Affaire Jubillar : peut-on traiter un féminicide comme un thriller ?
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter Bonjour, bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Ce matin, il est 7h17, dans un bel appartement parisien, un gros producteur se sert un café. Son téléphone vibre, alerte info, affaire jubilard, Cédric passe aux aveux. Le film tourne déjà dans sa tête. Mieux, la série, une femme disparue nuit d'hiver, un mari qui manque 5 ans, une dépouille qu'on n'a jamais retrouvée, Gilles Lelouch pour incarner le mari ? Non, François Civil, 6 épisodes, non peut-être 8. Et sur la fiche de son futur box-office, il est le seul à savoir où est le corps. Sauf que Delphine Jubilard n'est pas un personnage.
C'est une infirmière de 33 ans, mère de 2 enfants, disparue pour de vrai et toujours introuvée. Peut-on traiter un féminicide comme un thriller ? Les faits divers n'ont jamais fait autant recettes. L'affaire d'Hameur sur Netflix est un million d'heures de visionnage. Xavier Dupont de Ligonnès, 400 000 exemplaires pour le hors-série de Society. True crime, récits criminels, pourquoi cette fascination pour le morbide ? Tout spectateur est un voyeur, disait Hitchcock. Cette passion fait-elle de nous des complices ? Peut-on frissonner sans trahir les victimes ? Anatomie d'un plaisir coupable jusqu'à midi 45. Et ce débat provoque déjà chez vous, les auditeurs, un plaisir trouble.
Vous êtes très nombreux à nous écrire, à se confier sur le WhatsApp de l'émission 0145 24 7000. Aurelia nous avoue. Moi je m'endors tous les soirs avec des podcasts d'affaires criminelles dans les oreilles. Je suis fan de true crime, je ne suis pas fière. Mais bon, c'est ma dopamine. Et Thomas lui répond. Je ne comprends pas cet engouement pour les assassinats. J'ai essayé de regarder la série Netflix sur le petit Grégory, ça m'a mis mal à l'aise. Alors si vous aussi vous trouvez ça un peu malsain et que vous voulez comprendre quand même pourquoi les faits divers vous fascinent, vous nous appelez au standard D maintenant 0145 24 7000.
Et si on en débat aujourd'hui, c'est que depuis hier matin, la France entière n'a qu'un nom à la bouche. C'est un coup de théâtre judiciaire sans précédent, les aveux de Cédric Jubilard.
Elle a eu aussi ce coup de tonnerre dans l'affaire Jubilard. Plus de cinq ans après, Cédric Jubilard avoue.
Cédric Jubilard reconnaît le meurtre de son épouse Delphine. L'information de cette matinée, les aveux de Cédric Jubilard. Et pour en débattre, j'ai à ma table Damien Delsenny. Bonjour. Bonjour. Grand reporter au service police-justice du Parisien. Ce matin, il est déjà à la une de votre journal. Son visage s'abriche en gros, Cédric Jubilard. Votre réaction hier, quand vous avez appris qu'il passait aux aveux ?
Alors, pour dire la vérité, on savait depuis deux, trois jours qu'il allait se passer quelque chose dans ce dossier. On ne savait pas précisément quoi. Mais pour être très honnête, on n'avait pas du tout prévu que c'était des aveux. Et surtout pas dans ces conditions-là. C'est les conditions de son passage aux aveux qui sont absolument incroyables et qui sont dans le droit fil de tout ce qui se passe dans cette affaire depuis six ans quasiment.
Dans cette théâtralisation de ce fait divers, dans ce cirque médiatique fainivial. Bonjour. Bonjour. Vous êtes avocate au Barreau de Paris. Depuis hier, on assiste à un engouement de la presse, un engouement des Français. On oublie parfois que Delphine Jubilard a été tuée par son mari et que ça s'appelle un féminicide.
Oui, et c'est ce qui doit probablement interroger aussi les partis civils dans ce dossier et qu'ils ne doivent pas peut-être comprendre ou en tout cas recevoir d'un mauvais oeil cette fascination, puisque vous l'avez dit, des Français pour ce dossier. Et néanmoins, fascination, il y a.
Bonjour Joachim Barbier. Bonjour. Vous êtes journaliste à Society en kiosque cette semaine. 12 crimes en France. Vous allez nous dire si vous préparez déjà le prochain hors-série de Jubilard pour cet été. Pourquoi est-ce que ce fait divers en particulier attire ? Pourquoi est-ce qu'il fera date ?
Je suppose que c'est une part parce qu'on n'a pas retrouvé le corps. Et puis, quelque part, la façon dont Cédric Jubilard a nié jusqu'au bout, là, ses aveux, les regrets arrivent maintenant. Et pourquoi, pendant ces cinq ans d'instruction, je pense que les policiers l'ont vu plus d'une fois. C'est la première fois que ça arrive, ça. Oui, oui, c'est la première fois et que le procès sert à ça aussi, à des aveux, des regrets. Et ça arrive là, quoi, deux mois, trois mois après. Donc, le timing est très, très, très étrange.
On va revenir sur la personnalité de Cédric Jubilard. Certains disent une personnalité perverse. Jean-Pierre Colombiès, bonjour. Bonjour. Ancien flic de la police judiciaire. On voit naître sur Internet des enquêteurs amateurs, des groupes Facebook, des podcasts qui refont l'enquête. Ça aide, ça, ou ça nuit aux enquêteurs ?
Non, ça n'aide personne. Ça fait vivre les réseaux sociaux, très probablement. Ça n'aide personne. Au contraire, parfois, ça pollue même l'ambiance qui règne autour de ce genre d'affaires. Ça ne rend service ni aux victimes, ni à la défense, parfois, des accusés. Notre avocate présente le confirmera, peut-être. Moi, tout ce que je voudrais dire, c'est que j'ai été très mal à l'aise par rapport à ce qui se passe. Suite à cette annonce-là, pour moi, il y a un malaise qui a été, pour moi, irréversible. On ne peut pas théâtraliser comme ça des crimes.
Et je vois un tempo, pour moi, inévitable, indiscutable, entre sa condamnation à 30 ans et la session d'appel qui s'annonce, là, à la rentrée, au 21 septembre. J'y vois une sorte de mise en scène, un peu macabre, un peu malsaine, très malsaine, même, et qui est, à mon sens, en rapport, d'ailleurs, avec la personnalité du bonhomme, qui, effectivement, pendant cinq ans, a nié, mais en bloc, avec beaucoup d'acharnement, sa responsabilité, mettant même, aujourd'hui, en porte-info ses anciens avocats, qui avaient parfaitement géré le dossier. Il y aura beaucoup à dire après ça.
On entend vos mots, malaise, macabre, et pourtant, quand on regarde l'audience des chaînes d'information, on voit bien que les Français sont branchés en intraveineuse, presque, à cette affaire Jubilard. Dites-nous si, vous aussi, vous suivez ce rebondissement, ce coup de théâtre, un peu comme une série. Les avocats de Cédric Jubilard ont même parlé de crimes passionnels. Ça vous choque qu'on romantisse ce crime passé aux aveux ? Dites-nous tout sur vos plaisirs coupables, 01-45-24-7000, et le temps d'y réfléchir. La voix d'une femme résonne, c'est Lola Jung, from down here, c'est pour vous. France Inter, il est midi 13, c'est le débat de midi qui passe en mode affaires sensibles.
On parle de notre passion, peut-être malsaine, peut-être coupable pour les faits divers. On parle aussi de la théâtralité, et non la théâtralisation des faits divers. Je fais une petite faute de français, les auditeurs me le font remarquer. Et Fatima nous écrit aussi sur le WhatsApp de l'émission, 01-45-24-7000. Elle nous dit, si ces affaires passionnent autant, c'est qu'elles nous parlent de nous, la jalousie, le mensonge, le couple qui tourne mal. On se dit, et si, ça m'arrivait. Mireille nous dit aussi, je vivais mon intérêt pour les faits divers comme une passion coupable. Claire Berest m'a complètement déculpabilisée en avant la sienne dans la chair des autres.
Et enfin Frédéric, 48 ans, dit, moi je suis dépité par la récupération politique autour de ce faits divers, comme pour intensifier le climat d'insécurité et justifier des prises de position. On en parle aujourd'hui avec les journalistes Damien Delseni, Joachim Barbier, l'avocate Fanny Vial et l'ancien flic de l'APJ Jean-Pierre Colombies. Damien Delseni, c'est vrai ce qu'elle dit Fatima. Finalement, ces faits divers, ils nous parlent de nous. Delphine Jubilard, c'était une infirmière de 33 ans, une mère de famille, maman de deux enfants. On peut s'identifier à elle.
Oui, selon moi, c'est le processus d'identification qui fait ou pas le succès, j'allais dire, d'un fait divers. C'est pas la violence, c'est pas le truc ultra glauque qui va attirer les gens, c'est à quel moment n'importe qui va se dire, ça peut m'arriver, ça peut arriver à quelqu'un que je connais, c'est un sentiment que je peux approcher. Finalement, l'affaire Jubilard, c'est quoi ? C'est un couple en crise qui va se séparer, qui est en train de se séparer, et c'est après, effectivement, le geste violent, et c'est après le mensonge, la dissimulation. Enfin, tout ça, c'est des sentiments qui sont très humains, finalement.
Alors, qui ne sont pas le meilleur côté de l'être humain, on est bien d'accord, mais qui sont des sentiments et des gestes, même des idées qu'on peut avoir, en fait. Et c'est comme ça qu'on arrive à s'identifier à ce personnage. C'est pas des gens du tout en marge de la société. Quand on a affaire à des... Moi, j'ai toujours remarqué qu'un fait divers qui traite de gens qui sont en marge, parce qu'ils sont trop violents, parce que c'est un univers qui est trop loin d'une autre, ça ne marche jamais. On ne peut pas raconter d'histoire, puisqu'on est en marge de tout, en réalité. Là, le couple Jubilard, c'est un couple normal.
C'est des gens qui travaillent, qui ont des enfants, ils vont en province, ils sont en train de se séparer, ça ne se passe pas bien, ils ont des problèmes financiers, ce qui est le quotidien de pas mal de monde, en réalité.
Ils ont des problèmes aussi de relations extra-conjugales, ce qui arrive aussi à beaucoup de couples en France. Et au lieu de parler d'un crime, d'un féminicide, écoutez le mot qu'ont employé les avocats de Cédric Jubilard, écoutez bien ce mot très précis.
– Pression médiatique, c'est l'un des plus gros procès, une des plus grosses affaires criminelles françaises, pression des enquêteurs et des magistrats, isolement, médicaments, ça fait quand même beaucoup, pour finalement ce qui s'apparente plus ou moins à un crime passionnel.
– Fanny Vial, ça vous choque qu'aujourd'hui, en 2026, on parle de crime passionnel. Dites-nous ce que ce mot invoque chez vous.
– Oui, c'est très choquant, ça m'évoque des systèmes de défense pour moi, mais je le dis, peut-être ça va choquer, archaïque, moyenâgeux. On ne peut pas imaginer le crime comme étant quelque chose de romantique. Et en plus, en utilisant ce terme de passionnel, une passion est quelque chose de plutôt vu comme positif. À aucun moment, pour moi, il peut être question, en 2026, de crimes passionnels.
– Jean-Pierre Colombiès, vous avez dit, il y a un instant, rien ne va dans ces aveux de Cédric Jubilard, qui parlent décidément à la presse. Est-ce que là aussi, c'est un problème ? Est-ce qu'on arrive à quelque chose qui est novateur dans le storytelling de cette affaire judiciaire ?
– Oui, c'est clair que cette mise en scène, elle est gênante. Moi, elle me gêne beaucoup, parce qu'on prend à témoin l'opinion publique, la presse, et on oublie qu'il y a des magistrats quand même. On oublie qu'il y a un président de Coursassi, qui normalement est légitimement le destinataire de ces aveux-là. On squeeze un peu tout ça, on met en scène une prise de parole de ces deux avocats défenseurs. C'est même malaisant pour la profession elle-même. Mais entre nous, soit dit, on se répète un peu l'histoire bégaye. Rappelez-vous l'affaire Jonathan Daval, où nous avions des scènes, des marches blanches, un Jonathan Daval en larmes qui s'effondrait devant les caméras.
Et en fait, on a appris quelques temps plus tard que c'était lui qui l'avait assassiné. Il n'y a rien de romantique là-dedans. Il y a juste tout simplement la mort d'une femme dans des conditions très discutables, assez complexes. Moi, je mets le côté romantique vraiment très largement. C'est une notion du XIXe siècle, tout ça. Ça n'existe plus. On a tué une femme, point barre.
Alors pourquoi est-ce que les Français s'intéressent à cette affaire ? Je vous demande à tous, Jean-Pierre Colombiès, pourquoi ? Mais à cause de vous. Alors c'est la fausse des journalistes. Non mais on peut remettre tout à fait en question, effectivement. Vous avez votre part. On a notre part, les journalistes, effectivement, en parlent. Mais parce qu'il y a un public aussi. Vous savez bien la réalité. On va faire un peu de l'histoire journalistique.
Je pense pas, je crois que... Je pense que ça répond à une vraie demande. Je pense qu'il ne faut pas voir ça comme une fascination morbide. Mais comme finalement... Non, c'est quelque chose qui doit aussi monopoliser tout un chacun, en fait. De comprendre pourquoi un homme, qui en apparence est un homme comme vous, arrive à commettre la plus innommable des choses. C'est-à-dire tuer la mère de ses enfants. Et je trouve qu'il ne faut pas seulement dire que les gens se voient en la victime quelqu'un qui leur ressemble. Il faut aussi admettre, et c'est une réalité, que les hommes qui passent à l'acte sont des hommes comme vous, comme moi.
Et qu'aussi, ils suscitent un intérêt, puisqu'on veut tous lutter contre les violences faites aux femmes. Et pour ça, il va falloir s'intéresser aux hommes qui passent à l'acte. Et donc je crois que ce n'est pas seulement un intérêt morbide, mais aussi un phénomène de société. Et que vous avez parfaitement raison aussi, à un moment donné, de monopoliser la parole sur ces thèmes-là, parce qu'ils sont essentiels pour notre société. Et on doit s'intéresser évidemment à la victime, évidemment à la lutte faite aux femmes, mais aussi au profil de ces hommes dont il faudrait espérer empêcher un passage à l'acte criminel.
Alors vous avez raison, Fanny Vial, de dire effectivement que ça choque les Français de savoir que monsieur tout le monde peut passer à l'acte et qu'on tue des femmes aujourd'hui en France. Et néanmoins, Patrick, sur le WhatsApp de l'émission 01 45 24 7000, semble un peu rejoindre l'avis de Jean-Pierre Colombiès. Il dit « Moi et ma femme, on regarde des documentaires criminels le soir pour se détendre ». Ça paraît horrible, mais tout le monde fait pareil, non ?
Moi, je ne vois pas où est la honte là-dedans, en plus. Et surtout, pardon, mais il faut deux choses pour un fait divers. Il faut une histoire. Il se trouve que l'affaire Jules Billard, c'est une histoire, puisque c'est quelque chose qui feuilletonne, mais pas du fait des journalistes. Ça feuilletonne parce qu'on a une enquête avec une femme qui disparaît, puis après, il y a des rebondissements. Donc, en fait, finalement, chacun, à la machine à café le matin, dit « Bah toi, qu'est-ce que t'en penses ? Tu penses que c'est lui ? Tu penses que c'est pas lui ? » Donc, l'histoire, elle intéresse. Et deuxièmement, il faut des personnages. Et les personnages, ils y sont dans cette affaire-là.
Ils y sont parce qu'on a effectivement une infirmière à laquelle tout le monde peut s'identifier. C'est une femme qui a envie de changer de vie, qui a envie d'autre chose. Ça, c'est le commun. Et puis, on a un homme qui est assez, finalement, déstabilisant. Parce que nous, quand on a commencé à travailler sur cette histoire, tout au début, on s'est dit « Bon, le plaquiste, un peu bas du front, ça va pas durer longtemps, etc. » Non, mais je caricature à peine. Et on a découvert quelqu'un de beaucoup plus complexe. Et c'est parce qu'il est beaucoup plus complexe que ça devient beaucoup plus intéressant. Et c'est pour ça qu'en fait, cette histoire, ce feuilleton, il a fonctionné.
Il y a des tas d'autres affaires sur lesquelles on a mis exactement les mêmes moyens médiatiques, sur lesquels on s'est dit « Ça, c'est sûr, ça va marcher », qui n'ont absolument pas fonctionné. Parce qu'en réalité, il n'y a rien d'artificiel dans ce qu'on fait. C'est-à-dire qu'une fois qu'on a une histoire qui se nourrit elle-même, des personnages qui sont intéressants, sur lesquels on a envie de raconter des choses, eh bien oui, ça intéresse les gens. Parce qu'encore une fois, ils en parlent le soir chez eux. Ils en parlent à la machine à café. Et chacun a son avis. Mais on l'a présenté comme on en a présenté des dizaines.
Oui, Damien Delsenis, mais quand on regarde les auditeurs, Bernard nous dit, par exemple, c'est du voyeurisme. Un point, c'est tout. Vous lui répondez quoi ? En partie. Bien sûr. Non, mais je l'avoue, mais autrefois...
Pardon, on rentre depuis sa télé ou quand on lit un journal, un magazine, on rentre dans l'intimité d'un couple, d'une famille, quand c'est du pont de Ligonnès, d'un clan, des fois d'une vie.
Oui, je rappelle que vous êtes issu du journal Society qui avait fait ce hors-série sur Xavier Dupont de Ligonnès qui s'était vendu à 400 000 exemplaires, Joachim Barbier.
Donc voilà, on rentre par la petite porte derrière les murs d'une maison avec toujours les premiers témoignages quand les télé arrivent sur place. Je ne pensais pas, c'était un père de famille qui avait l'air bien, il disait bonjour à la boulangerie. Et tout d'un coup, on découvre une autre réalité parce que l'être humain est ainsi fait et donc on retrouve une facette morbide. On découvre souvent des mobiles qui nous paraissent un peu simplistes. La jalousie, c'est le moteur de l'affaire du petit Grégory. Et donc voilà, évidemment que c'est du voyeurisme. Mais après, je pense que pour nous, journalistes qui comptent, c'est la façon dont on le traite.
C'est la distance qu'on prend par rapport à des faits. C'est-à-dire qu'on sait très bien que plus les faits sont morbides ou horribles, plus il faut prendre de la distance, faire attention au vocabulaire qu'on utilise et à ce qu'on raconte. Mais nous, les journalistes, on n'est pas dans la morale, on est dans les faits et le contexte.
Bien sûr, mais je ne remettais pas forcément en question les journalistes, mais plutôt cette passion des auditeurs. Par exemple, Hélène nous dit, c'est pendant un épisode de dépression sévère que j'ai commencé à binger des podcasts de faits divers. Alors, binger, ça veut dire consommer en masse, masse, masse, étrangement. Ça m'a fait du bien.
Vous ne m'empêcherez pas de penser qu'il y a une partie de business aussi, quelque part ? Dans notre cas, on ne se dit pas, ça, ça va marcher. On a envie de raconter. Si on raconte notre pays et la société, après, il faut effectivement qu'il y ait une matière. Ce que vous parlez des épisodes, mais ça, on ne les maîtrise pas, on ne les contrôle pas. Mais personne ne se dit, on n'est pas aussi cynique à se dire, ah tiens, ça, ça va marcher, ça, ça ne va pas marcher. Non, mais c'est quand même plus intéressant pour vous, pour vendre du papier. Excusez-moi, mais je suis peut-être basique dans l'idée. Mais quand il y a un mystère, et il y a un mystère, pourquoi ?
Parce que, un, dans Jubilard, on ne retrouve pas le cadavre de la dame. Ligonnès, on ne sait pas où il est, jusqu'à Nouvelle-Or. Et donc ça, ça concourt. Mais je suis désolé, la fascination, la marchandisation du drame, ce n'est pas moi qui l'ai inventé. Ce sont des journaux comme Le Gaulois, comme l'illustration du début du siècle, où il y avait des premières pages qui étaient très visuellement marquantes, et ça a créé une tempétence. Cela étant dit, Jean-Rat César, ce qui est à César, avant, au théâtre, ce qui marchait le mieux, c'était le boulevard du crime. C'était dans les grands boulevards, les pièces de théâtre qui racontaient déjà des affaires glauques et des affaires sordides.
Parce que ça intéressait, je vous rappelle encore, je terminerai là-dessus, qu'avant, les peines étaient publiques. C'est-à-dire que les tortures et les exécutions étaient publiques. Ça devait servir un petit peu d'avertissement à ceux qui étaient tentés de franchir la ligne jaune. Mais il y avait aussi un public pour ça. Parce qu'il y avait du voyeurisme par rapport à un spectacle. On mettait et la mort et la torture en spectacle. Et ça n'a jamais cessé. Et ça continue, ça se rend très bien.
Ils sont nombreux, les auditeurs, à vouloir participer à ce débat avec vous, à vous poser des questions. On est en ligne avec Sylvain, qui a appelé le standard 01-45-24-7000. Bonjour Sylvain, merci d'être avec nous. Je crois que ce mot de crime passionnel, ça vous a fait choquer et vous avez composé le numéro de téléphone de France Inter.
Oui, tout à fait. Mais bon, le sujet a été abordé avec une de vos invitées. Je trouve que c'est inadmissible d'employer encore des termes comme ça qui normalement ont été bannis même du langage juridique. Il n'y a pas de crime passionnel, c'est un féminicide. C'est tout. Et moi qui ai deux filles, si jamais il leur arrivait quelque chose, on ne parlerait pas de crime passionnel. Ou alors, si une femme tue son compagnon ou son mari, alors c'est quoi ces crimes passionnels aussi de l'autre côté ? Les mots comptent. Et je pense que les médias devraient faire attention aussi là-dessus.
Important effectivement, la place des journalistes dans le traitement de ces infaires. Régis est avec nous en ligne. Bonjour Régis. Est-ce que vous trouvez, vous, qu'on en fait trop les journalistes ? Allez-y clairement Régis. Merci d'avoir appelé au standard.
Oui, bonjour. Merci de votre accueil. Oui, je voulais dire que, selon moi, les faits divers prennent une place trop importante dans l'actualité en raison du fait qu'il s'agit d'affaires strictement privées. Évidemment, elles deviennent publiques lorsqu'elles passent en justice au tribunal. Les tribunaux sont ouverts à tous. L'information peut également passer. Mais on en fait souvent la une des journaux, papiers ou radio ou télé, etc. Et je trouve que cela, pour résumer, c'est un petit peu malsain. Ça a été déjà dit d'une certaine façon dans notre émission parce que cela flatte un petit peu une curiosité qui me semble, moi, malsaine et qui n'est plus, à mon avis, de l'actualité.
C'est-à-dire que, bon, la criminalité, c'est quelque chose d'universel. Et donc, il y a des sujets vraiment d'actualité qui sont beaucoup plus importants. Pendant qu'on parle d'un crime comme ça, je ne sais pas combien il y a eu de victimes en Ukraine, on n'en parle plus beaucoup.
Merci. Merci d'avoir appelé au standard. On arrive, pour les auditeurs qui arrivent, on va continuer en débat. Joachim Barbier, votre réaction à cet auditeur qui dit, attention, on surfe, on veut vendre du papier, il y a des sujets peut-être plus importants ?
Non, mais c'est des choix éditoriaux. Il a en partie raison. Quand on voit le traitement de l'info sur les chaînes d'info continue,
parlez de votre journal, par exemple, vous pensez qu'un numéro sur la guerre en Ukraine se vend mieux ou moins bien qu'un hors-série sur Xavier Dupont de Ligonnès ?
On ne sait jamais ce qui va se vendre bien ou pas. Vous êtes sûr ? Oui, oui. Non, non, mais honnêtement. Donc, des fois, on pense que ça va marcher, qu'on va vendre des magazines et puis, des fois, on a des bonnes surprises. Mais, voilà, je reviens à ce que je disais, c'est-à-dire, c'est la façon de le raconter. La fascination dont on parle, le voyeurisme, nous, on l'a déjà au départ quand on fait un choix de traiter un sujet, c'est qu'il nous intéresse et il y a des questions auxquelles on espère répondre, avoir, obtenir des infos pour un petit peu faire avancer l'affaire.
Mais, oui, mais on peut aussi, dans son, dans chaque magazine, dans chaque numéro, traiter à la fois l'Ukraine, traiter des gens qui ont des problèmes de logement parce que c'est une vraie question, des problèmes de pouvoir d'achat et puis aussi, avoir des faits divers dans un même numéro.
Paloma nous dit sur le WhatsApp de l'émission 01 45 24 7000, il y a un détail qui me dérange, ces émissions gagnent de l'argent, on fait du profit avec un cadavre. Et Marc, au contraire, lui se confie, nous raconte, moi je m'endors avec affaires sensibles tous les soirs, est-ce que ça fait de moi quelqu'un de morbide ? Franchement, eh bien je ne crois pas, j'apprends comment fonctionne la justice, comment on enquête, ce n'est pas du voyeurisme, c'est de la curiosité. On va continuer à interroger notre fascination pour les faits divers, il résonne tellement qu'il suffit de quelques mots pour savoir de quoi l'on parle.
Par exemple, si je vous dis Vologne, vous pensez évidemment à Grégory, si je dis Nantes-Terrasse, vous pensez à Xavier Dupont de Ligonnès. Ces faits divers sont fascinants mais peut-on les lire sans se cacher ? Si vous êtes sur la plage, par exemple, est-ce que vous cachez un peu votre exemplaire du magazine Society ? Votre avis au 01 45 24 7000 deux minutes pour nous appeler le temps d'un toast avec Stromae qui lève son verre. Santé, à nos plaisirs coupables.
à ceux qui n'en ont pas à ceux qui n'en ont pas Rosa, Rosa quand on fout le bordel tu nettoies et toi, Albert quand on trinque tu ramasses les verres Céline, Bataire toi tu te prends des vestes à ceux qui ne célébrent pas à ceux qui n'en ont pas à ceux qui n'en ont pas C'était Stromae,
Santé ! Allez, il est midi 32, on continue à débattre sur France Inter, c'est le débat de midi, on débat des faits divers, autopsie d'un plaisir coupable, je vous rappelle que Cédric Jubilard est passé aux aveux et la France se passionne pour cette affaire criminelle. Peut-on traiter un féminicide comme un thriller ? Vous êtes nombreux à nous écrire, à penser à Delphine Jubilard, Sophie nous dit moi je pense aux enfants pour qui cet emballement médiatique doit être insupportable. Sandrine aussi nous écrit j'ai suivi l'affaire Jubilard tous les jours pendant des mois mais plus ça va, plus je me demande si je ne me suis pas repue du malheur de cette femme.
Ça me met mal à l'aise tout d'un coup et Bernard dit arrêtez votre moraline grâce à ces émissions des affaires classées ont été rouvertes, des erreurs judiciaires réparées, le fait divers bien traité, c'est utile, ne jetez pas tout et vos propos sur l'âme humaine ont beaucoup passionné les auditeurs. Catherine nous dit ayant moi-même une histoire familiale extrêmement violente je suis fascinée par l'âme humaine hébétée par son côté sombre et j'essaie de comprendre à quel moment on bascule et comment est-ce qu'on reconnaît ce moment.
Autour de la table les journalistes Damien Delceni et Joachim Barbier, l'avocat de Fanny Vial, l'ancien flic Jean-Pierre Colombiès et aujourd'hui à 12h33 on fait entrer l'accusé. On est en ligne avec Christophe Ondelat. Bonjour ! Vous êtes journaliste auteur du podcast 100% au-delà que le plus écouté de France. Vous avez passé votre carrière à raconter des crimes. Vous êtes le roi du fait divers. Vous assumez totalement ?
Alors j'assume ce qui est ma particularité qui est une forme de confort qui est de raconter des histoires qui ont une vérité judiciaire. Je ne raconte que des histoires qui sont finies et je compatis à la difficulté de mes collègues qui doivent comme dans l'affaire du Bizarre raconter une histoire dont ils ne connaissent pas la fin et dont ils ne connaissent même pas la totalité en l'état. C'est-à-dire qu'on ne sait pas à ce stade s'il va confirmer devant le président de la cour d'assises ce qu'il semble avoir dit à son avocat. Donc c'est compliqué d'être journaliste d'actualité.
Moi j'ai le confort d'un temps de la vérité judiciaire que je trouve sacré et je reconnais que c'est plus facile pour moi.
Les psychiatres parlent d'une pulsionscopique un plaisir trouble à regarder l'interdit à écouter l'interdit ils disent que c'est universel est-ce que vous le ressentez dans cette audience cette attirance finalement pour l'interdit ?
Je ne crois pas. D'abord il y a toutes sortes de crimes dont tous ne fonctionnent pas avec le même moteur. Le moteur de l'affaire Jubilat oui c'est un processus d'auto-identification c'est-à-dire est-ce que je serais capable de faire la même chose moi ?
Si ma femme m'attrapait le bras pour me dire qu'elle en a marre et que je la trompe est-ce que moi je suis capable de lui filer une base qu'elle tombe elle tape la tête sur le carlage elle est morte je ne sais pas ça c'est un processus d'identification mais il y a aussi dans le fait divers les crimes commis par les psychopathes par exemple je ne sais pas Di Georges Francisone etc là on sait qu'on ne peut pas on sait qu'on ne va pas qu'on ne leur ressemble pas et là on les regarde de très loin on voit l'humanité différente les psychopathes ne nous ressemblent pas et donc on a un intérêt pour les cas extrêmes de l'humanité ce n'est pas du tout la même chose
Christophe Vondelat restez avec nous on va parler de la catharsis avec vous Jean-Pierre Colombiez puisque vous êtes régulièrement au théâtre c'est l'idée donc depuis les tragédies grecques qu'on décharge notre propre violence par l'indination est-ce que ça cette version cathartique du fait divers ça vous parle ?
je ne sais pas je ne suis pas psychologue ni psychiatre on va quand même remettre les choses en perspective comment on observe un crime un acte criminel et comment on l'analyse je crois que chacun a sa réponse en soi je crois qu'il n'y a pas de vérité acquise on a tous une sensibilité particulière à ça
Damien Delsenny vous avez votre avis sur cette cathartique justement on regarde ces crimes pour exorciser notre propre violence
alors moi je m'interdis totalement de me poser ce type de questions nous en tant que journalistes on est vraiment obligé de le regarder d'une manière extrêmement factuelle c'est-à-dire nous on est là pour essayer de savoir au maximum ce qui a pu se passer et le raconter derrière moi je me contente je suis vraiment juste de ça c'est déjà suffisamment compliqué
bien sûr mais quand vous écrivez votre article Damien Delsenny vous êtes obligé de le scénariser un peu de faire monter la tension par exemple
je vous assure que c'est pas franchement comme ça que ça se passe en réalité je suis assez d'accord on est assez incapable de savoir à l'avance ce qui va fonctionner ce qui ne va pas marcher encore une fois c'est très il y a des affaires qu'on a traité dont on pensait qu'elles allaient faire beaucoup de bruit elles n'en ont fait aucun d'autres où on a démarré en se disant ça franchement c'est pas très intéressant et ça a pris beaucoup d'importance et c'est pour ça que je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'auditeur tout à l'heure qui disait en gros quand vous parlez des faits divers vous ne parlez pas de l'Ukraine donc en gros le fait divers est quelque chose qui est un peu hors société moi je ne suis complètement pas d'accord avec ça parce que si on parle aujourd'hui autant des violences faites aux femmes c'est parce qu'au départ on a été déterré des faits divers des faits minicides et que c'est devenu un problème de société pourquoi aujourd'hui on parle des violences faites sur les enfants parce qu'il y a eu l'affaire Léana c'est peut-être terrible d'en arriver là mais s'il n'y a pas de faits divers et si nous on ne met pas en lumière ces faits divers là il n'y a pas de faits de société derrière
on a entendu vous dites les faits les faits je suis journaliste mais quand on lit l'auditrice Marie elle nous dit je vais être honnête moi quand j'ai appris Fanny Vial avocate 73% des auditeurs de podcast True Crime sont des femmes des femmes qui suivent des affaires où les victimes sont souvent des femmes qu'est-ce que ça dit de nous ?
sociologiquement c'est intéressant de voir effectivement que ça lit un public féminin moi je pense que dans ce type d'affaires ce qu'on essaye de comprendre c'est évidemment on s'identifie à la victime on se dit ça pourrait être nous qu'est-ce qui amène cette femme à vivre ces choses horribles et à avoir ces enfants endeuillés mais il y a aussi le fait de se dire qu'est-ce qui amène cet homme à un moment donné à réagir de cette façon-là et c'est vrai que je veux revenir un peu sur un point important il ne faut pas s'empêcher de regarder d'abord parce que comme le disait si bien votre journaliste sur le plateau c'est ce qui permet aussi de faire avancer d'analyser les choses de parler peut-être de criminalités qui sont peut-être moins représentées mais qui sont toutes aussi importantes et qui doivent nous monopoliser en termes de politique pénale mais c'est aussi et il faut le dire important de s'intéresser à ces faits divers parce que si on accepte ce terme évidemment parce que la justice est rendue au nom du peuple français et les audiences sont publiques et il y a encore aujourd'hui trop peu d'auditeurs qui n'ont jamais poussé la porte d'une cour d'assises et je les invite à venir à regarder concrètement comment est-ce qu'on fait pour juger un autre homme parfois qui a commis des crimes les plus sordides
Cécile nous écrit sur le WhatsApp de l'émission nous avec des copines on a des groupes WhatsApp ou Insta où on s'envoie les actus ou même tous les rebondissements des faits divers et Gabriel nous dit mouvons-moi les faits divers sont des contes modernes ils nous renvoient à nos zones obscures à nos perversités et sont comme des leçons de ce qu'il ne faut pas faire on est en ligne avec Christine qui a appelé le standard merci Christine d'être avec nous je crois que vous aussi vous avez ce petit plaisir coupable d'aimer beaucoup les faits divers non alors justement je me sens un petit peu hors sujet que justement moi je ne suis pas priante des faits divers mais je suis assez priante des séries des fictions alors effectivement certaines qui ont tiré des faits divers et alors peut-être oui il y a ce côté de voyeurisme je ne sais pas moi je ne me reconnais pas là-dedans mais bon la question est la raison de mon appel mais c'était en début d'émission
avant de suivre
ce débat c'est de savoir effectivement qui s'inspire de qui c'est-à-dire que oui il y a des journalistes et les médecins et les réalisateurs qui vont s'inspirer de faits divers terribles pour faire des séries des films etc j'en ai regardé voilà mais après je regarde ce qu'il se passe dans la réalité donc effectivement je connais tout un autre mais bien sûr très intéressant de savoir qui s'inspire de qui est-ce que c'est le monde du cinéma ou la télévision qui va s'inspirer des faits divers ou est-ce que les faits divers peuvent donner des séries est-ce que vous pensez autour de la table les deux vous dites qu'il y aura peut-être un jour un film un podcast sur l'affaire Jubilat
c'est très probable c'est déjà en route je ne sais pas comment on pourrait y échapper mais il y a ce besoin de vibrer ce besoin d'avoir peur on regarde aussi des films d'horreur parce que ça donne de l'attention ça provoque de l'attention mais un peu je rappelle que du moins que le film Hit l'avait un petit peu titillé pour devenir lui-même braqueur comme quoi on peut se nourrir de ça vous avez aussi des flics qui sont rentrés dans la police parce que les films de policiers trouvaient ça assez rock'n'roll c'est votre cas
Jean-Pierre Colum
je lisais beaucoup de livres pas de romans mais de biographies ou d'histoires criminelles et ça me passionnait bien évidemment donc ça peut faire naître des vocations et ça peut inspirer aussi des réalisateurs on le voit bien il n'y a pas une semaine voire pas une journée sans qu'il y ait une émission une série qui raconte une chronique de flics tout simplement
Fanny Vial un film sur Delphine Jubilard avec une grande actrice césarisée pour l'incarner en plusieurs temps avec des rebondissements une série Netflix même en plusieurs épisodes
ça vous choque ?
je comprends que ça puisse choquer en tout cas une partie d'entre nous parce qu'effectivement derrière il y a des histoires réelles il y a des gens qui souffrent il y a des familles qui sont brisées et c'est vrai que derrière il y a une industrie du cinéma et donc il y aurait cette mise en balance finalement très morale de se dire est-ce qu'on fait bien à cautionner ça en allant regarder ce futur film sur l'affaire Jubilard je comprends franchement que ça interroge je ne sais pas si moi-même j'irais mais en tout cas s'y intéresser je trouve c'est normal et il faut surtout que tout le monde se monopolise parce que ça dit beaucoup de notre société ça dit beaucoup de notre capacité à anticiper des situations dégradées au sein du couple et quelque part peut-être à trouver des solutions et à empêcher des féminicides qui sont toujours trop nombreux en France
Joachim Barbier dans l'équipe des journalistes de Society on prépare déjà ce hors-série sur l'affaire Jubilard pour cet été ?
non je ne crois pas qu'il y a des gens chez nous mais vous souriez quand même
pour les auditeurs qui nous entendent
je dis quand même
qu'il y a un sourire au lèvre
non je ne suis pas en train de cacher quoi que ce soit mais comme Christophe Ondelat il peut aussi nous arriver de traiter des sujets une fois que l'affaire est terminée a priori il va y avoir un procès en appel mais pour sur votre question d'avant quand on regarde le succès des plateformes notamment de Netflix le succès de Netflix c'est Making a Murderer c'est la première série en true crime donc voilà et aujourd'hui tout le monde s'y met la série sur Edkin qui a inspiré Hitchcock pour son film psychose oui oui et donc ça a toujours ça a toujours existé donc à la fois maintenant les plateformes qui sont les acteurs on va dire incontournables effectivement qui lisent nos enquêtes nos papiers pour en faire des adaptations et que dans l'autre sens aussi on peut être inspiré par un film ou une fiction ça marche dans les deux sens
ce qui est intéressant c'est qu'effectivement ça existait déjà avec Jack Léventreur qui faisait vendre beaucoup de journaux qui continue d'ailleurs à faire vendre néanmoins Laurence quand même insiste sur la responsabilité des journalistes elle dit le problème c'est que les journalistes rendent les affaires excitantes et limite glamour Damien Delsenis que répondre à cette auditrice ?
Non enfin pour revenir aussi sur la différence entre la fiction et la réalité moi je vous assure ça fait 25 ans que je fais ce métier la réalité a toujours dépassé la fiction je sais que c'est un poncif mais il n'y a aucune histoire l'affaire Jubilar si vous la faites écrire par un scénariste on va vous dire non il y a des trucs ça va pas c'est trop donc en fait non la réalité elle est toujours moi je trouve bien meilleure que la fiction et je trouve que c'est extraordinairement difficile d'ailleurs de fictionner à partir d'une histoire vraie parce que souvent on va gommer des choses qui sont des petites aspérités qui vont pas avec la télé ou qui vont pas avec une série et moi je trouve préférable de parler de la réalité de faire un documentaire d'essayer de coller aux faits pour essayer de raconter la vraie histoire et pas l'histoire qui nous arrange en éliminant 2-3 aspects d'une personnalité ou 2-3 faits qui nous arrangent pas pour le scénario je trouve que c'est préférable comme ça
merci d'avoir débattu des faits divers en tout cas vous êtes très nombreux les auditeurs à être fans d'affaires sensibles merci à vous Damien Delseni Joachim Barbier Fanny Vial Jean-Pierre Colombiez Demain une question brûlante faut-il laisser l'intelligence artificielle piller les voix les textes des artistes l'entrepreneur Rafik Smati dit non à la régulation car ça brille de l'audace il sera face au directeur du point Etienne Jernel rendez-vous à midi à la technique aujourd'hui c'était Guillaume Roux et Jérôme Raganot