Jean Pisani-Ferry (France Stratégie) : « Il faut un débat de meilleure qualité »
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Jeanpisan Féri. Bonsoir. Vous publiez donc chez Fillard le livre intitulé A qui la faute, comment éviter les erreurs économique, un livre que vous avez coécrit avec Selma Mafous.
Alors, on a déjà beaucoup dit, beaucoup écrit depuis hier soir sur la décision de François Hollande de ne pas se représenter à la la prochaine élection présidentielle. Ce soir, je voudrais qu'on aille un petit peu plus loin, plus loin que l'homme et de l'étiquette politique pour nous intéresser justement à la méthodologie de l'art de gouverner. dans votre livre, vous montrez qu'en politique économique, il y a bien des manières de faire fausse route.
Oui. Alors, le livre n'est pas un bilan du quinquena. Euh bien sûr, c'est beaucoup plus large, on va le voir.
C'est une anatomie des erreurs en politique économique parce que les erreurs d'ailleurs, non, les erreurs au cours des des 10 dernières années, on a une accumulation d'erreurs qui ont coûté extrêmement cher. On a la la crise financière, on a la crise de la zone euro, donc sur le plan international et puis en France, on a cette difficulté, cette impuissance apparente face au chômage qui dure depuis très longtemps. On essaie de d'analyser au fond d'où viennent ces erreurs parce que ces erreurs elles ont coûté extrêmement cher économiquement, elles ont coûté extrêmement cher politiquement.
C'est la source d'un discrédit socialement bien sûr. C'est la source d'un discrédit très profond des dirigeants politiques. Donc essay de comprendre d'où elles viennent.
Alors sur quoi butent nos dirigeants ? Trop de risques inconsidérés, trop de paris hasardeux. Vous parlez de la revanche de la complexité.
C'est quoi ça ? Euh c'est le fait c'est une des sources d'erreur, c'est le fait que euh le système est devenu très très complexe et donc de prendre une petite mesure qui améliore en principe les choses marginalement, elle peut très bien avoir des effets contre-productifs ou elle peut ne pas avoir d'effets du tout. Un bon exemple de ça, c'est la situation de de l'emploi.
On a empilé au fil des années toute une série de dispositifs qui chacun vise à traiter un problème particulier, un aspect, un public particulier. Et au fond, au fur et à mesure qu'on empile, on crée un système d'une énorme complexité et quand on fait une réforme partielle, on a beaucoup de mal à en voir les effets. Euh et ce que disent les économistes, ce que savent les économistes, c'est que c'est pas parce qu'on fait un petit pas dans ce qui est en principe la bonne direction que nécessairement on obtient des résultats.
On peut même éventuellement dans certains cas empirer les choses. lors de son intervention télévisée justement hier François Hollande s'est livré à ce bilan de l'action depuis le début du du quinquena soulignant vous l'avez dit d'ailleurs, le le la difficulté de régler la question du chômage. Donc François Hollande est finalement victime comme les autres peut-être d'ailleurs de de cette politique inaboutie depuis 30 ans.
Oui. Euh certainement. Enfin, le le problème de la méthode française, c'est que sur toute une série de sujets, chaque gouvernement essaie de faire un petit peu un petit bout de chemin avant de passer le bâton au suivant.
Vous savez combien on a fait de lois qui touchent au marché du travail depuis 15 ans ? Une par trimestre. Une par trimestre.
Donc chaque chaque trimestre, on bricole, on a on change un petit peu quelque chose. On a fait quatre réformes des retraites en 20 ans. Si j'entends bien, on va faire la 5è au cours du prochain quinquena.
C'est tout c'est tout sauf ce que nous apprennent un certain nombre de de d'exemples étrangers hein, dans lesquels on met son capital politique sur une réforme qui transforme et on essaie de créer de la stabilité. Alors dans ces exemples, vous citez bien sûr la naissance de la dernière crise financière 2007-2008 par partie de la la Banque Lman Brothers, la crise européenne. À chaque fois, visiblement c'est mêmes causes, mêmes effets, c'est-à-dire il y a une somme d'individualité notamment en Europe, une somme d'individualité pas assez de faire ensemble.
C'est pas toujours les mêmes causes, les mêmes effets. La chute de les Man Brothers ce sont des gens qui essayent un manque d'anticipation de manque d'anticipation, ils essayent d'empêcher la faille de cette banque et ils n'anticipent pas qu'effectivement ils n'ont pas le capital politique qui leur permet d'obtenir des ressources publiques et à un moment il butent sur le fait que ben leur les solutions sur lesquelles ils travaillent ne marchent pas et ils baissent les bras. Si vous prenez la crise dans la zone euro, c'est pas ça.
C'est une persistance dans un diagnostic erroné. Le diagnostic, c'est que le problème européen, c'est un problème budgétaire alors que c'est un problème de faiblesse de la de la reprise. L'ajustement budgétaire, il va falloir le faire mais il vient trop tôt, il a des conséquences trop fortes et on persiste pendant plusieurs années parce que on se fit un peu trop aux règles qu'on a qu'on a fixé ensemble.
Alors Jeanpisaniféri, l'erreur ce sont les autres ou c'est une œuvre collective ? Euh c'est une œuvre collective. Ce sont les autres.
C'est une manière de dire que ils y participent mais on y participe soi-même. Non, l'erreur l'erreur c'est ce sont les gouvernants. Bien sûr, ils portent la première responsabilité.
Il s'agit pas de les exonérer mais il travaillent dans un système, il travaillent avec un environnement, il travaillent avec un débat. Et ce que nous disons, c'est que une des manières d'améliorer les choses, c'est aussi d'avoir un débat de meilleure qualité, d'avoir plus de de controverse au fond, de de de d'aller au fond des des désaccords et pas simplement de se limiter au contre aux invectifs. Un récent rapport publié par l'organisme France stratégie donc que vous dirigez porte sur les lignes de faille de notre société.
On y voit clairement que les divisions qui traversent la société sont perçues en France beaucoup plus qu'ailleurs comme menaçantes et dites-vous indépassable. Le mot est fort. Si c'est indépassable, c'est qu'il y a vraiment rupture.
Finalement, ce qui est caractéristique de la la situation française, c'est que les Français ont un diagnostic, une vision sur les divisions au sein de la société française qui est beaucoup plus pessimiste que ce que disent les chiffres. L'exemple, c'est si vous demandez aux Français est-ce qu'ils ont peur de la pauvreté ? Ils ont beaucoup plus peur que les Espagnols.
Il y a beaucoup moins de pauvreté en France qu'en Espagne. Pas du tout, pas du tout. Euh je il faut analyser les raisons de ce ce désajustement.
C'est pas dire que les Français ont tort. C'est dire qu'il y a les chiffres d'un côté, il y a la manière dont les gens vivent de l'autre côté. Et ça ça désigne en fait une défiance dans la capacité de nos institutions, de notre système politique, de nos nos méthodes collectives à régler les problèmes.
Si vous voulez, vous pouvez être dans une situation très difficile. Si vous avez confiance dans vos institutions, dans votre capacité de rebond, ben vous êtes moins pessimiste. Si vous avez pas confiance dans votre capacité de rebond, alors n'importe quelle difficulté est amplifiée.
C'est la confiance quoi, tout simplement. Oui, mais c'est la confiance qui est pas la confiance simplement d'un tel ou tel dirigeant, c'est la confiance collective d'une société dans ses propres capacités. Rapidement Jeanpiséri, je reviens à votre livre à qui la faute.
La troisème partie est consacrée justement aux solutions. Vous ne faites pas que constater, vous vous proposez. Est-ce qu'il y a une méthode de gouverner en période de en période de crise économique, sociale et aigue ?
Est-ce qu'il y a une recette miracle ? Il y a sûrement pas de recette. Il y a des méthodes auxquelles on peut réfléchir.
Si vous prenez ce qu'on fait un certain nombre de gouvernants étrangers, euh vous avez vu qu'à un moment, ils ont fait un effort très concentré sur un petit nombre de sujets en essayant de transformer et d'aboutir à quelque chose de plus stable. Prenez les réformes Schreuder dont on parle beaucoup sur le marché du travail, mais vous pouvez prendre aussi Obama. Obama a fait la réforme de la santé.
Si vous prenez ce que fait Justin Trudeau au Canada, il fait les infrastructures et la réforme fiscale. Donc peu de choses et en France, on essaie de faire beaucoup de choses en même temps. Un bon entendeur salut.
Message en tout cas au prochain président de la République. Merci Jeanpis Féri. Merci.
Yeah.
Edgard Edouard Pisani