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interviewBLAST (sur YouTube)· 24 mars 2023 7 min

RETRAITES : L'EMBRASEMENT

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

D'abord, je vous le dis, il y a différentes formes de contestation. Mais on ne peut accepter ni les factieux, ni les factions. Ce texte, il va poursuivre son chemin démocratique.

Cette réforme, elle est nécessaire. Et je le dis aux Français, ça ne me fait pas plaisir, j'aurais voulu ne pas la faire. Nos retraites !

Les violences, il faut les condamner. Je l’ai dit, ni les factieux, ni les factions dans la République. 49.3 degrés, c’était la température ressentie hier dans de nombreuses villes de France.

Pour cette 9ème journée de mobilisation, le ministère de l’Intérieur a recensé 1 million de manifestants. De son côté, la CGT avance le chiffre de 3,5 millions de personnes dans la rue. Depuis une semaine et l’utilisation du 49.3, la colère a explosé.

Pas à Matignon, c'est pas dans les salons qu’on obtiendra satisfaction, c'est dans la rue qu'il faut lutter ! Et l’intervention télévisée du président de la République, la veille, n'a pas calmé le mouvement. Bien au contraire.

J’ai cru comprendre que l’intervention d’Emmanuel Macron vous avait mis assez en colère hier ? Je ne suis pas le seul d'ailleurs, vous avez remarqué, je ne suis pas le seul, je pense que c'est une...

J'ai dit que c'était lunaire,hors sol, il y a des millions de personnes qui sont dans la rue, des gens en grève, depuis des jours et des jours. Et lui, il fait comme s'il ne se passait rien, le monde entier nous regarde, tout le monde parle de nous dans toute la presse internationale : grèves, manifestations, et lui dit "bon, et si on parlait d'autre chose". Le président de la République, par son attitude, par le choix de la façon dont il a fait passer sa réforme, il est responsable de la colère.

Ah mais moi je pense que c'est notre meilleur atout, qu'il continue à parler, voilà le résultat. Qu'il parle, qu'il continue à parler, il y a de plus en plus de monde dans la rue. Donc il a beau expliquer aux Français qu'on n'a pas compris, qu'on est des bécassons et qu'on ne comprend pas sa réforme, dès qu'il parle, on met des gens dans la rue en plus.

Qu'il continue, ça nous arrange. Le meilleur allié du camp social en fait, Emmanuel Macron. C'est le meilleur allié du camp social pour retirer cette réforme.

C'est notre meilleur allié, c'est notre atout. Voilà, donc qu'il continue à parler, qu'il continue à être aussi exubérant sur les propos, et voilà aujourd'hui une mobilisation qui se regonfle à bloc partout en France. Donc voilà, c'est notre meilleur allié, oui.

Le recours au 49.3, on l'a vu, fait changer les choses. Parce que là, il en va du fonctionnement démocratique de notre pays, de la reconnaissance d'un fait social qui est le plus grand mouvement social de ces 40 dernières années, et du fait d’avoir le sentiment de ne pas être écouté.

Longtemps en retrait derrière Elisabeth Borne, le président semble avoir à nouveau cristallisé toutes les colères sur sa personne. Beaucoup le désigne comme le seul responsable de la situation. J'ai envie de le dire comme ça, le factieux c'est lui.

Il a utilisé, mais c'est quoi un factieux ? C'est un petit groupe qui veut imposer sa loi à une majorité. Mais qui aujourd'hui veut imposer à un pays tout entier qui dit non, une réforme qu'il ne veut pas ?

Donc on est là, et la manifestation d'aujourd'hui, son succès manifeste, démontre que la détermination reste intacte, voire même est encore plus forte que depuis la semaine dernière. Je me suis rendu compte que le président de la République faisait le choix, le pari de la violence. Il fait le pari de provoquer, de susciter de la colère pour que l'opinion se retourne contre les organisations syndicales.

Il fait le pari de casser ce mouvement pacifique qui existe depuis deux mois pour provoquer des heurts, des blessés, autant chez les policiers que chez les manifestants. Il fait régner la peur, et ça m'inquiète énormément. C'est un casseur.

Le cortège est massif, de l’ordre de la mobilisation du 7 mars. Jusqu’à République, l’ambiance est festive mais déterminée. Les premiers affrontements ont lieu sur les Grands Boulevards.

Certains manifestants neutralisent les caméras de surveillance. Les forces de l’ordre sont là en grand nombre. Charges et lacrymogènes se suivent.

L’arrivée de pompiers grévistes est saluée par la foule. Les pompiers avec nous ! Avance, avance !

Avance ! Où j’avance, connard ! Avance !

C'est bon ! Tu peux avancer ! La place de l’Opéra se révèle être une souricière.

Les forces de l’ordre y utilisent copieusement grenades fumigènes et de désencerclement, même lorsqu’ils ne sont pas encerclés et quitte à mettre en danger manifestants et journalistes Le T-shirt va devenir un peu jaune. Ok. Ok.

C'était quoi du coup ? Je pense que t'étais au niveau d'ici là. Ouais, ouais.

Et un gros boum, c'est une GLI F-4. Tu vois ce que c’est ? Ouais.

Ok. J'ai le bras tout endolori. Chaos boulevard des Italiens.

Face à la nasse mise en place autour de l'Opéra, la foule s’éparpille dans les rues adjacentes et reflue vers République. Est-ce encore du maintien de l’ordre lorsque charges et matraquages sans interpellation se succèdent ? La virulence du dispositif policier pose question.

La nuit tombante ne diminue pas l'intensité des affrontements. Les poubelles qui s’amoncellent depuis presque trois semaines, fournissent le matériau idéal pour allumer des feux. La police en a compté 140.

Ici, c’est ce camion de police a réussi à en emboutir un autre. La préfecture annonce près de 108 interpellations et 123 policiers blessés. Aucun chiffre côté manifestants pourtant sur le terrain nous avons vu de nombreuses personnes touchées.

Les derniers opposants échouent finalement place de la Bastille où ils sont nassés. La police dénonce l’action de 1000 éléments radicaux, hier nous avons surtout vu des gens ulcérés par l’attitude du locataire de l’Élysée. Qui pouvait croire une seconde à une décrue du mouvement après le discours du président ?

Si ce n’est le gouvernement, complètement hors sol. Une semaine après l’usage du 49.3 pour adopter sa réforme des retraites, Emmanuel Macron persiste dans son face à face avec la rue.

Malgré la colère, malgré les violences. La France s’embrase et lui continue à jeter de l’huile sur le feu.