Anatomie d’une chute : François Bayrou répond à l’édito de Yaël Goosz
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Avant de vous donner la parole dans quelques secondes, l'édito de Y.Goosz. Yaël, sauf retournement de dernière minute, lundi soir, F.Bayrou tombera après un bail de 8 mois et 26 jours à Matignon.
Pour vous, ce vote de confiance demeure une énigme. - Y.Goosz: Il va bien falloir essayer de la résoudre.
Soit c'est l'histoire d'une chute programmée, scénario selon lequel F.Bayrou aurait décidé du moment de quitter le pouvoir, d'éviter la censure, soit c'est un plan qui a déraillé. F.Bayrou aurait cru naïvement que les oppositions attendraient encore un peu pour le faire tomber.
Dans les 2 cas, c'est un coup d'arrêt. Un Premier ministre bientôt stoppé net dans son action, alors qu'il voulait incarner dans la durée le combat contre la dette. Priorité de ses priorités, on s'en souvient dès ses 1ers mots lors de son discours de politique générale le 14 janvier à l'Assemblée. - F.Bayrou: Cette dette est une épée de Damoclès au-dessus de notre pays et de notre modèle social. - Y.Goosz: On ne peut pas lui enlever ça, à F.Bayrou: cette constance, ce combat contre la dette.
On peut le dire lanceur d'alerte sur la dette. C'était déjà le cas en 1993. - F.Bayrou: On est dans l'Etat d'une famille très endettée.
Chacun des Français est endetté pour plusieurs dizaines de milliers de francs, chacun, bébés et personnes âgées. - Y.Goosz: Maintenant, le compteur est en euros et en milliards d'euros.
Le compteur va continuer à tourner, avec ou sans lui, à Matignon. - M.Bouhafsi: Vous en parlez déjà au passé, comme si vous regrettiez un gâchis. - Y.Goosz: F.Bayrou ne s'est pas rendu service à lui-même, Comme s'il s'était autodissous à force d'accumuler des erreurs et des maladresses. - M.Bouhafsi: Lesquelles? - Y.Goosz: Si vous savez que tout est fragile, vous pesez vos mots.
Vous faites attention à la manière avec laquelle vous vous adressez aux adversaires, aux retraités, et aux Français. - F.Bayrou: On ne va pas passer son temps à dire: "Que faisiez-vous au mois d'août?" Au mois d'août, ils étaient tous en vacances.
Tout ça pour le confort des boomers. T'en fais pas Simone, le bateau flotte encore. Excuse-moi, Jeannot.
Va voir en Espagne. - Après Simone, Jeannot. - F.Bayrou: Il faut bien qu'on essaie d'expliquer les choses comme dans la vie.
Jojo regarde la situation comme elle est. - Y.Goosz: Un peu en roue libre, F.Bayrou est illisible quand il commence à faire des concessions trop tardivement, et à l'envers.
Mardi midi, l'Elysée convoque pour un déjeuner l'ensemble des responsables du socle commun. Que demande-t-il à F.Bayrou?
Tendre la main vers les socialistes, vers la gauche. Le lendemain matin, il tend la main au RN en proposant des concessions et une réduction de l'AME pour les sans-papiers. - M.Bouhafsi: F.Bayrou aurait-il pu faire autrement? - Y.Goosz: Oui, ne pas se piéger tout seul avec cet article 49-1.
Personne ne fait ça sans majorité absolue, ou c'est kamikaze, sauf si vous avez négocié, scellé des compromis en amont. Ca n'a pas été fait. La méthode Bayrou est devenue stérile contre lui.
A la campagne de 2009, à Epinal dans les Vosges, nous avions discuté ensemble. Vous m'aviez parlé d'Henri IV, béarnais comme vous, ce roi libre dont vous avez écrit la biographie. C'est votre modèle.
Sur un ton mystique, vous m'aviez dit que F.Mitterrand, telle une bonne fée sur votre carrière politique, vous avait prédit un destin présidentiel. Aujourd'hui, vous n'êtes ni roi ni président, mais pour quelques heures encore Premier ministre.
Un demi-siècle au moins de vie politique pour en arriver là. Tout ça pour ça? - F.Bayrou: On est obligé de supporter des affirmations de quelqu'un qui n'a aucune expérience et qui ne sait pas ce dont il parle, et qui prétend que F.Mitterand m'avait prédit un destin présidentiel.
Jamais F.Mitterand n'a eu cette conversation avec moi. Il en a eu beaucoup d'autres.
Votre assurance et votre manière d'asséner des vérités, vous ne comprenez pas que c'est gênant pour ceux qui vous écoutent? - Y.Goosz: Ca s'appelle un édito.
C'est un regard... - F.Bayrou: Non, ce sont des affirmations fausses.
Je ne vous ai jamais dit ça. - M.Bouhafsi: Monsieur le Premier ministre, c'est un édito.
Y.Goosz affirme les choses. Vous avez le droit de répondre. - F.Bayrou: Inutile de le défendre.
Comme il attaque, il se défendra bien tout seul. - Y.Goosz: Cette émission commence très bien. - F.Bayrou: Beaucoup de gens aimeraient comprendre les choses. - Y.Goosz: On a le temps de le faire. - F.Bayrou: Ils considèrent que lorsque quelqu'un qui a peu partagé de ces choses assène des contrevérités aussi lourdes...
Je vais vous dire pourquoi j'ai fait ça. C'est inédit, sans précédent. Etait en train de se passer dans le pays quelque chose dont j'ai conclu que ce mouvement m'empêcherait à coup sûr de conduire la politique nécessaire... - M.Bouhafsi: Une censure dans la foulée?
C'est ce que vous expliquez? - F.Bayrou: Non.
J'ai annoncé la situation. On a vu de très nombreuses déclarations de moi depuis mon plus jeune âge. Qu'est-ce qu'on change, dans la vie! - A.Bégot: C'est le cas pour tout le monde. - F.Bayrou: J'ai toujours été alarmé par la situation d'un pays qui se laissait aller à financer sa vie de tous les jours par des emprunts que devront payer les plus jeunes.
Aujourd'hui, on y est. On a vu monter cette marée-là. Ce sont les plus jeunes des Français qui sont réduits à devoir trimer pendant des décennies parce qu'on n'a pas fait ce qu'il fallait pour organiser les comptes.
J'ai alerté très tôt, depuis le mois d'avril, dans une conférence de presse importante. J'ai alerté depuis le mois de juillet en présentant un plan. Je me suis aperçu assez vite qu'on était en train de perdre totalement de vue le sujet, l'obligation que nous avons de tenir compte de ça.
C'était en train de disparaître sur des débats seconds sur des mesures. Est-ce qu'on accepte de travailler des jours fériés? Est-ce que c'est l'année blanche qui est acceptée ou pas?
Ma certitude, c'est que s'organiser ...s'organisait autour de cette rentrée un mouvement social profondément injuste...
On fait croire aux Français que ces décisions étaient contre eux, alors que c'est le seul moyen de les protéger. - M.Bouhafsi: On va parler de cette décision dans quelques secondes. - F.Bayrou: Vous me demandez pourquoi j'ai fait cette vérification, cette clarification.
Je l'ai faite pour qu'on sache que s'il y avait un soutien pour le gouvernement, tout gouvernement, les gouvernements...
S'il n'y en a pas, ma présence au gouvernement n'aurait aucun sens. Je ne suis pas là pour enfiler des perles, pour attendre que le temps passe. Je ne suis pas là pour profiter des avantages supposés du pouvoir.
François Bayrou