Alexandre Pesey : Qui est celui qui forme l'élite d'extrême droite
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« Ces deux milliardaires qui investissent toutes leurs fortunes dans les médias pour servir leur agenda politique réactionnaire. »
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« lui mène la bataille culturelle sur un autre terrain, celui de la formation des élites d'extrême droite. »
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« revendique plus de 3600 jeunes formés depuis sa création. »
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Si vous êtes un auditeur régulier du Média, vous connaissez sûrement Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Sterrin, ces deux milliardaires qui investissent toutes leurs fortunes dans les médias pour servir leur agenda politique réactionnaire. Mais connaissez-vous Alexandre Pesé ? C'est l'homme de l'ombre de l'extrême droite. Pendant que Sterrin et Bolloré financent CNews, Europe 1 ou Valeurs Actuelles, lui mène la bataille culturelle sur un autre terrain, celui de la formation des élites d'extrême droite. Revenons en arrière pour mieux comprendre le personnage.
En 1999, après avoir fini ses études, Alexandre Pesé se rêve en nouveau Alexis de Tocqueville et part aux Etats-Unis finir sa formation au Leadership Institute, un organisme de formation des leaders politiques du parti républicain par lequel est notamment passé Mac Pence, ancien vice-président de Donald Trump. Séduit par le concept, Pesé fonde à son retour en France l'Institut de formation politique aux côtés de Thomas Millon, fils de Charles Millon, et Jean Martinez pour mener la bataille culturelle dans la formation des élites. D'après lui, la gauche exerce une hégémonie culturelle en France et il faut la renverser.
Son modèle, évidemment, les Etats-Unis, où cette bataille est menée depuis bien plus longtemps par les républicains avec le succès qu'on lui connaît. L'IFP se construit alors comme une école de formation pour les jeunes leaders de droite extrême et d'extrême droite. Il revendique plus de 3600 jeunes formés depuis sa création. Parmi eux, on retrouve Alice Cordier, activiste, identitaire et fondatrice du collectif Némésis, Jules Lecomte, ex-journaliste chez Frontières et candidat de Rassemblement National au Municipal, Damien Rieux ou encore Thaïs Descuffon, entre autres influenceurs d'extrême droite.
Ces dernières, d'ailleurs, font directement la promotion de l'Institut dans ses vidéos YouTube. Du côté des intervenants, on retrouve des figures de la galaxie Bolloré comme Mathieu Boc-Côté, Elisabeth Lévy ou encore Julien Rochdy, mais aussi des personnalités politiques de premier rang comme Jordan Bardella, François-Xavier Bellamy ou Éric Zemmour. Pour vous donner une idée de ce qu'on y enseigne, voici quelques intitulés de cours. S'armer contre le wokisme, l'écologie politique faussoyeuse de nos libertés, discrimination, liberté d'expression, faut-il abroger la loi Plévenne, ou encore libérer les entreprises des contraintes juridiques et réglementaires.
Le tout sous la bannière de trois idéologies, conservatisme, libéralisme et nationalisme.
Il y a trois grandes sensibilités à droite qu'on peut retrouver, qu'on retrouve à l'Institut de formation politique, tant parmi les auditeurs qui viennent à l'IFP que parmi les formateurs. Ces trois sensibilités, c'est la sensibilité libérale d'abord, celle qui va insister sur les effets pervers de l'État-providence et qui va inviter à libérer l'initiative, les forces vives pour redresser notre pays. Et puis il y a une sensibilité conservatrice, ceux qui vont particulièrement cibler le poison relativiste, cette idée selon laquelle tout se vaut, rien ne prévaut, qui vont insister, eux, sur les permanences qu'ils font l'homme et la société.
Puis il y a une troisième sensibilité, c'est la sensibilité nationale, cette sensibilité qui va essayer de lutter contre le grand effacement de notre histoire, de notre mémoire, de notre culture, et qui va inviter au grand ressourcement à se réapproprier notre culture, notre passé, pour mieux se tourner vers l'avenir. Donc à l'IFP, vous avez cette rencontre de toutes ces sensibilités. Pesay se défend bien sûr d'être partisan. Il affirme que l'IFP est indépendant politiquement. Nous avons un projet politique au sens de police la cité, c'est-à-dire que nous accompagnons nos jeunes à s'engager dans la cité.
Il n'y a pas de projet partisan, on est indépendant des partis politiques, on est en lien avec aucun parti politique, on ne se présente pas à des élections, et aucun administrateur n'est élu. Et d'ailleurs, c'est précisé dans nos statuts qu'aucun membre de l'IFP ne peut exercer de mandat politique. Mais dans le même souffle, ils reconnaissent en complexe qu'ils prônent une idéologie de droite. Chercher l'erreur. Être indépendant des partis, être indépendant politiquement, n'implique pas que nous soyons complètement neutres politiquement. Et là, pour le coup, non. Comme nous le disions tout à l'heure, nous accueillons les grandes sensibilités de droite et nous encourageons ce débat.
Donc en ce sens, nous ne sommes pas neutres sur le plan intellectuel, sur le plan politique, entendu comme une analyse plus idéologique des choses.
Le 1er juin dernier avait lieu la soirée annuelle de l'IFP. Marion Maréchal-Le Pen, Éric Zemmour, Sarah Knaffo, Sébastien Chenu, Charles Laloncle, tous ont répondu présents. Alexandre Pesay avait pris soin d'inviter des membres de chaque parti de reconquête ALR pour marcher vers l'union des droites dont rêvent secrètement Pierre-Edouard Sterrin et Vincent Bolloré. C'est aussi ça le projet derrière l'Institut de formation politique. Construire un laboratoire d'idées dans lequel peuvent se confronter les différents courants réactionnaires tout en restant unis. Si vous avez entendu parler de lui récemment, c'est parce que le Sénat a ouvert une commission d'enquête sur le financement de l'IFP.
Alexandre Pesay, bien sûr, interprète ça comme une attaque politique. Mais la question reste la même. Qui finance tout ça ? Interrogé sur un éventuel financement de la fondation Le Bien Commun de Pierre-Edouard Sterrin, voici ce qu'il répond. Magnifique.
Merci. Pour ce qui est du financement du Fonds du Bien Commun, je réitère que ce soit pour l'IFP ou l'ILDJ, qui est en fait une entité intégrée à l'IFP. Donc nous n'avons jamais reçu de financement du Fonds du Bien Commun. Et donc je me permets de vous reposer cette question. D'où tenez-vous cette information malheureusement erronée ?
Eh bien nous le confirmerons avec les représentants du Fonds du Bien Commun que nous recevrons. Et nous travaillons évidemment sur la base des documents qui nous sont transmis par les préfectures. Et donc nous vérifierons tout ceci avec les représentants du Fonds du Bien Commun que nous recevons dans peu de temps.
Alors, est-ce qu'il est financé par le projet Périclès ?
Est-ce que vous avez été financé par Périclès ?
Un point important, c'est que nous sommes ici en public et nous avons un certain nombre d'obligations à respecter comme responsables d'association. Parmi ces obligations, la RGPD, le Règlement Général sur les Données Publiques. Et donc il ne m'est pas permis en tant que directeur de l'IFP de partager les noms publiquement des donateurs. En revanche, par écrit, je répondrai au questionnaire que vous m'avez adressé sans aucune difficulté.
Pourtant, c'est écrit noir sur blanc sur le site de Périclès dans la liste des projets soutenus. Bien qu'il tente de dissimuler ses liens avec les milliardaires d'extrême droite, selon l'Humanité, pesait sur les conseillers opérationnels du projet Périclès. Il l'a tout de même nié devant le Sénat.
Oui, je n'ai pas été conseiller opérationnel de Périclès. Voilà, que ce soit clair, je n'ai jamais été. Je pense que c'est peut-être un projet qu'ils avaient. Ils avaient peut-être l'intention de me solliciter, mais je ne l'ai pas été. Et je suis déjà bien occupé. Mais en tout cas, voilà.
Vous étiez en tout cas en bonne position sur la slide de présentation.
Je suis très heureux de la prendre.
C'est paru dans la presse, M. Pesay. Je suis sûre que vous le saviez avant moi.
Mais d'ailleurs, qu'est-ce que c'est Périclès ? Le projet Périclès, c'est un réseau de médias, d'associations, de think-tanks et d'instituts de formation financés par Pierre-Édouard Sterrin. L'idée est simple. Utiliser une partie de sa fortune colossale pour financer un réseau d'influence qui partage la même vision réactionnaire du monde. Le nom n'est pas anodin. Périclès, c'est le stratège athénien qui a façonné la civilisation occidentale selon sa vision. Le message est clair. Sterrin veut lui aussi façonner la France selon la sienne. Ce qui rend Périclès particulièrement inquiétant, c'est son opacité.
Les organisations qui en bénéficient ne le crient pas sur tous les toits comme on vient de le voir avec l'IFP. Et Alexandre Pesay ne s'arrête pas à la formation politique. Il a aussi créé l'Institut libre de journalisme et est directeur du développement à l'École supérieure de journalisme de Paris par laquelle sont passés Pascal Praud, Pierre de Villeneuve ou encore Geoffroy Lejeune. Vous l'aurez compris, pendant que Bolloré Sterrin finance les médias réactionnaires, Pesay lui s'occupe de former les journalistes qui les composent. Mais ce n'est pas que pour ça qu'Alexandre Pesay est si précieux aux yeux de Pierre-Édouard Sterrin.
Grâce à son aventure aux États-Unis, Pesay dispose d'un carnet d'adresses bien rempli à l'international et ne travaille pas qu'à l'échelle française. Il a créé la bourse Tocqueville, dont s'occupe sa femme, qui envoie des étudiants français aux États-Unis observer et apprendre comment la société civile conservatrice s'organise là-bas. Il est également connecté au réseau Atlas, une organisation américaine fondée en 1981 qui contrôle aujourd'hui plus de 500 think tanks libertariens dans une centaine de pays et dont plusieurs membres sont financés par les grandes industries fossiles pour produire des discours climato-sceptiques, entre autres.
Atlas, c'est précisément le type de structure dont Sterrin a besoin pour ancrer son projet Périclès dans une dynamique internationale. Grâce à Pesay, il ne finance pas simplement un réseau français, il grève son projet sur l'extrême droite mondiale. Alexandre Pesay est certes moins connu que Pierre-Édouard Sterrin ou Vincent Bolloré, mais il fait partie des artisans qui construisent le pont de l'accession au pouvoir de l'extrême droite. Cette bataille culturelle dont il parle, si ouvertement, n'est pas une bataille d'idées sur la place publique, c'est une bataille souterraine menée depuis plus de 20 ans et qui commence à porter ses fruits.
Et contrairement à eux, le média ne dépend d'aucun milliardaire. C'est vous qui nous permettez d'exister. Mais pour poursuivre et continuer de fournir une information libre et indépendante, on a besoin de vous. Alors soutenez-nous en devenant donateurs mensuels sur capsurdicat.lemédiatv.fr Merci d'avoir regardé cette vidéo !