ça se manifeste comment ça s'explique cette confiance dans les voisins je pense que la confiance c'est un des points de départ de ces relations et c'est d'ailleurs ce que montrent les enquêtes américaines c'est ce qui manque aux Etats-Unis pour nouer des relations c'est-à-dire que les gens disent qu'ils n'ont pas confiance aux gens qui les entourent et c'est pour ça en partie en tout cas c'est lié à ça qu'ils ont moins de relations avec eux en France une des manières
c'est la cause ou la conséquence ?
c'est un peu les deux si on regarde le socialiste Robert Putman en fait ce qu'il observe c'est des corrélations entre les deux donc moins on a confiance entre des gens lui ce qui l'intéresse c'est les gens qui nous ressemblent et les gens qui sont différents de nous notamment d'un point de vue interracial etc c'est des manières de penser aux Etats-Unis mais ce qu'il montre c'est que les deux sont liés c'est-à-dire que moins on a confiance moins on va entretenir des liens et on est sur des niveaux de confiance qui n'ont rien à voir avec ce qu'on observe effectivement en France une des manifestations concrètes de la confiance c'est la part importante de personnes qui se reposent sur un voisin pour surveiller son logement pour lui confier ses clés pour lui demander d'intervenir dans son logement pour arroser ses plantes venir nourrir ses animaux ou alors garder ses enfants en son absence c'est tout un ensemble de choses dont on peut penser qu'on ne fait qu'avec des gens en qui effectivement on a confiance et cette part elle est particulièrement importante dans les quartiers où on va avoir des populations qui vont être le plus proche socialement c'est-à-dire qu'on va le faire mais on va le faire quand même dans des quartiers où on va avoir le plus d'entre-soi le moins de mixité sociale
mais est-ce que c'est pas aussi cette confiance qui se maintient voire qui progresse contrairement aux pays anglo-saxons elle s'érode entre les voisins est-ce que c'est pas aussi le signe d'une forme de ghettoïsation par le haut et par le bas on habite de plus en plus dans des quartiers où les voisins nous ressemblent et donc peut-être que la confiance elle est plus évidente plus naturelle plus forte avec des gens vous venez de commencer à le dire qui nous ressemblent est-ce que c'est pas ce qu'on peut dire c'est formidable la confiance mais est-ce que c'est pas aussi le résultat d'une ghettoïsation et d'une absence de mixité entre voisins
alors pas forcément on pourrait pas aller jusque là puisque nous ce qui nous a intéressé effectivement c'est de comparer un différent type de contexte des contextes très mixtes des contextes d'entre-soi des contextes en changement aussi en allant voir ce qui se passe dans la rénovation urbaine dans les contextes de gentrification dans les contextes ruraux également donc effectivement au sein de son voisinage on va avoir plutôt confiance en des gens qui nous ressemblent mais les voisinages n'ont pas du tout le même niveau de ghettoïsation que ce qu'on va voir justement aux Etats-Unis par exemple et là pour autant
il n'y a pas de confiance
et là pour autant il n'y a pas de confiance
Natacha
cette économie du don et du contre-don que vous décrivez et qui est absolument passionnante elle est très intéressante aussi dans sa dimension négative et c'est ça qui m'a intéressée c'est tous les passages où justement on voit que tout cela est brisé pourquoi je dis ça ?
parce que dans ce que vous décrivez comme les mauvaises relations entre voisins intervient une dimension de jugement moral une dimension de distance parfois où on se dit en gros ce n'est pas le même mode de vie et donc on ne le comprend pas et cette question de savoir si on se considère comme appartenant à la même société me semble passionnante j'ai toujours en tête cette vertu grecque dont je parlais la semaine dernière qui est l'aïdos c'est-à-dire l'idée que nous existons enfin le sens de l'honneur puis la honte puis la pudeur et le fait en fait que nous vivons en société et dans un texte de la guerre du Péloponnèse Thucydide fait dire à Périclès que dans la démocratie il dit nous respectons les lois surtout celles qui assurent la défense des opprimés et qui tout en n'étant pas codifiées impriment à celui qui les viole un mépris universel est-ce que vous décrivez ce n'est pas tout simplement justement cela exactement cette existence de loi non écrite mais de codification Georges Orwell aurait appelé ça la décence commune qui fait qu'on sait intuitivement ce qui se fait et ce qui ne se fait pas et que ceux qui transgressent et qui font ce qui ne se fait pas rompent cette confiance
Joannie Caillouet Tremblière
alors c'est intéressant ce que vous dites je pense que ça ça renvoie à un certain type de quartier des quartiers bien installés et notamment ces quartiers d'entre-soi qui vont être dans une stabilité au fil du temps ça on va le retrouver clairement dans les quartiers bourgeois de centre-ville où il y a des règles communes que tout le monde doit que tous les gens doivent respecter lorsqu'ils arrivent comme à la moindre petite incartade on leur rappelle ces règles et ça permet une certaine stabilité dans les relations de voisinage mais ça explique aussi que c'est dans ce type de contexte que les gens vont avoir le plus le sentiment de se sentir jugés par leurs voisins inversement dans les quartiers où il y a le plus d'interventions publiques où il y a le plus de mixité sociale qui est programmée qui est investie par les pouvoirs publics etc on ne va pas du tout retrouver ça puisque en fait on va avoir une instabilité de ce qu'est la règle collective on n'a pas ce que Jean-Claude Chambreton et Madeleine Le Maire rappelaient des groupes qui donnent le ton qui expliquent les règles un peu invisibles et qui font que soit on est dans la règle soit on n'est pas dans la règle mais si on n'est pas dans la règle on sait qu'on n'est pas dans la règle là on ne connait pas les règles on ne connait pas quelle est la bonne manière d'aller prendre contact avec son voisin est-ce que ça se fait d'aller frapper chez le voisin pour l'inviter à l'apéro ou est-ce que c'est envahissant est-ce que ça se fait de poser son sac poubelle sur le palier le temps de ranger son enfant et de sortir dehors ou est-ce qu'on va se prendre systématiquement une remarque d'un voisin ces règles elles ne sont pas si bien codifiées dans ces contextes en transformation qui sont quand même très nombreux puisqu'il y a beaucoup d'interventions publiques dans le voisinage et dans la transformation de nos villes et à ce moment-là là c'est plutôt source de gêne mais beaucoup moins de jugement ce qui est intéressant c'est que dans ces quartiers où les règles sont moins codifiées les gens rentrent moins en conflit et les gens estiment moins se sentir jugés ce qu'on va retrouver c'est plus de l'indifférence bon je suis un peu gênée par ce qui se passe autour mais en fait j'en fais rien je reste un peu à distance de tout ça et donc on va avoir moins de relations positives mais aussi moins de relations négatives
c'est quel type de localisation est-ce que vous évoquez là où il y a moins de jugement est-ce que c'est là où il y a beaucoup de turnover il y a beaucoup de locataires les gens sont là depuis moins longtemps c'est ça c'est un peu ce genre d'habitat là
pas forcément ça en fait je pense à la fois à des quartiers qui ont connu de la rénovation urbaine donc des grands ensembles en transformation des nouvelles copropriétés ou alors des quartiers complètement neufs on a un type de contexte qui moi m'a particulièrement intéressée dans cette enquête c'est ce qu'on a appelé des quartiers de mixité sociale programmée donc en fait qui sont des quartiers neufs construits dans les années 2000 sur d'anciens espaces industriels dans les villes on en a plein on peut penser à la ZAC Paris-Rive-Gauche par exemple à Paris nous on a enquêté sur le quartier du Port à Choisis-le-Roi et dans une ZAC qui s'appelle Le Bon-Lais dans le 17ème arrondissement de Lyon et c'est des quartiers qui sont peuplés en partie par des propriétaires dans des copropriétés aussi par des locataires HLM et aussi par des locataires privés mais c'est des quartiers qui avaient une dizaine d'années au moment de l'enquête et où cette stabilisation elle n'est pas du tout encore effective Gilles j'ai été très intéressé par un point enfin par beaucoup de points mais notamment par le point suivant sur lequel je voudrais vous interroger c'est que vous expliquez que pour comprendre à la fois l'intensité et la nature des relations de voisinage l'élément le plus discriminant c'est pas c'est pas l'âge c'est pas le type de quartier c'est pas la c'est la classe sociale et peut-être de manière contre-intuitive vous dites que les classes populaires qui sont celles qui auraient le plus intérêt en termes de ressources à nouer des relations de voisinage sont celles qui en nouent relativement le moins et que à l'inverse les classes supérieures en nouent davantage pourquoi et quelle forme prennent ces relations alors c'est c'est un résultat particulièrement intéressant sur lequel on a vraiment voulu approfondir qui est pas complètement surprenant puisque désolé de revenir encore à cette enquête des années 80 mais François Héran montrait déjà ça sur la France il avait publié un article qui s'appelait la sociabilité une pratique culturelle qui insistait sur le fait que en fait que ce soit les relations de voisinage ou d'autres relations elles évoluaient comme les pratiques culturelles légitimes et donc plus on est doté plus on a ce type de relations c'est ce que vous appelez la logique de cumul qui est un élément très intéressant aussi effectivement c'est la logique de cumul c'est à dire que plus on a des relations plus on a de nouvelles relations donc ne vont pas s'investir dans le voisinage des personnes qui n'ont pas de relations par ailleurs et qui vont venir compenser par des relations de voisinage ça c'est quelque chose qu'on pourrait avoir une idée intuitive qu'on pourrait avoir ça ne correspond pas du tout à la réalité ceux qui vont nouer des relations dans leur voisinage ceux qui vont investir ce type de relations c'est ceux qui ont par ailleurs déjà des ressources à l'extérieur qui ont par ailleurs des liens familiaux approfondis des amis à l'extérieur qui n'ont pas ce n'est pas ceux qui ont le plus besoin des relations de voisinage à l'inverse ceux qui sont plutôt dans un isolement relationnel à l'extérieur et qui se trouvent à être principalement des membres des classes populaires entendus au sens large et bien vont avoir plus de difficultés à nouer des relations de voisinage alors vous posez la question de la raison ça nous a vraiment intéressé puisque c'est assez paradoxal on pourrait se dire elles en ont besoin ces gens sont quand même autour d'elles pourquoi est-ce que ces personnes ne nouent pas de relations avec leurs voisins et bien il y a plusieurs explications qui nous sont venues la première c'est celle de la maîtrise de leur trajectoire résidentielle en fait les classes populaires ont beaucoup moins de maîtrise de leur trajectoire résidentielle que ce soit elles ont moins de maîtrise des raisons qui les ont amenées à s'installer là où elles sont donc elles ont moins choisi leur lieu d'habitat et puis elles ont moins la capacité à pouvoir s'en extraire au cas où les relations tournent mal et en fait les relations de voisinage c'est toujours des relations risquées puisque rentrer en conflit avec son voisin c'est quelqu'un qu'on va revoir tous les jours j'aimerais qu'on s'y arrête d'ailleurs là-dessus
parce que c'est hyper important allez-y continuez
non mais
donc sur les conflits de voisinage parce que c'est le revers de la confiance c'est aussi ce qui peut faire craindre de rentrer en contact avec son voisin ou d'entrer trop souvent en contact avec son voisin ça vous l'avez lu vous l'avez documenté est-ce que c'est plus puissant qu'en 83 ça est-ce qu'il y a plus de conflits entre voisins aujourd'hui
ce qu'on observe c'est qu'il n'y a pas forcément plus de conflits que dans la précédente enquête également de manière contre-intuitive ce qu'on observe c'est que les conflits sont principalement dans les quartiers bourgeois et gentrifiés devises centres et moins importants dans les quartiers populaires toutefois lorsqu'on fait des entretiens et qu'on regarde dans le détail les conséquences de ces conflits ces conflits ont des conséquences beaucoup plus lourdes pour les ménages de classe populaire à la fois parce qu'elles ont beaucoup plus de difficultés à s'en extraire parce que parfois elles tirent quand même des ressources de leur voisinage ou elles ont tiré des ressources à un moment donné de leur voisinage donc rentrer en conflit avec la voisine avec qui par ailleurs on avait un arrangement pour aller chercher ses enfants à l'école c'est quand même beaucoup plus coûteux que la voisine qui gardait nos clés aux besoins et on peut en trouver une autre etc et puis ces conflits sont moins régulés dans ces quartiers et là c'est toute la question de la régulation des conflits qui aussi explique cette difficulté des classes populaires à rentrer en relation
j'adore mes voisins mais j'aimerais qu'on creuse là dessus sur les conflits c'est quoi les raisons c'est quoi les causes des conflits avec les voisins
alors la première cause c'est certaines gènes qui vont déraper en conflit donc ce qu'il faut quand même dire c'est que nous on a interrogé à la fois sur ce qui nous gêne chez les voisins et sur les objets des conflits et un élément qui est fondamental c'est qu'il y a beaucoup beaucoup de gens qui sont gênés par beaucoup de choses de leurs voisins et qui ne rentrent pas forcément en conflit par rapport à ça toutefois dans les deux cas le bruit est la principale gêne et le principal objet de conflit mais dans un cas sur deux on peut être gêné par le bruit mais ça ne va pas forcément dériver dans des questions de conflit donc le principal le principal objet de conflit donc ça va être ces gènes qui vont déraper donc principalement les bruits ensuite on a d'autres objets de conflit la gestion de la copropriété un conflit sur dix est lié à une gestion de copropriété quand on sait que tout le monde n'est pas propriétaire ça fait quand même une part importante des conflits et puis on a tout un ensemble de conflits qui sont liés aussi à l'usage des parties communes ou des espaces publics comment est-ce qu'on se comporte dans les parties communes ou des styles de vie ou des remarques qui peuvent être blessantes et qui peuvent contribuer à nouer également des conflits Oui la question du bruit moi ça a fait écho en moi à ce rapport que nous avions analysé ici de la fondation Jean Jaurès sur la société idéale et où 56% des français choisissent leur habitat pour le calme et la tranquillité 37% ce qu'ils veulent c'est la possibilité d'avoir un espace privé important et 32% les relations apaisées avec les habitants et on voyait à quel point cette question que vous traitez est crucial je voudrais revenir juste sur un point que vous avez évoqué peut-être pour aller un petit peu plus loin dans la conclusion vous insistez sur cette idée que ce n'est pas parce que les gens sont centrés sur le local on parle là de la partie immigrée de la population ce n'est pas parce qu'ils sont centrés sur le local qu'ils ne s'intègrent pas c'est sans doute un peu l'inverse et ça va à l'encontre de cette vision qu'on aurait de quartiers qui vivraient de façon communautarisée et qui ne voudraient pas se sortir je voudrais que vous développiez cette idée en lien avec ce que vous montrez aussi qui est le fait que les gens de quartiers populaires et qui sont d'origine immigrée vont avoir plus de tendance à fréquenter une plus large palette de communautés d'individus venant de partout enfin voilà je vous laisse commenter ça
Joannick Ayouette Ramblière
il y a deux points dans ce que vous dites le premier c'est celui de l'investissement dans les relations locales et puis de l'investissement dans des relations à l'extérieur du quartier on a traité cette question avec tout un ensemble de variables et comme on le disait très justement tout à l'heure le principal déterminant de cet investissement c'est la classe sociale et c'est pas le rapport à l'immigration quand on regarde ce qui se passe pour les immigrés et pour les descendants d'immigrés ce qui apparaît l'élément le plus déterminant c'est la difficulté à nouer des liens à l'extérieur de son quartier pour les descendants d'immigrés ils ont pas plus de liens que les autres à l'intérieur mais ils en ont moins à l'extérieur donc c'est pas parce qu'ils ont trop de liens à l'intérieur c'est pas parce qu'ils sont enfermés qu'ils arrivent pas à nouer des liens à l'extérieur puisqu'ils en ont pas plus que les autres à l'intérieur mais et là ça nécessitera d'autres enquêtes puisque nous on a interrogé de manière quantitative l'importance de ces liens à l'extérieur mais on n'est pas allé les étudier de manière aussi fine que ce qu'on a fait sur ce qui se passe à l'intérieur du quartier mais ce qui apparaît c'est vraiment cette difficulté à nouer des liens dans un espace où on n'a peut-être pas cette ressource de confiance cette reconnaissance le fait d'être connus les uns des autres ou alors il y a plus de racisme aussi à l'extérieur des quartiers dans lesquels vivent les descendants d'immigrés question très courte il y a des politiques volontaristes aidées à la fois par le numérique et par les municipalités pour intensifier les relations de voisinage les jardins partagés les réseaux sociaux de quartier la fête des voisins dont on entendait tout à l'heure quel bilan on peut en faire est-ce que ça marche ?
Est-ce qu'on peut forcer la relation entre les voisins ? Ou l'aider ? Oui
Alors on ne va pas dire que le bilan il est complètement négatif ou inexistant mais en tout cas ça n'a pas l'effet que l'on pourrait leur prêter si on s'intéresse par exemple à la fête des voisins ce qu'on va voir c'est qu'ils participent à la fête des voisins ceux qui ont par ailleurs déjà des relations de voisinage ils vont y aller avec des voisins qu'ils connaissent déjà donc ça va contribuer à renforcer ces relations pré-existantes mais contrairement à ce qui était quand même l'idée et un idéal qu'on pourrait tous avoir de rencontrer des voisins ou qu'il y ait les personnes qui sont complètement isolées pour y rencontrer de nouvelles personnes dans l'enquête on observe que c'est très très rare que ça va être un lieu de rencontre de nouveaux voisins
on pourra aussi évoquer dans la prochaine enquête peut-être le télétravail qui aurait émergé et qui transforme pour le coup les voisins en collègues parfois de bureaux et l'art le bruit peut être insupportable on a commencé l'émission en rendant hommage à Pierre Nora j'aimerais la finir en rendant encore hommage à Pierre Nora qui est l'inventeur de l'égo-histoire faisons un peu d'égo-sociaux vous êtes quelle voisine vous ?
je dirais que je suis une voisine qui a la chance d'avoir des amis dans son voisinage ce qui est quand même le cas d'un tiers des gens qu'on a pu enquêter et puis j'ai tout un ensemble de caractéristiques que ce soit l'âge le sexe la situation familiale qui va avec le fait d'entretenir pas mal de relations avec ses voisins
on embrasse vos voisins qui nous écoutent peut-être s'ils sont vos amis merci beaucoup Joannique Ayouet remblier d'avoir été avec nous pour cette émission le titre de votre livre ce que voisiner veut dire aux presses universitaires de France merci beaucoup merci à Gilles et merci à Natacha merci à l'équipe du Grand Face à Face Mathilde Clatte à la préparation de l'émission Maria Pesquet et Marie Merrier à la réalisation aujourd'hui Élise Christophe est à la technique d'une émission à laquelle vous pouvez vous abonner en podcast sur l'appli Radio France